Aller au contenu

assis là sur un banc


  • météo ultramarine

      on s’abreuve de jours heureux. au goulot carrément. on se contente de ce qu’on trouve
      quand on revient le lendemain, on en caresse les ruines. on n’a hâte de rien

      gentil bonhomme gentil bonhomme, comment m’as-tu trouvé?
      tu relèves ta jupe sous ta jupe n’est qu’un cul et je n’ai que faire
      d’un cul. je remonte plus loin, beaucoup plus loin
      au-delà de trop loin

      mon chien
      ne monte plus la garde
      je ne me soumets plus
      à quoi que ce soit. ni aux volets clos. la vie
      fait grise mine – je suppose que c’est afin
      d’attirer le chaland

      sauvegardons l’inutile, le parasite, le réfractaire. sauvegardons-le pour rien
      ou bien renonçons à notre âme, cloche d’entre leurs gouffres…

      je ne serai jamais heureux de rien. je resterai là assis contre toi, plat dos à dos plat, comme au judo
      oui, comme au judo

      l’intérieur c’est beau comme ça. avec un naufrage oui ça lui donne
      un air de jamais vu. il faut vider ses poches – la police l’ordonne

      n’étant maître de rien, je garde tout de même, malgré tout et pour cette raison même
      l’instinct du
      carillonneur…

    météo ultramarine
    6 mai 2018

  • tout compte faux

      faudrait pas faire le tour avant d’avoir conçu le cercle. remarque, on ne risquerait pas grand chose…

      je ne vis pas: je respire. je pense, ou ne pense pas. pas plus que, ne respirant pas, ne suis-je mort

      qu’un œil me manque et tout le reste part en couille. à l’origine l’extase d’être, gentil présupposé, disséquée en une myriade de serpentins colorés. c’est la résurrection finale

      plus rien ne fait obstacle à l’amour dans un homme que plus rien ne retient: partir, c’est rendre tout à tous

      l’enfant naît dans le ventre. l’homme qui n’aime rien accouche en lui d’une foi d’un genre nouveau. s’il se met à geindre, c’est qu’il s’apprête à jouir

      celui-qui-regarde-vers-le-haut, jonquille extirpée d’un tas de merde. il murmure à l’oreille et l’oreille en ce cas peu précis n’est pas le coquillage, mais l’entier océan…

      je n’imagine d’autre dignité, d’autre ivresse – d’autre plénitude que mon absence à soi.
      un chien gardera ma maison. vide. gardera la maison vide

    5 mai 2018

  • les friches lexicales

      nos vadrouilles se meurent, nous n’avons plus d’argent

      on dirait tu dors toujours sur le même oreiller, la joue gauche
      en plein naufrage

      oui je sais, tu marches sur des doigts cassés. à peine saisis-tu le sens que t’en dessaisit
      le non-sens

      brasse du vent et s’il en vient à manquer, bras en croix te mets-tu à tanguer
      d’un bord à l’autre de ce vide intérieur insidieusement débordant
      sur l’extérieur

      la positivité du néant s’appelle dieu, elle se gratte la chatte. ma vie en dépend comme elle ne dépend
      de rien

      et s’il n’y avait rien, qui le réchaufferait? qui, soufflant dans ton nombril, te procurerait cette brûlure de jouir, te dédommageant d’un
      espace aux confins duquel

      c’est ainsi que nous visitâmes les installations portuaires, partant du sentiment d’être nous-
      mêmes la mer…

    les friches lexicales
    3 mai 2018

  • au cas où j’aurais froid, faim, silence…

      ne pense pas. ne pense à rien. la terre entière se noie dans un chagrin modeste. sur la tombe une
      fleur en plastique
      défie l’éternité

      un ver de nuit, noire. tant que la nuit est noire. cependant guère ne luis
      je débourse une obole – elle ruisselle
      dans la bouche fermée

      le vent n’ayant
      pas de trou, on peut pas vraiment faire quelque chose avec lui, ou de lui. par exemple le pénétrer. je n’ai pas d’autre exemple
      en tête

      toute la cuillère, dedans. en dépit du fait qu’elle ne contienne rien. rien ne nous
      étant concédé, nous tombons raides, droits sur nos chevilles
      nous cédons quelque part

      je n’imagine rien. tu me prédis l’instant, tu me demandes à quoi ça ressemble
      de n’être pas. même pas à rien. je ne trouve pas, ne
      cherche pas

      un jour tu me découvres en entier et alors tu t’aperçois que
      je n’existe pas. tu pleures sur mon épaule. tu pleures même tout en moi, esprit pourtant
      sans particularité

      mourir devrait sentir mauvais. bientôt le ciel s’ouvre en moi. on dira qu’il est de ce versant-là, on dira qu’il est de ce versant-ci
      d’la morgue

