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assis là sur un banc


  • s’asseoir en somme, s’asseoir debout

      même à fond dans l’expression, il faut sentir la distance incompressible qui nous en abstrait, l’absence à soi-même sous-entendant l’incandescence de la passion comme le fait d’un cœur mort
      l’énergie ne s’appuie pas sur le moi mais jaillit spontanément d’un néant-en-tout-sens, ne dérivant d’aucun pressentiment 

      j’ouvre la vanne à la débâcle sans même présumer que se rejoindre puisse passer par se perdre – juste comme ça, fidèle à ce en lequel le hasard en tous et en personne aveuglément, évidemment aveuglément, obéit

      on ne saurait cerner ce qui est sans contour, et ramasser une simple pomme ne peut plus se prétendre innocent
      je garde l’allure d’un vif et le charme d’un veuf – comment concevoir le tout sans être rien soi-même?

      je parle à mon frère et mon frère ne répond pas, il faut dire
      que nous sommes la mère coupée en deux, cisaillée par le milieu, il faut dire
      que mon frère se parle et se rêve à travers moi tandis que ce dernier, en quittant le navire
      assécha toute la mer

      il n’y a pas d’ordre. c’est à dire pas de préséance ni de hiérarchie d’une part, de l’un ne trouvant sa raison qu’en rapport à l’autre, et ne se définissant que par sa fonction ou position
      et pas de somation à la soumission d’autre part, d’injonction assénée jusqu’à l’intériorisation de la contrainte non, il n’y a pas d’ordre – et donc pas de culture

    2 août 2017

  • claire somnolence

      les riens font pas les rats – tu t’appelles de travers, or rien je te le jure, rien ne t’appelle
      ma dame est sans structure, sainte-marie des croix nickelées, auréolée d’un ciel qui fait trois fois l’tour du patelin
      et puis s’en va…

      c’est la mouche
      qui de bond en bond s’éclate la gueule contre la vitre, happée par la lumière, obsédée de sortie, c’est une âme
      se défonçant l’cervelle contre le mur du vide, et elle remue encore
      encore, ça c’est le pire

      je connais mon destin, je m’y plie même si
      l’accomplir me terrorise – j’voudrais juste aller à la pêche, m’oublier comme un poisson
      s’oublie et se r’trouve hors de l’eau, l’digestif retourné, nuque brisée,
      mais l’esprit droit dans ses tongs…

      tu peur, tu pas peur – tu moins peur? le nadir-yok, l’allitération fantasque…
      on s’aimera mais alors on s’aimera tellement qu’on s’aimera plus rien: juste l’azur et puis s’en fout
      on se croira perdu, alors qu’y en aura plus, qu’y en aura jamais eu mais seulement la douleur, et pour tout pansement une
      poignée d’vers de terre…

      on n’est plus l’homme, on n’est plus la femme – on n’est plus rien du tout
      on est cette outre vide, ce suppliant, ce je-m’en-fous la morve au gland
      ce fossile de larme sous ce faux cil de joie, on n’est plus soi, on n’est plus moi – on n’est
      que de la mort en sursis, se fixant l’œil dans le gros œil, le blanc dans l’blanc
      … totalement noir

      qui me foutra la paix, qui donc foutra la paix
      au grand chien carnassier, qui bouffe toutes les âmes, les galaxies tous les neutrons, qui donc foutra la paix
      au jour qui vient, et à celui derrière qui ne vient pas, à l’aigre odeur de chatte où ma pensée macère –
      au grand chien carnassier?

    31 juillet 2017

  • la mariée dans son jus

      la petite fleur des pauvres telle que je l’ai connue elle s’appelait miséréré – on l’encule par devant mais ça va, devant elle se tient sage

      mourir le visage fleuri, se remercier d’avoir vécu même si ce n’est pas entièrement vrai, entièrement faux non plus
      peut-être que j’avais un us ou un anus, peut-être que chien perdu

      loin de tout, si loin de tout, souillure passive
      la mort te ramène là, où tu n’as rien à faire: l’incarnation
      tandis tu rêves d’une défenestration, hors-sol, un jour tu rives à droite et l’autre jour, hors-sol…

      mais ça n’a aucun rapport, aucun rapport si tu vis
      d’un cœur éteint ou si tu vis, aucun rapport, d’un gland pulsif: l’étendard
      sanglant est levé

      rien
      ne règne
      et j’y demeure.
      comme on plante une tente à l’ombre d’un solstice je vivrai vieux, sans doute – c’est à dire rampant et tout gluant d’une
      mémoire tentaculaire, fongicide, liberticide
      mais si nu d’une apparence nue, conscience adrénaline…

      inassermenté: même à moi-même je ne dois rien
      tous ces prétextes érigés, ces prétendus alibis, pieuses justifications n’ayant pour autre but que de divorcer le mort du vivant, et ne point s’y confondre
      j’éjacule en premier. en second lieu tu fuis – sur le plus triste oubli…

