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assis là sur un banc


  • claquer des yeux

      de grandes claques dans les yeux, rien n’a changé: l’air souffle comme avant – frais, rugueux, on peut dire de façon haineuse et dès le commencement déjà, avant même le commencement plutôt, avant que vent ne lève, de grandes claques dans la gueule, tandis que ce qui était ne se différenciait pas encore de ce qui n’était pas, ni la vie de la mort, et que rien ne soufflait ni ne passait sur soi l’ombre d’un doute, le tranchant d’un destin, sans chemin errais-je donc, à moitié moite et dans le préconçu des effrois à venir, leurs fesses de garçon

      la dernière gorgée, amère et froide, du café dans la main
      ce qui ne mène nulle part, et passe indifférent sous le regard de dieu
      sous le pied s’essuie le sol, ce n’est pas là l’envol cependant
      cependant je repose, la tasse sur la table, qu’aucune joie ne trouble

      il vente au dos
      des jours blêmes, j’ai du fermer l’esprit
      à toute représentation, passer outre les tombes
      humaines de rencontre, s’il y eut quelque chose encore
      qui put me retenir, la manche entre deux doigts,
      une affection d’argile, cheveux et mascara – écoute:
      il vente au dos
      des jours blêmes

      le temps serait donc tout ce qu’on ait à perdre, mettons les musiciens de côté: je déteste la musique
      dans les chambres une odeur de moisi, parquet ciré jadis, voire autrefois, le drap défait
      quelques taches 
      je ne sens plus mon sexe, je ne ressens plus rien

    31 mars 2016

  • plus ample connaissance

      bien plus loin que la chose tu en conçois l’idée, parfaite et superflue, tu passes doucement le doigt
      comme pour en ôter la poussière ou en caresser la surface
      quelque chose alors se rend compte de toi tu n’es pas tout à fait sûr
      qu’il s’agisse de toi, tu verras

      et l’amie si doucement m’a, si doucement fermé les yeux
      peut-être afin de voir ce qu’il en reste sans la poudre, quelle soif d’ignorance
      nous brûle ainsi les tripes, nous retourne le sang c’est le temps des semis, peindre en rose un nuage
      ne retient pas la pluie

      flagrance, simple flagrance – quelque chose m’oublie, dont je ne me souviens pas
      la joue contre la gifle
      s’est couchée, elle voyage en suspens, un peu comme voyage tout suspens
      au fil d’un non-être béat, en représailles disons
      que je te mords la langue

      j’installe un trampoline tout au fond de la tombe, j’en écope
      la boue des songes, la chiasse ardue, quelques mauvais présages aussi
      restés coincés au creux d’une dent, de celles qu’on garde, rancune tenace, 
      contre l’hideux d’y penser
      sans pouvoir y toucher

    31 mars 2016

  • tant pis pour le voyage

      c’est la pierre contre la pierre que se produit l’étincelle, n’est-ce pas? la merde contre la merde ne fait que se tenir chaud – ce qui n’est déjà pas si mal après tout.
      une sorte d’avion s’est couché sur ma poitrine, lema sabachthani mais non mon petit, prends mon sein, repose ta lourde tête sur la pierre
      de l’émigré

      lema sabachthani mais non mon petit, les lauriers de la déroute, la macabre poupée qui te suce la langue – quelle froide poussière sous les pas de Mashrab!
      on ne s’était jamais imaginé vivre tant, le temps nous a eu à l’usure finalement – la province s’enlise dans une sacrée bouillasse…

      peut-être chez vous les bêtes ne pataugent-elles pas, de pâles roses de neigeux blancs les amandiers saupoudrent-ils les vallées – j’ai la nausée des jours
      où possible encore était la grâce, qui nous crochait la patte sur un mauvais chemin de grêles, de maladresses. dieu désormais ne nous sauverait pas; dieu désormais ne nous
      pardonnerait
      pas

      et si je manquais d’yeux? et si je manquais de sang pour un autre que moi? ou si toute ma vie s’éclaircissait de se réduire à un simple noir-et-blanc?
      je n’ai hâte de rien. et puis ça ne me fait plus mal, tout en restant vulnérable au mal. seulement je m’étonne: à quoi aura servi de vivre si l’on meurt sans s’en apercevoir?
      somnoler sur la banquette arrière…

      pas un seul pas et déjà tu t’en vas. tu c’est déjà s’en aller, c’est déjà s’envoler – ne ferons-nous jamais plus que de nous regarder mourir dans les yeux l’un de l’autre?
      une chose encore, une dernière chose et je me tais: pourquoi la pluie c’est toujours de l’eau douce, si douce…?

