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assis là sur un banc


  • tombé des nues

      j’aborde ce pays- là, dans nul pays vas-y, j’aborde ce pays-va
      nu pieds, l’entorse au cœur l’épine à ras du souffle je tremble, je tremble,
      oui mais je ne tombe pas, ou alors me relève, ou bien me mords la lèvre enfin
      quelque chose de tors, de retors j’aborde ce pays, là, précédé d’un faux pas

      pas de fumée sans feu ou peu s’en faut, du pas grand chose au presque rien le moindre écart
      s’avère fatal – quelle merde! et dire que tout cela fut l’anecdote sensible
      émise en braille par un monde en déroute: petit seau bien poli (un rien percé tout de même) pour écoper
      la débâcle…

      au troisième jour de la création j’ai vu que cela ne mènerait à rien, alors je suis retourné me coucher. je n’ai pris aucune part à ce qui s’ensuivit, il serait donc injuste de me le reprocher. je fus d’ailleurs moi-même surpris au réveil de tout ce charivari mais bon, c’est le printemps, testicule en surcharge et on a bien le droit de tomber amoureux, non? ou même de plus haut…

    1 avril 2016

  • se faire la belle

      tout ce qu’on peut faire, un œil hissé juste au-dessus de tout ce qu’on ne peut faire
      ou semblant oui, faire comme si, comme si semblant y croire on y croyait vraiment, on y croyait un peu
      : à la marguerite des champs, une dyslexique sortie du rang – à la belle qui s’ignore, serpente entre deux eaux, deux formes obscures de l’eau

      je rêve d’un truc au hasard et le hasard me pète la gueule. j’ouvre en grand la fenêtre sur la nuit rutilante
      une tache sur la grenouille, caresse la grenouille sur la tache, prédis-lui l’extase, l’orgasme, l’illumination – promets-lui la pleine lune
      un œil immense finit-il par s’ouvrir, un œuf de se fendre, un mur qui s’effondre à la faille sismique d’un simple graffiti – qui disait quoi? hein, il disait quoi ce graffiti?

      je me suis fait tendre à la pointe du couteau, crachât dans le sens du vent, il était à peine dix heures du matin
      bien-sûr que vivre ne sert à rien, à rien d’autre que vivre j’ai beau me le dire et le redire, vivre ne sert à rien
      fragile, inconsolable, en proie à la fatalité d’un bonheur in extremis, in extremis et malchanceux, tout bonnement scabreux

      ce qui dans l’instant pur, ce qui dans l’instant pur nous procure un répit, l’ancre qu’on jette au vent nous arrache la tête
      je me suis cassé le genou aussi. ça va être dur de maintenir le cap, même de foutre le camp ça va être dur – je ferais mieux de m’allonger, regarder les ballons prolonger
      déjà je ne sens plus vraiment rien, de moi quelque chose s’envole, oblique et s’envole – je ne suis plus tout à fait là non plus
      là non plus
      

    1 avril 2016

  • elles manquent d’innocence, les innocentes

      j’aimais les hommes avec deux heures d’avance, et qui ne savent qu’en faire
      tous les jouets du monde je leur ai sucé la queue, et dans la bouche des femmes ai-je craché ma langue
      mais j’avais dès avant perdu ce que je ne retrouverai jamais, ce n’est pas une excuse j’en conviens

      je ne suis pas le héros de ma vie, juste un point perdant appui, le bout cramé d’un mégot de fortune
      il n’y a pas besoin d’avoir commis de crime ni quelconque saloperie pour se savoir impardonné, et on savoure ça comme un vrai milk-shake à la banane , sans la banane ni le lait
      rien qu’un crevé qui flotte

      et les termites dans la croix elle font un bon boulot. les femmes à la basse-cour dans un monde saint-tropez-la-bascule, une vie après la vie tandis qu’une seule gentillesse, une seule, une seule gentillesse rachèterait nos basses turpitudes, notre épique impuissance

      une fois on n’est pas mort, on a juste ouvert le robinet à temps et on s’est moqué de soi
      on aurait pu dire comme ça ça va, mais en fait ça n’allait pas, en fait on marchait sur la merde avec l’air de qui accomplissait là un miracle
      alors que vraiment c’était pas un miracle

      il reste si peu de temps, l’éternité pourtant – un suicide exemplaire
      tombé du nombre impair, courir jusqu’à l’épuisement ou se contenter d’une impasse, ça dépend
      ça dépend du temps qu’il fait, et d’autre chose encore on s’en doute bien
      bien qu’on s’en foute

    elles manquent d'innocence, les innocentes
    1 avril 2016

  • notre-dame du stérilet

      je ne t’emmène nulle part, nulle part je ne t’emmène. je te perds les bras en sang, sagement te lacère le visage avec ces fils de ronces, ces baisers barbelés qu’on se crache en sourdine

      cela faisait longtemps que je n’avais rêvé de J. Pilinszky. les hommes se réveillant malgré moi. plus tard dans la journée je me retrouve je ne sais comment dans les bras morts d’une mère

