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assis là sur un banc


  • mésange, la manger crue

      tu penses ce que tu veux. tu penses ce que tu veux maintenant – comment cela pourrait-il me toucher
      j’évite les femmes enceintes, je change de trottoir quand je croise un landau: je crains de leur porter malheur
      je veux qu’on se détourne, je veux qu’on m’ignore, je veux être mort

      j’ai mangé ta salade et ta salade me faisait gerber. j’ai baisé ton sexe et ton sexe me foutait la nausée. j’ai pleuré sur ton corps mais c’était du pipeau, que du pipeau – tout mon être c’était du pipeau
      sans trou sans air
      et dont rien ne sortait

      la couleur des lilas mais j’ai chié sur mes lilas, j’ai chié sur toutes mes fleurs, la gale
      il n’y a de solution ni ici ni au-delà, pas même provisoire, pas même spontanée
      les hommes ils ont couché avec les femmes et vice versa
      foutu fatras

      l’infranchissable a envahi tout l’espace; tout l’espace s’est réduit à l’impossible infranchissable
      même la mère ne reconnaît plus son enfant. et l’enfant, lui, resté sans nom, momifié sur la bouche d’égout
      de son égout, de tout égout, l’égout très affectueux
      qui vous dit qu’il vous aime, et c’est la fin de tout…

    5 juin 2017

  • irréconciliable

      la mort c’est dès l’berceau ma mère, la mort est dans l’berceau
      seuls les damnés seront pardonnés, les damnés et pas les autres – la mort c’est dès l’berceau ma mère…

      ça y est je l’ai quittée. à l’instant-même où elle consentit à la vie je la quittai
      l’univers entier ne tient qu’à un malentendu – le malentendu levé, s’effondre l’univers
      je ne sait pas combien de temps ça met à mourir. pas trop longtemps j’espère

      je ne suis plus que douleur, d’une douleur froide et implacable, d’une douleur sans odeur ni souffrance, et qui ne soulage de rien
      je crache même pas du sang. plus assez ivre pour ça. je crache de la merde de sang
      d’un dégoût hors norme, et d’un pardon si vaste
      qu’il s’abstient

      mon indéfectible amour de dieu – ma négation ne parvient pas à l’entamer
      et je reste là, comme un con, privé tant de la gloire que du soulagement d’un trop pur néant, dans la manque absolument, le manque étrangement
      comment la vie pourrait-elle me satisfaire? comment dieu pourrait-il me satisfaire? seule la mort m’arrache tout – les tripes avec le reste,
      et la mémoire en sus

      je ne suis pas aimable, je ne peux
      satisfaire à l’amour, aucun amour – je ne peux
      qu’aimer à vide, désespérément, désespérément à vide
      le reste du temps j’étais pas là. je faisais semblant d’être là mais j’étais pas là 
      jamais

    irréconciliable
    3 juin 2017

  • ça fuit dans l’mégot

      j’ai un nœud de vipères. j’y retourne, retourne voir si quelque chose s’est dénoué
      quelque chose ou quelqu’un
      quelqu’un de préférence, mais qu’on ne distinguerait pas d’une chose
      de quelque chose en tout cas, toute tranquillité

      c’est les pleurs du milieu. tout autour tout va bien, tout autour tout est clean
      j’avance un pas, je vois qu’il se défile
      du coup pour l’équilibre, ça va pas être possible

      assis là sur le flanc, en position mi-assise mi-couchée, disons d’une allure mitigée
      je regarde le présent. il se tait, reste fermé
      je regarde le présent comme une chose morte, un trou dans le néant

      vous auriez beau me dire ici, elle court par là
      elle court par là me dis-je, d’un ravissement inouï
      à moins que j’y pense plus

      ça n’arrive qu’une fois sur deux – ou pas, ça dépend laquelle des deux
      en tout cas moi je pars, je pars juste le temps de n’être nulle part
      à mi-chemin précisément entre l’ici et maintenant

      à partir de là peu s’en faut, peu s’en faut c’est déjà trop – partir de là c’est déjà trop
      on sait pas quoi faire on sait pas y faire, pas comment s’y prendre je crois, je consens
      qu’il vaut mieux tout laisser là
      en plan exactement

