Aller au contenu

assis là sur un banc


  • d’apatrides rêveurs

      tu ne bouges pas de là, tel un banc en panique. paniquement muet. tout vidé
      d’océan

      dans quelques secondes tu laisses ta place, qui d’ailleurs n’est pas ta place – jamais ta place
      n’est à sa place

      tu cèdes ta place au vide extérieur, miroir au vide
      intérieur, miroir au vide
      tout court

      tu apprends à compter jusqu’à dix, puis à décompter de dix. et cela dans les diverses langues
      d’apatrides rêveurs

      tu comptes jusqu’à trois. puis à trois tu te jettes. tu te jettes en idée. tu te jettes dans l’idée de te jeter
      à trois

      quelque chose ne cherche pas, les yeux grand-ouverts. les oreilles satellites. la paume des mains tendues. quelque chose
      ne cherche pas, le cœur palpitant

      tu t’enfonces dans ton lit. tu ouvres la fenêtre au fond de ton lit. tu jouis en plein ciel, éjaculant dans l’œil du vide qui est peut-être féminin,
      peut-être un chou

      tu donnes ta langue au chat. c’est comme ça il faut que tu donnes tout. au chat ou à qui d’autre on s’en fout: jusqu’à ce qu’il
      ne reste rien. tâter de ce rien-là

      tu respires mais désormais plus par ton corps car ce n’est pas ton corps propre. tu respires par
      l’universel poumon, en quelque sorte

      plus une fille ne voudra de toi maintenant que. je veux dire, ne voudra un enfant de toi. je veux dire maintenant que les enfants
      ne naissent plus

      un deux trois tu marcheras sur l’eau. sur la pointe des pieds. l’eau n’en saura rien
      et toi à peine davantage

    d'apatrides rêveurs
    23 août 2018

  • réveille-la, et la mer aux éclats

      je ne me souviens pas. elle rentre dans ses terres
      mais qu’ai-je à faire de cette histoire, de toute histoire, moi qui suis sans histoire,
      sans feu dont je serais l’artifice, le mal acquis

      tu ne m’apportes rien – un peu de bruit, un peigne déchaussé de ses dents. une assiette de pluie…
      un homme s’est écarté de moi, un homme-parapluie
      j’ai retrouvé le clou mais pas le crucifié. l’un d’entre eux quoi qu’il en soit penchait du
      mauvais côté…

      toutes les fois qu’elle prend conscience de ta présence, l’incompréhension se lit sur son visage. il fait mort à présent
      des sons remuent au fond de la gorge, peut-être déjà des mots
      une nuit me connaîtra, allongée nue tout dedans moi

      elle parlera à qui voudra l’entendre, c’est à dire pas grand chose
      qu’elle restait fidèle, que les nuits de grande marée elle caressait le ventre
      du poisson-lune
      qu’elle attendait cet enfant mais que l’enfant ne viendrait pas, ne sortirait nu
      tant qu’elle ne mourrait pas

      années durant. errant
      remplaçant le oui par un non, l’alphabet
      par l’oméga. de plus errant, de moins en moins
      pensif. quand la peur égare son objet, est-ce la peur encore? ou est-ce
      déjà l’envers?…

    21 août 2018

  • les figues de barbarie

      cracher sur la braise; remuer la cendre. peut-être relever la manche et tendre l’avant-bras aux premières
      gouttes de pluie. quand il pleut par ici, les morts
      ouvrent leurs yeux

      elle parle de l’au-delà. déposant trois petits cailloux sur le rebord de la fenêtre
      partie, l’espace flotte en suspens. plus rien
      n’est à prédire

      ruminant les secrets. elle passe à travers moi, jambes d’un peuple ténébreux
      retourne à la désolation. caresse un pain rassis, relève
      une eau croupie

      l’orange devenue pierre. les doigts respirent encore: odeurs intimes, espaces, maigres mèches de cheveux
      à l’ombre des couloirs, au nœud des gorges sèches, se raconte
      une histoire

      auparavant elle te parle d’amour. voile nuptial troublant la vue double des noyés
      nous continuons d’attendre à l’arrêt où rien – nous le savons déjà – ne s’arrêtera; dans le passage où rien, non plus,
      ne passera…

      un geste s’empare de ma main, agite un instant le vide autour de soi, autour de toi
      on appelle ça partir alors qu’il s’agit simplement
      de l’absence grandissante

      je ne mens pas. il faut au moins un gramme en soi de vérité vivante pour mentir. or retombée, la corde à sauter
      mue serpentine et figée sous l’air semblant
      danser encore…

