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assis là sur un banc


  • les unes que les autres

      ouvertement, ou plus exactement
      tu jouis avec le ventre, le ventre étant
      le lieu où tu demeures vide, un certain temps
      un sanglot s’émoussant, à l’intérieur

      les bancs, pour ne pas s’envoler, s’agrippent à la terre ferme
      ou plutôt, s’il arrive que je boive un peu plus que de coutume, je m’invente un retour, une route
      récemment sortie de ses gonds, une échappée par le souffle malade
      ou alors je m’ennuie

      bientôt, nous ne rêverons plus
      et si les fenêtres s’entêtent à grandir et s’élargir, nous ne les ouvrirons plus
      nous les maintiendrons le front bas et d’un mur adjacentes
      à se frotter, grincer et s’user
      contre les verges molles

      je ne blesse quiconque, je lèche mes plaies c’est tout
      telles qu’elles poussent au bout d’la langue
      du linceul au rideau, tiré sur des rires d’enfant
      comme si ça pouvait rire encore, un enfant…

      je rectifie ma position, sans m’embarrasser plus
      des signes ostentatoires de l’absence, la trouble monotonie d’heures définitivement creuses
      je m’ouvre un ventre
      pour venir y caresser la tête du monstre qui m’a vu naître, je crois
      je ne pense pas à la douleur, je crois

    les unes que les autres
    21 avril 2018

  • je casse ma poupée

      partir décime le temps présent. je te parle d’un autre port, à l’autre bout d’une autre mer, et d’où tu ne
      pourrais m’entendre

      car tu ne m’as précisé
      ni l’heure ni le lieu, ce que tu porterais, la façon dont tu te serais coiffée le matin avant de sortir me rejoindre, moi qu’on ne rejoint pas

      tandis qu’à la pensée de ton pas sur l’eau, le bitume ou toute autre surface praticable, je me sens déjà comme
      défenestré dans le nulle part

      j’ai faim de loup, de myrtilles et de mort sans douleur. un saut dans l’éternité la briserait-il, ou ne ferait-il qu’en érafler
      l’insalubre apparence?

      partir maigrit. modestement, qu’attendais-tu de moi? du dé nu le chiffre est resté collé
      sur ma paume

      rien ne s’habitue. tout comme moi ou à moi. et ça prend désormais la forme sans contour d’un espace nu
      de nos deux nœuds, faisons donc corde lisse

      j’aurais du me tuer alors, adolescent encore. je n’en avais déjà plus la force. ma volonté avait été brisée. ne m’appartenant pas, je m’étais quitté sans bruit, irrévocablement quitté. il était dès lors
      déjà trop tard

      en l’espace d’une nuit, sauve-toi…

    19 avril 2018

  • outre-passage

      je n’ai rien à te dire. qu’à te mordre le téton dans l’effroi du coït. c’est à dire rien. rien et regarde
      comme une éclipse…

      ça bute les femmes. ça les rebute, ça les agresse sexuellement. alors elles se sont concertées, en vue d’infliger l’implacable et légitime châtiment. elles se sont converties. du coup ils ont continué
      à se voir en cachette

      j’ai du finir somnambule. peut-être à cause de la pluie, peut-être à cause de pas de pluie. chercher la cause ou chercher la femme en dernier recours
      chercher le garçon tout au fond

      je les aborde sans distinction, d’un sentiment malappris. personne ne me répond évidemment, à part les arbres évidemment, carcasses de nuages
      vapeurs fossilisées

      ma vie est entrée dans sa phase d’oubli. c’est étrange, considérant que je ne suis que mémoire – mémoire de choses qui ne surent exister, d’un monde au bord de l’asphyxie, et ne durant qu’un sanglot d’éternité
      sauf la tombe

      on n’enterre plus les gens de nos jours, ce sont les morts
      qui déterrent les vivants. sauf qu’à force de les déterrer bientôt on n’en verra plus que les yeux, tout juste dépassant
      de leurs trous

      je chante mais c’est pas forcément toi, je veux dire par ta voix
      que je chante. je voudrais mourir là où les hommes
      aiment dieu. font pousser la lumière

    outre-passage
    18 avril 2018

  • migrant de souche

      qu’est-ce qu’on propage. qu’est-ce qu’on dit non à oui. par quel bout on dérape, quel autre on se rattrape
      je sais pas

