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assis là sur un banc


  • s’endormir au volant

      je ne me souviens de rien, pas plus d’un but que du début. ne serais-je finalement que le 
      souvenir présent de soi, le supplice d’un rouge
      maculé d’une fleur?

      c’est pas grave

      c’est pas grave, il me tarde de sourire
      par dépit sur un genou
      effondré

      situé de l’autre côté du mur: un taux éberluant d’oxygène
      comme si le mur pesait sur tout mouvement, engluait toute danse
      emmurait la roue

      muré non dans un silence, si intime soit-il, mais dans un mot trop massif pour être articulable
      un mot-pavé
      un non-reflet

      si, je me souviens de quelque chose – ça me revient maintenant, quand maintenant me revient
      : une racine, un reflet
      un pli de l’air, invraisemblable faux-semblant

      l’addiction au suicide, mamelle morte

      le point à partir duquel une dérive… inconvertible

      le pont suspendu au-dessus d’un temps indéfini, que nulle chute ne rallie
      d’ailleurs ne suis-je cette chute?

      cette chute?

      quelque chose se souvient de moi alors je m’éveille à moi-même
      … en tant que chute

      c’est effarant

      simplement comme on s’endort
      au volant

    19 avril 2016

  • on s’est enterré dès demain, comme en pur océan

      rêver de pluie

      la pluie s’appuie à mon balcon, tranquille
      ce sont les yeux qui ne cherchent plus, hagards

      à mon chevet prie un silence.
      une mémoire, sans souvenir
      remonte

      il a bien fallu pourtant que quelqu’un, quiconque
      le taise…

      posé mes mains sur ta poitrine, respire
      ton souffle entre mes mains, soulève
      (toute la fraîcheur du monde) un suaire

      depuis, je n’y attache rien
      saute un bouton, un autre
      – défile…

      un être se réveille. il va mieux
      il sait qu’il est la part dont il ne
      reste(ra) rien

      comment partager ce vide démesuré?
      le laisse en friche

      et je ne m’étends pas

      j’enlève un souffle au vent, retombe
      la poitrine

      ce qu’il y a là de définitif se renonce en chaque goutte, la pluie

      … la pluie

    on s'est enterré dès demain, comme en pur océan
    17 avril 2016

  • j’ai toujours haï le travail

      l’ambiguïté étant le maître-mot des mots sans maître, je me mets à toutes les sauces, je me tue comme ça, de temps à autres…

      j’écarte tes cuisses parce que ça me fait mal, en mâle sans patrie

      ça veut dire j’avale la douleur. je crache vers dieu en espérant qu’il me noie
      en mon propre crachât

      en juillet on partait en vacances

      je ne suis jamais parti en vacances

      dix-sept ans, SDF d’un banc

      pas n’importe quel banc, mais un lieu très précis, avenue du trône – d’ailleurs il bruinait cette nuit-là et j’ai demandé une cigarette à un passant, n’importe quel passant

      j’ai toujours haï le travail

      je me suis toujours méfié du hasard

      je fuis

      de partout, je fuis

      loin de tout, je fuis

      de l’infecte mensonge du moi, je fuis

      au compte-goutte ou en cascades je fous le camp, je m’barre de là – trahison

      pas de sujet, pas d’action – la trahison ne respecte rien

      il ne reste qu’à pleurer
      pleurer infiniment

      infiniment à l’infini

      pleurer

      sans même une larme

      à qui donc demander pardon?

