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assis là sur un banc


  • pierre pomme fusil

      le monde ne se dévoile vraiment pur et parfait que reflété dans l’œil du néant. ne cligne pas, néant

      toutes ces choses existées. toutes ces choses existées, dont dieu est dit le nain branleur

      ta race ou t’as pas d’race. j’avais un œil pourri, un autre œil-de-bœuf, j’avais ta race aussi. mais je me suis trompé

      tu vas trouver quelqu’un d’autre sur qui déverser ta hargne et tes intimes sécrétions – moi j’ai plus l’cœur à tout rompre

      ma prière tient debout. non, ma prière ne tient pas d’bout: c’est moi qui tangue, vacille, trébuche. c’est moi le compte à r’bours

      tu pleures avant même que je siffle, tu souffres avant même que je jouisse. je n’y suis pour rien – vraiment. même avec une âme scotchée au cul, et transpirante

      je vais, donc je vais. la mer toute entière dans une bouteille, dis. j’te crame les poils des aisselles, du pubis. j’te crame la mort entre elle, les quartiers nord

      j’te rase la nique. la pluie c’est comme hier, debout de biais et sur le ventre. le vent c’est côté cour

    pierre pomme fusil
    10 juin 2018

  • la joie qu’on en retire

      ces reliques sentimentales, bouts de papier pliés en quatre dans la mémoire rouillée, verrouillée par les pulsions morbides accablant tout être arraché au néant par l’effet délétère
      d’une fausse couche…

      si la souffrance est une, marie voilée de nuit, marie du fond du puits. et si donc j’ai envie de t’embrasser c’est seulement sur ton mal, en aspirant le saignement et de salive amère en colmatant
      la brèche…

      trop tard est au milieu, au milieu du grand lit. blême je m’y branle sur un nu chrysanthème, tâchant de ne pas le froisser. je te ferme les yeux
      tu les rouvre tout grand sur un vide intérieur.

      je me gratte l’épaule, le haut du bras dans la continuité. je reste sans appréhension face à ce qui vient, même s’il se trouve encore à tuer en moi. et comme un léger flottement, une légère, mais très légère
      poussée de fièvre…

      le soir venu je ne m’y accroche pas. ça se dégonfle. elle se dégonfle. lentement, très lentement, du vide émerge le vide. sans prétention. je range mes ciseaux ma brosse me mets sur le côté et sans accès,
      comment vivre sans issue?

    9 juin 2018

  • le temps des queues d’cerises

      j’effleure la transcendance. ou j’effeuille
      ton cactus. te parle entre les dents, juste dessous la langue – parait-il, poisson fétide
      que ton père est décédé. paix à son âme
      paix à toute âme. paix à ton âme aussi

      ce n’est pas de leur faute s’ils tombent l’un après, après ou avant, l’autre: c’est qu’ils ont abdiqué
      je me retrouvai nu au pied de l’immeuble de tes parents. je pensais avoir tort, par pure précaution
      je procréai mon tour venu. éjaculai dans un cactus. je me dis alors qu’un jour viendrait, quand bien même
      un jour ne viendrait pas

      c’est un talent, et je n’en eus point, ainsi préservé de tant d’inanités…
      en homme du peuple sans le peuple. je te gratte les fesses. mon doigt sent la mort
      les traces dans la neige disparaissent à la fonte des neiges. je m’embourbe qu’importe – on assume et on crève
      même en assumant on crève
      alors voilà

      j’ai peur qu’une certaine chose (ne) m’arrive
      et j’en ai tellement peur que je finis pas souhaiter qu’elle (n’) arrive, triomphale illusion
      j’ouvre la fenêtre à une mouche pour la délivrer, c’est idiot. je passe mon bras autour de toi:
      ce n’est pas tant ton absence qui m’intrigue, que la douceur en moi
      de cet effondrement

      d’être né étranger, ça veut dire n’avoir nulle part
      où revenir, les deux pieds côte à côte
      revenir est interdit, le lieu maudit
      je me protège je me protège je me protège, tout en concevant
      qu’on ne se protège pas
      de 
      ça

      ils me croyaient sexe, ils me croyaient mort, tandis que je n’étais
      qu’enfant perdu, cure-dent planté dans la gencive, caresse inopportune
      un chien m’aurait mordu, ou j’ai mordu un chien, je ne suis plus très sûr…
      que le destin n’existe pas, comment lui/se pardonner?