    2 mai 2018

  • l’ébahissement large

      indépendamment
      du temps qu’il fait, quelqu’un se penche sur mon épaule, je sens une présence
      toute simple, habillée prudemment
      on mettrait un nœud s’il fallait se pendre
      voulant se dépendre, mieux vaut défaire le nœud

      plier genou plier bagage, s’effondrer
      dans le salut, comme on désespère avec élégance, d’un geste pluvieux
      j’amorce la descente. défense de fumer (exister sans le dire). je m’épelle, je m’interpelle: défense
      de fumer j’ai dit

      blanche et tranquille, elle meurt d’un signe de croix
      la planche de salut flotte à la limite mais la limite est-ce moi, tendu en bout de souffle, titubant
      sur une autre déroute, au creux d’une autre
      chute?

      pencher, peut-être
      légèrement de biais, du côté où l’on entend déjà
      gargouiller le déluge; articuler son souffle
      à la charnière des dents, mordre quelque part
      en plein la soif c’est ça
      ou par inadvertance

    l'ébahissement large
    30 avril 2018

  • elle a mis son collant jaune

      elle est tellement fatiguée elle dort sans me demander merci
      évidemment que l’on ne mourrait pas si l’on n’était immortels: seule notre éternité peut s’offusquer du temps, présent ou non
      d’un pas subtil, nous mettons-nous hors de portée de route

      quel est le jour qui t’aime, le jour qui ne te demande rien ni n’exige en retour, les yeux qui clignent enfin
      je n’ai rendez-vous avec personne, m’y rendant d’autant plus présent

      vivre n’y était pour rien. vivre ne faisait pas réellement la différence. mais vivre semait la folie un peu partout derrière soi
      devant soi vivre dansait, lascive. non, pas lascive: obscène…

      devoir se justifier d’exister, un luxe qu’on ne pouvait plus se permettre
      un mince matelas à même le sol nous contenterait largement
      dur le sol, léger le rêve. on ne s’aperçoit de rien et c’est tant mieux comme ça

      se suicider marquait l’allure. il eut fallu des années. or les années, c’est ce dont nous ne disposions plus
      il eut fallu rétrécir un petit peu, rien qu’un petit peu, en se disant par exemple qu’il était déjà trop tard pour ça, pour le reste
      ou pour n’importe quoi

      pas de confidence sans confident – quoique…
      pas de pardon sans trahison. je marchais je ne dirais pas sans savoir où j’allais: je dirais je marchais sans savoir que j’allais

      contraint à l’humilité, je me posais la main sur le ventre. ça n’irait pas forcément mieux, mais ça révélait probablement quelque chose
      de moi ou même de moins

    28 avril 2018

  • entre les gouttes

      l’homme en tant que lieu où dieu se confond à son absence – ce déchirement-là
      le poème engendré par l’assomption de la défaite, tout un passage frayé en
      écartant les croix…

      cette soif, jamais étanchée
      devant le verre à jamais vide

      l’homme en tant qu’homme mort
      – sauf, peut-être, son ombre…

      d’en-haut le temps n’existe pas. je me suis donc accolé aux fesses du destin, ivre d’un accord mineur
      nul, n’étant tenu d’être à l’heure, à quelque heure que ce soit, n’est en retard

      oui mais non mais j’ai tellement d’amour pour vous que je n’sais plus
      ce qu’aimer signifie
      ou donc le minimum requis

      s’il ne peut y avoir une mort de plus qu’il n’y a de vies, il y a en plus de la mort autant de vies qu’il y a de vies
      avec la mort au milieu

      dieu aura pitié de moi – qui d’autre? qui aura suffisamment de larmes pour éponger ma douleur, m’essuyer l’âme?
      moi seul cessera d’avoir pitié de moi-même et l’on fera alors comme si on n’avait rien vu – non mais vraiment rien vu

       dieu n’est qu’un autre mot pour la confiance. or la confiance ne se mérite pas, elle est par nécessité aveugle. il y a des gens qui courent vers l’est
      à l’ouest, la mer les arrête net

    entre les gouttes
    27 avril 2018

  • non, ce n’était personne

      quelque chose n’a rien dit et pourtant je n’ai rien dit non plus – ce fut plus fort que moi ce fut
      plus fort que le non-moi aussi

