je me trompe je me trompe de monde, d’appréhension du monde, je suis l’heure où il en tombe et il en tombe
par la lucarne m’aspire la noirceur vive d’un autre corps. un corps à l’étroit se libère dans un corps plus vaste et plus tranquille il rétablit son aire
or je m’effondre d’ici à midi et plus tard dans la nuit je m’effondre, je m’effondre en moi je m’efface au souvenir de moi
les choses qu’on soulève au-dessus de soi, un bateau ou un mort. il faudra bien prendre le temps de fuir, s’en aller par ici
avant que cela nous écrase au milieu d’un vain appel au secours. je déploie tant de souffle, tant de souffle pour que rien finalement ne décolle
pas une paille, pas un brin d’herbe de ci, d’herbe de ça. pas la peine d’en souffler, mot ni d’en souffrir je reste là, là sans pouvoir retenir tout ce qui du reste
me fuit, et ne me donne tort
je te touche avec la bouche. c’est bon. je sais que tu existes, j’existe par la bouche
tombe un mot. j’éjacule au fond d’une tombe. y tourne en rond, en rond, y tourne en rond
je te touche avec la bouche, je te rumine encore. quelque chose éclot là, je change l’eau des fleurs fanées
depuis des ans et des dix ans je change l’eau des fleurs fanées, quelque chose éclot là. une tombe
oui, trop de scène pour me jouer et trop d’âme pour me perdre
par ailleurs, mourir ne faisait pas le poids, on y danse on y danse
homme de peu de foi, et peu de foi j’y crois, ce peu de foi c’est moi
ça ne fabrique rien – si un homme n’est pas plus que l’ombre de lui-même, que se passe t-il quand tout s’éteint? une sorte de zénith je suppose quand tout l’éteint s’anamorphose
même s’il se sent oublié? même s’il ne se sent plus survivre que dans le souvenir de soi? et si c’était une femme? sa main se mettrait alors à mendier à l’autre main
ou le contraire, s’il s’avérait qu’il existât le moindre contraire en lequel il puisse non se reconnaître, mais avoir devant quoi passer, par exemple…
ça me laisse décidément le temps d’être un avion ou quelque chose
d’encore plus beau n’est-ce pas, ça me laisse le temps de faire un tour et de rentrer par là, quelque chose
ou quelque part, d’autre une fois tombé, puis relevé
une journée sans but. j’aspire à rien tu sais. bien-sûr que tu le sais. facilite le passage
à égale distance de tout, tel le centre de sa circonférence. centre perdu d’une circonférence éclatée. absolument de tout
on s’éveille sans fracas. c’est quelque part, ailleurs. ailleurs ne veut rien dire. c’est ici sans douleur
mourir ne me mangera pas en entier, mais j’ai su quoi? il y a un tour qui tourne sur le socle immobile, quelqu’un qui jouit tout seul par le détour de l’autre et personne pour éteindre tout ce beau
mon téléphone ne marche pas, ni le reste du mieux qu’il faut j’ai pas compris, du mieux qu’il faut je suis en paix avec j’ai pas compris mon cœur bat encore et quelque part l’infini se réduit à une caresse sous les couilles
un jour je ralentis comme si on allait voir ailleurs, comme si on pensait qu’il faudrait bien finir par devenir le frère de soi- même ou bien d’un autre, qui n’irait ni plus vite
une fois que c’est beau, le reste importe peu, juste le peu qu’il fasse beau, qu’il pense aussi dorénavant à marcher devant soi, assis couché debout mais à épouser la courbe, envisager quelque lointain déjà qui s’approche ou s’éloigne au fur et à mesure … de quoi, au fait?