    15 avril 2016

  • la bande son

      caresser le dessus de la langue avec le dessous de la langue, de cette même langue

      faire l’amour au couteau, cracher dans le miroir (pas sur: dans)

      le miroir c’est beau

      surtout quand écarquillant les yeux autant qu’on peut on n’y voit rien du tout

      écarquiller les yeux c’est beau, étrangement beau

      un jour, j’aimais je t’aime

      puis on étripe un écureuil

      neige et merde, de la spiritualité anale, notre saine répugnance envers un soleil bancal 

      l’obsessionnelle réminiscence du péché originel comme si le péché résidait dans la chute même, et patati

      et patata

      imaginons que ce soit vrai, que quoi que ce soit fut vrai, et qu’on en oublie le nom…

      je suis destiné à trahir, à ne pas obéir: à fuir

      de grand amour que pour le fuir

      flocons de neige et merde au gland, de quand date mon premier oubli?

    la bande son
    13 avril 2016

  • un truc qu’aurait rapport à la pudeur

      théologiquement parlant, le premier rôle revient à l’amante

      un arc-en-ciel auréole le prunus en fleur du jardin. il ne délivre aucun message, pas même celui d’une réalité ne pouvant être que fantasmée

      c’est un homme vil, à l’orgasme improbable
      il sert de pot aux roses

      un verre de sang de mammouth chaque matin vous revigore, rien de plus obscène que de toucher un visage
      : comme si on souillait le cœur de l’être – l’amour de toute façon suppose un viol

      se retenir d’aimer, c’est une saison morte
      la pudeur de ne pas exister

      de s’agenouiller devant le corps si blanc si lent et de ne pouvoir empêcher l’érection

      exister souille

      si dur de pardonner, se pardonner

      d’être ou non, toujours entre les deux, mon nounours entendait toutes les langues mais ne s’exprimait qu’en latin

      moi, je corresponds

      à rien

    11 avril 2016

  • pouvoir de séduction

      moi aussi, se passe de commentaire

      les bruits nous parlent, essaient de nous dire quelque chose que nous ne comprenons pas, ou que nous comprendrions si seulement nous avions des oreilles parfaitement silencieuses

      quelquefois, truffé de mystère, en somnambule j’esquisse un pas, j’inaugure l’espace d’une voix
      j’embouche un sein privé du pouvoir de guérison, un sein déminéralisant

      et les jours frites, je pisse dessus

      j’aime les yeux qu’on pose sur toi, par lesquels tu te vois mais qui me laissent aveugle

      en imaginant la stérilité comme le comble de la générosité
      la grossesse d’un vide

      d’autres fois je voudrais te parler. justement parce que je n’ai pas de nom à te mettre dessus, pas de quoi t’affubler, de maquiller d’un visage en entier

      alors qu’oblique, penchée, boiteuse sur le plat du chemin…

      je cherche quelque chose mais j’ignore quelle chose, afin de préserver la chance de ne pas la trouver

      sans quoi je tombe

      il est dangereux de tomber les mains dans les poches

      il n’est cependant – cependant est un mot si grave, si essentiel – pas concevable de sortir les mains de leurs poches, de les exhiber nues, elles qui portent le reproche, la destructrice tentation d’être et pire encore, de louches odeurs d’outre-temps

      avant j’étais mort

      ça va mieux maintenant

      je t’embrasse très fort

    pouvoir de séductionmoi aussi
    9 avril 2016

  • j’ai dévoré le loup

      sans s’attarder, sautiller sur un seul pied (le bout)

      c’est vrai qu’on a tout le temps, tout le temps et aucune pratique

      le chant c’est loin, mais se perdre en soi peut-être
      s’en rapproche

      on essaie une dernière fois, la dernière et c’en est fait: si ça marche pas – et ça marchera pas – on s’ laisse mourir

      c’est seulement ainsi qu’on ne mourra jamais et d’abord ça c’est vrai
      puisque ça est écrit

      là, où rien ne pousse

      si ce n’est l’idée, l’idée d’un sexe
      rien que l’idée, pure et indéniable
      d’un sexe

      la résurrection permanente, l’intérieur d’un dehors
      l’extérieur d’un dedans
      un jour se rejoindront-ils, ou elles?

