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assis là sur un banc


  • la désertification par son prénom

      la nature profonde de l’homme je ne la connais pas. je l’ai vue s’effondrer en quelques secondes, prendre le chemin des écoliers

      le loup il était blanc. c’est son regard qui m’a vraiment décontenancé. mais à présent je sais, qu’une mort m’aime

      j’ai introduit la nature profonde de l’homme dans le très miséricordieux vagin, le vagin très profond de la nature. Denys l’aréopagite, ai-je joui. or il avait disparu

      je m’étais sans doute trompé sur tout, mais j’aimais la vie au-delà même de la vie. alors je l’ai plantée. je me suis dit c’est juste une césarienne, le seppuku d’un trou perdu

      regarde le trou d’un manquement au ciel – tout est permis, mais rien de réellement désirable au fond. il faudrait peut-être s’allonger, s’allonger et sans s’en rendre compte, commencer à léviter

      si j’ai effectivement appris à te lécher la langue pendant que tu me déboutonnais quelque chose, je ne me souviens plus, non je ne me souviens plus dans quel ordre et caetera, rendre l’âme

      si j’ai appris à te lécher la nuque tandis que les rases campagnes, je suis d’ailleurs que veux-tu, et d’un raisin pressé le pépin rescapé

      j’ai fini par me lever. disons que quelque chose m’a soulevé. je n’ai pas véritablement choisi de direction – choisir, direction: absolument sans intérêt. je suis en voie de désertification

      on peut dire aussi que j’ai pissé dessus en oubliant de soulever l’couvercle. moi je dis tout est amour mon chou, moi je dis crever debout

    la désertification par son prénom
    31 mars 2016

  • au cherbourg de ma vie

      les chiens ne se sont pas mordus la queue longtemps, un jour ils s’attaquèrent aux hommes
      je t’ai rangée dans une boite d’allumettes – tu ne prenais pas trop de place, et ma vie s’est éteinte
      c’est drôle de dire « ma vie s’est éteinte » alors qu’on est là respirant dans l’obscur tamisé d’une chambre
      à un moment donné pourtant, je ne me souviens pas duquel mais ça m’a soulagé, je ne m’encombrai plus de rien, je me noyai en soi,
      puis plus profond encore

      j’égrène les prénoms de dieu – il ignore qui je suis
      je jette du pain aux pigeons, il paraît que c’est interdit maintenant – interdit s’est donc à ce point corrompu…
      épuisés les blasphèmes, la patience des étoiles est venue à bout de ma colère: tant d’impuissance, et l’ocre lumière toute recroquevillée sur un champ dévasté
      – l’éternité signifierait-elle ne plus avoir la force de se tuer?

      je ne suis l’ami de personne – au cherbourg de ma vie le vent me frappe la tête, j’envisage une paix, hideuse, perplexe
      une douche brûlante, l’affreux cri d’une mouette, je ne suis l’amant d’aucune – quelque chose me renifle je ne pue que l’absence, hargneuse, hargneuse et honteuse à la fois
      j’égorge quelqu’un, à tour de bras j’égorge, mais ce n’est que le vent

      œdipe avec une tête de chien, tel un migrant bancal tout juste rescapé de la shoah  et se retrouvant tout à coup nu devant sa femme
      c’est comme rentrer à la maison quand la maison n’est plus qu’un parking désaffecté, hanté par le néant ou quelque chose de pire
      il pleut, de puis l’aube des temps et jusqu’à la fin du jour il pleut – un christ ne mettrait pas le nez dehors
      les pauvres sont tout trempés…

