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assis là sur un banc


  • nada pieds nus

      je pars sauver mon âme
      je sais pas ce que ça signifie vraiment, mais je sais qu’hormis ça, c’est de la merde
      que de la merde.
      de la merde ou le salut de l’âme, quoi que cela signifie
      : je pars pour ça

      indéfiniment je passe et je repasse là, où je passai à côté
      de tout et de moi-même
      je monte la garde où il n’y a rien à garder, là où tout se perd, et je me perds
      c’est ma façon d’être fidèle, fidèle à la passion, fidèle
      à la dépossession

      un dieu pour ceux que rien n’a pu sauver. je voudrais suivre un tel dieu
      qui ignore où il va, souffre très fort des dents, et puis qui ne sait pas vraiment qui il est
      ni pourquoi
      dans un sens comme dans l’autre

      tant nous avions besoin
      de nous abuser, de détourner le regard de ce qu’il n’y avait 
      pas à voir – notre refus de séduction, triste suicide tandis que l’on
      aurait simplement voulu faire l’amour au vent ce jour-là
      – où nul souffle ne ridait
      la surface effarée d’un si pur
      désespoir…

    18 juillet 2017

  • l’amer voyage

      étrangère elle ne s’y prend. plus d’un jour elle ne s’y prend

      elle y joue. elle y joue jusqu’à ce qu’un jour elle cesse d’y jouer
      alors on dit qu’elle meurt. mais la balle roule encore, sous la chaise, dans le couloir
      ou sur l’herbe du terrain en pente

      un homme n’a pas les yeux qu’elle a. un homme n’oserait pas
      car il est verge sèche, hostie le soir des morts

      donner la mort qu’on n’a pas su. ou qu’on n’a su garder
      pour soi
      dans le temps elle faisait ça, suçait son pouce. renversé

      je n’ai pas eu à gémir plus longtemps. l’enfant c’est ça
      elle aussi sait ça, qui me dévisage en chaque bord. et s’éteint dans l’eau noire
      l’écran sombre

      mourir de joie suçait son pouce. elle l’habillait en mort
      elle l’habillait en ça et toujours il venait
      en naufragé ténu, en suceur suçant son pouce il venait

      vers les cyprès ou pire que ça. elle s’en va sans un gant. le bras nu
      elle retourne là-bas. en son sein c’est promis
      elle s’en va sans son chien

    l'amer voyage
    15 juillet 2017

  • la passion cha-cha-cha

      dieu d’un immense soupir, blanc oxygène une fois la dernière page
      tournée, retournée en tout sens, fumant mauvais encens
      dieu d’un unique tourment, ultime testament, je me soumets comme au vide on se jette
      humide encore
      de la dernière pluie

      j’aimais ton printemps j’aimais ta gloire – j’aimais ta chute aussi, ton automne belvédère
      au-delà de la mort en deçà de la vie, dieu qui remue ma lie
      d’un seul espoir, grappin de bite
      et je lâche tout, et je lâche tout pour toi, l’outre-moi quel qu’il soit
      ou ne soit guère

      dieu référent, irrévérent, plage à toute heure
      mer aboyée mais échouée là, au sillon de mon nerf, au crochet de ma soif
      ma soif
      rasée de près, mise à sec et mise à feu
      dieu avant terme, dieu tentacule, gengis khan en mon âme et conscience, dévastateur pérenne
      : l’amour saute mais l’amour sauf, peut-être…

      mon dieu-raskolnikov, petit moine effaré la bouche en anus écorné
      mon dieu chante-comme-il-faux
      rien ne me plaît tu sais, hormis ta douleur
      ta paix sur toute douleur, ô ma douleur
      ta paix sur tout âme en croix, la sève en fin de droit…

