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assis là sur un banc


  • un cri posthume

      une seule minute abjecte, un rien qui m’ébranle
      et ce dieu m’aspirant par la bouche d’une tombe, par un ciel haut perché,
      ou par le puits d’un soi s’effondrant
      dans l’unanimité

      fenêtre ouverte sur quoi – un nombril-caoutchouc
      un miroir à deux faces, soudain retournées l’une contre l’autre, crissant d’effroi ou de simple
      désapparence – un nombril-mouchoir…

      étrange sensation que d’exister dans une mémoire autre, unique témoignage
      authentifiant la réalité de ce trou noir en moi, ce temps scellé comme par les bandes plastifiées
      d’une scène de crime. quelque lueur
      en émanerait donc encore…

      guignol en avait l’air. je marchai pas à pas – comment eus-je pu
      en enjamber un seul, esquisser l’à-côté, suspendre l’inertie?
      je pissai sur mes traces, brouillant les inconduites – qui sait si
      tu me rêveras…

      me reverrai-je, assis là sur un banc, prêtant ma canne à un aveugle
      auscultant le présent pour en prédire l’absence, ou vice-versa – suppose qu’une ligne,
      qu’une ligne ait bougé, qu’une lèvre ait frémi, suppose si tu oses
      l’impossible déminant le possible…

      je laisse tout en ordre: les ch’vaux dans la prairie, la queue au cul des chiens, l’alignement des astres – en vrille oui mais je sors
      du cercle je sors des gonds, j’appelle à l’aide l’écho-givre, boussole hors-nord
      lâchant la bride aux élans rompus suis-je mort déjà, ou la mort ne fait-elle
      que prendre mon accent, quand mon accent s’aggrave…

    un cri posthume
    12 septembre 2018

  • permanence des auges

      je ne sais plus ce que je dis. j’arrête. je mange une pomme. quand j’ai fini j’en deviens le pépin tout r’craché, la nuit du temps comme il s’en va. d’où il s’en va,
      plus rien ne pousse…

      il n’y a aucune émotion là-dedans. tout au plus une angoisse figée, le rictus d’un soupir s’il te plaît ne
      m’assimile pas, je supporte pas ça, peuple errant puisque c’est ça, affrontant inconsolable
      l’inéluctable

      un ciel me dit va-t’en alors je m’en vais – ai-je l’air du trou
      de la serrure, à travers moi j’encule un ch’val. tu ne me reconnais pas évidemment mais à la fin nul ni personne
      ne reconnaît quiconque, ni personne

      il y a des balcons dont on ne finit jamais de
      tomber. tomber c’est raide. on ramasse les os, on en fait un petit tas. un poème c’est moche
      quoi qu’on en dise, un poème c’est moche et si je meurs de faim je ne suis pas la faim – mon plus grand péché
      fut juste d’y survivre…

      je, le support d’un vide complet.
      j’ai même une photo de moi dans ma mémoire in memoriam. je n’ai plus peur le soir
      j’arrose, j’arrose mais rien ne pousse. des rails en saison creuse alors quoi
      on s’aimera c’est tout…

    10 septembre 2018

  • et rien n’empêchant rien, les âmes d’ici-bas

      midi n’est pas fortune. fortune s’ra privé d’luxe.
      j’achève la terre. une fois le dommage entériné, j’achève la mer, j’m’arrête à l’horizon
      tout l’monde s’arrête à l’horizon. à l’horizon on change de ton, à l’horizon
      on tombe dehors

      tu vas dire toute la douleur, tout le mal qu’il y a en toi, tant que mourir c’est jouir.
      après cela, le pardon ayant tout effacé, et te remémorant tout dans le moindre détail, d’une exactitude désaffectée
      si la lumière encombre la lumière, alors la lumière souffle la lumière

      on est tous le mort de quelqu’un mais une fois brossées les dents, consentiras-tu donc à m’embrasser, ventouse mécréante?
      je n’aimais rien. je peux te l’avouer maintenant, je n’aimais rien
      par crainte de trahir quiconque…

      les morts enterrant leurs morts, foutent plein de terre à côté.
      père-lachaise des gueux, comme si dieu n’imprimait pas, comme si dieu ne faisait
      qu’occulter dieu, travailleur indépendant, péril péri-urbain, émigré sans latin – à faire reculer d’un crachât les limites du
      néant hop-là

      le plus petit commun dénominateur nous incombe, trois petites crottes simuleront un paysage famélique
      je me souviens des heures impaires, des voix gercées, perspectives radicales – j’aimai sans raison d’être et ce ne pouvait être, honteusement,
      par amour…

    et rien n'empêchant rien, les âmes d'ici-bas
    8 septembre 2018

  • bateau qui n’avance pas vite

      tu te joues de moi. oui parce que tu te joues de moi. et moi ne répond pas
      serait-ce par manque d’aplomb, ou pure – oh si pure –
      indifférence…?