    les figues de barbarie
    19 août 2018

  • la même en bleu

      tu n’meurs pas habile, non tu n’meurs pas: tu flippes ton nom…

      parce que cette banalité de vivre concerne l’originelle vacance, la belle vacuité la vaine attente – un pas sur l’autre
      rédigeant l’espace pur

      je déboutonne l’absence et n’y vois non du feu, non l’écran mou de fumée mais l’évidence première,
      d’instinct fuyant le sens

      partout où se sent la fin, un grand bond prend appui. il suffit d’ouvrir les bras plus large que la mort,
      se dit le petit gars

      tu n’as jamais entendu parler de quoi que ce soit – tu déambules, pupille dilatée
      racler le fond, t’appelles ça un destin

      de quoi parlerons-nous et bien je n’sais pas moi, nous parlerons
      de l’éternité avec la mer, de l’écume qui fait pshit enfin, de la mer avec la mer
      la mer sous-entendue…

    17 août 2018

  • funèbre

      et tu me regarderas les os? tu penseras qu’avec moi prendre des gants ne ferait que salir la dentelle? mes yeux débordent de l’enceinte. je regarde avec quoi je regarde avec deux doigts – et la rupture se brise, humblement écarlate…

      je frotte longtemps. je frotte  je frotte je frotte. c’est plus fort que moi. il y a des cages sans oiseaux et j’ai l’impression d’être de cette espèce-là – autrement dit d’une harassante nudité…

      tu pleures ainsi qu’il dit. avec des épines au fond du lit, l’ondulation d’un chant au niveau des noyés. je ferme la porte à clé. je la tourne mille fois cette clé et toujours béante, ruisselante de nuit…

      quelqu’un a dit quelque chose là ou a parlé le premier, rompu le silence peut-être sans faire exprès, craquement sec de branche morte. je te délaissai trempée puis me jetai dans le vide – dans le vide c’est ça, et dont le vide se vide encore…

      tu m’aimes avec ta bouche ou alors tu fais simplement semblant d’exister? dans ma langue prénatale les gens n’ont pas de nom, même quand ils sont beaux. toi par exemple, je te mouche avec deux doigts, mais sauras-tu seulement me sortir de là?

      l’un enterre l’autre, le précédant dans la foulée. c’est à peu près notre seul devoir ici-bas, le moment venu de descendre son prochain dans un trou. il y eut trop de familiarité entre nous c’est évident – on se pissait dessus on tirait sur son clope, passant de main en main. quand l’un partait on se contentait de lever la fleur flétrie d’une main au bout d’un lourdement bras, et de lâcher un allez, salut…

    funèbre
    15 août 2018

  • fang-fang est au milieu

      je n’ai pas pensé à toi, ai-je pensé à toi, j’ai pensé à
      ne penser à toi, puis j’échouai
      d’éclipse en éclipse et vice versa, je patientant
      à la buvette – mais quelle apesanteur
      pour renaître poisson…

      c’est mon épiphanie, voilà l’décor
      le sort n’est pas coutume, ou pas encore
      je m’emmerde en marchant, alors je ne marche plus, aimant d’un amour inconditionnel
      le vide illimité

      c’est toujours ainsi qu’on s’y prend, transat, et les yeux dans le slip…
      un jour viendra, à moins qu’un jour
      ne vienne pas, et où n’y étant pas j’y
      serai sans restriction
      ni excès

      s’il pleut sur moi c’est que sur moi
      ne séchait pas, tandis trop sec, tantôt si frais
      – n’en finira t-il donc jamais, le déchirant
      miracle d’être?

      je ne suis plus rien, je sais que je ne suis plus rien
      alors qu’un ciel illuminé
      investit l’es-
      pace vacant…

    13 août 2018

  • petit dépaysement sec

      les mains qu’on vide
      une à une
      et de leurs poches –
      d’où et quand il nous
      faut repartir…

      pourquoi tu baises, et si tu baises à l’envers, quel temps fait-il
      et quel nœud te tord, quel hoquet te secoue, donc?
      je retourne à l’instant, l’instant se désintègre

      ce n’est pas beau d’approfondir comme ça
      la mer comme on se noie, à l’inhabile souvenir de soi
      le silex sur lequel on s’acharne avec à la bouche une
      moue de dégoût, pour atténuer le désespoir
      – la grâce au congélo…

      de chaque côté, c’est un truc qui meurt, ou qu’on tue farandole
      j’ai des papiers moi vous savez, des papiers pour survivre
      en terre d’exil
      en terrain miné, exécré
      en vague arrêtée net, en cœur (ce poulpe d’avant la scission entre couille et esprit)
      cloîtré