    31 mars 2016

  • tentative d’émotion

      j’arrive à deux pas de toi la marche est raide, infranchissable même je confesse
      qui m’attendrait si ce n’est l’ombre de moi-même?
      plus un seul rêve, par coutume irréaliste – à tel point que j’ai presque honte d’être humain
      j’en fais du foin

      je croyais ne m’adresser qu’au vide, c’est à dire parler dans l’oreille aux trois quarts sourde de dieu, l’universel oubli
      je vivais comme une bouteille à la mer amis sans la mer, je griffonnais d’inconsistants messages s’effaçant au fur et à mesure de leur rédaction, j’épiais dans l’angoisse
      le signe que rien ne remonterait…

      j’attends tout, rien moins que tout, avec l’intime conviction que rien ne me sera octroyé et cependant j’attends, j’attends plus que jamais – je me suis réduit à de la pure attente
      de ce qui n’adviendra pas
      si ça c’est pas de la foi alors c’est quoi? ne le dis surtout pas…

      je n’ai pas eu le choix, je n’ai été qu’un être humain, qu’un destin clandestin – que révéler de plus en fait qu’une date de naissance et une de décès
      juste au-dessous d’un nom plus ou moins propre gribouillé sur la stèle ou la cendre?
      cette tension entre l’universel et le particulier il faut la mener à l’extrême, à son terme, à le rupture-fusion
      moi qui aurais juste voulu t’embrasser, lèvres gercées et l’âme à la limite
      de la rupture-fusion…

      le chemin bien trop long pour une histoire debout, je t’ai laissée tomber
      ou le contraire, pour faire plaisir à celui qui en moi se hait et pense que survivre le dédouanera de vivre
      je veux me saouler jusqu’ à ce que ma cervelle casse, rompe, congestionne, jusqu’à ce qu’un homme daigne se pencher sur moi, me toucher l’épaule en s’enquérant saugrenu:
      vous allez bien, monsieur?

    31 mars 2016

  • ce n’est qu’un rêve sans fin

      les années se sont écoulées, sans que monts et merveilles
      dissimulé dans la doublure du temps, je ne sais qui va là
      y a quelque chose qui passe, mais derrière tout va bien
      tout au fond il fait beau

      l’ennui c’est que moi je sais, je sais à peine perdue
      les représentations courantes du néant peinent à se dissoudre, nous nous vidons peu à peu de notre âme
      j’ai tué l’amie, ou l’ai-je enterrée vivante je ne sais plus – ça me dégoûtait tant de penser y toucher
      il faudrait s’envoler l’espace d’un instant, profitant d’un léger sursaut, et surtout ne jamais réatterrir ne jamais se souvenir ne jamais
      renchérir
      : faire comme si on n’était pas là alors qu’on n’y est vraiment pas

      depuis j’attends mardi – mardi est un sale jour de merde: constantinople tomba un mardi
      boueux mardi

      j’ai mal à chaque porte et c’est le bout des doigts qui craque, se fissure se déchire
      et pèle
      j’ai bien refermé les tombeaux pourtant – elles dorment des cent-ans, de lourds sommeils de plomb de profond vins de paille
      quand j’accouche d’un enfant c’est qu’il n’est pas de moi, c’est qu’il pleure tout seul dans le noir
      expiant je ne sais quoi

      ce n’est qu’un rêve sans fin, une maison qu’on touche du doigt
      et qui du coup s’effondre on n’aurait peut-être pas du
      mais on ne peut pas s’empêcher de convoiter le salut c’est con, con de croire qu’on va mourir, reboucher chaque trou du pipeau un seul son s’échappant
      d’un seul trou oublié ça n’a guère de sens lui attribuer une note – si les choses se délitent à ce point c’est qu’il vaut mieux s’arrêter là, hagard et sans destin devant le feu
      passé au vert

    ce n'est qu'un rêve sans fin
    31 mars 2016

  • la fin du monde et les cloportes

      est-ce que tu as vraiment envie de finir en cloporte, à sucer l’ombre dans la rocaille d’un perpétuel cul de sac?
      sans aucun doute toute lèvre se ferme, et tu tentes de te persuader que toute histoire est belle
      – y compris celle où effectivement, tu finis en cloporte…