      cependant quelqu’un chanta. quelqu’un a chanté. quelqu’un
      s’est mis à chanter. tout mon être vibre d’une voix et chanterait encore si l’être
      n’était que voix

      d’une mystérieuse évidence, d’une déroutante simplicité, j’ai juste fait mon sac ou bien défait le nœud
      personne, sans limite, ne m’attendait

      je n’ai plus de poésie. mes veines sont à court de poésie. ma mort m’épie là, tapie dans un coin et c’est la mort de tout un chacun, la mort universelle. elle ne me veut pas de mal. je crois qu’elle m’aime
      d’un amour universel

      je commence à me ressembler dès lors que je détache mon regard d’ici-bas, de moi, et qu’hors condition je m’abandonne à l’inintentionnalité pure de qui simplement
      oublie de mourir

      je ne m’intéresse pas (moi-même). cette clarté me fascine, émanant de nulle part, en toute part diffuse. je me sens comme un homme qu’on felationnerait  sans qu’il en ait conscience. un rêve érotique sans forme ni contenu. l’idée d’un
      aboutissement parfait

      le désespoir aura pourtant besoin de moi, au même titre qu’un homme couché implique un homme debout, et le dernier mot
      un avant-dernier mot

      je reste ahuri face à la mort. je ne me comprends pas. tout semble aboutir à et l’infini commencer dès
      cet homme qui fume…

    25 avril 2018

  • la forme du vide

      où trouver nulle part
      le no-man’s land en soi
      habiter chez personne, au creux d’une distance froide – froide
      et éberluée

      il me faut quelque chose à regarder, quelque part vers où tendre le regard, un vide à occuper entre soi et l’infinissable :
      un paysage en vrai

      croiser l’origine de moi-même ou mourir quelle différence puisque je ne connais pas mon nom – ignorant même
      si quelqu’un m’appelle

      tout un silence à emplir de son écoute. toute une écoute à
      creuser d’un silence sidéré

      mille voix ne furent assez. du coup je dus me contenter d’une seule et toute
      petite voix…

      les pieds dans l’eau les couilles à l’air – je bande pour rien mon dieu, oui, je bande pour rien

      j’aime le temps de dire vous, pas plus que vous, présence dense
      bien que désincarnée

      mentir ne cache rien: je me rends à l’ignorance
      la lumière traverse le néant, la lumière perce le néant, la lumière déborde du néant
      sans même lever le petit doigt

      je ne vois plus un homme je vois un trou
      par où passe le vent, je vois le temps
      passer le temps

    la forme du vide
    24 avril 2018

  • quelqu’un ou quelque chose

      on pense devenir un homme, on ne fait
      que pondre un vide, encore du vide, un cure-dent bien en vue
      au centre de la pièce. mais que croyais-tu donc – qu’un destin
      t’attendait, qui t’aurait pris la main en écartant les poils pour que
      tu jouisses dedans?

      déjà nous ne rêvions plus que les quinze du mois
      une jambe repliée et l’autre ballante, à repousser le courant
      nous taraudait l’idée d’une intimité fondant comme neige sur le gland
      s’il restait un espoir, l’espoir ne savait plus de quoi…

      à quelque chose près – une ombre sur le mollet, un cheveu sur la langue…
      s’amincissent les causes et les motifs du mouvement
      en dur, et en cadence, le pied s’enfonce dans le pas
      s’il n’y rencontre un mur, il en défoncera l’image

      j’ai pied au fond, toujours au fond, et le fond tout au bord
      pris de vertige, épris de nausée pure
      je reviens de vacances juste pour me faire clouer
      à la porte des granges, tatouer
      aux mamelles des anges…

      quelqu’un chante à ma porte, griffant le lobe de ma conscience en déshérence.
      je ne me résous pas à ÇA, quoi que l’on mette derrière ÇA, devant ÇA je ne simule plus
      l’orgasme ni l’amère grimace, quelque chose m’éradique
      de mon propre visage – un vent mauvais, un clou
      borgne, comme son nom l’indique sur la liste des supplices mentionnés
      au dos du médicament

      avec acharnement, et guère plus de lumière, ai-je mené ma barque à l’abreuvoir
      une corde de violon en guise de racine, sur laquelle affûter cette farouche mélancolie
      qui enfonce le pouce de l’enfant jusqu’au fond de sa gorge et étouffe ses rêves
      tant qu’ils sont encore tièdes…

    22 avril 2018

Page précédente Page suivante