      jeter l’opprobre avec l’éponge. posséder ou partager. ressembler à quelque chose en attendant, indéfiniment peut-être, que quelque chose daigne enfin
      nous ressembler

      l’amour est au carrefour. j’avance un pion tu recules d’un pas. j’ai horreur des échanges. je trouve les échanges
      mesquins

      universelle confidence, l’intimité sur le papier – je bande à part, tu bandes à part, quelque part nous bandons tous impunément. quant aux boutons ils n’en
      démordent pas

      j’existe par défaut. dans un surplus de temps, vague sursis de vivre. c’est un peu l’histoire d’un papillon
      transformé en chenille…

      il paraît qu’on ne pense pas à grand chose, quand on est mort. pourtant je n’arrête pas. toute pensée serait la pensée d’un mort
      jusqu’au brin d’herbe

      tous ces croyants sans foi. pullulent désemparés. j’ai repassé ma chemise, mon unique chemise. ne reste plus qu’à m’y glisser
      dedans. à l’enfiler

      j’ai peur de tout ce qui se passe. je fais tout pour qu’il ne se passe rien, rien d’autre qu’en la virtualité de mon esprit mais ça déborde, ça déborde partout: partout mon esprit
      déborde sur mon esprit

      c’est un sceau d’eau

    16 avril 2018

  • une pluie de rien du tout

      tu vois comme on nage, en plein ciel et au travers, flânant sans retenue. où faire table rase ne remplirait
      pas un verre d’eau

      on s’appuyait sur un coude, ou contre un genou qu’importe: la tête reposant
      sur un socle quelconque

      ce qu’on ne dit pas on ne le tait pas forcément. et dire que ça ne court pas les rues ne nous rattrapera pas, admettant que telle en ait été
      la vocation première

      autrefois je fus malingre. un ver du cul on aurait dit, un ver du cul on aurait cru. or maintenant c’est maintenant
      ou jamais

      à fleur de peau mais pas la mienne, s’il vous plaît. les roses d’ispahan les âmes disparaissent
      l’espèce mue

      j’encours quelque danger. s’il ne reste rien de moi c’est déjà ça, tandis que je me réduis si ce n’est trop en dire
      à l’espace nu

      j’aime un arbre. un arbre hors sol. un arbre de verre et de lumière. couvert de chants sans leurs oiseaux. j’aime un arbre
      coupé des siens

    une pluie de rien du tout
    14 avril 2018

  • fin de parcours

      personne ne vit comme ça, à la merci du moindre coup de vent. personne ne vit en coup de vent. personne
      n’attrape froid. cependant le froid guette, à vif. le froid, virant au noir,
      reste à l’affût

      le soir je viens à vous. le midi également, je viens à vous. par mille détours je viens tout droit à vous, patience-pénélope. vous sur le dos je viens à vous. et sur le ventre,
      je viens à vous de même

      ce n’est pas ça, vivre. vivre ne peut se réduire à ce souffle grêle, cet abus de langage. vivre
      se foule la cheville en sautant sur un signe, le moindre signe, ponctuant,
      d’un au-delà

      il ne s’agit pas de ça, l’espace. l’espace c’est aussi dormir du bon côté, du côté où l’on dort à moitié, tandis que l’autre moitié, elle, part en couille
      je veux dire en rêve
      elle part en rêve

      un être s’est fait l’accord, plus modestement le raccord de tout cela. il aurait pu se prendre pour un homme, farouche tête à claques. il aurait pu investir cette condition-là
      à condition qu’il pleuve

      j’ai mal agi. dans le sens d’une mauvaise conscience j’ai mal agi. agir ne m’était pas destiné. pour le moins déconseillé. agir
      avait perdu la graine au cul – et dieu au centre
      de toute gravité

      un ouvrier d’armure grise s’est faufilé sous ma chemise. un poil plus bas diminuent les trous serrants à ma ceinture. non, je ne sens pas la sueur
      mais l’accident

