Aller au contenu

assis là sur un banc


  • en mode aléatoire

      jour après jour, séance tenante
      jour après jour, la sainte
      panique la très sainte la tranquille
      panique, la pitoyable histoire
      qui dort toujours et qui m’emmerde
      très tranquillement
      m’emmerde

      vivre d’un seul coup, comme ça, comme on écrase par mégarde
      le pied d’un célibataire ou l’œil d’une pie
      vivre par mégarde, d’un trait, d’un jet fortuit qui vous inonde avant que vous n’ayez eu
      le temps de dire ouf, ou quoi que ce soit de concis et de percutant
      – la joie totale quoi, en carte postale ou bien au dos
      du temps qui lasse…

      j’avais un végétal – il s’est fait bouffer, le végétal
      faut dire qu’il avait déjà de jolies boursouflures au feuillage
      et mon itinérance…

      d’un autre côté j’avais pas mal rêvé non plus
      par exemple qu’on pourrait toujours se relever, ou d’une essence
      en déshérence 

      une peur
      écrase son mégot sur ma douleur
      quelque chose m’enivre et c’est un verre de cendres, la tête qu’on repose
      sur un sein de méduse, une peur
      enfonce des bouts de miroir brisé
      dans les endroits les plus pourris de mon corps
      – quand je respire enfin, c’est que la vie m’a quitté
      : je suis devenu tien

      danse la pluie devant mon blême, ce monde
      n’est franchement pas habitable, un lieu peu fréquentable, ma poupée
      se dégonfle, j’hésite longuement…

      la douceur n’étant pas mon métier, je viens finalement
      gratter à ta porte – je saigne du nez, me préviens-tu
      l’anneau respire, la tourbe retourne
      à la tourbe

    en mode aléatoire
    31 mars 2016

  • απογνωση

      l’absence parfaite, l’absence de qui n’existe pas, je m’adresse à cette absence-là, tout près de moi ou tout en moi je tombe en cette absence-là, je m’affaisse
      j’attends qu’elle me réponde, comme si l’impossibilité de répondre n’était pas justement ce par lequel elle se définissait, la parole propre à son indéfinition
      je crois n’être présent en ce monde et à moi-même qu’afin d’articuler cette absence-là, ouvrir un espace à sa folle irréalité – être moi-même le lieu
      de sa dépossession

      un jour je retourne au hasard, comme si la mort n’en était pas la fin, ou parce que la mort en est le pur commencement
      je prends ta main – j’aurais pu prendre autre chose mais c’est ta main que j’ai trouvée là, caressante de pluie, je m’y suis répandu
      au bout de moi finalement court toujours le hasard, entre les doigts vides de toi ou de tout autre chose je glisse, rien désormais ne nous rattraperait –
      l’être en moi ne rentre pas

      ce n’est pas peu, soutenir tout un gouffre.  par moment un miracle s’opère: il se lève et marche simplement devant soi, comme s’il suffisait de boire pour étancher la soif
      ne me pourris pas s’il te plaît, la vie – se dit-il en trébuchant sur le premier flocon.  aller quelque part quand le chemin coule ailleurs ne va pas de soi, en tout cas pas de moi
      en attendant nous nous contenterons de ressusciter ci et là, d’embrasser ce qui ne nous embrasse pas et de nous embraser d’un feu qui ne brûle pas, ou si peu, depuis que sur un jour qui ne se lève plus la nuit non plus
      ne tombe pas

    απογνωση
    31 mars 2016

  • pas de polka, pas de renard

      ils ont de loin passer le stade où ils pouvaient me décevoir – et toi pareil, mon amour
      c’est en vain que le soir nous visitons nos tombes, les fleurs ne repoussent pas
      paillons bien les vivaces…

      on pleure pas devant les autres, on évite si c’est possible
      de même on s’explose pas la tête en public – c’est un spectacle peu ragoûtant, une cervelle fracassée 
      non, on va se pendre à une poutre du grenier, s’ouvrir une veine dans la baignoire dont l’eau refroidit au même rythme que le corps, prendre un tube ou deux de ceci de cela au fond du bois: on reste discret
      on pleure pas dans les bras de quelqu’un