    29 juillet 2017

  • simple défaillance

      j’avale tout d’un côté et puis de l’autre je me reprends – en guise de quoi
      que ce soit

      la tête au nord, seulement au nord, le reste à la dérive, petit poisson rentrant
      dans le cul d’un homme mort – un homme ou une femme d’ailleurs, ça me regarde pas

      il va pleuvoir demain et tu t’abaisses à compter les journées. il manque juste un tour
      à l’éternel retour

      à qui on fait mal. oui à qui on fait mal comme ça
      on n’avait pas prévu, ni même les crampes au pouce, on n’avait pas prévu
      les revirements d’prépuce…

      chaque homme est mort, de plus en plus
      alors tu barges, titubant berge bée, la veine secondaire le sort
      suicidaire
      – amoureux d’un verglas

      l’abbatiale des pauvres, demi-pauvres ou très pauvres – et j’ai pleuré longtemps
      j’ai même pleuré tout l’temps, du moins jusqu’à ce qu’ils finissent par en extraire
      l’écharde d’un nuage…

    simple défaillance
    27 juillet 2017

  • au signal d’un départ

      une barque à chaque pied, où cours-tu donc ainsi, marée basse…?

      fraîcheur d’amiante, petit lait d’une amande éclatée – j’ai quelque chose pour vous:
      rien hors un lit vide
      et dont la forme épouse le vide

      bille, d’une pichenette lancée dans le vide infini, errons nous à distance
      le néant guère rebondissant certes, sauf en conscience évidemment
      mais pourquoi donc évidemment

      digne de rien, à peine d’un nom à l’unisson
      je me trompais d’organe parfois: l’un pleurait l’orgasme tandis que l’un
      pleurait d’orgasme je crois

      les douloureux seins d’eurydice me font mal à moi aussi – mais plus rien ne m’en
      desserrera la mâchoire désormais, fussent-ils trognons

      ils ont le corps tranquille, coulant à pic quand la mer flotte – noyés para-pélagiques…

      cinq heures par jour c’est l’amitié, courant vertueux
      mais moi j’dors seul avec nounours, nulle part autre que seul – corée du nord à moi tout seul

      spoutnik comme s’il en en pleuvait, et pourtant c’est pas le doigt
      d’honneur qui nous f’rait jouir…

      chien méchant n’avale pas mouche – je me f’rai tout petit, tout petit riquiqui 
      pour te lécher la couenne sans même que tu me sentes
      : à jeun, on court plus loin

    25 juillet 2017

  • souveraine illusion

      plus qu’un homme
      à tête basse –
      il répand ses cendres dans
      le cours d’un sommeil sans
      conséquence…

      vivre sans histoire, titubante
      circonférence,
      l’un après l’autre d’un
      regard vide, fébrile
      latitude…

      pas grand chose
      à faire – le bled à cours
      d’imagination, le chien
      jappe à tout venant – ça
      il fallait s’y attendre

      partir la conscience
      intranquille, renouer
      avec le sang, la chique et le mollard, entre
      le fer et la cisaille – bleu d’un
      geste inaudible

      plus haut de jour en jour
      jusqu’à, un jour, par
      l’impudence d’un vent
      contraire, oublier
      de retomber…

      où le miroir
      prend flaque, toi tu t’installes,
      héron d’un autre
      monde, et d’élégante
      paresse…

    souveraine illusion
    22 juillet 2017

  • mort d’homme

      un chien, deux cierges, une tête de mazout – j’ai tout noyé
      dedans:
      cervelle en bas et queue à l’air
      pour l’amour de côté j’ai tout r’craché
      dedans
      dehors ou dedans c’est la même tombe

      un jour j’étais pas né, gerbé
      d’une quelconque poche de sang
      un jour j’étais pas beau, à genoux sur les pouces, à jeun d’une overdose
      là rien ne vint – j’eus beau pousser
      rien ne vint ni la framboise
      résurrectrice

      t’as qu’une gueule
      une gueule et d’amour impossible, l’acné des jours imberbes
      j’ai peur qu’on me rencontre, le lundi sans y croire en y pleurant tout l’temps – j’ai peur j’te dis
      à demi-mort
      l’autre moitié trempée

      une cicatrice à l’âme-dolmen
      un puits de fond, une boue de sang mêlée à de la merde
      cambouis de vivre, respirer l’araignée
      j’ai une boîte et je mets tout dedans: feux mes rêves, osselets,
      et les yeux en cornée

      t’as boire? t’as vide ton temps?
      t’as trouille tes miches au goulot du respir?
      de qui tu tètes là, le bout de mal en pis?
      ton trou d’bite en cascade, tu chiales quoi, là,
      amouraché d’une balle perdue, ballon-pardon
      tout dégonflé…?