    7 juin 2018

  • conserver intact le baiser moite

      il y avait là quelque chose de gris, d’intentionnellement gris
      confidence impersonnelle, anonyme émotionnel – l’ombilic des humbles en quelque sorte… c’est le linge
      qu’on étend sous la bruine. la mort mourra sans moi, je te rejoindrai là
      où tu ne viendras pas, éminemment fidèle à ce
      qui n’existe pas. plus. pas ou plus, je ne sais plus

      selon la
      confusion des genres en vigueur, je dis toi par exemple. tu me toises et disant ça, est-ce bien moi, ça,
      os brisé au centre de
      tout ce chagrin? il faut que j’en parle à ma sœur. au bistrot l’expresso
      reste bloqué à un euro dix

      à quelle distance me trouvé-je
      encore de moi-même, de ma mort, et l’osselet de la main?
      le chat n’est pas revenu, et je ne suis revenu
      à rien. faisons le tour de rien. il meugle à présent: c’est un espace tranquille,
      un vaste dévoyage…

      quelques vagues souvenirs flottent, à moitié putréfiés. j’allonge le pas
      j’allonge le pas or le sol refuse de glisser sous, se laisser enjamber. j’accoste
      j’ignore encore où, quoi qu’il en soit j’accoste – je sais bien que c’est inaudible, mais supposons que ce soit près de chez toi, au cas où tu n’y
      habiterais plus, soustraite par contumace au plus pur et malencontreux des
      hasards

      trois jours de suite je me suis endormi
      sur le même bras plié, replié, le même obscur déplié
      je n’avais pas l’âge de soi, pas l’âge en tout cas, non vraiment je ne me souviens pas:
      ou le mal s’est rétracté, ou l’enfant
      n’était pas né…

    5 juin 2018

  • déliquescence

      je ne m’en vais plus. un trou noir
      serpente en ma demeure
      – que pourrais-je dire d’autre? un peu, beaucoup, passionnément…
      piètre confidence

      j’avais la forme du changement, et c’est mort à présent

      j’ai beau me dire se, à, où, d’en
      tout comme le mur d’en face, inodore, incolore, parfois même indolore
      et d’autant plus infranchis-
      sable qu’il ne se dresse pas

      l’attente me dépasse. un clou
      de lumière coup sur coup s’enfonce dans le crâne. j’habite
      une terreur adultère, densité de torpeur
      suffisante j’espère, à geler
      les flux migratoires en intime

      tu ne m’attraperas pas comme ça
      je te dis que tu ne m’attraperas pas comme ça
      avec un crochet mou, la dragée haute ou quelques gouttes
      de muqueuse non, tu ne m’auras pas –
      la mer à marée basse, soit, mais qui te dit
      qu’elle refluera?

      un rêve de rien, une lettre
      jalousement morte
      les lacets défaits d’un voyage en suspens
      j’essaie de ne rien dire, simple verrue sur la langue, regard emprunt de khôl
      me pousser encore un peu s’il le faut, faisant place
      au grand vide tu vois

      inactuel, et pas seulement
      par élégance ou par pudeur…
      si je me frotte sur ton flanc gauche pour jouir sur ton flanc droit, à quoi
      aurais-je survécu?
      l’ombre me frôle, d’un destin qui m’échappe. je retire un mouchoir…

    déliquescence
    3 juin 2018

  • quelqu’un pour m’enterrer

      dans la nuit m’as-tu vu
      et m’as-tu vu?
      j’espère avoir gagné quelqu’un, quelque chose
      une âme entre deux urnes.
      je creuse ici, laisse-moi creuser ici, et toi un peu plus loin
      un peu plus infiniment loin de moi, qui
      creuse ici, creuse toujours…