       ma sœur habite à fontenay sous bois, c’est ma seule famille alors je passe à fontenay sous bois une ou deux fois l’an, je reste une ou deux nuits
      un grec tient le café à la sortie du RER, je m’arrête discuter avec lui un moment – ça fait du bien de parler la langue et je m’enivre un peu
      je ne sais plus comment on écrit une lettre d’amour

      j’ai écrit des centaines de lettres d’amour, et je reste toujours là, dans la douleur et dans le froid
      l’abîme ne se referme pas – l’œil de dieu non plus, dit-on
      l’incertitude est absolue, le café à un euro dix

      des fois on s’embrassait, des fois pas – ça n’a pas d’importance
      des arêtes de poiscaille, c’est tout ce qu’il reste de la mer
      un billet de car pour chisinau et des spasmes abdominaux, j’ai l’impression d’être enceinte de ma propre mort
      et je gonfle, je gonfle…

    31 mars 2016

  • d’où la bancalité du vide, d’un certain vide

      difficile, quoi qu’on en dise, de tuer un mort.  quoi qu’on dise ne tuera pas un mort, dit-il.  dit le mort.  alors dis-le, tue-le encore une fois.  tue-le
      encore un peu

      l’âme à la bouche et c’est pas évident d’y croire, je crains.  je crois, et peut-être je crains, qu’il s’agit là de vous, dit-il.  dit le mort, quoi qu’il en dise.  et toute lumière
      s’éteint

      perdre pied, perdre espoir ou même le nord – perdre en tout cas quelque chose, et laissé là pantois.  je vous croyais partie.  je vous croyais partie mais on ne revient pas, tant le lieu sur lequel on revient lui-même ne
      revient pas

      suis-je moi-même parti, éjecté permanent.  difficile de chasser un absent, quoi qu’on en pense.  un absent ne part pas, dit-il.  dit l’absent, sans doute.  l’absent quant à lui
      en doute

      couvrir de feuillages le précipice n’empêchera pas d’y tomber, mais j’y tomberai seul, pense t-il.  et tout seul, comme on dit tout nu quand il fait froid.  comme il fait froid, dit-il
      mais elle s’en fout

      à pleines mains, à pleines brassées.  à chaudes larmes recouvrir son corps de sable.  son corps de sable jusqu’à ne plus pouvoir bouger le petit doigt.  alors la marée monte, la marée morte est-ce donc cela,
      perdre pied? 

    31 mars 2016

  • la pluie en un seul trait

      nul doute, on est vraiment soi-même: en témoigne le reflet sur la vitre me présentant l’image de qui n’existe pas, ou pas très bien en tout cas…

      une douleur au coude maintenant. je tends le bras, l’étire: nulle alouette ne s’échappe de ma paume.  je replie le bras, le ramène à moi: nulle vague ne meurt, ni même ne gémit

      plus loin ne rien trouver – des tessons de bouteille, des débris de pensée, passer outre quand même

      on aurait pu rester longtemps comme ça, musardant au soleil – ça n’aurait pas coûté grand chose et on aurait dit oui, ou du moins quelque chose qui s’en approcherait…

      en fin de compte toute ressemblance relève de la plus pure coïncidence.  et puis je n’ai jamais connu de Marie – j’avais l’esprit ailleurs sans doute…

    la pluie en un seul trait
    31 mars 2016

  • non-lieu

      je suis un chemin entre les deux
      entre les deux quoi je n’sais pas, entre les deux c’est tout
      je suis un chemin debout

      la pluie qu’on jette partout
      à nos pieds comme ailleurs
      m’a fait rebrousser chemin

      plusieurs fois j’errai
      ce qui ne sert à rien
      mais éboule les apparences

      je suis sorti vivant
      de la tombe, j’ai demandé une cigarette à un passant
      – il ne m’a pas répondu

      je n’ai pas envie de lui vouer la lumière alors que
      la lumière est à portée de chacun
      inaccessible…

      je suis assis sur un néant, bien installé sur un néant
      à peine élucidé quand même
      – mort pour de faux

      j’aspire à autre chose, autre chose se défile
      pourquoi n’as-tu pas lieu?
      hein?

      désherber, désherber, arracher l’arbre de mon cœur
      jusqu’à trouver sous la racine, puis embrasser
      le ver

      j’ai mal à mon corps
      j’ai mal à mon corps tu vois, et tout mon corps régresse vers ce point culminant
      où je n’existe pas

      à moins que…
      à moins que le regard plein nord tu ne m’aspires, me déportes me crames
      en ta sidération

      juste une dernière fois, j’ai dit ça juste une dernière fois
      pourquoi n’as-tu
      pas lieu?

