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assis là sur un banc


  • l’éclair d’une extinction

      monter la garde, baisser la garde. monter la garde, se rendre compte que quelque chose a cassé
      cordon coupé lacet défait. fil perdu. jouer aux osselets avec ses propres os quand le temps le permet
      et t’emboîter le pas, la moitié de ton pas, tandis que l’autre moitié, moitié perdue,
      échappe à son destin…

      j’ai besoin d’une image de bonté, soulageant ma raideur j’ai besoin d’une image de bonté – si ce n’est d’un élan de tendresse du moins de la forme abrégée
      d’une fragilité

      se réchauffant à la pensée de couver en soi d’inextinguibles nitescences…
      ce qu’il reste quand il ne reste rien – ainsi le désespoir caressait-il l’idée de dieu, se couvrait-il le visage d’un saint suaire
      je pose ma bouche sur ta bouche dans un geste d’alunir, rêvant d’une même pierre fracassant nos deux crânes, l’éclair d’une extinction

      je suis dans le ventre obscur, et sans issue. pas celui de la baleine non, car on n’en réchappe pas: ça s’appelle le néant
      est-ce en-dedans est-ce au-dehors? ce qui les délimitait ne tient plus
      avec un sol et des genoux m’effondrerais-je; avec un phallus et un vagin m’expulserais-je; avec une âme et une foi m’élèverais-je
      mais rien de tout cela, absolument rien: que des mots tournés et retournés à la cuillère d’une langue trois fois morte, d’une langue raide morte
      – poussières…

    31 mars 2016

  • gerber à poil, sourire de biais

      et je ne suis qu’à moitié crevé hein: l’autre moitié respire encore, respire à fond – a t-on jamais respiré à fond comme ça? oui bien-sûr. je veux dire que si tu n’as plus peur ou même si tu n’as plus de désir, tu lui caresses le crâne quand même

      et si l’amour se montrait modeste, se contentant d’une fille du quartier, d’une fille d’émigré, d’une seule fleur d’oranger – est-ce qu’on aurait pardon, est-ce qu’on aurait pardonne-nous, est-ce qu’on aurait du jour à boire, ce majestueux à perdre? on aurait toute la vie oui toute, on aurait, toute une fille du quartier…

      là il ne se passe rien. j’ai beau regarder là, il ne se passe rien. ou alors pour semblant, comme ça, juste pour faire semblant. on retire les émotions, on omet les idées, tout, et puis on fait semblant. c’est la sale vérité qu’il nous reste

      sortir de la mer à bras nus non là vraiment je n’y crois pas. j’apprends peu à peu à ne pas regarder, ni dedans ni dehors. peu à peu ne plus voir, ne plus savoir le jour de la nuit. ainsi donc je me souviens des deux jumelles – l’une mettait du rouge à lèvres et c’est à ça seulement qu’on les distinguait

    31 mars 2016

  • la désertification par son prénom

      la nature profonde de l’homme je ne la connais pas. je l’ai vue s’effondrer en quelques secondes, prendre le chemin des écoliers

      le loup il était blanc. c’est son regard qui m’a vraiment décontenancé. mais à présent je sais, qu’une mort m’aime

      j’ai introduit la nature profonde de l’homme dans le très miséricordieux vagin, le vagin très profond de la nature. Denys l’aréopagite, ai-je joui. or il avait disparu

      je m’étais sans doute trompé sur tout, mais j’aimais la vie au-delà même de la vie. alors je l’ai plantée. je me suis dit c’est juste une césarienne, le seppuku d’un trou perdu

      regarde le trou d’un manquement au ciel – tout est permis, mais rien de réellement désirable au fond. il faudrait peut-être s’allonger, s’allonger et sans s’en rendre compte, commencer à léviter

      si j’ai effectivement appris à te lécher la langue pendant que tu me déboutonnais quelque chose, je ne me souviens plus, non je ne me souviens plus dans quel ordre et caetera, rendre l’âme