      dans le creux du chemin c’est un chemin en creux, clé de la voûte et racine du sol – quel sol?
      l’arbre en ciel n’en finit pas de 
      perdre ses feuilles…

      tu ma route. tu es ma route, d’un horizon le raccourci. alors tu pénètres avec moi
      en ce qui ne possède d’issue
      ni d »entrée

      qu’ai-je à donner, n’ai-je rien, à donner. le poids d’un vide, la contre-balançoire
      je m’en fous. dis: je m’en fous. je m’en fouterai par brassées
      voire par petites foulées…

      tu meurs enfin par amour du monde, d’un amour réfléchissant
      tu meurs enfin comme on se gratte le nœud
      d’un carrefour en tout sens…

      je ne pleurerai pas ta mort. la mienne peut-être un peu, d’un éclat sec, d’un
      cheveu dans la mare. tu sais à quoi je pense? à ça exactement
      : rien, précisément

    6 septembre 2018

  • aimer tue, oh l’épopée…

      c’est entre les lignes que tout se dit, notes fébriles de l’en-deçà – le sang fêlé
      d’un graal en filigrane

      chante-dieu, fellation ordinaire et c’est sur terre qu’on vit, juste un pas
      en dehors

      la gloire entre les clous. l’abdomen saturé. il est né par l’anus et sans péridurale
      (retrouver le foutu gitan qui nous a r’fourgué les clous et s’en faire rembourser)

      m’auras, ne m’auras pas. passer du cru au cuit, te pousser dans la tombe
      – dieu de lumière, saccage-moi

      je suis l’homme et je me parle à l’animal tout entier, tout entièrement l’oreille
      un cul me montre du doigt. il me dit tu vois, tu saignes encore…

      pleure ma mie, je sois ton handkerchief
      mat en trois coups les yeux bandés, tu ne réalises pas
      et tous ces jeux d’enfants débiles, ces mortels sauts de puce…

      et au-dessus du ciel un ciel plus pur encore, une bouche sans dent
      j’aurais du m’en douter, pointant ma mauvaise mine: marcher sur une seul patte
      finit par se noyer…

    aimer tue, oh l'épopée...
    3 septembre 2018

  • séquence béate

      extase dégonflée. le temps qui dure mais ne dure pas. se creuse
      rongé jusqu’à la moelle or la moelle lumière
      : juste au-dessus le bleu béat, un peu
      la réserve hospitalière

      la valse des petits pas perdus. tour d’horizon me garde
      tour d’horizon m’habille. quelques kilomètres de côte, la zone floue du milieu
      un point mange l’infini, miteuse aridité. et rote

      une espèce triste d’animal, puisque c’est ainsi qu’il faut bien le nommer, aboie mais sans le son
      il en a après moi semble t-il, après l’azur en sueur
      après la vie tout simplement
      mais sans le son

      nos vacances dégrisées. les yeux tout juste débordant de nos
      tombes fraîches. un homme à la mer y perdrait son latin, précise t-il,
      la bouée traînée dans la poussière, giclée, la bouteille à la main…

      solstice à la dérive. faire le point sur ces soupirs qui désormais compteraient double
      alors même qu’on en a perdu le souffle, outres éventrées. l’air monté
      sur les épaules de l’air, le ciel à découvert

      le dernier jour du soir. et le doigt qui s’enlise, amicalement vôtre. profondément clos
      j’affiche un grand silence, de suspension laiteuse. un mort m’habite
      il reçoit une gifle, en échange de rien…