      j’ai frotté, j’ai frotté
      pour finalement toujours plus de boue…
      un ciel s’est couvert. il a tout bonnement disparu
      en moi. j’ai couvé un dieu, une larve de dieu pour tout dire, j’ai tenté de le réchauffer, de lui faire
      passer l’hiver

      le soir je bois, c’est vrai
      j’ai besoin de ça pour ne pas sombrer
      dans la plus brute insignifiance.
      j’ouvre mes bras, j’ouvre mes bras si large
      que toute vie s’y perdrait, suffoquerait
      j’ouvre les bras à l’ouverture illimitée, je fais un nid à l’infini
      dusse l’infini se contenter d’être et se réduire
      au néant le plus pur

      j’habite un cheveu. un cheveu faute de tête
      une légèreté m’accompagne, moi le boulet
      mon ami n’a pas de nom, c’est pourquoi il est mon ami
      je n’ai pas de nom non plus, alors des fois je l’appelle mon ami
      même si ce n’est pas vrai

      une vie me parle de toi, tout une vie
      elle me dit que tu vas bien, que tu pleures de temps en temps, ou que tu n’es pas là
      elle me dit que je ne suis peut-être que l’air refroidi par ton ombre
      ce n’est pas péché d’orgueil, puisque l’orgueil n’existe pas
      d’où le péché d’autant plus grand…

      tout ce que tu navigues navigue, il est temps de couler.
      la beauté du monde me séduit, sans vraiment me tenter
      parce que je vais ailleurs. ailleurs c’est toujours ailleurs
      tu regardes quelque part mais ça ne sert à rien, sauf à voir que ce n’est
      pas encore là.

    2 juin 2018

  • et puis le christ en a eu marre

      se balader en pleine nature ne la rendant pas plus belle, ni moi meilleur, je suis
      resté chez moi, et comme
      évaporé dans l’air ambiant
      figé en vol…

      il ne me reste qu’un couteau
      le geste y est passé
      le sperme, l’aorte, la larme close y sont passés
      il ne me reste qu’un couteau, dont le manche est tombé
      comme on tombe à genoux
      quand on en a les genoux

      un chien s’est mis à poil, il squatte ma baignoire
      du coup je n’ose plus m’y baigner, du coup je pue d’la chatte et des aisselles
      des semaines durant, des semaines ignorant
      si je rêve ou si je rêve
      ou si alors c’est le néant, si le néant c’est ça: un chien rasé
      vautré dans ma baignoire

      un homme n’aurait jamais du tenir compte de moi
      nul homme
      jamais
      nul homme ou nulle femme
      nulle bête, nul dieu
      et j’eus pu respirer enfin, à pleine pompe
      du fin fond de la tombe

      un chien n’a pas d’espèce, il vagabonde, il est obscène
      c’est l’image de l’homme hors lien, hors fidélité – la vérité crue de l’homme sans reflet
      par où il jouit, par où il crève, par où l’être lui manque et le manque déborde, excède
      de toute la violence du manque

      c’est comme si on m’avait enfoncé une croix dans le corps
      comme si on m’avait fait avaler un vivant crucifix
      et puis le christ en a eu marre, il s’est barré, m’a laissé là, seul comme un con
      vidé de grâce, vidé d’affront
      et sans passion…

    et puis le christ en a eu marre
    31 mai 2018

  • j’traverse les balles

      je serai le chemin. et même plus, je serai
      l’explosion du chemin, ou sa relégation
      l’espace pur entre les cuisses
      du chemin, je serai ce à quoi mène ou ne
      mène pas le chemin

      je ne guéris pas. tu as beau
      te pencher sur mon cas, murmurer les formules, réciter les mantras, je ne
      guéris pas.
      l’issue de rien. l’issue à rien
      confiné là, courbant sous
      tout ce à quoi tu ne
      me réponds pas

