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assis là sur un banc


  • un jour ou l’autre, un jour

      que ferais-je d’une porte alors que les murs sont effondrés, et que plus rien ne me sépare de dieu que cette distance froide et infinie me séparant de moi-même, et que j’incarne, tombe insensible à tout rayonnement amoureux
      dieu seul me guérirait de moi mais guérir ne me sauverait de rien. mon désir unique, profond, insatiable est sans objet. il n’a donc pas de fin

      il y a là un trouble, une perturbation atmosphérique, comme la voix éraillée d’une sirène qu’on étripe. on ne se demande pas simplement ce que fut ou à quoi se résout désormais notre vie, mais quel en est le point flou, la ligne vaguement rouge ou l’espace décomposé. on aimerait se reconnaître en un autre que cet étranger nauséeux, en un être auquel s’avouer enfin, ne serait-ce que vaincu – en apparence vaincu

      c’est le toit qui me manque. un toit haut comme ça, haut comme le temps qui dure, la conscience en suspens sur sa propre interrogation. un jour n’est pas le même on n’en tirera rien de plus, que ce jus noir au finistère de l’hébétude

      de confondre bouée de sauvetage à pierre qui coule, s’extrapolait tout un horizon. se comprendre soi-même cessait de nous importuner. même le sexe s’était enfin rendu à l’onanité de sa douleur. un point croyait en suivre un autre et s’y coller, alors qu’il ne signifiait que l’absurde répétition du même où le même s’enlisait

      chaque jour on s’emmerde, et le jour le premier. les diversions donnent le change mais le change n’y suffit plus – ai-je donc si peur de m’y perdre? rien ne sort d’où tout en vient, c’est comme ça et si ça n’avance à rien, le vide à reculons d’un mauvais pas encore

    un jour ou l'autre, un jour
    6 octobre 2018

  • l’absence à vif

      la nuit c’est celle qu’on vit, régressive, , et qu’on revit perpétuellement en tant que
      mort en sursis

      je n’ai besoin que de soi en moi, mon intégrité mélancolique, la plénitude d’un
      arrachement simultané

      à part l’homme il n’y a plus d’éclair, fut-il mis en veilleuse
      un chant retentit donc, il n’est plus de voix indispensable
      à cela

      la certitude d’un sol, d’un socle de lumière me fait consentir à la chute, ou du moins m’y soumettre, m’y abandonner, la rendant du coup
      presque superflue…

      il y a tant de haine dans la paix que seul un néant peut la dissoudre. la tête, elle, demeure suspendue, surplombant sa propre
      défection

      plus rien ne tient debout, sauf l’espace, les arbres en équilibre sur
      le fil des saisons…

      ombre gesticulant sur un écran de fumée. on nomme ça l’exil. un appel continu me raidit, m’exhorte me déporte, quand bien même je ne le
      perçois pas

      je jette un pont devant chez moi. je ne demande pas à mon esprit de rejoindre mon esprit, mais simplement de
      passer le pont

    4 octobre 2018

  • la mort morituri, la mort si satori

      je m’enceinte. de tout ce qui me blessa
      on ne fait plus dorénavant, peur dorénavant, aux enfants
      ou à ce qu’il en reste
      à l’os rongé, l’œil vidé de l’enfance
      la moelle pépinière

      il faudrait un vent fou pour que mon baiser atteigne jamais la rive d’une joue creuse, d’un personnage acté
      dieu me torture, je n’en vois pas l’intérêt, sauf à vouloir dire qu’il ne
      s’aime plus

      toute la nuit j’ai respiré
      un homme m’a suivi, portant mon nom, tenant ma canne, soulevant mon chapeau
      je marchai sur son ombre – lui cependant me demandait pardon
      toute la nuit comme l’infini
      auquel manque l’infini

      je m’absente un moment. un instant. disons quelques secondes
      notre jeu débordant sur les rails, mettons un terme à tout cela
      consentons à ce que tout cela finisse
      soit fini
      n’ait jamais été entamé

      la perspective d’en finir. renard esquive, mais la pluie rôde
      en bout de champ. quelqu’un hier encore
      me disait quelque chose. je sais plus quoi, je sais plus quand – peut-être rien ni…
      va savoir