      on se consume en attendant
      en attendant surtout
      bien qu’ardemment
      c’est à dire avec ardeur

      sans calmant
      calmement avec ardeur, sans calmant
      c’est à dire électrisé, brûlant
      en attendant

      dans un coin de la forêt, disons au plus profond des bois, derrière un arbre ou bien un autre
      j’ai dévoré
      le loup

      or le loup resurgit  

    7 avril 2016

  • l’éternité, la ‘tiote

      ses minuscules
      seins m’électrisent, me brûlent

      le souffle raccourci, l’odorat
      prend le devant, et possession

      je sais la guerre déjà
      perdue, flamboyant sacrifice

      crucifix que l’on tend
      aux lèvres avides, arides

      du moribond, ses minuscules
      seins m’électrisent, rebond

      alors on s’en
      est allé voir
      ailleurs, ce qui s’y passe
      on retourne complètement le rétroviseur, afin que s’y mire et s’y déroule
      le haut, le très-haut, contre vents et marées
      frétillant marécage…

      j’ai beaucoup réfléchi, m’y suis-je réfléchi – purement délayé
      en la substance d’un reflet
      quand même

      on y écrase le cafard
      à pieds nus
      dans ses bottes.
      on s’bave dessus, on s’bourre le mou…

      j’ai beaucoup réfléchi me dis-je, avant d’éliminer
      tout genre de conclusion
      hâtives, tardives, testamentales définitives
      aucune
      : que l’espace germant où le chemin expire

      cigarette, une cigarette

      qu’on n’allumera pas

      : l’éternité

      la ‘tiote

    l'éternité, la 'tiote
    5 avril 2016

  • bordé d’un seul côté

      l’histoire s’arrête là, un point ne recommence (sauf s’il est en suspens)

      une éclaircie, que faire d’une éclaircie? se délester d’un poids pour au final ne pas même prendre feu…

      ailleurs n’est pas plus loin qu’ici. d’ailleurs j’y vais, trépignant de patience au creux d’un arbre mort

      une pause à l’intérieur de la pause…

      s’inscrire dans la mort. s’ouvrir quand tout s’éteint qu’insinues-tu? la lettre enfin déliée du mot. déliée…

      je ne sais pas ce qui me prend. j’ignore aussi ce qui me laisse

      le facteur vient de passer. je crois qu’il ne sert qu’à ça. nous ne servons qu’à ce que nous faisons. sinon ça s’appelle un homme. ou une femme

      ou une femme. déliée de tout nom, de tout usage. sevrée. sevrée cela semble lui convenir

      entre deux clignements d’œil un monde sur le fil
      du rasoir

      le gris invalide toute pensée. je fais parfois le non-effort
      d’être

      bâcler la sieste ou, sagement recevoir la pluie. je tends la joue, l’autre, la joue que rien n’effleure

      je lance le dé je le relance: il retombe chaque fois sur la septième face, celle sans chiffre – la face indéchiffrable…

    3 avril 2016

  • car il n’y a personne

      une bruine, à peine une pluie. c’est peut-être mieux comme ça

      identités dépareillées, dérivons-nous en mal de quelque chose? créons-nous du suspense sans même nous lever, ou bien mal habillés?

      j’étais lointain, j’étais certain, que les morts nous dédaignent et nous tournent le dos – d’où cette impression de vivre comme à rebours…

      il ne manque rien. de fond en comble un vide nous maintient la tête hors de soi

      il tarde à se réchauffer. et cela arrive de plus en plus souvent

      un jour, sans faire exprès, je me suis attardé. voir ce que le destin me réservait. il fallait avant tout éviter la panique – par exemple en se figeant

      trouver un autre alibi. ou pas d’alibi du tout: incarner l’innocent que tout semble désigner coupable

      de l’horreur à la soumission sans frein un simple interrupteur, qu’on caresse du bout des doigts lorsqu’on a encore des doigts

      à peine une bruine, un air simplement saturé d’humidité. une flaque vibrante oubliant de se condenser pour tomber

      une vague question d’odeur en dernier lieu, qui flotte un moment après la disparition  du corps émanateur, et qui constitue dorénavant la seule et fragile preuve de réalité

      et lorsque tout recommence, s’agit-il encore vraiment de soi?

    car il n'y a personne
    1 avril 2016

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