      on se trompe toujours de cible, l’essentiel consiste alors à ne pas la louper
      et pourtant on la loupe chaque fois: il faut ça au moins pour sentir que le bonheur – une certaine forme de bonheur – ne nous a jamais fait défaut
      il est probable que je ne me fasse pas comprendre, ce n’est pas le pire. je vis, je vois, j’écris sans comprendre moi-même
      et ça me soulage un peu j’avoue…

      pas besoin de renoncer à la douleur – il me faut coûte que coûte préserver la pitié
      ce qui distingue l’être du néant n’est rien d’autre que la douleur, et la pitié recueille cette douleur-là, la veille
      l’entretient

      s’il n’y avait que dieu il n’y aurait rien: nulle vie ne souffre donc pour rien
      la pitié consiste à accueillir en soi la douleur et la mort, ce qui n’atténue en aucun cas la douleur ni ne contourne la mort
      le sens est là, évident en chaque instant, qui fait que nous méritons bien plus que le terne bonheur

      imagines-tu l’enfer d’un monde résolu? on ouvre les portes des prisons et personne n’en sort
      je concevais l’amitié comme la reconnaissance immédiate et totale de l’humanité en l’autre, et toute garde baissée face à lui
      mais il ne s’agit là encore que de simple politesse – le remède s’avère court

    la fin du monde et les cloportes
    31 mars 2016

  • sans échauffement je m’gratte la fesse

      est-ce que tu as vraiment envie de finir en cloporte, à sucer l’ombre dans la rocaille d’un perpétuel cul de sac?
      sans aucun doute toute lèvre se ferme, et tu tentes de te persuader que toute histoire est belle
      – y compris celle où effectivement, tu finis en cloporte…

      on se trompe toujours de cible, l’essentiel consiste alors à ne pas la louper
      et pourtant on la loupe chaque fois: il faut ça au moins pour sentir que le bonheur – une certaine forme de bonheur – ne nous a jamais fait défaut
      il est probable que je ne me fasse pas comprendre, ce n’est pas le pire. je vis, je vois, j’écris sans comprendre moi-même
      et ça me soulage un peu j’avoue…

      pas besoin de renoncer à la douleur – il me faut coûte que coûte préserver la pitié
      ce qui distingue l’être du néant n’est rien d’autre que la douleur, et la pitié recueille cette douleur-là, la veille
      l’entretient

      s’il n’y avait que dieu il n’y aurait rien: nulle vie ne souffre donc pour rien
      la pitié consiste à accueillir en soi la douleur et la mort, ce qui n’atténue en aucun cas la douleur ni ne contourne la mort
      le sens est là, évident en chaque instant, qui fait que nous méritons bien plus que le terne bonheur

      imagines-tu l’enfer d’un monde résolu? on ouvre les portes des prisons et personne n’en sort
      je concevais l’amitié comme la reconnaissance immédiate et totale de l’humanité en l’autre, et toute garde baissée face à lui
      mais il ne s’agit là encore que de simple politesse – le remède s’avère court

    31 mars 2016

  • rallumer le feu

      fermer les yeux d’un mort je n’en prendrais pas la responsabilité. j’accorde à tous la nationalité. je me lève tôt matin pour rallumer le feu

      je me sens loin de moi et pourtant lorsque je ne me regarde pas, ce n’est pas un autre que moi que je ne regarde pas. du papier, du carton et du bois empilés au foyer

      dieu ne se souvenant pas de moi je surfe sur l’oubli. parfois à la place de je je mets nous, on, tu il ou elle. parfois à la place de je je surfe sur l’oubli, je gratte l’allumette

      j’aime t’agacer, tel un acupuncteur tard dans la nuit. attendre que le jour se lève en soufflant sur les cendres; prétendre qu’il s’agit de fraises en pissant sur les braises. croire que la vie peut se passer de sens, d’un seul

      il va faire froid, très froid. nous nous réfugierons en ce sentiment d’exclusion, ce principe d’abandon. nous éprouverons le bonheur d’être mais de n’en reconnaître la raison nous souffrirons. le jour se lèvera et il sera trop tard – trop tard pour quoi trop tard pour rien