      me femme s’ennuie. elle fait oui de la tête seules les jambes battent des ailes. elle fait non de l’urètre ma femme s’ennuie et je ne peux, du fond des âges, rien contre ça

      plus personne ne viendra; rien n’éveillera plus la dormante en son bocal de verre. qu’elle pourrisse désormais. papa est tout pourri; nounou est tout’ pourrie; bébé est tout pourri aussi et moi-même, je ne me sens pas très bien ces derniers temps

      je ne peux plus vivre comme ça très longtemps tu le sais bien. sur un rêve éléonor la rive franche, la lèvre supérieure mais cela ne suffit pas tu le sais bien. plutôt crever que mourir pour rien tu le sens bien, hein que tu le sens bien?

      sous les jupes des fille vomissent les yeux de Pilinszky, et pas d’un autre. dieu planté là comme un clou dans l’omoplate, il pleut. il pleut encore

    1 avril 2016

  • zen citron

      dieu, l’émergence absolue – sur fond de lumière crue nos ombres écornées pétrissent leur angoisse, et c’est simplement beau

      tu ris le plus souvent, tu ries à pleines dents, en épelant la tombe c’est tout un soleil jaune
      qui bande en toi d’un sage désarroi 

      sans destination comme, ballade inconséquente – remaquiller le chien en loup, en élégant quinquagénaire dit-elle, compulsivement vautré c’est pas pour se vanter, mais c’est sans différer songe t-elle, mais c’est sans cesse raté

      un homme a posé nu, comme ça devant personne, mais sous un regard d’autant plus vaste qu’il ne loge en aucun œil – exister hante un esprit
      il vit d’incertitude

      j’ai tout imaginé, même les poires au poirier. j’ai failli être heureux un dimanche au matin, comme un dimanche matin d’ailleurs, et pas plus d’un dimanche matin – alors je t’en conjure,
      n’aies plus peur de moi…

    zen citron
    1 avril 2016

  • il y a un arbre sous le pommier du fond c’est peut-être une femme

      quand je lui dis que la seule chose qui importait au fond c’était le salut de l’âme, elle se contenta faussement naïve d’insinuer: et si on n’a pas d’âme? même si on n’a pas d’âme insistai-je malgré moi, et même encore si le salut n’existe pas. je ne sus alors distinguer si dans le regard qu’elle posa sur moi il s’agissait de banale ironie ou d’une sincère compassion. un jour peut-être fera t-il jour, hasardai-je. peut-être fait -il déjà jour, et déjà depuis toujours, rétorqua t-elle pour me faire chier – à moins que ce ne fut tout simplement pour se rassurer…

      je n’ai pas creusé de trou chez moi, chez moi est un trou déjà suffisamment vaste. je n’y ai pas semé de fleurs non plus, ni rien de sensé. j’ai juste pensé rester assis là, à boire et entendre le vent bruire à travers moi. et j’ai beau chercher je ne trouve en moi d’autre raison à vivre que celle de ne pas mourir. pas tout de suite en tout cas. pas aujourd’hui quoi qu’il en soit

      je vide tout un bol de buis et rien ne se passe si ce n’est le temps, cette pure essence de l’absence. nous abstenant de toute affirmation comme de toute négation, quelle transparence instaurons-nous? je ne me pose pas vraiment la question c’est plutôt la question qui, sans intention me traverse l’esprit et retombe vide de l’autre côté – de l’autre côté c’est à dire en plein cœur de mon vide, dans un bol de buis pour ainsi dire…

    il y a un arbre sous le pommier du fond c'est peut-être une femme
    1 avril 2016

  • or la mer n’en veut pas

      c’est un jeu de cailloux, d’indices qu’on laisse traîner un peu partout avec une apparente désinvolture c’est un deux trois soleil
      qu’on joue avec son ombre c’est la sonde qu’on lance dans le miroir aveugle d’un espace infini dit-on, du moins dont on ignore
      la limite ou le terme c’est le temps qu’on remonte jusqu’au temps qu’on invente, fatidique dérive c’est votre propre sexe
      qu’on vous sert à manger – qui parle de roue qui parle de destin est un homme mort, un homme ou une femme, mais vraiment mort cette fois

      assis là sur un banc, accordant le sentiment de ma propre inutilité au principe inaltéré de l’universelle inutilité, la pure gratuité de respirer, un poignée de sable en poche
      assis là sur un banc, n’importe quel banc, un banc où se repose un ciel si lourd quand personne ne s’y assoit, un banc où n’importe qui s’assoit il s’agit de ne pas faire fuir ce ciel bas,
      de ne pas effrayer le pigeon l’inutile pigeon, l’inutile bec à nourrir, l’inutile piétinement du temps, assis là sur un banc et pas un autre
      il est l’heure de mourir dans un univers où rien ne meurt, l’heure de ne plus se demander pourquoi mais de tomber dedans, tomber comme on s’envole, une fois pour toutes

      on n’est pas seul quand on n’existe pas, on ne s’entend même pas pleurer et les lettres qu’on s’adresse
      ne parviennent jamais, on n’est pas fier quand on n’existe pas, on a juste un peu soif,
      soif d’on ne sait quoi, d’un reflet dans la glace ou je ne sais quoi, on en a un peu marre
      d’être pris par la croix pour un christ gracié, pour un christ gaucher, pauvre sardine qu’on rejette à la mer
      or la mer n’en veut pas