    13 avril 2018

  • ça va sans dire, les tombes

      voilà ça y est je commence. je recommence aussi. sans ça c’est le désert. et le désert calibre
      la paix et l’indigence

      on entre dans la confiance; et la confiance entre en nous. on se demande alors, qui quitte le navire. en premier. en dernier. le navire

      toutes nos angoisses. et nos angoisses encore. elles culminent. dans l’aveu. elles culminent dans l’aveu. je n’avoue rien, pourtant

      tout ce qu’on disait clair; et tout ce qu’on disait sale. on se levait pourtant, et très tôt le matin. puis on se débarbouillait. la figure

      tout le monde n’est pas mort, à l’heure pile. il ne reste plus d’enfants – les enfants, sont tous partis. on ignore où, comment. pertinemment

      la fin dure, depuis le commencement. il faut y mettre un terme. quelle qu’en soit la conséquence: le commencement. ou le retardement

      ma vie n’a qu’un sens, un seul, et le reste du temps. le reste du temps ça va sans dire, les tombes

    ça va sans dire, les tombes
    11 avril 2018

  • la pluie contre son camp

      ça c’est calmé. disons que c’est mort
      la bouche ouverte. le vent, la pluie
      ont cessé de sévir. on a l’impression tout à coup, que le possible
      est carrément redevenu possible…

      je ne prétends rien dire d’intéressant – rien en définitive
      n’est intéressant. et dès lors que rien n’a d’intérêt, exister
      s’avère existable, presque souhaitable même – que nous coûte en effet
      un souhait? un souhait nous coûte
      un souhait

      on pourrait vivre jusqu’à mille ans, si seulement mille ans
      en avait le temps.
      je n’aurais alors plus besoin de dieu, ni dieu de moi – le néant
      régnerait en maître, et la surdité aussi, dans le gras du silence

      tu m’achètes avec ce que tu veux. tu m’achètes avec un os, une clope à ronger. on pourrait s’embrasser, mais on ne s’embrasse
      pas

      vivre ne fait
      que commencer. je marche dans la vase. je reluque
      le corps blanc de la femme allongée telle quelle
      sur le tatami. je pense au christ. rien
      ne me réconciliera, j’en ai bien peur…

    la pluie contre son camp
    10 avril 2018

  • deux jours et elle s’endort

      une voix me tait. c’est un film. ou la douleur d’un film. fttt

      préambule à l’acte pur et simple. ffft. ce n’est dit-on, ce n’est pourtant
      que la quintessence du temps perdu

      le geste large de l’étranger. la fidélité de l’étranger. la retenue de l’étranger. le sol mou sous le pas flottant
      de l’étranger. l’étranger c’est un peu comme
      chez soi enfin

      une victoire a mal fini. tu rafistoles ça comme tu peux, avec deux fils et un pendu. tu voudrais ouvrir le mur or le mur c’est tu le sais
      ce qui ne s’ouvre pas

      je travaille avec un homme mais je travaille avec les dents d’un homme. son gosier; tout son système nerveux. un paquet d’nerfs; du gris
      que l’on prend dans ses doigts

      je vivais par ce temps. là et par tous les temps. là je baissais les yeux. plus bas encore je les baissais jusqu’à. plus bas encore

      ffft

    8 avril 2018

  • sincère quoi boomerang

      pourquoi tu pleures comme ça y a vraiment pas de raison pourquoi tu pleures
      comme ça
      alors que tu pourrais… juste pas
      juste pas être, à peine
      respirante…

      un jour je ne serai plus que pitié, chair vociférée mots retranchés de la
      pitié. un jour je t’aimerai
      qui que tu sois

      la nuit s’aligne sur un sol commun. une mort pousse par là, un orgasme s’abstient
      d’exploser en vol – je n’ai jamais pu dire
      la seule chose
      qu’il y aurait eu à dire

      on se retirera de là
      on y appliquera
      une croix, fiévreuse engelure
      un jour-sans le sperme dégoulinera
      un peu sur ta joue droite. on ne ressemblera
      qu’à dieu, un soir de deuil sinon de
      veillée funèbre…

      tellement suis belle, et tellement restée veuve
      le chien a mordu le chat, le chat griffé le chien, impudemment
      je saigne du nez
      tous les matins je me réveille, je saigne du nez

      j’ai entendu le désespoir
      et j’ai entendu le désir
      je mérite la mort, la vie
      et je ne mérite
      rien

      nous sommes le dernier homme
      le dernier homme et c’est tout
      et quand il coule ne t’en fais pas: c’est juste
      la rivière qui s’envole…

    sincère quoi boomerang
    6 avril 2018

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