      si j’ai appris à te lécher la nuque tandis que les rases campagnes, je suis d’ailleurs que veux-tu, et d’un raisin pressé le pépin rescapé

      j’ai fini par me lever. disons que quelque chose m’a soulevé. je n’ai pas véritablement choisi de direction – choisir, direction: absolument sans intérêt. je suis en voie de désertification

      on peut dire aussi que j’ai pissé dessus en oubliant de soulever l’couvercle. moi je dis tout est amour mon chou, moi je dis crever debout

    la désertification par son prénom
    31 mars 2016

  • au cherbourg de ma vie

      les chiens ne se sont pas mordus la queue longtemps, un jour ils s’attaquèrent aux hommes
      je t’ai rangée dans une boite d’allumettes – tu ne prenais pas trop de place, et ma vie s’est éteinte
      c’est drôle de dire « ma vie s’est éteinte » alors qu’on est là respirant dans l’obscur tamisé d’une chambre
      à un moment donné pourtant, je ne me souviens pas duquel mais ça m’a soulagé, je ne m’encombrai plus de rien, je me noyai en soi,
      puis plus profond encore

      j’égrène les prénoms de dieu – il ignore qui je suis
      je jette du pain aux pigeons, il paraît que c’est interdit maintenant – interdit s’est donc à ce point corrompu…
      épuisés les blasphèmes, la patience des étoiles est venue à bout de ma colère: tant d’impuissance, et l’ocre lumière toute recroquevillée sur un champ dévasté
      – l’éternité signifierait-elle ne plus avoir la force de se tuer?

      je ne suis l’ami de personne – au cherbourg de ma vie le vent me frappe la tête, j’envisage une paix, hideuse, perplexe
      une douche brûlante, l’affreux cri d’une mouette, je ne suis l’amant d’aucune – quelque chose me renifle je ne pue que l’absence, hargneuse, hargneuse et honteuse à la fois
      j’égorge quelqu’un, à tour de bras j’égorge, mais ce n’est que le vent

      œdipe avec une tête de chien, tel un migrant bancal tout juste rescapé de la shoah  et se retrouvant tout à coup nu devant sa femme
      c’est comme rentrer à la maison quand la maison n’est plus qu’un parking désaffecté, hanté par le néant ou quelque chose de pire
      il pleut, de puis l’aube des temps et jusqu’à la fin du jour il pleut – un christ ne mettrait pas le nez dehors
      les pauvres sont tout trempés…

    31 mars 2016

  • tentative d’émotion

      j’arrive à deux pas de toi la marche est raide, infranchissable même je confesse
      qui m’attendrait si ce n’est l’ombre de moi-même?
      plus un seul rêve, par coutume irréaliste – à tel point que j’ai presque honte d’être humain
      j’en fais du foin

      je croyais ne m’adresser qu’au vide, c’est à dire parler dans l’oreille aux trois quarts sourde de dieu, l’universel oubli
      je vivais comme une bouteille à la mer amis sans la mer, je griffonnais d’inconsistants messages s’effaçant au fur et à mesure de leur rédaction, j’épiais dans l’angoisse
      le signe que rien ne remonterait…

      j’attends tout, rien moins que tout, avec l’intime conviction que rien ne me sera octroyé et cependant j’attends, j’attends plus que jamais – je me suis réduit à de la pure attente
      de ce qui n’adviendra pas
      si ça c’est pas de la foi alors c’est quoi? ne le dis surtout pas…

      je n’ai pas eu le choix, je n’ai été qu’un être humain, qu’un destin clandestin – que révéler de plus en fait qu’une date de naissance et une de décès
      juste au-dessous d’un nom plus ou moins propre gribouillé sur la stèle ou la cendre?
      cette tension entre l’universel et le particulier il faut la mener à l’extrême, à son terme, à le rupture-fusion
      moi qui aurais juste voulu t’embrasser, lèvres gercées et l’âme à la limite
      de la rupture-fusion…

      le chemin bien trop long pour une histoire debout, je t’ai laissée tomber
      ou le contraire, pour faire plaisir à celui qui en moi se hait et pense que survivre le dédouanera de vivre
      je veux me saouler jusqu’ à ce que ma cervelle casse, rompe, congestionne, jusqu’à ce qu’un homme daigne se pencher sur moi, me toucher l’épaule en s’enquérant saugrenu:
      vous allez bien, monsieur?

