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assis là sur un banc


  • pogoter dans la nuit intérieure

      j’ai rêvé quoi j’ai rêvé d’où je m’en souviens
      peu
      que malgré moi tu foulais qu’une à une les épines et ce
      malgré moi
      retirées, la cheville endolorie tu pleurais pleureras, qui pleurait
      pleurera
      j’ai rêvé quoi j’ai rêvé peu, somnifère en lisière de cons-
      cience ou d’ailleurs

      parce qu’une seule fois aura suffi tu ne retourneras
      pas tu lâcheras, là, ton manteau de trop et le torchon
      de jour, la maigre pitance d’un cœur on dit un cœur tout
      refroidi, parce qu’une seule fois aura suffi et ce n’est
      pas
      si pur que ça

      j’aurais aimé, j’aurais aimé pourtant t’indiquer le chemin du re-
      tour j’aurais aimé, j’aurais aimé pourtant chuchoter sous un banc les mé-
      andres afin d’y revenir et découcher une nuit, une seule , et justement cette nuit-
      là

      je change un pas sur deux, un pas sur deux c’est toi, la pluie par deux
      les mouchoirs me manquent, tombés sans toucher terre – un autre jour aussi,
      tombé pour rien, frôlé d’une apparence

      mardi sans faire de bruit, juste un saut en arrière , planté là dans le vide
      arrière.
      marcher pardi, marcher dehors, foulant les ombres aux pieds
      d’argile noire.
      mort et bien mort, s’il faut en croire, un cheveu sur la langue et de queue
      lasse au dortoir

      je t’aimais bien pour ça, pour autre chose aussi je t’aimais bien mais pour ça, notamment
      désormais qu’on se dise, se le dise ou qu’on le dise on n’a plus peur, des boîtes
      pour autre chose aussi mais il est tard, bien tard et bien trop tard, désormais
      désormais que tout s’éteint, se tait et tu respires enfin, le bout tout près
      du souffle

    26 août 2017

  • le soir quand on y couche

      la volonté d’être un homme alors qu’un homme
      n’est la promesse de quoi que ce soit
      s’endort en haut, sommeille en bas, respire par les trous défendus
      enfin… ceux qui lui restent

      on ne mourra jamais, même tout à fait mort, tout à fait mort n’existe pas
      à part ça je crois que ça va, je te suis reconnaissant de ne pas demander, j’avale l’oubli
      et l’oubli me recrache 

      tu m’appelles comme tu veux mais surtout ne m’appelle pas – tu sais que privée de liberté la bête
      ne se reproduit pas. le temps
      m’accule à la douleur, la barbe pousse, je déambule
      me donnant l’air de rien

      je me paume
      j’espère t’avoir rencontrée quelque part, réconciliée à quelque chose
      il y a un chemin qui brûle il y a les traces fossiles
      des pas perdus, des puits reclus

      je retourne au pays, si réel
      qu’il n’existe pas – je commande un café, noir à petites gorgées
      et tout semble finir là, l’univers disloquant
      la poupée dyslexique…

      je lève les yeux vers le plus haut des yeux, rien ne cligne
      un espace immense où s’élancer, courir à pleins poumons – le souffle s’effile, la corde ramollit
      je me gratte la couille, la couille ou le genou, parce que la couille me gratte
      …ou le genou

    le soir quand on y couche
    24 août 2017

  • très loin, et moi de moi, point mort

      je m’amusais à ça, je m’amusais à rien, une odeur de canabe en aisselle
      la mort enfin me délivra, sans la péridurale mais en poussant
      très fort

      il y avait un homme
      et par-dessus un homme, il y avait une femme
      un coléoptère par-dessus la femme, oreilles écartées,
      la bouche en feu follet

      ta plus grande chance c’est que personne ne t’aime, sauf une bouée pourrie, se dégonflant subrepticement
      et la queue prise
      dans un piège à souris

      ayant tué la mort j’ai contemplé les survivants – je me suis affligé, affligé tendrement
      je crois même que je me suis un peu gerbé dessus
      j’avais pas le concept

      rire ô mon rire, petit roquet teigneux
      tu te crois malin mais plus malignes les couilles, pont de feuilles et torrent sec
      qui douchent avec tout l’monde

      je ne réagis plus
      ni à l’est, ni à l’ouest
      j’uberise mes convictions, j’me plante le cul dans l’doigt – j’ai un mouchoir dans le sang
      en guise et place du sang

