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assis là sur un banc


  • plane, la rigueur

      l’ancêtre qui marche ne dit rien. il s’enfonce en un bois peu profond, s’agissant de l’impénétrabilité de l’être

      c’est la joie d’être, l’esprit qui s’émerveille. un jour tu fais
      le tour dans un sens, un autre jour en sens
      inverse, sans jamais être sûr toutefois de retrouver le point initial
      de ta matière, de ton élan

      l’ombre qui passe sur toi ne t’efface pas tout à fait. disons qu’elle te répare, qu’elle neutralise la pesanteur, une certaine
      idée que l’on se fait de soi, à contre courant de la fille en nous nue, ou notre plus intime
      conviction

      chacun prend son chemin
      chacun prend son chemin où il veut et l’abandonne un peu plus loin, en terrain boueux ou sur lit de caillasse
      chacun se déshabille, comme il peut, armé d’un ongle dont la magie
      ne fonctionne plus

      rien ne me lasse. ex-traire de l’ombre épaisse une grêle
      et bien aigre lumière. baisser le ton hausser la vue – oui, non: arrêter de penser, battre les bras à la figure du vide
      et commencer à planer planant planeur, esprit fluide suis-je là?

    plane, la rigueur
    24 mai 2018

  • un seul survit au loup

      je me suis demandé pourquoi comment j’étais encore toujours vivant
      ne sachant pas m’y prendre pour être mort
      le gène de la maltraitance
      rivé aux couilles

      un chien ne me parle pas. un chien
      ne me regarde pas. je n’ose même pas mon nom, un nom
      au bout de mon angoisse, au bout de mon émotion, il n’y a
      rien

      cette ahurissante liberté
      mais dénuée du moindre sentiment de liberté
      j’ai un mal d’homme à être un homme, ne sachant ni ne pouvant
      être rien d’autre que cela, mort sans audace

      toute la bonté et même si on pisse à côté toute la bonté
      de l’homme en travers toi, une idée sans ciller, toute
      la bonté de l’homme, et à ses pieds, l’homme à ses pieds, ses pieds
      trempés

      et pourquoi qu’on m’a fait ci, et pourquoi qu’on m’a fait ça
      qu’on m’a rien fait
      je regarde devant: devant
      me regarde, sans que nos regards jamais
      ne se croisent

      c’est la vie et c’est comme ça, la mort
      c’est la mort et c’est comme ça, j’arrive
      j’arrive – enfin… pas vraiment
      c’est comme ça et j’arrive pas

    22 mai 2018

  • mort que vif

      je voulais me foutre un coup de couteau dans le ventre mais le coup est tombé dans un trou. ou j’ai voulu mourir et la vie selon moi,
      la vie se fout de moi

      le berceau solitaire. tu ne me remplis de rien. un trou me perforant la tête crèverait l’abcès, dégageant un vide par où
      respirer enfin

      je me fous d’être aimé, d’une corde où me pendre. je verse à cent pour cent
      dans le néant-jadis, le néant
      hors d’âge

      je ne suis rien
      mais jamais assez rien. je me couche dessus la bruine, la bruine
      me touche le visage, je n’ai pas de visage, j’adopte l’attitude
      d’un régulier suicide

      tu me manges une joue creuse, très creuse
      la mort se mêle de moi, la mort se mêle de rien. je fais le tour du lac, je tourne autour du pot
      et ça fait même pas jouir

      la porte s’est ouverte, le nuage
      crève de lui-même. j’ai mal à nulle part. très
      mal

      on ira dire bonjour à l’adieu, on éjaculera à bout portant dans
      la bouche d’une morte. on dira non, comme pour s’enfoncer un peu plus encore, doigt-chagrin,
      dans la merde

      un siècle et pas un pouce de plus. tu me regardes
      quand je ne te
      regarde pas. parce qu’y a pas d’ça à voir
      ni rien

    mort que vif
    20 mai 2018

  • la vie selon les normes franches

      un chien a ouvert l’espace pur, sans rien connaître pour autant
      de la mystique rhénane ou de ses acolytes, beatles de terroir, bénéficiaires des minima
      sociaux: commun soleil dénominateur

      d’instinct je me méfie
      de celle dont le hasard n’aurait pas épuré la ligne d’horizon, la ligne
      du destin. elle m’a
      remis son gobelet – je préférai cracher par terre, par dépit ou à défaut
      d’ailleurs, en contrechamp