    14 juillet 2017

  • le jour où nous nous révolterons

      une abeille s’est prise dedans
      moi je n’ai rien à te dire, j’ajoute car c’est gratuit, je compte les jours
      où les jours s’ensuivent, s’enlisent et c’est pas souvent
      pas souvent mais ça arrive

      un tout petit cheval, qu’on met dans sa poche et qu’on reste tranquille
      qu’on pense à autre chose, non, pas à autre chose mais peut-être pas à ça en tout cas
      ni à rien
      ou à peu près à tout ce qu’on ne touche pas
      vu qu’où qu’on mette les mains ça brûle
      – les mains ça brûle

      on se plaisait, on se plaisait énormément – ça arrive à tout le monde ou presque
      on s’est perdu dedans, alors on s’est perdu dehors, alors on s’est perdu tout court
      t’as vu comme j’ai chanté? je ne rechanterai plus

      pas le paradis, pas même son ombre, son reflet dans la vase
      a-mystique théologie, plus (+) un grain de folie, spirituellement bancal, sur un banc spiritueux
      j’aurais aimé que tu m’habilles, comme si j’avais pu être nu en-dessous
      ou en-dedans

      pas la peine d’accoucher, ils sont tous morts dedans
      les petits princes de lait, les ophélies de magazines – un fleuve en cage a débordé
      s’est levé de son lit sans prévenir, et en pleine nuit
      faut dire qu’il fait toujours nuit sous ce soleil crevé

         et il nage la brasse
         des pendus à rebours…

    le jour où nous nous révolterons
    12 juillet 2017

  • la vue célestine

      … pas du allumer ta clope
      à cette heure de l’encyclique, vu qu’elle s’allonge
      par-dessus les corps de mort en mort, échappatoire
      masturbatoire

      flaque retroussée, le reflet clos
      j’emmerde ta grosse nique de vie j’emmerde, pourtant
      du vide pousse sous les ailes, d’instinct

      l’œil défoncé malgré, or la vue droite
      fixe
      persévérant dans la trachée cécitaire, l’abysse flux

      cordialement va t-en
      dans un petit remake de là où l’air
      de rien, frissonneux poissonneux 
      et sans faire mystère…

      vodka métaphysique, bulgare par tous les temps
      en sursaut l’âme amnésique, en sursis c’est très gentil, j’avoue
      être là comme au hasard, très attentif à rien ne bouge, qui bouge un peu tout de même
      nerveuse indifférence…

    10 juillet 2017

  • μικρα πικρα

      des cendres sur le parquet, quelques
      prends garde au coup de vent, pfuit
      ça rime à rien, ni au silence

      seul demeure semblable
      un ciel au ciel semblable
      et puis s’oublie

      je donnai naissance à la vie éternelle, un genre de
      et maintenant tout déchiré, renié, abnégationné
      – ou quoi

      avec au-dedans l’oreille grondante, la spirale explosive
      contre vents et marées, une planche
      redressera le ciel, fumeux soit-il

      diaphane, quasi sépulcrale
      rivière au bord de l’eau
      – le sein tari, le plongeon vide…

      tant semer pour si peu récolter…
      une exception lourde à la règle
      – s’enfuir à jambes de bois

      mourir à quatre pattes, résurrection debout
      debout le ventre plat, l’œil liquide quoique
      l’esprit bien ventilé

      bien ventilé dit-on, regardant loin devant soi
      brisant tous les reflets, joyeux saccage
      jusqu’à

    μικρα πικρα
    7 juillet 2017

  • errant, les peupliers

      un jour est-ce matin
      d’un bout de bois trempé
      – à quoi notre âme ne cède donc t-elle pas?

                        ou protégée du froid
                        par un seul cheveu blanc
                        : la balbutiante…

      plus d’café
      plus on s’avance, plus la mort spectrale
      saillie de l’amertume…

                        j’étais heureux comme ça
                        accordé aux navires
                        qui n’avançaient guère

      c’est un ciel lumineux
      je crois que j’arriverais, si ce n’est à en vivre
      du moins à y survivre…

                        on n’a pas sonné l’heure
                        il fait encore jour pourtant
                        et le soleil-trémière…

      délicatement souffler
      sur les braises – ça prendra du temps je sais
      mais devant: l’océan…