    rallumer le feu
    31 mars 2016

  • les filles du bourg

      on reconnaît l’homme qui ment à la vérité qui perdure en lui, et le trahit
      par exemple quand tu débandes et quel couteau s’affûte en toi – tu me décevrais tant si tu t’avouais heureux
      pour te faire pardonner tu me susurres que deux-trois souvenirs suffiront à traverser l’étendue infinie de l’oubli
      dont un manquant probablement, mais tu n’en diras rien…

      on nomme un homme – l’espace qui l’enclot s’en fera t-il seulement l’écho? les rêves
      garderont-ils à distance la nuit suffisamment encore – aurais-je le temps de remonter mon froc,
      d’un seul coup de briquet contre le vent mauvais rallumer cette clope?
      survivre, bien-sûr, oui mais survivre à quoi?

     
      fin de l’hiver
      je n’aime plus shubert
      – derniers topinambours

      les jours rallongent
      rétrécissent les rêves
      mon esprit s’appauvrit

      dernier tour de manège 
      je n’aime plus l’hiver
      ni les filles du bourg

    31 mars 2016

  • à la question qu’on n’se pose pas

      c’est seulement comme ça que nous avons tenu: à peine plus légers que soi
      la part qui revenait au père fut mangée de bonne heure
      puis il fallut se rendre à l’évidence d’une panne de rêve générale – qui se croyait malin faisait passer ça pour de la transparence
      qui ne se croyait rien s’en allait comme il était venu, bredouille incirconcis

      tu t’arranges toujours pour t’envoler au moment-même où le ciel se dérobe, disparaissant ainsi des écrans radars en une éclipse standard 
      or se réduire à son ombre n’impressionne personne, et tu n’évites pas le regard que nul ne t’accorde
      il reste tout un monde à détruire pourtant – cela ne te rassure t-il pas au fond?

      titubant sur l’avant-dernière ligne, l’avant-dernière toujours
      comme des points de suspension ratiboisant le silence – quel silence, haletant?
      la jambe est là, le pied l’espace – ne manquerait que le pas d’avancer, à contre-courant ou bien même en été, mais non
      non on ne veut pas de ça chez nous: chez nous
      n’existe pas

    à la question qu'on n'se pose pas
    31 mars 2016

  • à midi pas plus d’une pomme

      la dernière nuit me fut fidèle, membrane qu’on décolle
      à même le dos des filles, j’avais prêté mon nom pourtant, je veux dire mon prénom
      à des visages secoués de rides, tendus à d’autres horizons ou encore
      arrimés à d’autres désertions
      et ne me connaissant pas

      l’engorgée si j’y bois, de ci, de là, nos visions essoufflées…
      en marge de quoi, soi, rongé par l’en-dedans, l’ennui sans la substance tu attrapes
      la balle quand j’te la lance ou bien le cœur ballant, et n’osant plus tousser,
      tu crachotes ces quelques mots d’amour appris sous la menace ou dans l’urgence – trop tard:
      la balle roule à côté, s’éteint sur le gazon

      personne
      ne t’a dit de venir reprends tes poches, les trous dedans tes poches et tout ce que
      tu perdis, crus perdre ou ne trouvas jamais tu sais
      ce qu’un ciel insinue quand il baisse les yeux tu sais
      qu’il ne faut pas dire adieu avant d’avoir saigné des mains, gravement
      des mains, putain…

      par la pitié
      et tout ce qu’il reste de pitié en tout ce qui flotte
      pour tout ce qui s’enfonce, par la pitié des hommes, parle-moi – parle-moi
      de ces absences nauséeuses, serre-les entre tes cuisses, aspire-les profondément je crois avoir perdu
      quelque chose je ne sais quoi
      qui traînait là depuis quelques temps déjà – je regardais ailleurs encore
      vers la mer probablement

    à midi pas plus d'une pomme
    31 mars 2016

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