    2 septembre 2018

  • je me sens baromètre

      il reste assis, indépendamment du temps qu’il fait. probable laconique
      en homme sans chemin sur un chemin sans homme, il appuie
      sur les marges – quoique en guise d’envol majestueux ce ne sera
      que crissement d’aisselles…

      l’âme a soif de lumière, trou noir en immersion, maman comme elle me bat
      aspire à cette convergence, comptant les doigts cassés à se décortiquer le nez,
      l’amant prenant du r’tard…

      toucher l’espace vital mais mourir à la joie, comme en
      regardant ailleurs, là où l’ailleurs échoue
      – pas de quoi pendre un rat par ailleurs, les rats sont tristes

      tu te suces la tombe, et c’est de ça qu’on parle. casse le nombre
      quelques survivants y flânent, c’est une rive austère
      crachant une poignée de mots ils y laissent une dent

      tu saignes, maudite, et maudite sous mon poids
      se faire un café turc. ou grec. deux fois deux tours, la cuillère dans l’même sens
      quant à lire dans le marc, d’initiales rigoureusement dépossédé, et se sentir si grand…

      et quand, sourd à son propre chant, il roule des pierres dans sa bouche. trifouille
      au fin fond des cercueils la place encore pour un essieu
      – abdiquer sans remord, abdiquer ne perd pas…

    je me sens baromètre
    31 août 2018

  • vibrant hommage au parapluie

      tu tournes en rond. en rond n’a pas de fin
      le temps te mord au mollet, tandis que par devant tu trempes ta queue dans la bouche béante, tendre amnésie

      d’ici à là tu penses qu’un courant te porte mais tu perds pied, prenant appui dès lors
      sur la source tarie, le val vide

      tu tends les bras, tout lentement, repartant d’un seul bout
      le tronc reste à la corde. torche spectrale. juste au-dessus ou au-dessous
      du nombril

      tu dors à même ton pull. c’est pas comme ça qu’on gifle, ni que l’on sort indemne
      du temps absent

      ta beauté tombe à genoux, ouvre la bouche, et prédit le malheur. on dit que tu parles dans le néant
      bla bla bla dans le néant

      en croupe, malodorant. libertinage métamnésique, mirabilis d’outre-tombe – eurydice piquée
      par un serpent s’en mêle…

    29 août 2018

  • comme ça s’prononce

      tu voudrais qu’on s’embrasse toujours sur la joue gauche, mais pas. tu voudrais qu’on s’embrasse
      sur la chatte et l’au-delà, veuve de dieu

      on s’asperge. d’air, d’excréments, coupures de souffle. on relâche les loups. on lui met la cuillère dans la gueule et on se dit mais putain, c’est maintenant, et maintenant seulement
      qu’on n’est pas mort

      une caresse sur la nuque, c’est peu. gratter le bleu du ciel, c’est peu. partir d’ici pour arriver là, c’est déjà trop. un chien n’aboie pas. tu lui déposeras
      une gamelle d’eau

      t’aurais tellement voulu faire l’amour or tu sais plus comment faire. t’as plus de sexe. et pourtant tu ne connais
      d’autre preuve d’amour

      mourir content, ou pas content. savoir quand s’arrêter. oublier de savoir. s’appuyer sur les coudes, voir ce qui se noie, quelle eau se noie
      dans un verre d’eau

      on ne meurt pas tous dans la même position. la position importe malgré tout. on change de position
      on se caresse le bras. machinalement. on commence par ça

      quand tu ne ressembles à rien, qui te ressemblera? tu te laisses tomber, réfléchissant au fait qu’il n’y a qu’un seul jour, faisant perpétuellement le tour du monde
      et qui ne t’attend pas.

    comme ça s'prononce
    27 août 2018

  • sauf la mer

      une distance te meurt. et cette distance-là délimite l’espace de ta résurrection, quelque part entre le cri natal ex vagina et le temps de
      le ravaler

      tu te coiffes avec les doigts. tu te grattes et c’est tout comme. le cuir chevelu. parfois tu ne te perçois plus, ou seulement à titre
      antipersonnel

      il y a du sable sur le sol. avant on parlait plutôt de boue dorénavant c’est du sable et quand il pleut, c’est sur le sable
      qu’il pleut

      tu inventes une histoire. tu te tournes, décroises recroises les jambes. plus personne à part toi et peut-être quelque mouette
      ne fréquente de banc

      tu ne trouves plus d’histoire. tu cherches fouilles tu creuses, les histoires sont mortes. taries. tu trempes le bout d’un pied
      dans la cendre fraîche

      tu pleures tout le restant de ta vie. le restant de ta vie c’est long. l’éternité c’est long. plus long encore,
      l’après-éternité

      un jour tu l’appelles comme ci. un jour tu l’appelles comme ça. tu sais qu’un jour si tu ne l’appelais pas
      tu cesserais d’exister. peut-être alors
      finirait-elle par apparaître

      tu penses que la mémoire ne suffit pas, ce verre grossissant cette mère forestière. tu penses que seule la mort
      guérit de la mémoire. sauf la mer

    25 août 2018

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