    tant pis pour le voyage
    31 mars 2016

  • sinueuses les idées, et la mort au milieu

      t’es mort t’es pas mort, tu ne sais plus très bien en fait
      tu demandes du feu à giordano bruno tu lui dis monsieur, z’auriez pas du feu s’il vous plaît 
      la fumée te picote les yeux, t’en as marre que la fumée te picte l’orbite, te tricote le nerf optique
      la pure puissance de jouir n’hésite pas, tu persistes à gratter ton nounours tout pelé,
      et lui ne répond pas

      est-ce que tu m’aimes, est-ce que tu m’aimes ainsi, à deux contre soi à un
      contre huit cent quatre-vingt-huit?
      quand un homme sait tout et qu’il n’a rien compris, vers où se tourne t-il pour demander de l’aide?
      c’est ce fichu bonheur qui explose alors qu’on ne lui a rien demandé, ce bonheur hors-propos
      et qui veut rien entendre

      les hommes sont les hommes ils font ce qu’ils peuvent, mais pas plus de trois fois par jour, et pas toute l’année évidemment 
      évidemment
      les hommes
      ne sont pas les hommes, ils font ce qu’on leur dit des fois ils y arrivent, plutôt rarement faut dire
      par exemple moi, j’ai un défaut
      affalé sous le radiateur je sais plus comment je m’appelle comment tu t’appelles, c’est tout ce que j’ai à offrir
      à la mort

      sans rien faire.  et sans rien faire je te baise les mains tu vois, j’arrête le hoquet
      tu jouis toute seule, comme ça sur un fil de laine, tu vis pour toi toute seule
      j’aurais voulu ne pas être, n’avoir jamais été.  j’ai l’impression d’avoir souillé la vie, pissé sur la devise – je suis rien
      un homme mort
      la résurrection permanente

    31 mars 2016

  • Dona-negra, la nature morte

      les sources tarissent, je suis de moins en moins celui que toujours fus
      on ne devrait mourir qu’à force de n’être rien – ainsi m’efforcé-je de ralentir, le saut de la limace ou le gaz inodore
      : rien qu’une pulsion dans le cul du néant

      partout la grâce
      la plus petite chute de la plus petite feuille déchire la lumière, qui n’est que déchirure
      je crève de disgrâce et j’appelle ça la grâce, les tombes sautent de joie
      ça jouit de partout, ça fuit de partout, l’orgasme nous afflige, je relève ce mioche
      tombé là sur ses genoux, et que panique la douleur…

      c’est la grâce, la gratuité, les glaces à la pistache la sieste du dimanche, c’est l’ivresse macabre
      de chaque jour, de chaque souffle
      – qu’avons-nous fait de la vie et qu’est-ce que la vie a fait de nous? nous ne méritons rien
      nous sommes aimables c’est tout
      aimablement laids

      on s’excuse de quoi au juste? il y a des hommes des fois, et des fois c’est rien que la lumière
      et parce que l’extinction ne saurait être assimilée à une déchéance, tout est libre
      libre enfin, et définitivement
      c’est le chant de la chute et ce n’est rien du tout

    Dona-negra, la nature morte
    31 mars 2016

  • l’amertume en ivresse, le mal de mer / en hôtesse de l’air

      les arbres
      sont les arbres, les autres
      tombèrent les premiers, il ne faut pas mentir
      pas se mentir du moins
      ou alors seulement un peu, juste ce qu’il faut
      pour ne pas s’abuser: les arbres
      ne sont que les ombres des arbres
      et les autres sans broncher
      abandonnèrent l’navire

      aux hommes qui chantent la mort échoient les femmes les plus belles – c’est la loi
      une autre loi dit que les femmes les plus belles ne le supporteront pas
      mais trop tard, elles ont pondu leur œuf et en éclot toujours la même ritournelle, l’éternelle
      damnation, ou comment dire – célébration?
      sur les hommes qui chantent la mort échouent les femmes, comment dire…

      j’étais quasiment aveugle de l’œil gauche, le marabout m’a dit
      regarde de l’œil droit dis-moi, de combien l’homme dépasse t-il son ombre?
      d’une femme, qu’on remue à bâbord qu’on chahute à tribord sans oser faire de vague?
      d’une âme et conscience déposant sa morve on dirait sur une feuille à rouler?
      de quoi j’étais mort et de quoi vieillissais-je qu’est-ce que j’en sais qu’est-ce que j’en fous dis-moi seulement où je peux poser mon avion, où retirer mes grolles où cramer
      mon ultime bougie…

      où le bât blesse, et la boue se fait bouche – je fais ce que je peux à un deux trois je fais semblant d’avoir été
      j’avancerai bout à bout mot à mot et je dirai ma p’tite panique, je raclerai ma gorge j’éclaircirai ma voix et je dirai
      ma p’tite panique j’irai comme tu voudras, les yeux crépis ou les yeux vides – qui me tiendra rigueur de ces détails-là, vivre?
      