    1 juin 2017

  • vous avez maintenant de la boue sur la main droite

      toute la mort meurt, et les gens avec eux
      les gens meurent malgré eux, mais avec eux quand même. c’est dommage
      c’est dommage évidemment mais ça pourrait, ça pourrait être pire évidemment

      je sais pas pourquoi tu dis ça pourquoi tu dis ça je sais pas
      c’est mieux avec la langue, avec la langue oui mais sans les dents. j’enlève les dents
      voîlà, cômme ça. sans la langue ça ira mieux comme ça

      le saignement de nez c’est pas pour faire joli: le saignement de nez c’est bien ça fait joli
      et tous les saignements, les autres saignements, d’ailleurs les autres sur leur lit,
      endoloris

      tu me parles de ma maison et ma maison s’écroule
      c’est comme ça ma maison: elle s’écroule de tout temps elle est
      perpétuel écroulement

      le fait de revivre tout ça est-ce que ça t’embête pas
      est-ce que tu veux vraiment tout effacer de ta mémoire pour ne revivre que ça, indéfiniment
      est-ce que vraiment, vraiment tout ça, indé-
      finiment

      le but c’est d’arriver de l’autre côté sans que l’autre côté s’en aperçoive
      et lui faire l’amour à contre-courant, si on veut
      si on veut pas on l’aura pas volé quand même

      sinon partir, partir derrière les vacances, plus loin encore que les vacances, là tout au fond des vacances
      dans la vacance totale, éternelle et fragile, la
      mort congédiée

    vous avez maintenant de la boue sur la main droite
    30 mai 2017

  • scruter le trou

      tu te figes là, quoi, prête à la non-riposte, et mise à déchanter
      un peu de rayon vert, un peu de soleil borgne – une vague odeur de sexe ne réenchante rien
      c’est promis

      la matinale des ploucs – déjà se dégonfle le jour.
      en diagonale, de préférence en diagonale…
      parce qu’au fond du manger y a plus rien à nourrir
      c’est le jeûne, car c’est à jeun qu’on meurt

       tu te fais une beauté, une beauté par où sinon?
      et pour qui?
      pour personne. pour l’image de personne. pour la nuit passée sans succès et rentrée la queue basse
      entre les gouttes
      toujours entre les gouttes

      le bon côté des choses, à l’envers de chacun
      dieu trimbalant ses galoches en plein désert humain
      soulevant la poussière d’âme, récitant son mantra
      sur le bout de nos doigts, sur le gland de nos vies

      il ne manque rien, ou presque – il ne manque presque rien
      petit homme sans gêne, cherche femme sans scrupule
      si, il manque quelque chose, comme un trou à l’abandon
      pour échapper au trou…

    29 mai 2017

  • la péniche en interne

      ça n’a pas de sens, ça n’a pas de non-sens non plus les mains surfant
      sur la vague du dos je crois que moi, moi aussi je vacille moi aussi je chancelle, béquille flottée
      et bientôt je perds pied…

      je ne m’angoisse pas
      je pensais seulement qu’entre nous ces choses-là n’ont plus lieu d’avoir cours
      mais c’est encore le mou, frétillant, le mou
      d’entre les cuisses

      bouge pas je te le fais
      reste assise là, ne t’occupe de rien
      je te rends compte de tout, n’en tiens pas compte si tu veux, si tu veux caresse-moi les dents
      avec tes dents
      – il plane comme un air de déjà-vu et ce sur
      la terre entière, et ses tristes ressorts

      nos migrants ont les cheveux longs, ils traînent jusqu’à terre
      nos gitans ont le bras long, ils fouillent les poches des gens, du ciel, et même les poules
      de qui donc suis-je le juif, de quelle errance
      introspective?

      je n’ai jamais couché dehors, c’est un paradigme perdu
      ou seulement quand il gelait, que la marée montait,
      la bébête tourmentait…
      je n’ai jamais couché dedans: y avait pas d’place dedans

    la péniche en interne
    27 mai 2017

  • et le vide tanguait sur sa chaise, pretty bascule…

      la pluie nous unit morts. c’est bien
      il en tombe comme il peut, c’est mieux – pleurer par en-dedans, à sec, pleurer de l’intérieur
      je vais boire quelque chose, j’ai bien peur, jouissant à contre-pied,
      d’aller boire quelque chose

      le poids s’en mêle, mais personne ne s’en mêle
      le poids de personne et le vide sur sa chaise, jambes croisées, le nombril en stupeur
      depuis que je suis né c’est toujours la même chose, la même chose
      chantage à loup-y-es-tu
      menace à qui-va-là

      il est mort mais là n’est pas la chanson, pas la question
      il est mort et voilà, il n’est pas là quand même, sauf que les morts, sauf
      que seuls les morts y sont vraiment et qu’ailleurs, ailleurs,
      tâtonne la vision
      d’un seul œil et clignant

      des mines de grâce sur le chemin de croix
      la vue fantastique qu’on a du golgotha
      un jour magnifique, moisissant sous la bruine
      les bras croisés dans l’dos et l’anus aux abois…

      j’évite de vivre, j’évite ainsi de naître
      toute une éternité néanmoins me chie dessus, oiseau de sale augure
      béquille pour sardine, le réel m’enfonce un doigt dans l’œil jusqu’au cœur
      et ça fait mal au g’nou: je crois
      je fléchis tout à coup…

