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assis là sur un banc


  • une pause dans l’histoire d’Antalie Karakol

       on se cache une fois, et puis on recommence, on recommence une fois. puis on se cache

      j’ai perdu un bouton. ce n’était qu’un bouton, devrais-je me dire. et effectivement me le dis-je. j’ai perdu un bouton

      c’est là que tout s’enraye, c’est là que tout déraille. c’est un sommeil si lisse, on dirait qu’il s’enlise

      un homme mort. plus mort que lui tu meurs. il marche dans la rue mais ce n’est qu’une histoire, qu’une histoire somme toute. en vérité il ne se passe rien

      lave la vitre avec la langue, ta langue à toi. le reste du temps lave la vitre avec sa langue, sa langue à toi

      n’ai pas pris de congé – les congés sont éreintants. pour arriver à moi il faudrait des milliards d’années. pour en sortir, autant

      quelle explosion d’un bonheur si soudain, auquel on s’attendait un peu certes, mais dont on n’avait pas vraiment besoin, ni réellement pris la mesure

      c’est là qu’elle intervient

    28 mai 2016

  • c’est l’histoire, modeste et fascinante, d’Antalie Karakol

      il n’y a pas d’objet qui pleure sur ce banc, ni quoi que ce soit de tranchant

      ce ciel eut été bien plus bleu s’il ne m’avait connue. ce ciel eut été sans abri

      qui rince un drap peut-être prendra le temps de se demander pourquoi, et pourquoi pas

      se dit-elle. mais elle se dit quand même, comme en chacun se parle le vieux, très vieux, Lorrain

      je l’aimais sur une chaise, se dit-elle en décroisant les jambes, et seulement les jambes

      pour le reste elle faisait tout comme il faut, sans excès de zèle, sinon à la hussarde

      ce modeste coin de vie. ce rêve de caillou. cette chance qui nous gratte d’en attraper un mieux

      quelqu’un fait la joie d’un fille ou son malheur, tandis qu’elle se peigne l’indifférence avec les doigts d’une autre

      j’ai perdu bien du poids, et dans les gares aussi ai-je laissé quelque chose de moi

      m’accorde t-elle cette danse, j’en doute en l’occurrence. je prendrai position sur le premier banc venu

      celui ou celle devant lequel ou laquelle je ne passerai pas m’a regardée passer, contournant le bassin

      soutenir un regard exige certaines précautions, la plus urgente desquelles ne sert pas à grand chose

      je te défends de me tutoyer. je ne supporte pas d’être tutoyée, exception faite dans l’escalier de nos colimaçons

      et des poussières. la lune et des poussières. trois heures et des poussières. la mer qui m’crache dessus. encore de la poussière…

      vingt fois par nuit je lui revenais sans but or elle avait disparue, comment dire?

      parfois étrange, mais d’une étrangeté quasi familière, comme à se lever d’un rêve qu’on n’est pas vraiment sûr d’avoir commis

      et parfois de concert, bras dessus bras dessous. elle le plus souvent. ou alors de travers

      alors elle tourne en rond. en rond dans le sens du vent se dit-elle, tandis qu’elle tourne en rond, trahissant le destin

      parfois je tourne en rond, bras dessous bras dessous, j’enfile un bas, un seul suffira

      une fois la nuit tombée, tombée si bas qu’elle ne se relèvera pas, je l’ai prise dans mes bras…

    c'est l'histoire, modeste et fascinante, d'Antalie Karakol
    26 mai 2016

  • il y a la neige aussi

      il y a la neige aussi, telle qu’elle nous prie de bien vouloir
      l’en excuser

      si je cherche, et si je cherche bien, qu’aurais-je à perdre
      qui ne soit déjà mien?

      le ciel et même un peu plus haut, le vent
      qui s’en balance

      achever de se croire
      perdu d’avance et c’est fou, du haut de chaque chute retomber
      en enfance…

      brouter tout un trèfle et, parvenu à la quatrième feuille, pardonner le hasard…

      j’entends bien, oui j’entends bien
      ce dont nul son ne sort

      et puisque par terre semble ainsi s’éveiller, se relever s’ébaudir
      elle ramasse une pomme, l’étourdie…

      j’avais faim alors j’ai commencé par les ongles
      jusqu’à redevenir flocon

      la dernière fois ce fut hier, ce sera demain – en tout cas je ne crois pas
      qu’il pleuvait ce jour-là

      sans cesse la mort à mon chevet me dit tu vois tu brilles
      tellement j’ t’astique…

