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assis là sur un banc


  • appareilleuses appareillantes: le noir dedans

      se traînent à terre
      supplient
      pour un gobelet d’eau
      ni-morts ni-vivants
      immobiles régressifs, rampants surnuméraires
      – un seul d’entre eux avait mon numéro

      dieu parlant par la
      bouche cousue des
      enfants morts – et alors?
      alors une vache
      encule une autre vache
      qui elle-même… jusqu’à la toute
      première fois, le premier rendez-vous
      manqué

      traire l’ennui; racler son cul sur
      la moquette élimée, je vais en cheval nu
      amèrement nu
      depuis que la chute existe, le sol s’est
      dérobé, déféqué sous le masque – j’abrège
      mais j’abrège pas

      soirée guimauve, et tout le
      poids de leur maigreur
      t’arraches un ch’veu, t’arraches un poil, tu mords à même
      la peau d’vénus, t’en scrutes l’anus, mirobolant – garde-toi pour l’audition ça va
      galvaniser les foules

      le rase-miteux, ce dès le
      petit jour, l’enfant nu du mitard
      j’accouche d’un chien, un chien sans ses
      pattes de devant, ça commence mal – ça finira par
      se ronger le gland

    appareilleuses appareillantes: le noir dedans
    13 novembre 2018

  • tout ce qu’il y a de propre en moi

      nous ne nous retrouverons pas
      là
      d’où nous sommes partis, ou tombés comme à pic, portant la marque des
      exilés de
      l’intérieur

      les chats sont souvent gris, mais pas tous
      quand un monde s’effondre un autre se relève, auquel nous n’appartenons déjà pas
      il faudrait se défaire de la chute qui nous colle à la peau, de la sainte manie des genoux écorchés
      d’embrasser sur la bouche toujours du même côté, du côté où
      ça ne glisse pas

      tu t’absentes de temps en temps, on dirait que
      tu n’es plus là.
      si je sors c’est pour rentrer immédiatement, rentrer c’est bon
      les sexes tombent, masques aux traits incongrus, on est presque des gens
      presque des gens

      le chien m’appelle adieu – il aurait pu m’entamer par n’importe quel bout
      je ne suis pas poète, je ne suis pas grand chose – je ne suis même plus rien
      l’espace se rétracte
      à la fin je crois qu’on n’a plus vraiment besoin de dieu. j’aime à penser que c’est alors seulement qu’il intervient, évidente dissolution…

      on va finir par comprendre que je m’endors de rien. si lourde la condition d’un homme, d’un organisme abusivement conscient
      on pourrait se contenter de jouir évidemment, se frotter à l’image à s’en faire nouvelle peau
      je n’y arrive pas. je n’arrive pas à ne pas regarder l’aiguille qu’on m’enfonce dans les yeux

      un jour je me lèverai
      et je saurai alors que je dispose réellement d’ailes
      je regarderai en flottant dans les airs les chasseurs de haut
      il parait qu’on n’entend pas le coup partir, la balle étant plus rapide
      que le son
      – peut-être mais pas que le silence…

    11 novembre 2018

  • là où la laideur submerge l’amour

      tout m’arrive. je me déresponsabilise de mon destin, de mes gênes, mon rhésus. je me désolidarise de l’être – mon moi me perquisitionne à sept heurs du matin
      je n’embrasse pas maman; cela ne se fait pas. je reste froid, au froid. l’idée ne m’effleure pas

      tu ne m’apprendras rien. peut-être me rapporteras-tu quelque histoire, de celles qu’on raconte aux enfants juste pour les effrayer, leur inculquer la peur, leur inoculer la mort – s’en décharger sur eux
      on ne se relève pas de tout. mais on rampe bon train

      je ne veux pas vivre
      je ne veux pas mourir
      dieu prend toute la place, dieu m’étouffe
      je n’échappe pas à mon propre néant
      sauf un oiseau déclenché par un pétard, fussent-ils tous deux mouillés