    31 mars 2016

  • traces de doigts

      j’avais une chose, j’avais une chose dans la main on la referme et y a plus rien
      il ne faut pas fermer la main; fermer la main ne retient rien

      de l’eau dans les guibolles, les guibolles flasques – redresse-moi je t’en prie, ne laisse pas l’effraie en moi
      faire le sale boulot

      j’ai pleuré dans ton mouchoir, t’as repris ton mouchoir
      t’as repris ton mouchoir – qu’as-tu fait de ton mouchoir
      où j’ai pleuré dedans?

      les nuits sont fécondes – on se touche le bras, le bras en tombe
      le bras tombe des nuits et on appelle encore, et on appelle encore, mais la mort ne vient pas
      – je crois qu’elle ne viendra plus: elle est déjà passée quand tu bordais ma voix
      d’un silence ahuri…

      le chignon qui prend feu, j’aurais aimé qu’un signe me convie – or une vie
      me congédie…

       la pluie sous ton balcon, et ton balcon suintait
      – serais-je l’éternel étranger passant les dimanches d’hiver
      par le chemin du fond?

      j’abuse pas, je ne dis rien
      je ravale chaque mot qui déborde, je reglutis mon œil jusqu’à l’ultime vision de très propres adieux
      juste sous le genou j’essuyais la poussière, j’essuyais la poussière
      mais le nuage restait

      l’impossible a pris possession de mon banc, alors je dors dessous
      ce n’est pas mieux dessous
      l’impossible a pris possession de mon banc
      depuis je dors dehors

       j’ai retroussé mes manches.  je les ai retroussées plus haut encore jusqu’à découvrir mes seins blancs
      mes seins blancs ne nourrissent pas, ils sont creux en dedans
      j’ai retroussé mes manches et je n’étais plus rien, il n’ y avait plus personne en moi
      à qui même pardonner

      quelque chose parait, qui disparaît au loin
      regarde là, là-bas déjà ou tout en soi:

           quelque chose parait
            qui disparaît au loin

    31 mars 2016

  • à genoux sur une main

      dans la version lourde des faits, je fais la voix off.  je parle devant sur le côté je fais
      la
      voix off: pourquoi pars-tu, pars-tu si tôt, toujours à l’aube, toujours si tôt, pourquoi pars-tu…

      c’est presque un jour de pluie
      quand quelqu’un près de moi
      ou quelqu’un près de soi
      tombe

      c’est pourtant sage, c’est pourtant l’heure
      d’attendre
      d’attendre et d’oublier pourquoi là, et quand, c’est pourtant sage, et là
      d’attendre et d’oublier, oublier en attendant
      le jour
      le jour avec la nuit au fond, au bord et tout dedans
      le jour enfin, de rien
      : de ça

      les méandres dans ma paume et puis aux doigts, qui se poursuivent dans les doigts, sur les doigts et tout autour, les méandres
      les méandres par lesquels je m’évacue, je passe, fuis, les méandres du fleuve Μαιανδρος, en asie mineure
      la mer n’existe pas

      je ne te parlerai plus
      tu auras beau remuer ton cul ton très beau cul ta très belle fente je ne te parlerai plus, mon arc ne banderai plus
      le long manteau du deuil revêtirai, m’envelopperai dans le long manteau du deuil et dedans nul corps, nu ni nul feu, un long silence en guise de
      renoncement que dis-je un long silence en guise de
      gémissement

      je suis pris de vertige
      quand le vertige tourne à la nausée je me penche et je vomis un peu
      sur les genoux de la place
      vide next to me

