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assis là sur un banc


  • le ventre d’ici-bas

      tourne-douleur et ça fait mal
      mais on s’plaint pas
      le bec contre la vitre, évite
      le gris contre l’oubli
      – on aurait tort
      de ne pas y penser

      qui mal y pense y r’tourne encore
      et encore
      et ça chuinte, et ça râle – ça finit par brouiller
      tout le corps d’une femme
      d’une femme en soi, somnambulant tout au fond
      de soi, morte ou pas

      le chien qui s’mange la tête
      d’un autre côté tu repars à la hausse
      t’encules un trottoir
      au passage, soit dit au passage
      c’est ce qu’il manque à ta grâce
      toute la grâce qu’il te manque

      dans le ventre d’ici-bas, tu fais pas de grands adieux
      les bras en moulinets, ni ne lèves le pied
      tu la prends comme elle vient, t’arrachant comme tu peux
      au ventre
      d’ici-bas

      à quinze tu cours encore
      la moitié perdue en route, au moins
      l’autre à bout de souffle, s’acharne sur la flamme
      un peu trop tu l’éteins, un peu moins tu l’attises
      un peu trop moins tu expires
      mais si loin, si loin en vérité
      de soi, du reste

      qu’est-ce qui me cache, qu’est-ce qui me cache comme ça
      ma lâche
      et le silence quasi nul qu’on fait en tombant
      en claquant net
      les portes sans battant –
      à plus d’un demi-sourire la bouche
      se contorsionne
      et c’est vilain

    21 juin 2016

  • vas t’en pas les pieds nus

      il est
      plein de douleur
      plein de douleur quand il s’endort
      qu’à défaut de mouchoir, de pouce ou de meilleure idée
      il suce le bord

      il pleut
      dans son berceau
      comment dire, son berceau prend l’eau
      alors il navigue, du mieux qu’il peut
      et jusqu’à preuve du contraire

      n’empêche qu’elle est pas morte
      qu’elle trempe son aiguille, je pense
      dans la ciguë
      avec ce sens aigu, qu’on lui connaît
      de la déclinité
      reste à savoir pourquoi

      il ne s’encombre plus
      que d’une pierre
      c’est lourd à charrier, une pierre
      surtout quand on ne sait
      dans quel puits
      s’y jeter

      alors il est mort – ça avait beau
      être l’été, il est mort
      un peu avant
      d’être mort il avouait
      que le bord était plat
      si plat
      le reste ça s’oublie

      quand on lui tend la main elle dit qu’elle l’a pas prise, qu’elle l’a même pas vue
      elle s’enfonce un boudoir
      dans le vagin,
      tout au fond, ça fait pas d’ bulles
      puis se met à pleurer
      tressaillant des épaules

      un homme a fait une fugue
      il a poussé une porte, s’est retrouvé dedans
      il a fini par soupirer
      le dos appuyé au mur, le mur à la pénombre
      il s’est souvenu d’un champ
      de coquelicots dans un champ

      je ne vais pas faire de bruit
      pas faire de vague
      je caresserai mon ombre, par terre
      jusqu’à ce qu’elle s’éveille, s’étonne, se lève
      et m’abandonne

    vas t'en pas les pieds nus
    19 juin 2016

  • pas d’ retour

      la pierre à rebours
      ricoche vers ma, main soluble à l’air libre
      j’ai la tronche de travers
      de travers à l’air libre
      mon dieu

      une mélancolie
      m’a rongé le sexe, m’a ravagé le foie
      alors j’ai pris une pelle
      puis je suis resté là, debout, immobile
      avec ma pelle

      quand je pense à mon banc me prend grande tristesse
      quelque chose s’envole, et ne retombe pas
      je ne me souviens pas
      de ma naissance, ni du nom
      de la toute première femme

      quand j’ai envie de mourir j’ouvre les yeux
      je vois les choses s’effriter, s’éroder
      je n’ai rien à dire
      à personne
      mais il me tarde…

      un jour j’ai pas d’ retour
      pas d’endroit où dormir
      j’exclus la vie, je me caresse un peu
      un trou à même le trou, la chute suspendue
      un jour y a pas d’ retour…