des kilomètres de chute me séparent de la vie ce qui différencie dieu du néant c’est la voix, c’est juste qu’il me parle ou plutôt que je lui parle, ou que je parle à ce qui le cache là: une touffe de poils, un regard très triste, si triste qu’on ne sait pas pourquoi il vous voit même pas
le lendemain j’eus affaire à une grosse, mais vraiment grosse violente averse il pleut dedans mon dos c’est vrai, il me pleut en pleine face mais par-dedans l’intérieur ou je ne sais où, d’où, c’est sec archi-sec et je ne comprends pas cette soif-là, cette étanchéité, cette démangeaison que ne soulage l’ongle d’aucune eau
les hommes, comme les tombes ça se remonte pas beaucoup ou rien qu’un peu, le temps d’une fugace éclaircie, un trou de silence comme quand tu me disais rien, ou salut
j’étais qui d’abord, et j’étais quoi de quel côté penchai-je quand de chaque chose déjà cédait chaque côté? ils attendent quelques jours de sec pour pouvoir faucher il y a quelque chose au bout comme un autre bout au loin
on se reverra pas on se reverra pas mais c’est pas si terrible que ça les pieds nus dans l’herbe, ou sur la terrasse, on n’en reparlera pas on n’en reparlera pas mais quelque chose s’ouvrira, en fin de compte quelque chose s’ouvre, qu’on a oublié ou plus ou moins intentionnellement omis de fermer
errer requiert un certain poids, une certaine légèreté plus: tu coules; moins: tu décolles – errer demande des palmes, à défaut de boussole ou de tuba, errer demande d’errer, parce qu’il ne sait pas sauf survivre
on appelle ça survivre on pourrait dire sous-vivre ça serait tellement pareil un peu obscène un peu timide, le crucifié ordinaire en bout de ligne avec les dents de devant légèrement levées vers la tombe chétive par extension singulière et rassurante
j’ai pris des géraniums à la jardinerie, un pour chaque fenêtre – j’étais en manque de géranium de leur grossièreté, de leur obscénité, de leur abrupte vérité de cette indistinction de l’être et du non-être en écarlate transparence, de cinglante évidence j’avais un mur de géraniums, un grenadier sur le côté, j’avais
je m’angoisse un peu à vide mais même personne, faut pas le laisser seul, faut pas l’ laisser tomber juste le temps du désarroi peut-être, du gouffre par en-dedans, la pierre tombée de l’abandon juste le temps de le sauver sans rien pouvoir y faire…
trois fois la mort, trois fois la mort c’est moi qu’est mort, il pleut sur mes lilas dès ce moment tout s’éclaircit, tout redevint exactement tel qu’il le fut toujours c’est en cela précisément que réside l’inénarrable beauté du monde et de ses alentours
j’apprenais ma leçon, je pensais vivre un jour, j’apprenais ma leçon la leçon oubliée vas t-en courir les champs, faisant preuve tant d’humilité que de bienfaisante inconstance. je pensais vivre un jour, mirobolante exclusion de tout genre, je pensais à côté ça venait de plus loin
quelque chose a crissé. dehors reste dehors où le rare prend forme, j’ai glissé dans la fente une pièce de cinquante pour un café sans sucre
l’absence tangible torpillait le gros lot est-ce que tu m’écoutes? est-ce que tu m’entends seulement? je dis l’absence rendue tangible torpillait le gros lot – c’est pourtant pas la lumière qui manque
rafraîchissement, rafraîchissement à soif la mort à la petite cuillère, on vide ses tripes à peu de frais le nombril s’effrite, le miroir ne répond plus de rien
c’est la dernière fois que j’habite quelque part, quelque part me colle au cul on s’arrange au mieux avec la pénurie de rareté, au pire on jette son bouquet on s’essuie avec ce qu’on trouve – trouver quelque chose réhabilite la chute, ou peu s’en faut
et puis après tout, dormir ne brisera pas les ponts…
la vie telle qu’elle demeure en soi, grandiose, inconséquente du rimmel et des cernes, les globes mal arrimés aux trous, aux fameux trous de nuit – on n’en fait pas le tour…
on va pas se quitter ainsi les mains vides, certes, mais l’esprit libre on va pas se mentir debout, déjà que ça tangue que ça dérape un peu, cheveu sur la langue ou dans la soupe
j’étais loin de m’imaginer, et je sais pas ce que t’en penses l’atmosphère perturbée, le lit n’est plus à deux pourtant on cale sa barque au creux d’une vague et on bouge plus – on attend juste qu’ ça éjacule…
terrain vogue terrain vogue, tandis que mer recule le soir à la va-vite, on s’ fait l’amour entre deux yeux dans la boite à somnifères c’est pas pareil, un autre habite – pas d’ rêve non plus
moonless, le temps d’abattre un arbre de célébrer une joie, médusante banale – levrette des jours creux le haut s’habille en nu, respire enfin respire la cime enfin – et avec ça? un doigt, pas plus…
monte d’abord, l’horloge indique le nord je rentre chez moi, comme à toute heure comme en tout temps je rentre à même le bord, le soir quand on en tombe et qu’on en entend pas le plouf
ça pue le sexe à tout va à tout venant ça chlingue la mort en toute âme et conscience, je rectiligne l’horizon ma maison sort de ses gonds la couille de vivre me semble bien qu’elle se dégonfle
le terre ferme au milieu mais le mou par en-dessous, où l’on s’enfonce la nuit pour faire dodo, la corde où se couler c’est pâques à toute heure dorénavant nos routes mutuellement se séparent, nos odeurs se perdent à l’unisson
j’ai rendez-vous avec une tique c »est tout ce que ça pèse, quelques litres de sang le tabou de se toucher l’ombre, s’étendre sur le sol – arrache-moi les boules quies, que je m’envole en suie vers se triste silence
les taupes refont surface, c’est le signe le reste du temps s’allège comme il peut, se réduisant en poudre j’avale mon destin, en fait je pense à rien – un poil du cul, un seul poil du cul et tout s’arrête là
fait pas beau, et c’est encore comme ça que je m’aime un peu le jour fait son corbeau, je m’ pince le nez et je respire un peu la bouche face aux échanges, la trappe du milieu mais tout s’arrange à la fin tout s’arrange
elles se marient, elles se marient bien vite puis elles retournent au coucher du soleil – quoi d’autre?