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assis là sur un banc


  • Rosemary across

      c’est comme attention à la bordure, pas marcher sur les plates bandes: on s’en fout

      on traverse

      au gris au rouge au bleu, on passe à travers soi, son, sa…

      c’est comme ça

      j’ai pas dit la fée carabosse, j’ai simplement dit: Rosemary across

      c’est bizarre de penser qu’à la dernière femme, l’anti-ève la stérile, on ne demandera pas son nom
      personne ne s’en sera enquis, personne n’aura prêté attention au fait qu’elle s’appelait
      Rosemary, oh la la

      c’est comme ça

      si elle se met en travers alors on passe dessus – le pont sur la drina les deux doigts qu’elle préfère, l’archet contre la corde

      ou vice versa, qu’est-ce qu’on s’en branle

      ou vice versa, de Rosemary

      accross?

    8 mai 2016

  • les fientes

      alors on était homme à boire, on parlait peu on sentait fort, pensant sans doute ainsi échapper à l’ombre épaisse, pustule

      on se sentait perdu un peu comme le dernier des yougoslaves face à cette femme no-future et les bras nus, chiure de vénus

      on se bâfrait de ce vide effarant qui l’air de rien emplit les siècles et les siècles, sans avertir

      nous la passion c’était un peu notre roulette russe, à mi-chemin précisément entre la branlette dominicale 
      et la très sainte belote des hospices…

      juste un arrière-goût de mélisse: c’était quand on s’ taisait
      parce qu’on n’avait rien à dire
      et aussi qu’on n’en avait pas envie
      ce qui fait deux bonnes raisons de n’en avoir aucune

      alors en nous l’univers tout entier venait se reposer, reprendre son souffle
      – s’ fumer une clope…

      y a pas grand chose à voir, y a même rien à voir là d’dans
      c’est juste une boite
      avec en dedans ce qui reste d’un homme – même pas d’un homme, et même pas un songe: une fiente
      sur le pare brise
      de ma 4L …

    les fientes
    6 mai 2016

  • tandis que

      titubant nos déroutes dans le matin qui cloche
      gèle
      reluit

      caresser un arbre mort, comme si j’étais mort
      un arbre comme si j’étais lui
      et mort

      couver en soi un solide glacier, bleuté
      mais fondre, flouté
      au premier souvenir…

      à peine tu jouis et j’éjacule, éjacule en plein jouir
      jouant ma vie sur une fille
      comme ça, vite oubliée

      toute la route elle est mouillée, et la couette de traviole 
      – c’est un visage particulier, assumer pleinement
      de vivre, et ne rien démentir

      il se ressemble à quoi, dieu avec un œil dedans
      tant la pitié l’écrase
      et l’assombrit

      n’avoir rien fait d’autre
      jamais
      que regarder le temps
      passer

      et tandis qu’il passait
      …
      

    4 mai 2016

  • évidemment n’importe quoi

      un jour t’auras ton nom là, écrit blanc sur noir

      je te l’aurais demandé comme t’étais saoule tu m’aurais dit n’importe quoi évidemment quand on est saoul  n’importe quoi

      sort de la bouche des enfants

      au fait, j’ t’avais pas dit: je pars
      en voyage

      l’ombre du voyageur évidemment c’est moi c’est toi, n’importe qui c’est toi c’est moi
      sauf qu’il n’y a pas de voyageur

      rien que la route, filante, béquille

      et qui s’en branle si c’est de nos os broyés qu’elle est faite, pétrie, et si lisseuse

      la politesse néanmoins, l’élégance du vice – j’ai toujours peur qu’on me claque la porte
      sans frapper

      alors je bois

      ça je dois le redire tellement c’est grand: alors je bois (jamais assez, jamais assez)

      : la pluie au goulot l’oubli, ou l’eau de mer – tout ce qui coule en fait, de toi

      oui, de toi

      qui veut rien entendre mais alors pas un mot

      de mes poèmes

      mes poèmes de merde (la pluie au goulot, l’oubli ou l’eau de mer…

    évidemment n'importe quoi
    3 mai 2016

  • l’instinct d’elle

      seigneur ne me parle pas sur ce ton-là, tu sais bien que j’aime pas ça alors arrête – achète-moi plutôt un koulouri et laisse-moi
      vagabonder

      oui laisse-moi

      vagabonder

      c’est le précieux dosage en elle de retenue et de générosité qui me bouleversa – je la trouvai si poignante

      je l’avais rencontrée au hasard, ou peut-être par hasard

      le jour d’après franchement, je me disais: l’instinct d’elle

      j’aimais forcément quelqu’un, voire quelqu’un d’autre
      avec la mer au milieu, la grande menteuse – et je sais de quoi je cause…

      qui sait de quoi il cause? la littérature ne commence t’elle justement là
      où les mots renoncent à agir o corps à corps
      sur le réel?

      o corps à corps
      – es-tu réelle?