    à genoux sur une main
    31 mars 2016

  • le quart d’un ton

      ce qui nous est le plus précieux, on retiendra seulement ce qui nous est le plus précieux
      : ce qu’on a perdu, ce qu’on perd, ce qu’on est sur le point de perdre, le moindre souffle de respir
      on y va.  on sait bien qu’il ne faut pas mais c’est pourtant nécessaire, puisque irrépressible
      à force de vivre au fond d’une botte en caoutchouc comment n’en viendrait-on pas à imaginer je le dis tout simplement, tout un je le dis très humblement
      ciel

      tant qu’il me reste un peu de souffle dans le corps, une braise rougeoyante quelque part…
      j’ai envie d’embrasser le crâne gelé de chaque animal parti se cacher pour crever seul dans son coin
      je bois très lentement, très lentement l’eau noire qui me noie

      le corps d’un homme est lourd, même le corps d’un homme mort
      quelle âme faut-il à l’homme pour que son corps ne pèse plus, qu’il reste en suspens entre ce qu’il aurait du faire et ce qu’il aurait voulu faire?
      quelle bourrasque pourrait emporter le corps d’un homme qui jusqu’au bout refusa de s’abandonner?

      il n’a pas encore gelé cette année, les bêtes sont inquiètes
      sur la route du Mans les phares m’aveuglent, j’ai hâte de rejoindre les collines obscures
      les corps s’aimantent, les esprits se repoussent, il n’a pas encore gelé cette année
      les bêtes sont nerveuses

    le quart d'un ton
    31 mars 2016

  • natal picard

      tout le bien qu’on peut s’faire les uns aux autres, je l’ai mis dans un sac
      je l’ai mis dans un sac et j’ai j’té l’sac à la rivière, à la rivière tout’ noire
      à la rivière tout’ noire et ça flottait, ça flottait tandis que j’pleurais alors j’ai dit stop
      j’ai dit stop on arrête là, j’ai r’pêché l’sac et quand j’ l’ai ouvert pour libérer l’poisson
      pour libérer l’poisson i restait pu rien d’dans, i restait pu rien et t’t à coup j’ me suis senti si seul
      j’ me suis senti si seul et comme un avorton, qu’avait pu d’mère à naître qu’avait pu d’trou
      qu’avait pu d’trou par où sortir, qu’avait pu d’ trou par où s’ fourrer 

      les hommes ont des têtes de chiottes c’est pas croyable, et pourtant c’est la gare de creil
      tu me disais que l’amour c’est un nouveau-né qu’on trouve à sa porte, en haut des marches du perron et dans les yeux d’une détresse, la pupille effarée
      quand on n’a pas de sein on donne le biberon, du lait de vache, de femelle mammouth ou bien le sein d’une autre femme
      les femmes n’échangent pas leurs seins alors elles se refilent leurs bébés affamés ça coûte moins cher ça fait moins mal
      et puis on s’en débarrasse

      j’étais à l’enterrement de mon frère il m’a serré dans ses bras et puis on est allé prom’ner l’chien
      ça s’promène, les chiens, et puis ça nous promène…
      les tout-petits on les emmène à la mer l’été, du côté d’Berck par exemple, avec les chiens et les cousins, on les emmène et on les noie – d’un regard alors ils embrassent tout le naufrage de leur existence présente et future, les tout-petits
      ça bande dur et sec les tout-petits, et ça attire la mort, ça attire la mort dès tout petits

      on a toujours eu des chats et/ou des chiens à la maison, sauf quand on n’avait pas de maison
      il y avait toujours un grand couteau à la maison, fiché dans la porte des chiottes pour si on disait des gros mots
      on tirait à la carabine par la fenêtre, la nuit racontait des histoires terribles, des histoires de gosses qui se font bouffer crus par les loups
      on aurait pu être heureux, si le bonheur existait…

      il neige sur la tête des enfants morts comme il neige partout, or tous les enfants sont morts
      même ceux que l’amour a noyés
      même ceux qu’on a noyés dans l’amour
      tu cours après l’ballon, tu cours après l’ballon ce n’est que l’orgasme d’une fille
      qui crie quand ça l’arrange, quand ça la démange ou quand elle ne peut plus faire autrement
      et qui te soigne la queue quand elle devient toute bleue, et que ça fait trop mal
      la voisine s’est pendue au portique – on n’a plus eu le droit à la balançoire…

      tout l’amour faut-il donc que tout l’amour parte en chiasse, finisse comme ça en queue de couille, à la cuvette aux crevards?
      tout le bien qu’on peut se faire les uns aux autres je l’ai mis dans un sac, et j’ai jeté le sac à la rivière
      j’étais dedans le sac, j’étais dedans la rivière – quand on a repêché l’sac y avait plus rien dedans, y avait plus rien dehors non plus
      un sale matin de juillet on est venu me chercher

    31 mars 2016

Page précédente Page suivante