    31 mars 2016

  • les mélancoliques

      comme on se raccroche à son propre poing quand on coule et qu’on coule quand même.  on se raccroche encore

      je n’ai pas tant d’images que ça.  j’ai rien laissé bercer.  un taureau face à une petite fille – et c’est le taureau qui tombe…

      j’ai mal à rien plus jamais, rien foutre.  dehors tu chiales un peu, tu te les pèles surtout.  dedans ils se roulent des joints, ils se roulent des pelles

      j’ai tellement mal à toi, à l’autre nuit de toi.  je parle de la neige qui tombait ces jours-là – et moi la neige j’y peux rien, ça me fout la chiasse

      un ruban est tombé, personne ne l’a ramassé.  je me regarde dans la vitre et je vois la mer derrière moi, les quais crasseux

      tout est simple.  si on te dit que tout est simple, tout est simple.  reste plus qu’à trouver la sortie.  à genoux

      quelqu’un s’est coulé derrière toi.  tu n’as jamais su qui te bandait les yeux, qui te clouait le bec – qui te soutirait l’âme avec sa poigne de velours

      on ne manque de rien ici – on n’a rien non plus.  on vit comme on peut, on passe à côté.  comme ça sur le côté

      celle, la seule chose qu’on ait à dire, que la vie ait à dire.  et tant pis si ça ne sert à rien, si c’est pour rien.  tant pis si on dit rien…

    31 mars 2016

  • la route jusqu’à ta bouche

      une figure de là
      pas grand chose
      quelqu’un bruine derrière moi

      légère chute. j’esquive le ruisseau
      quelqu’un reprend sa main
      je lèche les doigts
      que je n’ai pas

      on n’a plus le droit de s’effondrer
      on s’effondre quand même
      présumée innocente, l’ombre
      se rapproche, lape mon ombre

      je ne sais pas. je passe par ma tête
      et ma tête se répand vers le nord
      au dunkerque de ma vie

      le ferrry qu’on aurait pu prendre
      a coulé – reste la terre, ferme
      et fermée.
      j’ai la bouche si sèche…

      je vais sur un pied et si je tombe est-ce que tu me rattrapes, est-ce que tu me rattrapes vraiment
     
      je n’ai pas le choix vraiment, étrangement je vais, marche sur un pied. et si je tombe
     
     si tu me rattrapes je tombe. sinon d’après moi, je tombe…

    la route jusqu'à ta bouche
    31 mars 2016

  • chinoise ô ma chinoise

      elles ne savent plus lire sur les lignes de ma main.  monsieur, votre mère a été hospitalisée hier matin etc etc…

      la mère de l’humanité se cache dans un village des balkans, en uranium appauvri.  il m’a fallu deux ans

      j’aimais te sucer le sein, jusqu’à quand tu n’en pouvais plus alors tu me foutais des gifles.  comme elle

      personne ne s’est jamais présenté aux rendez-vous.  qu’une tasse de café vide, l’aiguille des secondes, un chien auquel on ne trouva pas de nom

      j’ai deux-trois photos avec mon père mais je me rappelle mieux celle avec le corps de che guevara.  je me rappelle mieux la tête de che guevara mort

       je ne me souviens que de deux rêves érotiques dans ma vie, pour leur virulence.  l’un où mon premier amour se révélait, au moment crucial, être un garçon.  et l’autre avec cette femme plus âgée, tout nerf vibrant noir, qui m’avait conseillé tu devrais te réconcilier avec la vie, lolek…

      alors j’ai préféré mourir, parce que je suis un garçon décent, comment dire… pudique, et qu’on aurait pas du me faire ça 

    31 mars 2016

  • béton armé

      partir à la dérive – quoi donc? partir
      à la dérive il n’y a pas de mais qui compte j’achoppe
      là je te dis que j’achoppe
      ne me tourne pas le dos je te dis que j’achoppe, et puis
      rien ne m’excite davantage qu’un verre d’eau
      vide
      et morte

      le long de toi ai-je soulagé ma route
      tu me dégoûtes un peu
      un peu comme on se dégoûte un peu soi-même, où fuir
      où fuir quand les traces te piétinent le corps et c’est la route que tu portes
      sur les épaules et te passe dessus, et te pisse dessus
      et te pousse dehors – 
      le long de toi ai-je jamais dit stop, on r’commence?

      partir, foi d’alouette, le long
      quelle m’obsède, torpeur en la demeure – j’ai froid
      jusqu’au fin fond de ma mort j’ai froid, et dès le premier pas, figé
      quelque chose m’oblige, te dis-je
      à te passer dessus
      à fuir par en-dessous
      en douce

      une légère, oh si légère
      chute…
      rien là ne me retienne, le bras brasse l’espace la main ne trouve rien où se raccrocher la chute
      est libre, si libre, légère
      légère où se raccrocher
      démailler les sources sèches, les sources sèches

      ôte-toi de mon chemin, grandiose immobilité
      grandiose spectacle de mon immobilité
      charnier réel, imminent, de quoi ai-je l’air
      je monte au ciel et le ciel redescend, charnier profond
      tout ce qui crève en moi, et celle
      réelle, réelle et imminente
      s’en allant s’en venant
      claudicante…

      une lettre d’adieu, c’est mieux
      bien mieux que toutes les croûtes recouvrant la cornée, la bouillie des jours sans
      devant soi: devant soi
      et rien d’autre, même pas
      une lettre d’adieu, une seule, l’oméga du voyage
      devant soi, rien: c’est déjà derrière soi
      – pauv’ tâche…
      

    31 mars 2016

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