      chien à bascule, petit ciel ventriloquent, j’adore quand tu m’ignores
      et je sais pas de quoi j’parle, ni de quelle gare, j’oublie
      j’ai pas d’raison, j’ai pas d’raison non plus – alors j’oublie
      je dis j’oublie 

    21 juillet 2017

  • réfléchissant, la mer

      un ciel tout chiffonné en vérité
      on aurait cru l’horizon mais l’horizon
      n’y était pas, en tout point
      circonstanciel
      – tendu d’un arc-en-soi

      mais que pourrait-il y avoir entre mer et ciel
      d’autre que ce qui n’est
      ni mer ni ciel: par exemple
      une mouette – défi tant à la raison
      qu’à la décence…

      on ne flotte pas au-dessus de l’abîme: on prie
      comme s’il y avait eu en nous, qu’il nous fallut obscurément chercher,
      une raison quelconque
      à ne pas nous y
      abandonner…

      un souffle en pousse un autre, soupir en partance, digression
      hasardeuse et létale
      tandis que posé là, assis au cœur des choses,
      le dos droit dans le sens
      d’une averse
      rare passagère

      de laver, puis relaver
      les yeux d’un naufragé…
      une seule peur, un seul sentiment, léger ressentiment
      cela revient de loin, mais de si loin
      qu’on peut prétendre, encore, au pied levé,
      avoir tout oublié…

      cendre d’eau, éparpillée comme ça
      ou semée en pagaille –
      il n’y a pas lieu d’avoir froid, pas lieu
      de se mouiller les tempes au rasoir d’une irrévocable
      incertitude, l’ivresse montante…

      ne s’apercevoir
      de rien, remous sans fin…
      parait que l’on respire, parait
      qu’un coquillage à sec recrache une mer blême, dent creuse
      – là-bas
      ne nous lâchera pas…

    réfléchissant, la mer
    19 juillet 2017

  • nada pieds nus

      je pars sauver mon âme
      je sais pas ce que ça signifie vraiment, mais je sais qu’hormis ça, c’est de la merde
      que de la merde.
      de la merde ou le salut de l’âme, quoi que cela signifie
      : je pars pour ça

      indéfiniment je passe et je repasse là, où je passai à côté
      de tout et de moi-même
      je monte la garde où il n’y a rien à garder, là où tout se perd, et je me perds
      c’est ma façon d’être fidèle, fidèle à la passion, fidèle
      à la dépossession

      un dieu pour ceux que rien n’a pu sauver. je voudrais suivre un tel dieu
      qui ignore où il va, souffre très fort des dents, et puis qui ne sait pas vraiment qui il est
      ni pourquoi
      dans un sens comme dans l’autre

      tant nous avions besoin
      de nous abuser, de détourner le regard de ce qu’il n’y avait 
      pas à voir – notre refus de séduction, triste suicide tandis que l’on
      aurait simplement voulu faire l’amour au vent ce jour-là
      – où nul souffle ne ridait
      la surface effarée d’un si pur
      désespoir…

    18 juillet 2017

  • l’amer voyage

      étrangère elle ne s’y prend. plus d’un jour elle ne s’y prend

      elle y joue. elle y joue jusqu’à ce qu’un jour elle cesse d’y jouer
      alors on dit qu’elle meurt. mais la balle roule encore, sous la chaise, dans le couloir
      ou sur l’herbe du terrain en pente

      un homme n’a pas les yeux qu’elle a. un homme n’oserait pas
      car il est verge sèche, hostie le soir des morts

      donner la mort qu’on n’a pas su. ou qu’on n’a su garder
      pour soi
      dans le temps elle faisait ça, suçait son pouce. renversé

      je n’ai pas eu à gémir plus longtemps. l’enfant c’est ça
      elle aussi sait ça, qui me dévisage en chaque bord. et s’éteint dans l’eau noire
      l’écran sombre

      mourir de joie suçait son pouce. elle l’habillait en mort
      elle l’habillait en ça et toujours il venait
      en naufragé ténu, en suceur suçant son pouce il venait

      vers les cyprès ou pire que ça. elle s’en va sans un gant. le bras nu
      elle retourne là-bas. en son sein c’est promis
      elle s’en va sans son chien

    l'amer voyage
    15 juillet 2017

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