    22 août 2017

  • d’une incassable fragilité

      les hommes se sauvent, ils reviennent puis ils se sauvent – ils ont
      le feu au cul, châtrés d’un tel hasard

      les femmes accourent, elles ne savent où ni d’où elles accourent, sirènes sauvées in extremis de la noyade
      par un simple pêcheur

      j’ai peur pour vous, hommes et femmes, mais avant tout j’ai peur pour moi
      qui confonds les nuages à des yourtes rampantes, à des
      piétons moroses

      un homme sans suite, le pauvre jus d’un presse-bite – la vie sans un accord
      c’est mort
      c’est mort et ça n’en finit pas
      d’gicler

      j’ai peur de vivre, me sachant nulle part, ivre de lourds paysages, pneus cramant moelleux
      sur une rage d’août ou affublé
      d’un tout petit slip

      ma vie ne sert à rien – c’est la seule condition pour être belle
      pour être belle enfin, bouche collée à la bouche d’un fosse
      et m’écorchant l’organe

    d'une incassable fragilité
    20 août 2017

  • telle que je l’imagine

      trois vagues et soi
      petit naufragé de la rue des vignoles
      tangue l’air, tangue la soie du suaire
      et puis bonsoir
      trois petits tours et puis bonsoir
      la trogne

      chemin faisant, mal-faisant
      t’es triste ou tu chavires, gamelle? gamin triste ou gamin chiant, mé-chiant
      je bute sur un coussin, j’éjacule contre tes dents – tes dents
      reculent d’un pas

      sourde
      et alors assourdissante
      le malheur change de trottoir, crotte frétillante au
      cul d’un chien galeux et puis j’ m’ennuie, j’ m’ennuie très fort
      depuis que je me suis quitté
      mais je sais faire que ça, m’ennuyer
      sans ça, sans m’éroder je serais rien, je me sentirais pas

      il saute dans la cour, pieds joints, il sent qu’il serait elle mais elle en a déjà fait cent fois
      le tour
      alors il saute, il saute dans la cour, bras écartés
      – il faut bien qu’il s’amuse

      à chaque fois, à chaque fois que j’ouvre un creux, toi tu marches à côté
      j’ai pas de préférence, y a pas de préséance, je suce mon pouce et j’adore, j’adore regarder les femmes, les hommes
      glisser sur leur néant, s’enliser,
      s’enliser au-dedans…

    18 août 2017

  • ta peau renarde

      ça faisait
      longtemps j’avais pas bu comme ça, un trou
      à la lumière d’un trou
      et quelle vie je mène

      et tout le mal qu’on s’est donné
      pour rien – pour en arriver là, nulle part
      alors qu’on aurait pu, claquant des yeux clignant des doigts
      en arriver là, nulle part, sans en remuer
      le petit doigt – voilà qu’est fait

      je franchis
      le mékong, le rubicon ou l’iton et c’est d’un pas, d’un pas tranquille
      on aurait pu dire d’un pas docile, je franchis donc
      le mékong, sans même me
      mouiller la tong

      claquer comme ça, dans la neige, le bas filé de laine
      ou de neige, claquer comme ça, fumigène, gaz à la
      boutonnière, claquer comme ça, fille sans gêne, à pisser dans
      la neige

      ça faisait longtemps
      longtemps j’avais pas bu comme ça
      comme si ça sonnait creux, comme si ça vous arrachait
      la peau du gland, vous retournait l’cervelle comme on le fait
      aux poulpes, tandis qu’aimantes elles avaient simplement
      cru croire en nous –
      c’est dommage

      la girouette au fond du panier et le grand vent, est-ce que
      je ressemble au grand vent? bien sûr que nan: je vais comme on me dit
      où on me dit, je vais à l’abandon, à vau l’eau comme on dit
      aujourd’hui c’est jeudi – ma mère disait
      que j’étais né un jeudi

      je ne me souviens pas
      mais si
      un jour je m’en souviens
      j’en mourrai ça c’est sûr
      en attendant il pleut – il pleut
      par intermittence
      et dans les interstices

    ta peau renarde
    16 août 2017

  • les bas-côtés d’ l’amour

      le crâne d’ un mort
      ne donc t-il pas?
      il pleut, il pleut sur tous les ch’veux. alors
      alors on s’est rasé le crâne: plus rien ne mouille
      d’en haut ni de côté, plus rien ne mouille.
      les substances de côté

      en te vidant, en te vidant d’amour, après
      t’en avoir cajolé la vulve, quelle mouche
      te pique, non mais dis-moi quelle
      mouche te pique pour que tu te dandines ainsi, gros tas
      d’os et de merde, les yeux ouverts, hermétiquement
      ouverts
      – sur quoi, dis

      ça s’appelle bouffer des prunes
      quand elles sont pas
      encore mûres, ça s’appelle suer du cul, alors même
      qu’on n’en a plus, usé jusqu’à la corde et la chaise vide, la chaise s’envide –
      quelqu’un est parti
      par là, ou bien par là
      toujours dans la même direction, la même
      absence de direction, ça va tout droit

      tu craches un peu
      dans la bouteille, tu craches un peu mais c’est pas grave, ça s’accumule
      quand même un peu, ça s’accumule, mais c’est pas grave
      car tu m’oublies, la mer
      déborde sur mon lit, déborde un peu
      mais c’est pas grave, non c’est pas grave, tu craches un peu
      dans mon cercueil
      : je vis à temps perdu

      silhouette ô ma silhouette, découpée dans la vase
      découpée à l’œil nu, dans la vase, ou le miroir vaseux
      j’en fais presque le tour, j’imite un homme, peut-être un homme mort, mais comment
      un homme
      peut-il être mort
      : sans attendre
      sans attendre on s’en doute
      on sait pas