    17 juin 2016

  • tête au nord

      et l’on prendra le temps
      à un ou à deux, si je ne m’oublie pas
      de descendre les marches
      vers un ciel plus haut
      un beau ruban de ciel

      tous ces déracinés, à l’ouest
      tous ces démantelés, à l’est et au milieu
      ces chiffouilles en morceaux
      tous ces voleurs de prunes, ces
      petites miettes de christ, imperturbable

      il me manque un instant, un seul
      où je touche le fond
      en caressant la  lune
      – simplement je me tais
      la bouche entièrement vide

      petit mouchoir de rouille, et le chien gris
      devant le magasin
      je mange une pomme, deux pommes
      à la troisième je m’affaisse, m’évanouis
      j’oublie de me compter

      t’es pas belle et moi non plus
      on fait le tour de l’arbre
      on se prend pour des r’nards
      et puis on rentre, tête au nord et on s’enfonce
      dans la terre

      mon chien ne mord pas
      mon chien ne meurt pas
      et quand moi je suis mort, mon chien lui court toujours
      sans souvenir de moi
      ni moi de lui

    tête au nord
    15 juin 2016

  • la toilette du mort

      il n’y a pas de maison pour moi, pas de chose qu’on n’ignore

      les fenêtres mobiles, paysages immobiles, les lueurs silencieuses

      quelque chose hors du temps s’est glissé et remonte le sang. on dit qu’il n’y a plus de place pour lui

      qu’il n’y a plus de place pour moi, ni de maison non plus, que les dites fenêtres ont tout recraché

      que plus rien ne m’incombe, rien que je ne concerne vraiment: le paysage
      me tourne le dos

      qui dit moi le premier s’en aille. les autres également. que tous s’en aillent

      seules demeurent les femmes asexuées, ou enceinte d’enfant mort, et dont les gestes font silence et le silence ne porte
      à conséquence

      chiffons de poupées

      alors tant mieux s’il est trop tard: s’il est trop tard c’est que le temps ne nous mord 
      plus aux talons

      s’il est trop tard c’est que plus rien ne réprime nos solitudes, et qu’hors nos mains nos doigts se nouent

      nos langues se délient

      nos visages se dénudent

      . on se lave dans la mort

    13 juin 2016

  • retour à l’anormale

     celle qu’on tue celle qu’en a marre, celle qui voudrait pas s’coucher tard

      elle m’a dit qu’elle n’avait pas besoin de ma pitié. je l’ai laissée couler

      c’était n’importe quel jour. chaque jour est n’importe quel jour: un jour inutile, vite oublié, nous passant sous la barbe

      on se cramponne à l’horizon. n’importe quelle ligne sert d’horizon. un point entre nous et lequel il n’y a rien, qu’une étendue désuète

      l’esprit cherche ce silence d’adieu. une issue à tout ça, là, qui nous chie sur les pompes

      l’esprit a besoin de tout oublier afin de se souvenir de soi-même, jusqu’à ce qu’il ne reste rien et qu’il s’oublie soi-même. à quoi bon dire qu’il est vide alors?

      une fois débarrassé de l’esprit, elle m’a tendu la main – d »e quelle pitié avais-je encore besoin?

      je n’ai appelé personne, personne n’a répondu. je n’ai pas répondu non plus

      je ne voudrais changer rien à rien, ne pas déplacer le moindre caillou, ne pas ravaler le moindre sanglot. je m’assiérai là comme d’habitude

      je passerai le temps hors du temps comme d’habitude, au bord de la suffocation, saturé d’introspection

      toute l’éternité c’est long. mais pas plus long que la vie après tout, pas plus long que maintenant, l’éternité qui ne coule pas – l’éternité de notre absence

      l’éternité de toute absence

      et si je coule, promets-moi
      de ne toucher à rien

    retour à l'anormale

    11 juin 2016

  • sulfites

      car ce n’est qu’en disparaissant à jamais que nous réapparaîtrons pour toujours, paraît-il

      un linge qu’on essore

      j’ignore l’errance. le sable buveur de pas
      à la lèvre ébréchée 

      nous ferons comme s’il n’y avait rien, n’en croyant pas nos yeux, écorcheurs de nuages

      cela nous laisse un temps; un temps ne laisse rien – pas la joie pas la peine
      d’insister

      par ailleurs plus une goutte de fleur aux lilas sur fond gris (un mur en place a pris racine, littéralement)

      je m’appauvris en soi, en si en sol. je m’appauvris en celle

      le grain mélancolique qu’on picore tous les dix pas. ou, selon la version longue, quelle herbe
      rumine t-on?