      j’aime ma ch’mise, mais ma ch’mise se déchire
      j’ai pissé sur le mur d’en face j’y ai lu les questions auxquelles
      seul dieu aurait pu répondre mais non
      – ainsi confirmé dans
      mon désœuvrement…

    petit dépaysement sec
    11 août 2018

  • l’être ou la bourrique

      le sol est ce méchant homme ne dormant que d’un œil
      tandis que l’autre, je rôde hors-sol en demi-teinte où croise l’horizon, un minimum de beauté en contournant les marges…

      on s’échappe par la porte-fenêtre mais rien n’avance, seule recule la demeure
      continue la partie alors qu’on l’abandonne, comme on abandonne son chien, son maître ou à fortiori nous abandonne
      la chance, la pauvre chance…

      et les badauds
      s’en prenaient plein la gueule l’air de rien, tâche à présent d’y voir
      plus clair on pèsera plus tard l’impondérable de ne point être mort, le soupir chancelant ou c’est comme ça qu’on dit,
      l’âme en se masturbant…

      il fait de plus en plus chaud et j’ai tiré la courtine, j’ai baissé le rideau, récité ma leçon comme tu me l’as demandé, mais sur ma pierre tombale se
      brisera ta chanson, je t’aurais prévenue…

      fraternité moléculaire, on m’arrache un dent. le compte n’y est pas, le compte
      n’y fut jamais vraiment – seuls le décompte et le souffle rauque du déshérité m’ont fait comprendre qu’il ne s’agissait au fond ni de la mère, ni d’autant moins du père, mais du parfait étranger grimé en rafiot et juste parti
      faire un tour pis voilà

    9 août 2018

  • touche-moi les angles morts

      lave-toi, brosse-toi les dents fais quelque chose mais bon dieu, te mouille pas – te mouille pas quand tu tombes à la flotte et que tu bois la tasse te mouille pas
      quand tu zones à pleuvoir. y a pas que ça dans l’air…

      la vie ne me regarde plus par terre. elle lève les yeux et me trouvant mignon m’écrase la teub, me triture l’esprit – l’esprit surtout
      d’un revers de l’index

      je regarde ma solitude avec les yeux d’un écureuil, curieux sans doute mais quand même aux abois. puis, prenant l’air songeur:
      ce qui manque à ma vie ma vie n’existe pas, et sans laquelle je vis…

      tu devrais les couper avant qu’elles ne s’embrument – et je ne parle ici
      évidemment pas des testicules, cheveux noirs des canicules je ne mentionne ici
      nos revirements qu’à coups de trique, les limbes saccagées…

      pas la lumière – non, cela irriterait la rétine – mais plus certainement que la lumière: l’absence
      d’obscurité faut dire que face à ça nos contre-feux
      s’avérèrent malingres

      tu t’emballes vite et pourtant tu n’fous rien – tu n’as jamais rien foutu
      à part regarder l’un par les yeux du divers et le divers à travers le regard de l’un, passant finalement d’un pas fragile à côté 
      de presque tout

    touche-moi les angles morts
    8 août 2018

  • retors mon ami mort

      je ne sais pas comment tu fais, comment
      tu te décantes. j’appelle un ch’val un ch’val
      et aucun ch’val ne vient –
      qualifions-le de tourment
      sans lendemain

      qui se souvient de moi
      y perd un œil. roses trémières et onagres
      s’ébrouant de leur gris, ou ver en cette tombe
      crevant l’abcès
      creusant l’oubli

      tu portes un masque. tu te dis lequel de toi
      portes un masque, laquelle
      est entendue quand chacune
      se tait, de ces
      voix inverties

      nous battions-nous contre des
      parapluies d’envergure, déployés
      dans leur protection cannibale au-dessus de nos
      esprits apeurés, rétrécis et privés
      d’idée, de vue, d’horizon singulier – eh merde…

      j’agrippe un ch’val, un ch’val est à ma taille
      je meurs d’ennui, mûr d’ennui, et les barques
      virevoltent sur ma poitrine, mes bouts de sein
      tétés à tous les vents, battus, cela conformément,
      par de toutes petites gifles

      une mère ne me parle plus
      sur ce ton-là – d’ailleurs je bois et je m’enivre
      en visionnant par la fenêtre, de ma chambre je précise,
      l’herbe reverdie de la dernière averse, m’étant désenchanté jusqu’à la moelle ou le gazoil de ce
      misérable miracle…

    6 août 2018

Page précédente Page suivante