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assis là sur un banc


  • les corps sublimes

      je
      ne te parle pas, ou plus, je
      m’absente rien qu’un
      moment – un trou
      de temps

      tu
      me montres ton nombril, tu
      pouvait pas savoir évidemment, prévoir
      qu’une vie tournerait, cruciforme,
      autour de ça c’est tout

      dieu était l’homme
      du milieu, le conscience
      émancipée du fait – je te suce tu me suces, je te suce et ne suis
      que le corridor noir ou l’angle mort, l’aller
      sans le retour, la pitié
      sans le support

      un jour j’arrive à l’ouest
      un jour j’arrive à l’est
      la nuit j’arrive
      partout – c’est un arrêt de car, un appel de l’air, la marche à reculons jusqu’à l’ultime
      nulle part

      on en supprimera beaucoup
      on dira beaucoup à ta mère mais, d’où-ce que t’es née, toi
      on s’enivrera éperdument
      on résoudra les choses
      par la force des choses

      en dire davantage vaudrait mourir, et je suis-je déjà mort
      parle la mort, par la toute
      petite bouche…

    5 avril 2018

  • remarque-moi dans l’utopie

      bon, je n’sais pas: je n’sais pas
      qui pleure à présent
      – peut-être une toute, toute petite taupe
      peut-être un abri
      cotier sec

      et par une toute
      petite bouche
      se dit l’universel, des bribes, des bulles
      d’universel, des miettes, des ruines
      universelles

      j’ai la nostalgie
      d’un corps étranger
      une impulsion soudaine et mon abonnement
      à l’espace numérique

      on peut toujours aller plus loin. où ça? plus loin. de quoi? plus loin d’ici – c’est
      tellement infini qu’on en rêve ou si on n’en rêve pas , c’est
      bien qu’on ne rêve plus…

      je retourne à l’envers parce que ça m’a vraiment plu – dieu
      se substituant à la mort, le monde
      se substituant à dieu – avide de caresses, l’animal tout au fond
      de soi tout contre soi

      un chien abonde dans mon sens, v’là l’équinoxe
      ma mort fleurit les tombes, la thermos
      garde le café chaud

      c’est triste à dire, plus dur
      à penser encore: seule la mort
      nous aime, nous aime le fond de l’âme – elle nous réserve
      tout l’orgasme possible, passible d’outre-joie
      : s’expulser

      je voudrais vivre ailleurs. où ça? ailleurs. c’est quand ailleurs? ailleurs c’est quand
      quand se disloque, c’est quand
      où s’utopique…

      vivre est un homme
      qui mange en haut
      il faut dormir maintenant

    remarque-moi dans l'utopie
    3 avril 2018

  • l’ouvrier par son pot d’fleurs

      ce qui se retourne n’a pas de lieu où se retirer
      c’est pour cela qu’on le dit en suspens, en exil ou en transit
      tel un embryon tombé hors
      du ventre maternel

      la route
      s’habille en ci, la route
      s’habille en ça, et j’garde toujours le nickel chrome
      à vue

      on s’escamote
      le vent on s’escamote
      la rate –
      on n’a rien à gagner à tout ça non, on n’a rien

      je t’accorde deux heures, pas plus
      et le reste du temps tu fais ce que tu veux – tu parles à tes pieds si tu veux
      ou tu restes silencieuse

      les masques tombés, quelle vague se dresse, déferlant immobile
      prête à soi et devant

      je me raccroche à
      la barbe de dieu, je surfe
      dessus son long soupir
      le premier de nous deux qui rira
      et la mort au milieu

      le dernier mur s’effondre
      la peau tombée des yeux
      et le ticket perdant…

      une fois sur place
      face à la mer et on rigole – il n’y a, pourtant,
      vraiment pas de quoi

    1 avril 2018

  • tu fais dodo dans ta case départ

      j’avais un navire. j’avais un navire mais je n’avais pas la mer. peut-être que toute la mer était montée dedans et l’avait enfoncé. toujours est-il que je ne dispose plus de navire désormais. que la mer s’est retirée. seul est resté le fond, parfaitement désert. et très propre

      ce que j’aime en vous ce sont les choses que j’ai oubliées de moi-même, définitivement

      une nuit a posé sa tête sur mon épaule et s’y est endormie. j’ai posé la mienne sur mon autre épaule pour me mettre à rêver. le rêve n’a pas pris le relais

      ce à quoi je ne serais pas étranger m’aurait pris la main chaleureusement, m’aurait reconnu spontanément et m’aurait assis là, sur ses genoux ou sur une chaise à côté. il m’aurait dit alors raconte et moi je lui aurais simplement avoué que je ne sais pas embrasser

