Aller au contenu

assis là sur un banc


  • un trou parmi les bêtes

      je n’ai pas l’habitude d’aimer alors laisse-moi là, et permets-moi d’être lent. de ne surtout pas profiter de l’instant, ni de quoi que ce soit

      long est le chemin, mais pas dans l’autre sens. il y a des peines de même, tout intériorisées, et qui s’esclaffent entre autres, et qui s’enlacent entre elles

      un chien rebrousse chemin, de nature incertain. la mort démocratique et la bise à marie. à marie va de soi

      et cependant chaque fois qu’on fait l’amour, qu’une queue plonge son chien, qu’une barque tire à soi le fleuve, et le fleuve, et le fleuve…

      on pourrait marcher de travers, s’élever en transfuge dans la couche stratosphère – non, on n’en fera rien. on lèvera les bras et on brassera de l’air, je le jure

      parfois on ne fait rien – on raccroche un destin à la potence hideuse. parfois on détache un chien de pluie, on libère… l’hébreu caché en nous

      la soif de moi c’est toi, la loi. et l’on s’enferme dedans, petit placard tout vide. une fois l’amour rompu, l’amour se rompt encore

      une fois le jour l’autre parti. partir à jeun maigre chemin, fais comme ça vient. et toi des fois, tu pleures à quoi?

    un trou parmi les bêtes
    27 juin 2018

  • la nuit s’endort sur mes genoux

      je manque d’oubli. de perspective aussi, d’où s’élancer comme on se joue aux dés. jamais je ne suis loin – mort sans doute mais loin, jamais

      tranquille tant qu’on y est. j’essaie de respirer. aspire fort des narines, gueule ouverte au néant. l’air, l’air ne respire plus

      l’insomniaque organisation des heures, jours et des secondes. j’accouche d’un phoque. un phoque est toujours là, pudiquement gisant, imperturbable en soi

      la nuit je fais cadeau. aux premières lueurs aussi je fais cadeau. de ma jouissance, de ma décrépitude. je suis mon propre troll, et mon troll meurt avec moi

      toute une pente à pas feutrés, un couloir où se glisser, l’échafaud où se hisser. ôte donc ta cagoule, christ de misère

      mourir pour rien, exactement pour que ça serve à rien. d’ici-bas tout va plat, la vulve tire son lot. j’exorcise un cafard, un cafard hors tension

      à moi qui dors tout l’temps, ne lève pas une patte ou seulement par dépit. ouvre la fenêtre aux mouches noires, aux impétueux courants, d’air et dégoulinant de lumière…

    25 juin 2018

  • parti de loin rev’nu de rien

      dieu d’une seule croix, dieu de petite couronne – l’amour en ces temps-là, vacance entre deux trous

      un homme de courte haleine. simple visée de l’esprit. je t’aime bien quand tu pleures. lacrymogène

      issu du désespoir, prolongé dans la douleur. la mère d’un matricide. tout le reste meurt comptant

      en voie de dématérialisation. pas devenir un ange, mais le zizi d’un ange. la pipe fumante d’un ange

      j’abandonnerai tout. jetterai la mer par-dessus bord. me délesterai de mes odeurs de croûte, de couille et de destin fétide. humerai l’air frais du matin pur

      j’ai un vaste bonhomme. une façon particulière à moi de le maltraiter. plus j’appuie plus il s’enfonce. une vague remonte

      une vague. une vague réparera tout. un chemin de traverse mais pas tant que ça, halé dans la poussière. une plaie par dedans s’entaille toute veine

      petite prière des morts. plaque tombale mais pas de trop haut. un phoque en la matière, houleuse par endroits

      un homme meurt, pas plus qu’un autre en somme. ce qui les distingue se réconcilie dans une échappée belle. le reste reste assis

    parti de loin rev'nu de rien
    23 juin 2018

  • ciel changeant, sable mouvant

      un seul ne suffira pas mais on n’a pas voulu m’en donner d’autre. je me suis donc mis à l’écart et j’ai rogné mon bout, poussant de petits cris de bête

      laver les carreaux. laver laver mais ils sont toujours plus sales. il faudrait jeter l’éponge avec l’eau de la cuvette. se masturber contre la vitre n’arrivera pas à ton visage. alors l’horizon, n’y pensons pas

      je caresse la tombe, elle reste de marbre – j’y casse une pomme. je me demande quelle heure il est, je regarde le ciel: je me dis déjà tard, il est temps d’y aller

      le soleil en face, et la mort au milieu. je frappe les mains une fois, deux fois, plusieurs fois: l’écho ne revient pas. je frappe les mains une fois, deux fois, plusieurs fois: même les mains ne produisent plus de son