      pierre pomme couteau. quand tu me châtres ne tremble pas, ni ne te trompe
      de fuseau. chauve-souris replie ses ailes, ou plutôt ses membranes de peau, se perd dans l’hypnose, s’enfonce
      en thébaïde. on aime une femme, une femme c’est fait pour ça – comme si
      ça n’existait pas

      une chose s’approche de moi et c’est le plus grand bonheur de ma vie, de ma vie en quelque sorte

      il y a les âmes des vivants et les âmes des morts. toutes les âmes sont vivantes – même les âmes des morts sont vivantes. qu’en fait-on donc, si ce n’est trembler d’effroi?
      des souvenirs défilent, cyclistes le long du canal. je n’ai pas la voix
      de répondre à tout ça pas la voix
      de répondre à mon nom

    où la laideur submerge l'amour
    9 novembre 2018

  • seul contre dieu

      je ne vais rien justifier, je vais cracher par terre – par terre ou en l’air, je vais cracher et tant pis pour moi

      tu vois bien qu’une âme est une vierge agressée, humiliée – que comptes-tu réparer? qu’aurais-tu l’audace d’espérer? nul crime à vivre, nulle honte à survivre malgré tout: il y a là seulement la peine, nous innocentant de l’offense qu’en permanence nous subissons dans l’affligeante parenthèse

      je n’habite nulle part qu’en cette cage hors du nulle part. je tente tout pour cesser d’être traversé, et m’épargner cela
      j’aimerais une mouche si une mouche me déclarait son amour
      comment échapper à la mort quand la mort gangrène toute vie, et s’en nourrit?

      il commence à faire froid dehors, je ne vais plus pouvoir sortir pisser contre la haie. je ne vais plus pouvoir m’appuyer sur ce socle de lumière, dieu justement signifiant tout ce que nient la pourriture d’hiver, la souillure de l’homme hors-ciel, l’amour vaincu. je ne vais plus pouvoir mentir pour échapper ne serait-ce qu’en apparence – et comment autrement qu’en apparence puisque l’apparence désigne la forme-même de cette fuite? – à la plus profonde solitude…

      le ciel dans ses cordes, et la baie en sa somme. je trace un chemin dans le sable le sable ne retient rien
      moi je retiens quelque chose – moi la boue d’une trace fortuite, d’une empreinte délébile
      il faut s’y faire. se faire à ne jamais s’y faire, continuer à regarder l’heure quand l’heure déjà passée
      nous ignore en sifflant

    7 novembre 2018

  • perséphone l’hiver

      ne me pleure pas
      déjà suis-je
      parti

      un chien en
      embrasse un autre
      se lèche la trace

      si je perds quelque chose
      je t’en prie n’y
      pense pas

     

      il y a urgence à
      ne pas être
      juste survivre

      on lève un bras et c’est
      un bras qui tombe

      si peu consé-
      quents à nous-mêmes
      sauf à sombrer

     

      le peu, le peu
      d’espoir est tout
      l’espoir

      tu attends là, tu passes ta vie
      à attendre, là
      que là s’en aille ou
      bien te cueille

      que là s’endeuille, et puis un jour
      comme un con oui comme un
      con, tu
      tombe en grâce

     

      je ne sais de la vie que la mort et c’est déjà tout un
      miracle

      le miracle ayant
      eu lieu, demeure
      le temps

      le poulpe tendu sur
      sa corde

      la tête penchée
      un peu en avant et du
      mauvais côté

     

      la mer va pas si belle
      aujourd’hui regorgeant de
      cadavres dociles et
      d’escarres encéphales

      je ne suis pas
      une bite, la branche à laquelle
      pendant
      je me balance un peu