    24 mai 2016

  • parfois la nuit

      parfois la nuit se brise, coquille vide
      ce qui s’en répand alors désigne l’un d’entre nous, n’importe lequel des deux
      comme si nous ne savions compter que sur l’envers des choses pour, surprenant notre image,
      nous ravir à nous-mêmes…

      une fois la pluie
      deux fois lors s’ébrouait, d’une lumière plus vive
      s’ébranlait comme on cède, face à ce qui nous attend
      depuis toujours, là et limpide,
      tapi en nous, toute ombre bue…

      c’est une autre blancheur, prompte à recevoir nos larmes, furtives
      à susciter l’ultime aveu de nos
      fébrilités 
      – un jouet en quelque sorte, l’ortie dont on se caresse
      la joue, et parties plus intimes…

      quelquefois c’était une vie
      qu’on plie pour qu’elle s’envole, se taise
      ou ployant sous le vide écorné
      de son propre regard ce fut aussi, d’ailleurs
      une clarté diffuse, le sentiment confus, peut-être ainsi déçu
      qu’aucune mort ne viendrait nous absoudre, ni rompre le pacte
      nous liant à nous-mêmes, en passant par Honfleur, Sedan,
      ou bien même Le Mans… 

      un jour je reste
      comme autrefois c’était promis
      d’une langue cousue de fil blanc j’écume
      nos patries éphémères, nos exils en attente
      d’une voile en partance – la lumière
      ne finira t-elle donc pas par nous ouvrir les yeux, par en extraire
      l’écharde d’une larme
      plus pure encore?

    parfois la nuit
    22 mai 2016

  • lumière, équestre douleur

       telle une espèce en voie de disparition, je graisse les gonds je sors d’ mes tongs – la vie lors d’un soleil tranquille

      s’est cassé l’ongle
      sur une ombre, là, juste sur une ombre
      mordante

      on aurait pu la tenir en laisse bien-sûr, la jupe au ras d’ la fente
      le tout dans un crépitement, solstice aidant,

      de cuisse
      de reniements

      et la causalité, tout ça, c’est rien qu’un alibi, hein? le saut nécessaire à
      la puce, tout comme la puce l’est
      au saut

      telle une espèce en voie de
      suppression claire et nette, j’amuse la vulve, je sors le taon

      le taon qui passe et me dépasse, déplore les scions les affections qu’il
      propage avec affectation, les suspectes rougeurs

      ne m’en veux pas: je suis vivant c’est tout, la vie me vit, elle qui jamais ne
      s’endort

      avant d’avoir sucé jusqu’à la moelle l’os d’un dieu-hibou, clôturé le champ-vénus,
      fermé les yeux, les yeux en deux

      d’une espèce par procuration (toi, moi, la ville entière), d’une espèce en voix de si

      belle extinction…

    19 mai 2016

  • il pleut pour ne rien dire

      l’effroi venant de loin

      je me suis lâché la main

      et quand je serai mort, est-ce que tu me berceras de ta voix mélodieuse, mélodieuse ou éraillée?

      est-ce que tu crois que se pisser dessus enlèvera la peinture, et que tu n’auras nulle raison de vivre enfin?

      la javel d’un sourire côté nord, n’en viendra pas à bout

      l’instinct de l’extase et celui de la mort c’est la même chose. et si je me trompe c’est pas grave: la mort de l’instinct m’extasie

      l’extase de la mort m’éteint

      comme si cet univers avait été créé afin que j’y sois triste, que j’en distille la tristesse

      toute l’élégance du deuil. un peu comme ce mendiant à la sortie du lidl, les yeux cernés de noir ou même, à l’occasion,
      éjaculer en plein pardon

      une croix. comme s’il existait un poème anodin

      comme s’il existait un être que personne n’eut jamais regardé

      une pomme pour les oiseaux, les vers et les mulots

      tu ne me dis plus rien. tu ne m’as jamais adressé la parole. tu n’as fait qu’en mes yeux
      te regarder passer…

    il pleut pour ne rien dire
    18 mai 2016

  • OOXOX

      une vie sans ombre insulte la lumière. celle-ci s’en remettra, évidemment…

      tu verras, me susurrait-elle, on survit à tout – même au néant, puisque le néant signifie exactement cela

      même en admettant l’hypothèse d’une réalité dernière, il n’y a pas de réalité dernière – si ce n’est ce néant auquel tout absolument  et chaque chose en particulier oppose un démenti formel