      à l’écoute du temps qui passe, il creuse les distances. respire dans les marges. largue ce qui est largable et se ressert une tasse. un silence s’élève – il n’en demandait pas tant

      ça fait pourtant longtemps que j’existe – j’existais avant vous. avant votre mère, votre père. avant même leurs mères et leurs pères. et encore avant les mères et les pères de ceux-ci. j’existais avant tout. je suis pourtant, pour toi et par tous les temps, né de la toute
      dernière pluie…

    22 juin 2018

  • bouteilles sans message

      je vis près d’un silence. ça se décante, un silence. je ne t’apprends rien en te disant ceci, ou cela. j’ai les pieds trempés sans même être sorti, avant même que de les avoir posés au sol. un truc se passe mal avec tout ça

      tout l’art de l’inadaptation m’écorche gravement les doigts, il faut fumer. rester à l’affût. surveiller la mort, survoler les pendus. ou se toucher le sexe, ça marche un peu

      et quelque chose part en vacances. il se nomme loin de lui. il tourne à gauche et il s’en va. le temps de rallumer son clope et il s’en va

      ce n’est pas de manière récurrente, c’est juste de ramasser un clou par terre et de comprendre qu’il est fait pour soi, pour sa main, qu’elle lui va comme un gant et le serre contre soi. jusque ça fasse un trou

      il se passe quelque chose. il ne se passe rien mais je te vois filer là-bas, foulant une lande quasi hérétique tellement elle est banale. je me repère un peu – juste de quoi me savoir réellement perdu, pas plus

      en frottant suffisamment fort et longtemps de haut en bas, on aboutit à un genre de tristesse, d’élégance morbide. flotte sur l’océan une odeur d’océan. comme une nostalgie sans objet, et qui répond au gong profond

    bouteilles sans message
    20 juin 2018

  • évidemment je suis mort dans tes bras

      après une bonne averse, plus rien ne vit chez moi. la ligne est morte, la chaise – il faut que je t’explique – la chaise, tient à peine debout. elle branle sur ses pieds

      les étrangers font la queue. les autochtones eux auraient plutôt tendance à s’éparpiller, se confondre aux tendances du moment. parfois l’un ou l’autre s’échappe, se goure de chemin. alors on sait plus si c’est lui l’étranger, ou si c’est l’autochtone

      caresse-moi l’dindon. et quand je lui sort ça elle dit tout simplement ne tremble pas. tout simplement donc je tremble pas or ça s’avère pas si simple que ça. elle boit une gorgée de travers alors moi d’un coup sec: ne t’étouffe pas

      c’est tellement triste chez toi. les vivants n’y restent pas longtemps. juste le temps de tirer un coup, même pas. ils ressortent le pantalon sur les genoux, pendant que je me gave de friandises

      ressusciter ne fut pas le plus dur. je me mets mollement à courir de temps en temps, mu par l’idée stupide qu’ainsi je serai moins mouillé, ou mouillé moins longtemps. tu parles…

      il ne faut pas s’attendre à grand chose. surtout depuis qu’on ne s’attend plus à rien. et si un fait se produit exceptionnellement, mécaniquement j’allais dire même accidentellement, mieux vaut ne pas lui accorder crédit

    18 juin 2018

  • plus tendre le millet

      les hommes sont des mourants. laisse-leur les bottes, un jeu de cartes usées. ou une montre en main qui leur indique le nord, toujours le nord

      ce n’est pas seulement l’amour qui pèse ainsi. s’y ajoute en effet tout ce qui se passe à côté: vitres fêlées, portes claquées… on s’embrouille l’esprit avec les e-mails du matin, et le clarifie avec le café d’la veille

      les vivants comment dire, cassent la croûte sur un banc. cela se voit parfois. d’ailleurs on y pense souvent. se cassent les dents sur du vent. et puis d’autres fois ils se contentent de fumer un peu d’herbe. ça les rend moins jaloux

      je me suis baissé pour défaire mon lacet, ou je faisais semblant. j’espérais apercevoir quelque chose s’envoler un peu plus loin. ou la marée monter, un peu plus près. mais rien: pas un pou, pas une grue en vue

      chaque jour accouche d’une montagne dont il faut débouler. un sommet qui s’effondre, alors on dégringole. on a l’habitude maintenant, on gère le stress. on anticipe le pire