     

      pierre pomme fusée
      on est ce qu’on
      est, ce qui signifie qu’on a
      déjà
      tout perdu

      perdu l’anneau, perdu le sein
      perdu
      le sens du
      retour

    perséphone l'hiver
    5 novembre 2018

  • fenêtre dong

      à hauteur
      de non-sens, un homme
      mérite enfin sa mort

      je parle à la brouette
      la brouette
      s’effeuille

     

      coupable d’amour c’est renoncer à tout, épouser
      sa propre mort

      sa propre mort s’en fout
      elle se casse, la gueuse
      avec le premier v’nu

      le dernier confondu

     

      je romps
      que dire de plus sinon que
      je me romps

      je tends la main, la main
      douleur vive, déme-

      surément vide
      – l’inouï reste inaudible

     

      pas de colère, rien qu’une
      tristesse infinie, presque
      la désolation

      le bras finit par
      retomber, la poussière
      soulevée

      j’y retourne
      sans le pas je retourne à
      l’endroit

    3 novembre 2018

  • menus obscurs (moindres recoins)

      les yeux entament
      ma révolution

      si bien que
      je n’encours rien

      un chien crevé couché
      tout contre moi

     

      me pourriras-tu
      la vie ainsi ?

      un homme se tient droit est-ce une pierre, vide en suspens
      il écarte les bras est-ce un goéland, au bec de carême

      j’ai mal pour lui
      j’ai mal pour soi, me dis-je

     

      la chiasse de vivre
      et tu t’entends
      parler

      la dignité ne suffit pas
      la vérité
      ne suffit pas

      qu’est-ce qui
      m’attendrit comme ça, me ploie
      un degré au-dessous de
      zéro

     

      tendre la gorge
      au vent qui glisse, lame s’immisce

      il paraît que c’est la norme:
      on ne se
      suffit pas

      quelque part j’ouvre l’air
      quelque part ne meurt pas

    menus obscurs (moindres recoins)
    1 novembre 2018

  • létale pichenette

      ceci est mon nom et mon nom dénomme un sadique hargneux
      je tire le rideau pas tout à fait à fond, laissant le lai d’une lueur pour me repérer la nuit, m’orienter au cas où le mal reviendrait…
      toute une vie à rêvasser, cauchemarder, casser du néant entre ses petits doigts de sable sous ses ongles rongés, rongés rongeurs, intrépides zéboueurs
      je lui lèche aussi la cuisse un peu, dès fois que…

      séduction maladive. ils et elles puent le sexe à plein nez – et c’est encore là qu’ils et elles mentent le moins
      rentre bredouille un sexe d’on ne sait où – probablement d’un amour qui
      ne s’y entend pas

      je marche et malgré moi je marche
      tu marches, et malgré moi de même, tu marches
      des milliers de corps nous cernent, nous frôlent nous assaillent, remettent nos pendules à l’heure
      à l’heure de la peur qui hérisse, des gouttières qui fuient
      à l’heure de plus d’heure du tout, la fameuse heure en rade
      à l’heure où je te parle tu meurs
      à supposé que tu en aies le temps…

      abstraction faite du col du fémur, il me dit mais c’est quoi ce truc-là, cette boîte à souvenirs sans souvenirs dedans – c’est ma vulve à broyer du pop-corn connard, et à le recracher mâché dans ta putain de bouche
      puis elle s’endort d’un coup, si frêle architecture au pied de l’ascenseur en panne…

      je m’imite mal et c’est à cela seul que je me reconnais – ce défaut-là, pale claudication d’un fœtus mal poussé
      les voix audiogéniques s’enfoncent comme dans du beurre, branlent la cervelle, la sidèrent, on peut plus s’en défaire
      alors on se retrousse les manches et on se fout des beignes en plein son propre visage, jusqu’à tuméfaction
      tu viendras donc et tu essuieras le sang de tes gestes lents, doux et assurés
      moi je ne bougerai pas – je resterai assis là, vide lessivé, évacué
      de tout mystère