    31 mars 2016

  • ce n’est qu’un rêve sans fin

      les années se sont écoulées, sans que monts et merveilles
      dissimulé dans la doublure du temps, je ne sais qui va là
      y a quelque chose qui passe, mais derrière tout va bien
      tout au fond il fait beau

      l’ennui c’est que moi je sais, je sais à peine perdue
      les représentations courantes du néant peinent à se dissoudre, nous nous vidons peu à peu de notre âme
      j’ai tué l’amie, ou l’ai-je enterrée vivante je ne sais plus – ça me dégoûtait tant de penser y toucher
      il faudrait s’envoler l’espace d’un instant, profitant d’un léger sursaut, et surtout ne jamais réatterrir ne jamais se souvenir ne jamais
      renchérir
      : faire comme si on n’était pas là alors qu’on n’y est vraiment pas

      depuis j’attends mardi – mardi est un sale jour de merde: constantinople tomba un mardi
      boueux mardi

      j’ai mal à chaque porte et c’est le bout des doigts qui craque, se fissure se déchire
      et pèle
      j’ai bien refermé les tombeaux pourtant – elles dorment des cent-ans, de lourds sommeils de plomb de profond vins de paille
      quand j’accouche d’un enfant c’est qu’il n’est pas de moi, c’est qu’il pleure tout seul dans le noir
      expiant je ne sais quoi

      ce n’est qu’un rêve sans fin, une maison qu’on touche du doigt
      et qui du coup s’effondre on n’aurait peut-être pas du
      mais on ne peut pas s’empêcher de convoiter le salut c’est con, con de croire qu’on va mourir, reboucher chaque trou du pipeau un seul son s’échappant
      d’un seul trou oublié ça n’a guère de sens lui attribuer une note – si les choses se délitent à ce point c’est qu’il vaut mieux s’arrêter là, hagard et sans destin devant le feu
      passé au vert

    ce n'est qu'un rêve sans fin
    31 mars 2016

  • la fin du monde et les cloportes

      est-ce que tu as vraiment envie de finir en cloporte, à sucer l’ombre dans la rocaille d’un perpétuel cul de sac?
      sans aucun doute toute lèvre se ferme, et tu tentes de te persuader que toute histoire est belle
      – y compris celle où effectivement, tu finis en cloporte…

      on se trompe toujours de cible, l’essentiel consiste alors à ne pas la louper
      et pourtant on la loupe chaque fois: il faut ça au moins pour sentir que le bonheur – une certaine forme de bonheur – ne nous a jamais fait défaut
      il est probable que je ne me fasse pas comprendre, ce n’est pas le pire. je vis, je vois, j’écris sans comprendre moi-même
      et ça me soulage un peu j’avoue…

      pas besoin de renoncer à la douleur – il me faut coûte que coûte préserver la pitié
      ce qui distingue l’être du néant n’est rien d’autre que la douleur, et la pitié recueille cette douleur-là, la veille
      l’entretient

      s’il n’y avait que dieu il n’y aurait rien: nulle vie ne souffre donc pour rien
      la pitié consiste à accueillir en soi la douleur et la mort, ce qui n’atténue en aucun cas la douleur ni ne contourne la mort
      le sens est là, évident en chaque instant, qui fait que nous méritons bien plus que le terne bonheur

      imagines-tu l’enfer d’un monde résolu? on ouvre les portes des prisons et personne n’en sort
      je concevais l’amitié comme la reconnaissance immédiate et totale de l’humanité en l’autre, et toute garde baissée face à lui
      mais il ne s’agit là encore que de simple politesse – le remède s’avère court