      ce n’est bientôt plus la mort. la mort est quelque chose qui s’enfonce dans la mort. la tête la première, comme un enfant qui naît. comme une chose qui naît, et qui à partir du moment où elle naît devient enfant. en définitive on ne quitte jamais ce dont on se sent originellement arraché

      je ne me rends compte de rien. ni la possibilité pour un enfant d’avoir mal à soi, au plus profond de soi

    tu fais dodo dans ta case départ
    30 mars 2018

  • dormir tranquille dormir fusille

      j’ai travaillé, t’as travaillé, j’ai travaillé longtemps, toujours pour un résultat nul. le travail m’a brisé les os alors je n’ai jamais de ma vie ni de ma mort, travaillé ni ne
      travaillerai, de ma vie comme de ma mort

      le temps que j’ai vécu je le revivrai comme ça. dieu a pitié de moi et j’ai pitié de dieu – la pitié reste une histoire
      entre nous, comme une histoire d’amour, une histoire d’amour sans tricher

      je ne sais plus comment on y fait pour ne pas mourir. sans doute m’y suis-je mal pris, sans doute ai-je voulu serrer contre moi quelque chose de plus consistant
      que mon ombre, une ombre plus épaisse…

      une petite fleur va mal. alors on piétine une petite fleur. on pisse sur une petite fleur. on chie sur une petite fleur. je ne sais plus dans quel ordre. on aime d’un amour qui nous aimerait sûrement de retour si seulement il
      savait nous situer

      ainsi soit-il trois poils pas ci, ainsi soit-il trois poils par là, j’ai du mal à y croire mais toute la vie, toute la vie finit dans ce trou. et ce trou qui ne ressemble rien se concentre à fond sur la résurrection, un genre de résurrection comme une émergence dans la sécurité permanente
      ou la lumière transparente

    29 mars 2018

  • dessous la mouette

      les routes convergent vers quelque chose de plus sûr que toi: un chagrin
      indélébile

      je vais mourir et dans la nuit qui vient, dieu traversera la nuit comme une étoile
      douce-filante

      le temps compte. le temps ne compte pas mais tu comptes le temps. il faudra arriver
      à le dire autrement

      nos musiques sont là, quasi éteintes
      on n’y voit presque rien et l’on se dit c’est donc à ça
      que ressemble le monde – un monde sans toi…

      je n’aime que dieu, pour autant que dieu ait été le piquet, dieu ait été le pilier, dieu ait été
      la marée haute à marée basse

      ainsi en fut-il de tous mes souvenirs: un pied nu
      trempant dans l’eau glacée, une verge ensanglantée
      couchée dans l’eau gelée

      le pieu dans la fontaine, et la fontaine qui coule – comment fais-tu
      pour me briser ainsi

      on ne se dépêchait pas, on avait non pas tout notre temps à perdre, mais nous à se perdre dans le temps, hors du temps et même au fond du temps quand il y faisait froid et qu’on n’y voyait rien, la gloire en tout petit,
      l’instinct en un éclair

    dessous la mouette
    27 mars 2018

  • romance avec paroles

      il est à peine midi passé que le désert humain s’élargit au point de prendre le visage qui nous regarde sans même nous voir. ainsi avons-nous beaucoup voyagé, ce qui en ce qui nous concerne consista en quelques ballades à amplitude variable, quoique toujours axée au bout du compte en bout de corde sur la verticalité du pendule, du pendu un bleu au coude, une aile et une pierre afin de contrebalancer toute originelle timidité

      nous ne sommes pas malencontreusement tombés dans le néant. ni ne nous sommes raccrochés en tout état de cause ou de raison à son sexe tonitruant, emblématique et redoutablement contagieux. notre épidémie ne venait pas des yeux mais de leur inaptitude à percer ce qui ne s’opposait pas à leur vision, et refusait de trancher sur la pente naturelle à leur autosatisfaction

      pourtant nous fûmes plus d’un, à prétendre réécrire l’histoire en commençant par la fin. et plus d’un ne comptèrent plus que moi, n’ayant effectivement que moi sur lequel compter pour exprimer leur défiance vis à vis de tout ce qui bouge, demeure, se fait ou se défait, meurt ou le simule dans le ballet perpétuel du temps errant à l’intérieur du temps ballant

      je me promène. en chair, en os et en pensée je me promène. il n’y a rien à craindre d’un homme qui se promène, d’un être fondamentalement inintentionné. le meilleur moyen de limiter la nuisance serait encore d’offrir aux sujets de respectables et fortuits espaces de ballade, et de faire en sorte que d’ici à l’infini la marche soit libre, où se retrouver dans l’acte même de se perdre…