    14 août 2017

  • cheptel

      pour ressembler à quelque chose, pousse-toi, allez, pousse-toi d’là
      recommande aux corbeaux et aux pies de te béqueter les globes et de leur chier dedans, ça fait
      l’écume quand on y pense, ça fait
      la gelée vive des morts et de tous
      leurs compagnons
      le mal-route, de triste oubli

      marcher
      devant – l’écueil du sans-relâche.
      qui vient donc sur ma tombe, éradiquer
      ces fleurs motus, ces bouches à décousu
      en bout de souffle un épitaphe, j’m’en tape – sais-tu,
      sais-tu seulement quel cœur m’abrite, quand rien
      ne m’abrite, même pas la peur du loup
      ou de la louve

      il faut quelque chose de simple alors donc, j’ai mis un paysage
      devant, là juste sous mes yeux – un paysage de pluie, c’est tout ce que j’ai trouvé
      et puis moi derrière, à faire un jour le chardon, un autre
      le garde-champêtre avec son épaisse moustache, sa nostalgie
      de clandestin

      nuit et jour la
      grenadine, grise et plutôt malveillante, on s’endort
      sur la paillasse d’un cœur creux on s’endort, c’est comme ça, on s’effilasse 
      j’ai peur de quelque chose quelque chose me mord est-ce que ce serait pas, par hasard,
      ta bouche, ta joue collée au nord, vitreux
      souvent vitreux?

      j’ai pas d’malchance, j’ai pas d’malchance mais ça m’tourmente
      veux-tu écrire une vague avec moi, comment s’écrit la vague, sans moi
      et même très loin de moi, de tout individu, d’un chapitre très haut tout en haut – d’un somptueux chapiteau,
      couvrant le vide, courant le risque
      d’y succomber

      il ne fait pas noir, il ne fait rien
      c’est ainsi qu’on s’y plait, ou pas
      si on s’y plait pas, fait pas noir pour autant
      mais rien, sublimement
      rien

    cheptel
    12 août 2017

  • où tu pullules, makedonski

      je ne
      ferai rien, glisserai aérien
      sur l’esplanade de
      vivre, ensemble ou esseulé, parapluie élimé, la verge ensorcelée je ne
      ferai rien te dis-je, idé-
      alement rien, jusqu’à
      en crever te dis-je, en crever là

      c’est un beau musicien, musicien plutôt nu
      et sans voix, c’est un repas sans pain, ni repas, un triste verre
      d’eau plate, et vide, c’est un beau musicien, éteint
      : il faut lui pardonner

      pourtant j’ai une morale: la pluie
      qui traîne sur le bourg-sud, et tout le long de
      la façade ouest
      atlantique en ces termes
      nécrologique, ces bruines sem-
      piternelles, ces estivales – pourtant
      je n’ai qu’une morale…

      d’emblée, d’emblée en sorte
      que tu n’y reviennes, ni n’en reviennes
      d’emblée mais c’est trop tôt, trop tôt un
      jour après le temps, les pots éculés de yaourt 
      ou l’âme aigrie…
      je singe l’être sachant qu’un être
      ne passe pas par là

      juste un soupir mais pourquoi (warum, γιατι, pourquoi) pousses-tu
      si gros soupir? ta maman
      t’a cassé ton bonbon? ou bien
      tu penses à quoi tu penses à rien et ça sent
      pas vraiment bon? ou bien
      quoi? t’es pas contente? t’aurais voulu
      t’appeler je sais pas, au subjonctif plus que parfait
      du féminin…?

    10 août 2017

  • pourquoi tu rêves dormir dehors

      une minute, de silence
      nous réchauffera les glandes.
      en attendant ne t’en fais pas, parcours montreuil, déclare forfait,
      embrasse maman – on peut bien lui
      accorder ça

      en attendant perds tout espoir, déborde un peu
      du temps.
      une seule minute, de silence – c’est pas bézef
      et te fais pas d’illusion: l’éternité ça
      n’existe pas

      on a pris un chemin, par là, comme on ne s’y attend pas
      une grosse fatigue s’est envolée à l’idée qu’une issue n’était pas néces-
      saire à un labyrinthe dépourvu de tout mur, tout corridor, à un labyrinthe
      d’espace pur…

      soigner l’allure, changer l’cardan – j’veux pas d’embrouille
      une poignée de raisins secs, et muni d’un immense courage – la face cachée
      d’un immense courage.
      on en a débattu, longtemps
      puis on s’est tu

      et quoi mon existence
      un caillou dans la mare
      j’irai jeter du pain aux canards et quand j’en aurai marre, je me lèverai, je partirai
      tremper ma face au côté lumineux
      de l’être, pourquoi pas

    pourquoi tu rêves dormir dehors
    8 août 2017

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