      dépouillé de ses oripeaux, il ou elle, voire il
      commence à être beau, de banlieue de hameau, remercie
      le ventre qui t’a vu naître, expulsé, perçois jusque la buée dans
      la caresse des os…

      je t’aime beaucoup moi non merci. jambes sang sous robe noire, j’erre parmi, entre et parmi
      les pissenlits, je t’aime beaucoup d’entre l’azur
      et l’autopsie: j’étais un phoque, je reste un phoque, pur extrait de ta vulve

      j’habite
      à deux pas de chez moi, seul ou à trois sous un genre d’escalier de planches brutes, de perron en béton – j’habite à moi tout seul
      seul en soi ou dans un bois

      chercher sans savoir quoi, aller sans savoir où – ça pourrait être un parc en fait. à quelques encablures
      d’un périphérique, n’importe quel
      périphérique je m’en fous, à la structure fragile en dépit de sa nature
      compromettante…

    18 mai 2018

  • masako natsume en moine bouddhiste

      avec ta gueule de poisson-loque, d’arménien post-traumatique relève le mufle, hume un air d’ailleurs, éjacule
      à bout portant ou à portée de main. demeure un homme – les os
      se chargeront du reste…

      quand ce n’est plus la foi, c’est la pitié qui manque et des fois j’ai juste envie
      de cesser d’être, j’aspire au plein néant. soulagé d’exister, de l’excrément de vivre, du poids des bigoudis – je rêve d’un non-rêve, total
      et abyssal…

      il n’y a plus de sport – faire le beau, éprouver sa puissance, il n’y a plus
      de chemin du milieu. rien que les bas-côtés, où ruissellent les pluies, pissenlits et orties: le surplus
      inapproprié. tenace. le désert paternel

      d’ailleurs il est mort
      personne ne s’en préoccupe. dieu, même dieu s’en désintéresse – il doit
      ressusciter tout seul, comme un grand, ou comme un moindre grand que sais-je mais une fois ressuscité, une fois sauvé des boues que sais-je, que peut-il faire? que veux-tu donc
      qu’il fasse?…

    masako natsume en moine bouddhiste
    16 mai 2018

  • un homme contre son gré

      et sur ce terrain-là tu n’iras guère plus loin. à vrai dire tu n’iras nulle part. tu te jettes d’un train pour retomber
      toujours sur le même quai

      l’idée dont on s’imprègne, et qui nous meurt la vie. chapelle commémorative: une mort sublime l’espace. on ne sait plus où
      se vider la vessie

      en homme qui n’allait jamais sedan, je crains d’être un peu amoureux. je retrousse une manche, je rebrousse un soupir – quelque chose m’arrive, qui m’arrive plus loin comment dire,
      qui m’arrive à un autre

      non il ne fait pas beau – jamais. ne perçois-tu pas la cruauté de dieu sous l’effet-même de la grâce? en samouraï transi tu retournes la terre, tu bêches ton terrain. ton terrain
      te le rend bien

      il faut passer la mort sur toute l’étendue de ta vie, de ton visage – il faut passer l’éponge sur les couilles, les ‘tiotes ruches, et les fantasmes
      de châteaux en champagne…

      tu ne m’auras pas. non tu ne m’auras pas je ne suis le témoin de rien, ou rien que le témoin de soi, queue de paon en guise et place de l’oreille – oui de l’oreille
      exactement

    15 mai 2018

  • les gueules de loup

      nous nous tenions la main par la même seconde. et c’est à la même vitesse, à la vitesse d’un nœud…

      chanterai sans un son, respirant sans un souffle. tu me demanderas pourquoi – il n’y a pas de raison. où est une raison, c’est le pourquoi qui saute

      l’espace vide et de lumière. en attendant je refourgue le don de prophétie aux zonards, aux migrants de pitié. moi aussi, je vis pour rien

      allez j’arrête. je ne décolle plus de l’animal astral. mon cerveau se dilate, vulve à l’avenant. mon cerveau se délite, cierge rampant grave

      car la grâce se réveille là, en pleine vacance. là-même où la loi inopère. alors qu’à l’autre bout de moi, pendues au-dessus de leur tombe, mes amantes
      se languissent…

      elle me dit dur, ogre ascétique. elle me dit clown tendre, ours pelé. elle a du oublié le PQ usagé qui me pend aux branches des lunettes
      et l’ idée-même de dieu…