      elle clope toute la journée, elle se lave plus les dents. ça lui fait les dents un peu jaunes. un peu plus jaunes avec le temps. les dents jaunissent avec le temps

    plus tendre le millet
    16 juin 2018

  • à fond de cale

      c’est la dernière fois que je te dis merci, ou pitié selon le contexte. la prochaine fois fourre-toi la queue dans l’œil
      j’aime une chaise. je n’ai jamais aimé
      qu’une chaise

      tout ce que la vie m’accompagne et flop, elle en perd la moitié en chemin
      ça compte pour du beurre mais on peut plus sentir le beurre – n’ayant plus rien à perdre c’est à dire le luxe enfin de
      ne plus avoir
      rien à compter

      une deux trois j’irai dans les bois. j’aime pas les bois. j’ai peur dans les bois
      ton ciel à moi il est à toi, il t’ouvre grand les bras, le cœur, le sexe
      un escargot blessé. la marrée en apnée

      tu parles ou tu ne parles pas. ça finit
      par ne plus faire différence. je t’embrasse
      ou tu voudras qu’importe, que m’importe, où tu voudras c’est bon on s’en
      contentera

      un vide entre les jambes, simulacre de hara-kiri
      j’aurais pas du te parler ainsi, j’aurais pas du te parler du tout
      d’un autre côté, j’aurais pas du me taire non plus
      nous n’étions pas faits pour nous entendre, mais seulement pour naître
      avec un os, au milieu

      c’est la toute dernière fois que je te pense. dernière fois que je pense tout court. à partir d’aujourd’hui, maintenant ou désormais
      serais-je ainsi comment dire, simple dommage
      collatéral ou respiré-je encore, entre deux
      souffles creux…

    15 juin 2018

  • mentale déconnexion

      Japon, Nord, Ciel, Amour, Est, Nord: j’me mords
      un jour je dirai la vérité, hostile, définitive
      mais d’abord il faut te boucher les oreilles
      avec de la cire
      du silence cousu main
      de la sperme en paquets

      chien méchant n’aboie pas mouche
      mais tu n’écoutes pas, tu fais la douille, tu crois
      que j’raconte n’importe quoi, que j’avance à tâtons ou je n’sais quoi
      et même que mouche à dieu
      ne colle pas merde
      – crasse connasse, va…

      ta gueule et au mortier. la doctrine douce
      je ne m’habitue pas. j’ai beau cligner, écarquiller, plisser
      les yeux je ne
      m’habitue pas

      l’étranger est un violeur, puisque ce n’est pas mon frère
      mon frère me viole, je suis donc étranger
      nathalie n’a qu’une parole, or je n’ai et ne lui prête
      qu’une oreille comment dire
      … peu attentive

      la nuit me dit merci, puis reste là accroupie comme une fille derrière une touffe d’herbe
      je déambule hors-tombe, soit, je veux bien danser avec vous
      toute la nuit cependant, et toute la nuit durant. moi j’aime un chleuh

      c’est la fin de l’existence telle qu’on la connue, ou du moins telle
      qu’on se l’imaginait. tu me tends un livre et je te rends des cendres,
      tu souffles sur les cendres et je mets des draps propres

    mentale déconnexion
    13 juin 2018

  • lève-toi et danse, gare saint-lazare

      j’avais un homme, quoi, les hommes s’oublient
      se racontent une histoire
      tiens, prends ta pile et casse-toi, tiens, reviens sans pile
      reviens sur place

      je m’promène, je m’promène et toujours rien
      est-ce à ta moule marie ou à la barbe du prophète que je me frotte – et je m’ennuie un peu, j’avoue
      un peu déçu naturellement mais bon…

      il a neigé pour rien
      malgré les apparences la mort n’est pas pour rien. jamais.
      à moins que je me sois trompé
      d’heure, de forme de la chute, d’occasion de me taire
      j’ai pas le temps de plaire, d’accord

      strip-tease métaphysique, purement métaphysique
      la pluie et le sale temps, je lèche la purulence, je nettoie
      la crasse avec la crasse, la tache
      du revers de la manche. en vain

      personne ne j’aime ni même. ma mère non plus
      un petit doigt m’a dit debout, un petit doigt m’a dit couché – je rampe à travers toi, c’est fou

      mon mégot n’y peut rien, s’écrase au fond d’un verre
      tellement d’mémoire en tête (d’outre-temps) que j’n’ai plus d’tête
      que queue traînante et haletante, traînant par vaux, confiscatoire

    12 juin 2018

Page précédente Page suivante