    la mort morituri, la mort si satori
    2 octobre 2018

  • l’huître sans joie

      l’infini plus un ça fait moi ou presque, ou presque toi, ou celle
      comme elle s’avance sans jamais
      se rapprocher d’un ch’veu

      ou de me faire tout l’temps
      ou de me faire quoi
      – un seul d’entre nous a saigné, les autres
      eurent le mauvais esprit

      seul dieu a l’amour – les autres
      se contenteront des débris récupérés sur la grève, des clous de la crucifixion même pas: des baisers
      arrachés de force ou par pitié

      que les poissons rouges, que les poissons verts, que les poissons vivent
      nous aurons tout ce qu’il faut pour enfin voir le jour
      par exemple des yeux, oui mais plus que des trous – des tournevis à rembobiner
      la lumière

      les nuits on s’accommode, celles
      dont on s’accommode – le jour on fait tout comme. le jour ça sonne faux. creux
      je voudrais être avec soi, sans lui donner si besoin n’est
      prénom de femme

    30 septembre 2018

  • enfin je pars (mourir a le bras long)

      la terre me nomme ainsi soit-il. il est vrai
      que je n’veux pas d’ami. j’habite quelque part
      en bout de champ
      et sans doute au-delà

      je me sens davantage, rien. qu’un ciel lent me détourne
      de l’usage. démesurément oisif, sans ressource et de sorte disponible à ce
      qu’impunément dieu me torture

      j’y arrive
      j’arrive quelque part mais c’est surtout que j’en pars, j’en pars énormément – j’en pars quand je n’y suis
      quasiment déjà plus
      (c’est un chien pas si errant que ça, ou d’une certaine façon)

      qu’on me ramasse. ou pas.
      le néant devant soi – que reste t-il à faire sinon l’aimer, en réfléchir l’éclat, la soif ou le mirage
      je ne suis que d’ailleurs, ce donc je ne suis pas

      il n’y a pas d’amour. j’ai compté jusqu’à trois il n’y a pas d’amour
      sauf peut-être dans le dos, ou quand on a trop bu
      ai-je trop bu? (j’enfonce un clou mais rien ne crie)

      uriner contre la seule porte, frapper à la seule porte
      défoncer la seule porte, inscrire d’obscènes graffiti
      sur la seule porte – la seule porte d’issue, la seule porte d’ici, évacuée
      maudits gonds

    enfin je pars (mourir a le bras long)
    28 septembre 2018

  • le petit kamikaze

      on prendra des vacances et on les emmènera loin, si loin qu’elles en oublieront le chemin du retour – celui qui tourne en rond quand on lui demande l’heure, ou la lune

      il pleut sur notre dame, alors notre dame enfile sa capuche. rien de mal à ça. je veux dire on meurt pour moins que ça. du moins je crois

      je m’éveille par misère, ausculter le décor me rétrécit les cils. parait qu’il va pleuvoir c’est l’enlisement final, suicide universel le réservoir pompé. parait qu’ça va sécher

      je mange en m’aidant de pouce droit. lequel me rend d’autres services, sexuels s’entend. le dire en ôte le goût. je le retire donc, cédant au pouce gauche

      cela s’éteint. mais non pour les yeux qui plissent, le sexe qui branle ni les lèvres qui tremblent. pour chacun d’entre eux on rapporte une histoire – qu’elle ait eu lieu ou non importe peu

      tant pis pour nous, les jambes décrochées. et puis tant pis pour soi, le cœur bien arrêté. à peine assez vaste, le néant. en lui marchant dessus sans écraser la queue

      ce sentiment inné de la faillite

    26 septembre 2018

  • fin de saison

      la place sur la place et la roue dans le vide – il y a une chose qu’on ne dit pas et c’est ça dont on parle. le lieu tel, qu’on l’a quitté

      je m’appelle dans tes rêves – dans tes rêves seulement. ailleurs je me fuis, fugace. l’absence d’un rêve fut-elle propre