    les gueules de loup
    13 mai 2018

  • chien-balai

      je veux boire encore. parce que je ne sais pas où je vais. et pour ne pas savoir où je vais
      c’est à dire froid au bout, le cœur élémentaire. ma vie
      par le crispant du sens. l’héritant tout en douceur
      d’une misère…

      même un chien
      n’en voudrait le quignon. un couteau dans la plaine…
      il fait beau quelque part. c’est chiant à dire à penser à cramer or il fait beau
      quelque part. je n’y suis pas évidemment et de n’y être pas,
      je reste là sans là

      le taureau par les cornes, le taureau par les couilles, une simple caresse
      suffit à m’amadouer. je pleure debout
      ça s’épand mieux comme ça, levrette du chagrin, mourir ne sert à rien. je pleure
      debout

      ceux qui sont morts tombent debout. on essaie quelque chose. on espère rater tout
      bizarre comme nul en moi ne s’oppose fondamentalement à la mort. il faut bien
      qu’elle nous mange. il faut bien
      être mangé quelque part, à partir
      d’un bout qui traîne

      je n’ai qu’un dieu. j’ignore où le trouver. j’éjacule parfois
      j’éjacule n’importe où.
      je voudrais mourir en toi, pisser sur tes glaïeuls. je n’y arrive pas
      là où j’arrive, tout s’est déjà enfui

      nous sommes les hommes d’un dieu tournant. et puis le garçon que j’aime
      . quoi, une vie?
      rien, une vie.
      on se blottit dans un coin. les révolutions
      sont les révolutions du sens

      j’ai froid un peu, entre les yeux.
      on n’avait jamais vu ça, mais alors jamais vu ça. un homme
      est entré dans la gare. un chien
      est sorti par hasard. genre nous sommes des héros pour la vie
      des picards sans destin
      et ça se sent

    11 mai 2018

  • celui qu’on embrasse au milieu de la bouche

      je reste avec toi
      le long des corps, la rouille au clou, je reste
      avec toi, langue pendue, cercle vicieux
      il n’y a rien à dire et c’est ce que nous disons, c’est pourquoi
      nous disons. l’heureux mensonge

      n’éclate pas l’huître.
      un peu de morve coulera de tes nom, prénom, date et lieu de naissance…
      l’autre non plus, répond absent
      et par mégarde le mégot. use la pluie

      impossible d’arrêter de (se) mentir. regarder les choses
      non pour la première fois, mais de toute éternité. d’un instant zéro. d’un simple recours à
      la circonstance. rien ne me
      fera honte d’être vivant

      seul un homme en moi s’harmonise. le reste
      tombe en désuétude
      les ruines vers le bas. l’espace augmente. les mauvaises herbes, tirant profit de chaque instinct
      recouvriront tout ça

      si l’on n’avait crucifié dieu, il ne servirait à rien
      – du moins d’être un homme…
      je planque mon fric. je planque ma misère. me rase la tête. me rase le mur. quoi que j’aie ou n’aie pas, je planque. je rase
      en beau témoin de rien

    celui qu'on embrasse au milieu de la bouche
    9 mai 2018

  • j’achète un ch’val

      je te parle d’autre chose. non pour simplement faire diversion, mais en tant que la diversion met comme en évidence l’essence des choses
      de quelles choses, là c’est trop m’en demander

      quand je ne me demande rien, alors qu’une soif ne cesse pour autant de me titiller…

      depuis que je suis mort, j’adore
      non le début, la fin, mais le détour qui tous deux les inclut
      tu sais que je n’ai rien. de ce rien-là
      dont je te sais

      quand je parle de chien si c’est péjoratif, c’est que je suis péjoratif
      le chien, image de loup déchu, s’autorise cette générosité dont le loup aurait honte, qui prétend incarner la mort à lui seul

      je n’espère rien. je prie pour qui n’existe pas. pour qui ne s’abaisse pas à exister. je suis
      l’objet de dégoût du dieu en moi. et si je n’ai prise sur rien et rien prise sur moi, lui ne me lâche pas

      un mort en vaut bien deux, alors lâche-moi s’il te plaît
      le train n’est pas complet mais le billet me manque, ou ne trouve pas où se composter
      le train me manque, s’enfonçant dans le vide. le quai me manque, d’où se jeter à nu. la répression me manque – je suis si
      désespérément libre…

    8 mai 2018

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