      tu voudras bien me laisser mourir de faim au creux de ta main vide? m’éclaircissant la voix me nourrir de faim?

      monter à l’échelle d’une chute si raide, ou même à faire semblant?

      car ce n’est qu’en disparaissant à jamais qu’on se retrouve, tout chancelant
      entre un ciel en sursis et la boue des douleurs

      – coquelicot, gentil coquelicot madame…

    9 juin 2016

  • sous peu

      la matrice déchirée la matrice inversée j’ai pas l’ongle, l’ongle d’un sursis

      et je survis quand même

      j’avorte tout un homme, il a plu aujourd’hui
      il a plu aujourd’hui je n’y ai rien gagné
      on saoule à l’alcool bon marché les enfants perdus

      perdu c’est quoi, je sais pas

      avant de mourir je voudrais juste savoir, la grive au radiateur, est-ce que tu te sentais bien là contre moi
      ou n’était-ce encore qu’un petit

      morceau, dommage collatéral?

      un ciel plus haut, c’est la misère
      chaque jour crève un homme, ou une fille
      mutilé de l’anneau, en berne, je ne sais

      pas quoi faire

      trois jours sur terre, et le reste en colère
      mais ça va mieux, ça va mieux maintenant
      j’adore Dunkerque

      le temps quand on m’oublie

      la fuite en avant, en arrière, sous le partiel des eaux
      exilé de soi-même, la lampe à même le sol

      le saut quand on y pense…

      la bête morte
      celle qu’on enterre avant qu’elle pue
      tes blanches mains de lys fané 

      avec ma queue au milieu, qui plane un peu

    sous peu
    7 juin 2016

  • tango

      un corps me traverse, une existence
      or je reste en dehors
      cela m’arrive, et puis cela me quitte, c’est comme
      une signature un bout d’ ficelle, une course à l’anneau
      je reste en dehors et j’accorde ma voix, tout bas,
      au penchant de la pluie…


     

    5 juin 2016

  • je suis fatigué d’avoir à allaiter le monde entier, alors que le monde entier il a plus soif

     et par la suite j’avais mon p’tit paquet, là, sur les g’noux, et vas savoir pourquoi
      ni ce qu’il contenait

      les grands voyages de guerre lasse…

      de n’être le début ni la fin de rien ni de moi-même m’a un peu soulagé en fait
      – un peu, partout, en un éclair

      les enfants ne savent pas quoi faire. ils s’ennuient

      ou qu’elle s’ennuie

      je n’ai même pas pensé à ouvrir le paquet, assis là sur mes g’noux – j’avais pitié de nous

      une, deux, trois et tu sautes dans le vide, tu te réveilles, une, deux, trois et tu sautes dans le vide, tu te réveilles, une, deux…

      ce qui compte n’est pas ce qu’il y a dans le paquet, mais qu’il y ait quelque chose dans le paquet, c’est à dire qu’il y ait un paquet, et tu le serres contre toi

      quelqu’un sans doute te l’a donné. ou l’a simplement déposé là, pendant que tu somnolais

       entre deux rêves précisément

      on ne peut pas dire qu’elle s’ennuie si souvent: elle est la substance de l’ennui

      ou l’épaisseur d’un temps qui n’existe pas – c’est à dire le temps en soi

      les enfants ne savent pas, alors on leur donne à manger

      quand ils se font mal on dit que c’est bien fait pour eux, même si c’est faux évidemment

      la peur entre dans son cerveau

    je suis fatigué d'avoir à allaiter le monde entier, alors que le monde entier il a plus soif
    3 juin 2016

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