      vandalise le mur: un trou. par où subrepticement la nuit s’obscure, respire à travers soi. d’un fugitif, la trace immémorielle

      il pleut sur l’édredon, ça se passe aujourd’hui. n’y voir goutte ou que du feu: un même regard atrophié. s’allonger ne se relèvera pas, on le pressent

      j’évite les couleurs, désormais les visages. leurs expressions étranges, indifféremment hostiles. je reste sensible à la mort avant tout, aux marguerites pataugeant dans l’gravier

      un seul survivra: celui-là n’aura pas bougé d’un pouce ni même prié, remuant les lèvres pour autre chose que la soif mais on ne sait trop quoi. d’ailleurs qui le verra

      des chemins meurent dans le sable, de soif et qui les suivrait s’enliserait. autant que tu voudras tire la sonnette, nulle âme ne s’alarme. retentis d’un son creux

      dévisage une couleuvre

    fin de saison
    24 septembre 2018

  • n’avoir qu’un pas faisait faux bond

      s’il lui touche la toupie c’est qu’elle se met en branle, et jésus perd ses eaux qui l’eut cru – personne ne l’eut cru

      tu me manques, insensiblement tu me manques – quoi? la ligne entre deux points – quoi? l’espace quand on y pense…

      je regarde vers l’ouest et c’est la nuit grimpante dans mon dos. je n’ose me retourner: si je me retourne je disparais, sans le zizi d’une trace

      quelquefois tombe aussi, une virgule de la phrase. je mange avec le doigt, mais je m’arrête au doigt. je reste sur ma faim donc. alors je reste sur ma soif. jusqu’à la lie

      bifurqué d’après moi. tu plonges et te prolonges je n’sais quoi – un doigt tordu, le nombril sec, ou à sec – dans le froid solaire de la dou-dou, de la douleur et t’en retires quoi, hein t’en retires quoi, de la douleur

      à cinq je comptes jusqu’à trois, puis te bande les yeux, te bande tout ce que tu voudras et tout ce que tu voudras fera le tour du reste, du reste du monde même si toi tu, ne restes pas

      il chante par mégarde

    22 septembre 2018

  • je ne dors pas très beaucoup, θρακη

      tu te trompes d’ennui – sans doute ne te regardes-tu pas assez, longtemps ni profondément. on s’y croirait vraiment

      alors un jour jetai-je la balle le plus loin possible, et si possible n’allait loin, hors de portée déjà – roulant comme ça un p’tit moment

      l’polichinel perdait ses dents, aplati cont’ la vitre. quant au dieu nu, dieu boréal, dieu en chacun le… souvenir de soi

      quand la balle me revint, renvoyée je ne sais comme, je n’y touchai point, et n’y répondis pas. de tranquille inquiétude ou de fausse pudeur

      par terre traînent mes pas, un peu dés de travers en équilibre sur l’arête – osselets océaniques, ils recouvrent un désespace

      chien naturel petit crottin, n’en meurent encore et sous le pain, rassis de ce quotidien-là: un gentil coquelicot

      tu n’en mènes pas large; tu n’en mènes pas long non plus. n’importe qui aurait pu te foutre une baffe ou souffler une haleine fétide, sur ton œil gauche

      sodomisant la transe

    je ne dors pas très beaucoup, θρακη
    20 septembre 2018

  • chaque fois qu’un vivant

      je suis à vous nulle part, maintenant je m’emmène
      je m’emmène nulle part, toujours en continu
      je survis quelque part

      je viens sans doute vers toi, vers toi s’endort
      si on meurt on dira que c’est pour rien, ou par hasard
      ou alors qu’on est saoul

      manquer dieu. j’ai manqué dieu. c’est ce qui fait de moi un genre d’humain
      avec des clous au fond du corps, des billes
      sur la route

      certains se pendent à la corde, or la corde trop courte
      les chiens ne m’aboient plus. ils m’aiment et je ne sais plus trop bien
      pourquoi, ni le sexe défunt

      petite pluie grande couronne, tu fais le tour de maintenant
      quoi qu’il en soit, suces-tu toujours
      le sein d’un homme…?

    18 septembre 2018

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