    la fin du monde et les cloportes
    31 mars 2016

  • sans échauffement je m’gratte la fesse

      est-ce que tu as vraiment envie de finir en cloporte, à sucer l’ombre dans la rocaille d’un perpétuel cul de sac?
      sans aucun doute toute lèvre se ferme, et tu tentes de te persuader que toute histoire est belle
      – y compris celle où effectivement, tu finis en cloporte…

      on se trompe toujours de cible, l’essentiel consiste alors à ne pas la louper
      et pourtant on la loupe chaque fois: il faut ça au moins pour sentir que le bonheur – une certaine forme de bonheur – ne nous a jamais fait défaut
      il est probable que je ne me fasse pas comprendre, ce n’est pas le pire. je vis, je vois, j’écris sans comprendre moi-même
      et ça me soulage un peu j’avoue…

      pas besoin de renoncer à la douleur – il me faut coûte que coûte préserver la pitié
      ce qui distingue l’être du néant n’est rien d’autre que la douleur, et la pitié recueille cette douleur-là, la veille
      l’entretient

      s’il n’y avait que dieu il n’y aurait rien: nulle vie ne souffre donc pour rien
      la pitié consiste à accueillir en soi la douleur et la mort, ce qui n’atténue en aucun cas la douleur ni ne contourne la mort
      le sens est là, évident en chaque instant, qui fait que nous méritons bien plus que le terne bonheur

      imagines-tu l’enfer d’un monde résolu? on ouvre les portes des prisons et personne n’en sort
      je concevais l’amitié comme la reconnaissance immédiate et totale de l’humanité en l’autre, et toute garde baissée face à lui
      mais il ne s’agit là encore que de simple politesse – le remède s’avère court

    31 mars 2016

  • rallumer le feu

      fermer les yeux d’un mort je n’en prendrais pas la responsabilité. j’accorde à tous la nationalité. je me lève tôt matin pour rallumer le feu

      je me sens loin de moi et pourtant lorsque je ne me regarde pas, ce n’est pas un autre que moi que je ne regarde pas. du papier, du carton et du bois empilés au foyer

      dieu ne se souvenant pas de moi je surfe sur l’oubli. parfois à la place de je je mets nous, on, tu il ou elle. parfois à la place de je je surfe sur l’oubli, je gratte l’allumette

      j’aime t’agacer, tel un acupuncteur tard dans la nuit. attendre que le jour se lève en soufflant sur les cendres; prétendre qu’il s’agit de fraises en pissant sur les braises. croire que la vie peut se passer de sens, d’un seul

      il va faire froid, très froid. nous nous réfugierons en ce sentiment d’exclusion, ce principe d’abandon. nous éprouverons le bonheur d’être mais de n’en reconnaître la raison nous souffrirons. le jour se lèvera et il sera trop tard – trop tard pour quoi trop tard pour rien

    rallumer le feu
    31 mars 2016

  • les filles du bourg

      on reconnaît l’homme qui ment à la vérité qui perdure en lui, et le trahit
      par exemple quand tu débandes et quel couteau s’affûte en toi – tu me décevrais tant si tu t’avouais heureux
      pour te faire pardonner tu me susurres que deux-trois souvenirs suffiront à traverser l’étendue infinie de l’oubli
      dont un manquant probablement, mais tu n’en diras rien…

      on nomme un homme – l’espace qui l’enclot s’en fera t-il seulement l’écho? les rêves
      garderont-ils à distance la nuit suffisamment encore – aurais-je le temps de remonter mon froc,
      d’un seul coup de briquet contre le vent mauvais rallumer cette clope?
      survivre, bien-sûr, oui mais survivre à quoi?

     
      fin de l’hiver
      je n’aime plus shubert
      – derniers topinambours

      les jours rallongent
      rétrécissent les rêves
      mon esprit s’appauvrit

      dernier tour de manège 
      je n’aime plus l’hiver
      ni les filles du bourg

    31 mars 2016

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