      fiche-moi la paix seigneur, tu me harcèles tu me harcèles
      avec ta mort triste figure, scabreux chantage
      et chaque pelletée, de tout amour, or chaque jour,

      je viens te déterrer, ressusciter, t’claquer la bise

      et crever le cœur haut – que dis-je?  le cœur nabot 

      et calquer le déluge, copine-tourniquet
      sur la peau de mes os

      puis sombrer parmi toi, triste figure, o
      figure si triste

      du néant

    1 mai 2016

  • en outre

      dans un fracas de muraille effondrée, tu cueilles la… marguerite

      c’est vrai qu’ c’est loin, le temps présent
      et sa prononciation pas toujours commode

      mais c’est comme ça qu’ ça marche, soupire et même pis

      avec pour seul mission de mener intact le souffle d’une naissance hasardeuse
      à une mort certaine – (funestes) pompes à air

      outres de vent

      et y en a marre à la fin de faire le garde-barrière
      entre un dehors et un dedans, voire le lèche-couille 

      d’un chien sans dent, et tous ces rêves qui finissent mal

      alors j’ m’éclipse, je sais pas comment mais j’abdique, j’ déserte

      je me déserte

      dans un fracas de muraille effondrée, je respire fort

      trait pour trait virulences
      d’un alcool blanc, j’ me rent’ dehors, j’ m’éjecte dedans

      car y en a marre de toujours faire passer les cornes
      avant le buffle

      – mais non, allez : j’ déconne!…

    en outre
    29 avril 2016

  • d’à peine plus loin

      s’il n’y a que ça, là, de le dire le disperse j’imagine…

      c’est comment dire, c’est comme on lâche
      un ballon dans les airs, c’est comme

      pisser du haut d’un pont (s’il te plaît, lâche-moi dans les airs)

      ou bien faire l’amour à quelqu’un qui te prend pour un autre (je vais quand même pas te faire un dessin),

      ouvrir l’œil de la nuit, flaque grise
      et s’y jeter dedans, poisson blanc

      : rien à dire, j’ai le foie
      mélancolique

      alors s’il te plaît, raconte-moi, s’il te plaît parle-moi, encore et encore
      de la mer – oui, celle-là

      que j’aurais pas mordue au sang, ni nos peurs collectives

      mais toi tu dis rien. et disant rien tu dis tu viens
      d’à peine plus loin

      d’à peine plus loin me laissant là, là buvant longuement

      le silence

      jusqu’à ce que limpide émerge

      l’évidence

      sage, si sage…

    27 avril 2016

  • leçon de ténèbres

      difficile de slalomer entre les portes cadenassées quand on déboule de nulle part à toute immobilité

      et qu’on écrase toujours et toujours le même chien crevé, ou presque, qui nous ressemble étrangement

      de visage ou de cet air triste au dedans qu’il ne tiendrait à rien, c’est à dire pas grand chose, de changer ou simplement de jeter

      par la même fenêtre que soi, alleluia 

      d’ailleurs, dès ce soir, j’accouche – j’expulse

      dans un vide ébréché

      chacune des déraisons de vivre

      jusqu’à l’extase, tout bonnement l’extase, en dernier lieu l’absence de tout frisson
      tenant en un équilibre frugal au-dessus de la chute
      – bouddha de liège flottant sur les basses marées

      de son inconséquence

      ne plus y croire, jusqu’à ne pas y croire et cætera 

      un chant navigue, n’y pensons plus

      franchi le mur du sens, de quel oubli
      prendrai-je
      la forme?

    leçon de ténèbres
    25 avril 2016

  • j’aime la vue qu’on a d’ici, les ciels porteurs

      ne sera sauvegardé que ce que tu auras confié au néant, ou abandonné à dieu – j’ignore le sort

      un jour tu me ramènes au même endroit du coup s’accroît le vide s’accroît immensément 

      un autre jour c’est le même jour, tu me dis fais qu’il se passe
      quelque chose, alors j’appuie la langue

      un homme en moi meurt malgré soi
      tandis que l’autre (toujours en moi) prend la pelle

      et ne crois pas qu’il s’amuse

      ne crois pas qu’il cherche à t’humilier, ni même ( en dépit des apparences) qu’il cherche à s’humilier
      il se sait simplement perdu

      il voulait vendre sa maison

      pour justifier sa fuite, son abandon

      alors qu’il suffisait de se lever de sa chaise en plastique sale et de marcher au travers les décombres
      (peut-être en traînant la chaise derrière soi sans même s’en rendre compte, par exemple…)

      tout comme on renaît un dimanche matin, après les quelques verres clairs et précis
      du dimanche matin

      jour où le seigneur cesse enfin
      de dériver sur sa
      croix-vagabonde

      car c’est pas cerf-volant, c’est pas tapis-volant
      c’est des clous qu’on enfonce rouillants
      dans le vagin de vivre

      et ça fait mal
      (paraît-il) 

    23 avril 2016

  • mais c’est pas des jonquilles!

      un jour je me réveille aux côtés
      d’une cochonne
      ça me rassure, ça me rassure comme ça, je reçois le courage
      de me lever

      un lever de cochonne

      je perds le doute, j’enlise l’obscur – si ce n’est pas trop demander bien-sûr…

      toute la réalité comme la seule réponse à la question qui ne se pose pas

      et que cela ne suffise trace des routes dans le vide sidéré
      comme autant d’orgasmes fécondant le néant d’histoires de renards, de chaperons rouges, de renards

      ces très maigres lézards –
      un peu, beaucoup, passionnément
      ou pas du tout…

      non je n’ai rien oublié: on finit par ne plus avoir d’yeux
      que pour ce qu’on omet

      la plaie au flanc de la cochonne meurtrie c’est moi. car elle respire encore

      je joue toujours le personnage secondaire de ma propre histoire, celle qui se passe ailleurs

      et elle le sait

      puisque c’est elle qui baise

    mais c'est pas des jonquilles!
    21 avril 2016

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