    25 mai 2017

  • tout ce que j’embrasse je l’embrasse comme ça, le sors de ma mémoire

      je n’ai pas le compas
      d’établir une circonférence, ma frontière est poreuse
      ma mère n’est pas porteuse, la fourmi point prêteuse – ne fus-je donc appelé qu’en tant que témoin?
      et d’où vient notre crime, que nous voulions mourir…?

      nous nous réveillerons demain, la gueule de bois, le cercueil en transit
      la dalle est de béton
      tranquilles travaillant, ou chômant, le croissant nous restant
      en travers de la gorge

      les morts sont dans la nature comme chez eux, mais moi je m’y sens mal
      en abstraction lyrique, en ciel à la lucarne, je n’aspire pas au bonheur – 
      rien qu’à ce vent soufflant si haut,
       si haut par-delà les avions

      abolir la propriété ne suffit pas, la funeste illusion d’un sécurité rentière
      abolir tout, tout abolir: simplement en ne bâtissant rien
      laissant l’esprit croître hors les murs, l’esprit nu, la mort en coït de dieu
      ma chandelle est morte – quel feu s’en soucie?

      est-ce vraiment par amour de l’éternel que je roule ainsi du versant mort, giratoires catacombes?
      je ne t’accuse de rien, petit bonhomme – avec inconsistance pour unique voix de salut
      l’insouciance nous délivrera t-elle
      de l’acharnement des teignes? 

    ...
    23 mai 2017

  • ma naissance à vil prix

      j’avance à travers champs
      comme ça, par amour de la boue sans doute
      par l’inavouable goût de la flétrissure dont est imprégné l’homme
      ou la femme, sa forme subliminale, par forcément plus stable
      et qui se dit où moi je vis
      n’en vivra pas d’autre ou seulement
      sur mon dos

      je ne ferais pas de mal à un pou certes, mais aucune grandeur à cela depuis que je me rase la tête, alouette…
      tout le corps empalé sur son propre fémur – y a pas que la soupasse de bonne dans cette écuelle, y a aussi la fausse arrogance de quémander envers et contre
      toute l’humiliante sollicitude
      de l’aumône

      je ne jouis pas: j’ai peur de perdre ma patrie, de laisser échapper un bref et odieux juron,
      de malencontreusement parier sur le mauvais cheval, le canasson rachitique et pourri qui a perdu jusqu’à la dignité
      de dissimuler sa déchéance sous quelque grotesque affabulation
      et le voici crevant tant de dépit que de soif c’est tout, croulant sous leurs épluchures de graines de tournesol, leurs rognures
      de blettes évidences…

      ta mère la mort
      et puis on s’insinue en douce et malgré tout, jusqu’à trouver cela joli et pourquoi pas charmant
      charmant ta face de pute, ton petit orgueil défait, la main qui jamais ne daigna se poser sur ton front et pourtant,
      pourtant l’instinct si clair, l’humeur imprévoyante et qui sait… le destin qui répare tout ce qu’il a détruit
      juste en y repassant, en soufflant par-dessus, juste en
      se déminant la queue…

    21 mai 2017

  • le chant de l’oiseau mil

      trait de désunion entre l’ici et l’au-delà, cercle rompu où la figure se blesse: un homme, un homme seulement
      errant dans l’espace vain

      c’est une raison
      de vivre et cela me ressemble, abracadabra le verre
      se désemplit, écartelé sur sa fracture tandis que le jour
      s’augmente de la pensée qui s’en soucie
      d’ailleurs il tombe
      je crois je l’accompagne…

      mes mains
      pleines de choses qui n’existent pas, de présents qui ne s’offrent pas,
      de silences périmés mes mains
      pleines de doigts croisés, de pouces élimés, de lignes défaites ou de fuite mes mains
      débordant de caresses grinçantes, d’orgasmes soupirants,
      d’une sûre pulsion de mort mes mains pleines
      de mains vides, et s’agrippant au vide…

      je sais ils n’en ont pas l’air et pourtant ce ne sont
      que de petits billets doux déposés dans les canaux
      du grand réseau fictif et par eux acheminés
      jusqu’au vide sidéral où ils finiront un jour, je l’espère,
      par croiser le regard sans opprobre ni reproche
      de l’éternité, la belle immaculée…

      j’aurais pu me contenter, bien-sûr, de fermer les yeux
      et sur les yeux fermés de refermer les yeux, afin d’aboutir, instantanément,
      au terme ainsi qu’à l’origine de tout(e) geste
      si seulement j’avais eu les yeux de les fermer, et pour toute voix le grain
      éraillé du silence

      ainsi me voici donc
      maître d’un jeu sans règle
      mat au premier quart de tour…

    le chant de l'oiseau mil
    19 mai 2017

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