      je finis par être heureux. de rien, pour rien. du non-sens même de ce bonheur issu de sa, propre insignifiance (tant il paraît qu’en poésie la grâce ne se dissocie pas de la poussière…)

      les ailes qui ne me poussent pas, je les déploie à l’infini. car je ne vois pas comment commettre hors l’infini le moindre petit saut de mouche

      tourner autour d’un astre éteint finirait par lasser la plus entêtée des mouches. et pourtant le vertige nous prend et nous entraîne, aspirés que nous sommes vers le centre mou de notre lassitude…

      entre l’irrésistible passion et tout ce temps à perdre, j’ai creusé un tout petit trou avec ma carte à puce

      tomber dedans, tomber, tomber
      tomber dedans…

    16 mai 2016

  • l’intelligence de quoi, ludmila

      assumer l’irrationalité d’être, je présume que c’est ce que se déchirer dans le vide sous-entend…

      on se contentera le  jeudi de caresser, sans en rien démêler, la chevelure d’une divinité dépressive et béate…

      si l’on fuit c’est que seule la vanité possède encore la faculté de se distinguer du néant dans le fait même de s’en revendiquer

      à part ça je ne sais pas. j’ai besoin d’un amour malheureux: mourir m’éveille

      penser vivre ou mourir n’importe que dans la mesure ou cela réduit la pensée à un acte pur. et pur ça veut dire sans espoir, d’une détresse telle que la vierge elle-même ne saurait nous en consoler

      la part de moi à sauver, et qui me sauve – la part de moi qui tout justifie et me justifie: celle-là même qui n’existe pas, comme quelque chose qu’on ne retient plus et qu’on verse à côté

      vivre ne devrait pas nous concerner, certes – mais comment le monde, quel qu’il soit, pourrait-il ne pas me blesser, ne pas me rappeler à ma propre insuffisance, à mon dénuement de chaque jour?

      la lumière finalement ne jaillit-elle pas de ma prière la plus obscure? du bout brûlant des doigts l’absence ne se répand-elle pas?
      vas savoir…

    l'intelligence de quoi, ludmila
    14 mai 2016

  • et comme on se promène

      je me suis promené des fois
      mais des fois, pas plus

      je leur causai alors de colzas en fleur, de soudaines averses, et réciproquement

      ou bien je me taisais, vissé au cul dans la position du lotus
      quand il flanche
      qu’il patauge 

      tu prends soin de moi, je sais que tu prends soin de moi
      avec tes pinces et tes râteaux, tes pinces et râteaux 

      tandis que moi joujou caillou, quelques sapèques, deux-trois sequins,
      je ne vaux pas un sou, pas un kopeck 

      je m’accroche à ton trou, pou, hibou
      – c’est si vaste, tellement vaste qu’on n’en voit
      ni le bout, ni le bambou

      j’ai pas peur de mourir, c’est juste les os qui claquent
      autant dire j’ me promène, j’ me promène des fois

      afin de calmer l’ jeu, le jeu et la douleur, j’ promène ma croix, des fois

      j’ me caresse la tumeur…

    12 mai 2016

  • le plein sommeil des urnes

       mais je suis devenu homme, et je n’ai plus les dents de mordre

      car si le dieu s’incarne, l’homme quant à lui résulte d’une désincarnation – il a simplement oublié de’ s’endormir
      au bout du troisième jour

      il a posé les mains sur la kaaba intérieure, l’œil noir de l’être, la béance béante, il a bougé le pouce

      je voulais connaître l’art de m’arrondir or me voici le sexe mou, crucifié à l’ombre d’un nuage par les clous du plus pur

      des hasards, oh mon père…

      une fois résolue la question (il suffit après tout de ne pas se poser la réponse), j’ai dit je t’aime

      à la première venue, moi le dernier
      parti (je fus cette équation)

      et j’ai gardé l’impression d’avoir ma vie durant sodomisé une vieille (blanches soquettes, croix de baptême), jusqu’à ce que lui en tombent
      toutes les dents

      ce ciel gris. j’adore ce ciel gris

      depuis le commencement, le tout commencement
      qui n’a jamais eu lieu, qui n’existe pas, par conséquent
      je suis, je suis
      sur la route du
      retour

      qui jamais n’aboutit c’est la merde
      qui jamais ne parvient c’est l’ déluge
      et me laisse perdu, baudruche
      perdu et orphelin

      sur la route d’un éternel, et vain
      retour à rien, putain –
      jolie
      putain

    le plein sommeil des urnes
    10 mai 2016

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