      je ne réfléchis pas grand chose, mais tout de même, je sonde
      le sable à l’aide d’un piquet
      la marée engourdie, mieux vaudrait
      ne pas la réveiller, mais l’ignorer
      d’une vaste étendue

      j’habite un dernier cri, un râle ultime
      le reste n’est que hasard, heureux ou malheureux
      concours de circonstances, et tout me congédie
      l’instant me congédie
      je serai le nulle part
      en marge du chemin

      un poème ne fait pas l’éternité – il verse
      quelques mots à somme nulle, offrande dérisoire
      rien ne remonte du fond, la surface
      glisse à la surface, je continue
      malgré tout à m’enfoncer
      dans je ne sais plus quoi

      tel que tu me vois, je suis là d’où je viens
      j’y reviens, j’en reviens
      assermenté, d’un serment que les mots escamotés rendent désormais illisibles, supposé qu’ils aient jamais signifié
      quoi que ce soit, ou même qu’ils aient jamais été
      proférés

    29 mai 2018

  • un homme n’en parle pas

      s’abstenir de cohérence ira dans le bon sens, quel que soit le sens. il n’y a pas de hiérarchisation nécessaire quand il suffit de basculer le triangle pour interchanger les rôles de la base et du sommet. entre le tout et ses constituants l’identité est telle que les distinguer revient à les supprimer, tandis que les confondre revient à la noyer. je n’ai donc, en bout de course comme en fin de compte,
      plus qu’un poème…

      à qui il ne manque qu’un ciel pour s’envoler. c’est à dire retourner la boule de neige afin de remettre le gouffre debout, transformant ainsi la chute en vol plané
      évidemment précède la chute. évidemment précèdent l’expulsion, le plongeon, la défenestration dans l’espace pur qui à quelques brassées de là perd toute sa qualité
      d’intériorité

      j’ai déjà fait le ménage, de par moi-même. je n’écoute que qui n’a rien à dire, ni n’éprouve le besoin de dire. écouter ici signifie faire silence autour. détournant l’attention pour ne pas l’orienter, la figer, mais la laissant coïncider
      aux marges vives

      un accent peine à se caler sur les cordes vocales. le chant, départi de l’accent, rêve tout haut. rêve d’un accent mort, d’une manière de succomber qui lui soit propre, et propre. lorsque le chant fusionnant le silence et le cri cesse enfin, tout revient à avant – avant qu’il ne pleuve par exemple,
      ou se mette à prier

      ne me traite pas d’irréductible, moi qui baisse mon froc devant toute promesse, tant la promesse est rare, diffuse, abasourdie
      dieu n’a pas pitié de nous: nous ressusciter lui suffit – comme si c’était de résurrection dont nous avions besoin urgent, le salut que nous quémandions humblement. alors forcément qu’on se sent un peu…
      mécompris, forgés au froid du malentendu

    un homme n'en parle pas
    28 mai 2018

  • dont l’esprit ne s’évade

      parachevant la plainte qui s’élève du milieu, j’ai tout un arbre à pendre
      une durée lumineuse, également
      quelques agents m’ont vu

      se maintenir debout alors que tout chavire, en équilibre sur un vide extrême
      plus quelques mouches autour, leur macabre danse du ventre
      – est-ce d’avoir vécu qui me tracasse ainsi, ou résolument l’idée que
      la vie n’existe pas

      périodiquement mourir, sans pour autant renaître, bien malgré soi d’ailleurs
      renaître d’ici-même, un doigt bagué d’anus, les muscles de la main
      étranglant la pénombre

      j’avais j’étais certain, une peau bien à moi, une peau narrative
      un mur qu’on érigeait afin de soutenir quelque obscène graffiti
      j’étais j’avais, option facultative, besoin de rien désir de tout
      enfin je crois…

      et j’embrasse quelqu’un
      sur la bouche ou ailleurs, j’embrasse
      quelqu’un me dit embrasse-moi là, ou là, j’embrasse ailleurs
      quelqu’un
      m’embrasse ailleurs

      : l’ombre en lumière…

    26 mai 2018

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