    26 mars 2018

  • le serpent à son doigt

      les chemins font bon ménage avec la pluie. comme avec tout temps il faut dire. il faut dire aussi que plus j’y mords, plus j’en ressors, mort que vif

      nous prenions notre mal en partance. et pas forcément dans la direction attendue. parfois la vie nous posait une énigme. le plus souvent l’honneur nous revenait, de poser le problème tout en dédaignant y apporter réponse. nous faisions alors trois fois le tour du vent en sautant à cloche-pied, puis revenions sagement nous asseoir à l’ombre d’une échelle dont les barreaux avaient été minutieusement tranchés

      tout absorbé par un trou creusé dans l’irréalité, je passai outre le chemin hardi, les visions, ainsi que les multiples métaphores amoureuses. dieu m’envoyait son prophète, auquel je serrai la main sans trop savoir comment ni quoi

      avec un peu plus de patience aurais-je permis à un pas devant l’autre de tracer route, à l’espace d’écarter ses cuisses et à l’amour d’avorter prématurément certes mais sans perdre contenance, ni effets prétendument secondaires, comme si la mort venait ensuite et ne se déclarait pas au contraire présente dès l’origine, origine même du crime qui la mettait à exécution

      aux quatre coins du rêve je déposai une pierre, désignant par là-même les limites au-delà desquelles l’espace glapit et s’entrouvre aux dépends de celui qui s’y mouille. ce ne fut qu’un rêve mais un rêve en 3D, marchant sur ma tête et m’écarquillant l’esprit jusqu’à ce qu’il ne reconnaisse en moi que l’image inversée quoique fidèle d’un infini en transit, en congé maternité ou en exception générale

    le serpent à son doigt
    24 mars 2018

  • à la force du moignon

      les vomissements ont cessé. un chant grêle
      grêle en moi. un matin sec.
      je m’endormirai près de vous, et tu
      f’ras semblant de ne rien voir…

      ce n’est pas un homme que j’ai devant moi, c’est un miroir – et dedans le miroir, la pluie ne cessant
      de tomber
      dans un sens ou dans l’autre

      un mort s’attrape par le bras. un mort vit au-delà, un peu comme moi.
      ai-je eu raison de me voir partir, faute d’un cercle, à la craie blanche tracé dans la poussière,
      où revenir?

      soulevant des tonnes de pluies, et d’un doigt les flaques intestines
      du quartier, plus quelques repentances – arrives-tu
      au bout de tes peines ou ton poème bêtement
      ne tient-il pas la route…

      depuis mille ans, nos routes divergentes. je n’ai pas
      de vie à moi, mais une mort, universelle et s’en prenant à moi – un trou. je suis
      ce trou en moi, qu’aucun pardon
      ne comblerait pardon,
      ne comblera

      une noix. j’ai versé
      de la liqueur dans une moitié et dans l’autre
      me suis-je couché en boule, promis juré je ne
      mourrai pas plus loin d’ailleurs je n’en ai plus
      le temps

    22 mars 2018

  • et maintenant je m’en fous

      est-ce moi que tu regardes ainsi, christ aux yeux bruns
      de pardon et d’une exigence terrible – ne vois-tu pas
      que je n’suis bon à rien, à quoi bon me sauver, ressers-moi juste
      une goulée de ton sang, travaille un clou
      dans le paysage ravagé
      d’une chair sans partage…

      non, il ne chantera pas. il prendra soin
      de sa dissolution. peut-être l’aimeras-tu
      un peu plus comme cela. j’ai vent debout
      et vent debout j’eus vent de vous
      je suis là enfin, rien que
      là, partout dans l’infini

      un puits s’est creusé dans mon corps, un puits sans fond, donnant
      sur une nuit noire de nuit, nuit de n’y voir. comment ressusciter,
      ressortir de ce trou avorter
      la béance – inverser le cours naturel
      de la chute. on ne le peut
      pas

      le christ
      ne me regarde plus. l’hiver
      revient de plus en plus tôt dans mes veines, et de plus en plus dur.
      un bonhomme de neige peut-être, avec son faux nez
      me fera t-il rire
      aux larmes…

      peu importent la mort, la naissance ou la vie: seul surnage le souffle blanc de givre – loup évadé
      de sa forêt de verre

    et maintenant je m'en fous
    20 mars 2018

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