    1 avril 2016

  • marais tranquille, chibouk ailé

      une forêt sur le dos, j’avance. toute une forêt sur le dos, j’avance quand même
      je lève mon petit doigt mon petit doigt me dit rien. coi
      c’est peut-être aujourd’hui. ou peut-être un dimanche… sacrée valse du temps, va!

      que ceux qui ont quelque chose à dire ferment la porte derrière eux et qu’on n’en entende plus parler
      ici règne le silence d’un jour sans joie. on béquette le pain perdu d’un jour sans soif. on parle pour rien et on dit rien
      ici. c’est à dire nulle part n’importe où

      on a crevé ma vache. qui donc? la mort. la mort a crevé ma vache
      le noir et le blanc commencent déjà à fondre, à se confondre, bref à s’emmêler les pinceaux
      c’était une vache éternelle pourtant. elle allaitait dix mondes entiers. et avec ça jamais un mot de sexe
      ça sert à rien de pleurer maintenant. ça sert à rien de chanter non plus. ma vache elle est crevée

      le vent est au nord-ouest: ciel gris
      les têtes noires des brebis dans le pré d’en face m’horripilent ( le temps de le dire et il se remet à flotter)
      – à quoi bon continuer d’enseigner les langues mortes à des poteaux électriques?

      quelque jour va bien. une fois levée l’ancre et épilé l’anus, quelque jour va très bien
      on le dirait flottant en l’air, on le dirait prenant de très esthétiques clichés de nos basses besognes
      il le fait sans y penser – le larme à l’œil la bave aux lèvres certes vertes, mais sans y penser vraiment
      vraiment

    marais tranquille, chibouk ailé
    31 mars 2016

  • l’éclair d’une extinction

      monter la garde, baisser la garde. monter la garde, se rendre compte que quelque chose a cassé
      cordon coupé lacet défait. fil perdu. jouer aux osselets avec ses propres os quand le temps le permet
      et t’emboîter le pas, la moitié de ton pas, tandis que l’autre moitié, moitié perdue,
      échappe à son destin…

      j’ai besoin d’une image de bonté, soulageant ma raideur j’ai besoin d’une image de bonté – si ce n’est d’un élan de tendresse du moins de la forme abrégée
      d’une fragilité

      se réchauffant à la pensée de couver en soi d’inextinguibles nitescences…
      ce qu’il reste quand il ne reste rien – ainsi le désespoir caressait-il l’idée de dieu, se couvrait-il le visage d’un saint suaire
      je pose ma bouche sur ta bouche dans un geste d’alunir, rêvant d’une même pierre fracassant nos deux crânes, l’éclair d’une extinction

      je suis dans le ventre obscur, et sans issue. pas celui de la baleine non, car on n’en réchappe pas: ça s’appelle le néant
      est-ce en-dedans est-ce au-dehors? ce qui les délimitait ne tient plus
      avec un sol et des genoux m’effondrerais-je; avec un phallus et un vagin m’expulserais-je; avec une âme et une foi m’élèverais-je
      mais rien de tout cela, absolument rien: que des mots tournés et retournés à la cuillère d’une langue trois fois morte, d’une langue raide morte
      – poussières…

    31 mars 2016

  • gerber à poil, sourire de biais

      et je ne suis qu’à moitié crevé hein: l’autre moitié respire encore, respire à fond – a t-on jamais respiré à fond comme ça? oui bien-sûr. je veux dire que si tu n’as plus peur ou même si tu n’as plus de désir, tu lui caresses le crâne quand même

      et si l’amour se montrait modeste, se contentant d’une fille du quartier, d’une fille d’émigré, d’une seule fleur d’oranger – est-ce qu’on aurait pardon, est-ce qu’on aurait pardonne-nous, est-ce qu’on aurait du jour à boire, ce majestueux à perdre? on aurait toute la vie oui toute, on aurait, toute une fille du quartier…

      là il ne se passe rien. j’ai beau regarder là, il ne se passe rien. ou alors pour semblant, comme ça, juste pour faire semblant. on retire les émotions, on omet les idées, tout, et puis on fait semblant. c’est la sale vérité qu’il nous reste

      sortir de la mer à bras nus non là vraiment je n’y crois pas. j’apprends peu à peu à ne pas regarder, ni dedans ni dehors. peu à peu ne plus voir, ne plus savoir le jour de la nuit. ainsi donc je me souviens des deux jumelles – l’une mettait du rouge à lèvres et c’est à ça seulement qu’on les distinguait

    31 mars 2016

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