    31 octobre 2018

  • furoncle

      l’absolu n’est pas crédible. entre néant et grâce un frisson me parcourt, un déchirement me déchire. un poème signerait l’aveu de la défaite, la résignation à la débâcle
      c’est à dire induirait l’habile confusion de la grâce et du néant mais je n’en peux plus, simplement je n’y
      arrive plus…

      on s’appelle comment? après tout c’est vrai, je sais pas comment on s’appelle. pas de carte de visite; pas de visite du tout. dégoûté de lutter… je meurs par paresse, par inertie du poids. un jour je t’entends dire tu verras, ça ira… un autre jour je te crucifie, d’un seul clou, je te sépare en un

      je ne me suis jamais senti chez moi. on est toujours chez quelqu’un, pour se rendre finalement compte que sous chaque quelqu’un ne se trouve en fait personne. on a beau lui écarter les cuisses, sucer-pomper, il n’y a au fond
      jamais personne – si seulement on avait su avec élégance se laisser
      glisser à la surface… comme ça sans couler dès la première
      brassée…

      pas que me manque la pluie, ni la vague – mais juste l’art
      de faire naufrage. j’entends crier dans mon oreille. je peux pas savoir qui c’est évidemment: mon oreille n’est pas un œil. d’ailleurs mon œil reste sourd à tes avances. aveugle et sourd. il se roule une clope. même la mort ne suffit pas
      à le désencrasser

      je me plante des coups de couteaux dans le ventre. plusieurs fois par jour. ou des aiguilles à tricoter en divers endroits stratégiquement sensibles. à tricoter quoi d’ailleurs à tricoter l’néant j’imagine, je n’imagine même pas. je n’imagine plus. je n’arrive plus
      à m’endormir – ce qui explique sans doute que je n’arrête pas de rêver de mort

      je suis désormais habité par la certitude qu’il n’y a d’autre liberté pour moi qu’à travers la décision prise et assumée d’en finir, ou le renoncement inconditionnel à soi-même. sirène strictement aphone, empaillée là et posée nue sur le piano qu’on n’a pas accordé
      depuis combien de lustres déjà…

    furoncle
    29 octobre 2018

  • diesel-menthe

      j’ai tellement été conditionné à survivre, rien d’autre que survivre, qu’il m’est devenu quasiment impossible de dissocier l’existence du but, et donc d’en attribuer un à celle-là. et tandis que l’avenir se disloque ou rétrécit, l’existence ne peut plus prétendre s’imposer comme but exclusif. le but se perd et l’idée d’exister, manquant de soutien, finit par s’épuiser

      je ne crois pas en leurs histoires. la seule histoire à laquelle je prête foi n’a ni début ni fin, à moins qu’elle ne soit définitivement close. la seule histoire à laquelle je puisse souscrire n’a pas de sens. elle ne subsiste qu’en moi, vibrant de toutes ses formes à chaque point de suspension – docte somnambulisme…

      je n’y suis pas, ou si peu. j’entre dans la maison et la maison est vide, les trous béants laissés sans fenêtres ni portes. je ne veux vivre dans la mémoire de personne – que dieu-même m’oublie: je ne prends conscience de moi que tombant dans l’oubli divin. je respire cet air frais, cet air enfin. le néant est
      irréprochable

      long le deuil, subite la mort y mettant fin. si je te frotte les couilles sur le visage ou si je te lèche la bouche, que me répondras-tu – de quel droit
      existeras-tu? quelle pitié s’empare de nous main dans la main, quelle pitié quand trouvant le vide sous nos pas nous nous lâchons d’instinct la main
      perdus, nous sommes perdus

      la petite taupe m’a dit, regarde-moi bien dans les yeux: ne me dis pas qui est la plus belle, je me fiche de la plus belle, le monde est trop petit pour un tel sexe
      que faire avec ses pouces? que faire pour oublier que faire pour subsister, si ce n’est passer outre, là que l’ailleurs n’exile pas…

    27 octobre 2018

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