    6 juillet 2017

  • la nuit mange pur

      un chien en a mordu un autre et c’est toujours le même. il ne hurle pas c’est pire que tout
      un drôle de chantier en vérité – il bouge un petit peu mais rien jamais n’en sortira
      on ne bâtit que du vent. évidemment un ciel c’est bien trop haut

      j’ai une mère
      c’est incroyable de venir de quelque part, d’un bulletin de météo anale, d’un coup répercuté de tonnerre décharné
      ou seulement croisé, comme une épée croise un damné, un quelconque infidèle – étrange cordon
      chirurgical

      un jour je retournerai quelque part, je ne sais pas où
      j’éprouverai ce vide, cette nausée des coups foirés, des destins raturés et je dirai ça y est, c’est enfin là
      que je n’existe pas

      si dieu n’était personne, sans doute l’aimerais-je un peu mieux
      je n’ai rien. et finalement ça me fiche encore plus le vertige que de n’être rien: appuyant sur la chute
      je voudrais juste m’asseoir sur la chaise en plastoc décrépi à la terrasse d’un kebab…

      une à une je délivre les mouches
      j’aime cet état d’être étranger sans être toutefois identifié comme tel
      et puis s’oublier
      dans la langue fredonnée, en parfait inconnu…

    la nuit mange pur
    4 juillet 2017

  • l’horizontalité en tout sens

      je n’ai jamais fait que me chercher des racines, comme quelqu’un qui ne peut s’y résoudre
      quelqu’un qui, le poisson entre les dents, ne pourrait en supporter

      des hommes n’ayant plus soif
      des hommes que l’ivresse ne délivre plus, des hommes au seuil de vivre
      – non, je ne suivrai pas
      de destin parallèle

      certains furent veilleurs, d’autres corps de dieu jetés en pâture aux instincts les plus infâmes
      j’avais un semblant d’amour pour vous et de ma vie ne fut qu’un semblant
      d’amour pour vous, de vivre pour rien

      j’ai trouvé un bout de moi traînant là traînant las
      je me suis dit que mieux valait ne pas tirer, mieux valait ne pas suivre
      être perdu, je n’y puis rien

      il y a la mort naturellement, pour faire de nous plus qu’une chose – un drame en l’occurrence
      une tentative désespérée, un ultime sursaut
      : la bonté malgré soi

      j’ai peur de n’être à l’abri de rien
      c’est cette peur qui fait de moi quelque chose d’encore vivant
      de plutôt triste
      – d’un deuil récurrent 

      il m’est impossible de vivre dans un monde de violeurs de belles au bois dormant
      nos baiser ont la peau lisse, légèrement moite
      des jours de pluie

      je me suis tu, enfin
      en homme ne se regardant pas droit dans les yeux, en tête qui louche
      quelque chose de simple et d’essentiel, pas plus, me pensais-je
      : baisé jusqu’à la moelle 

    2 juillet 2017

  • petit à petit, le carton brut

      l’homme se lève avec le vent – encore faut-il que se lève le vent
      la faux à faucher le vent s’est levée, c’est un givre à la lèvre
      pour quel baiser fauché, quelle étreinte au rabais, et la queue sur la paille
      le vent s’est levé seul – l’autre est resté couché…

      j’avais si peur du loup, or le loup m’effleura, et m’implora pitié
      le matin je ne sais pourquoi, il faut que je me lève, ça ne dépend de moi
      je ne vais pas mourir: ce qui de moi doit mourir se perdra sans moi, j’fais un bond de côté
      je jouis la douche froide, écarquillant les globes je ne vois nulle femme, bouche bée
      c’est un trou de côté

      je pleurais, je pleurais tellement qu’ j’en étais ivre
      ivre n’est pas le bon mot, ivre n’est pas le bon mal
      je pleurais mais ce n’était encore pas mes larmes – mes larmes on les avait noyées dans la rivière quand j’étais p’tit
      vingt ans plus tôt vois-moi l’fardeau, j’aurais pu croire que j’étais beau
      de croûte comme de dos…

      un sac
      un sac de peau
      avec un homme en-dedans: un jeu d’os et le vent d’un pipeau
      flétri, ridé, le doigt dans l’cul et la raie de côté
      des vidéos d’azur
      – j’aimais tellement vivre avec soi
      que j’en suis mort

    petit à petit, le carton brut
    30 juin 2017

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