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assis là sur un banc


  • j’ai le ventre zéro, la semelle plate

      je n’ai plus rien, je suis sans mort

      quelque chose d’infiniment plus grand me soulève la patte

      je dis à marie tourne-toi par ici

      et marie se retourne par là

      sur un œuf endormi
      et très loin d’une mère si elle avait jamais osé sourire au fœtus rassis
      qui traînait là par terre, à quelques pas de vivre

      on l’a encadrée et accrochée au mur la douleur si vive
      et si le mur tient, c’est grâce à rien

      l’ennui m’a masturbé

      tant de beauté, tant de beauté, tant de beauté pour rien

      je n’y comprends rien

      muni d’un passeport dans le sens du vent, tout ce que je sais faire c’est juste clipser la pomme

      et la petite brune en bas, qu’attend-elle pour me parler?

      vacille la lumière, vacille
      c’est si facile à dire

      presque simple – le mot neige au vietnam

      je ne sais plus quel âge j’ai, ni ce qui me manque, encore
      pour que m’en comble le manque…

    j'ai le ventre zéro, la semelle plate
    13 juillet 2016

  • je te touche avec la bouche

      je me trompe
      je me trompe de monde, d’appréhension du monde, je suis l’heure
      où il en tombe
      et il en tombe

      par la lucarne m’aspire la noirceur vive d’un autre corps. un corps à l’étroit se libère dans un corps plus vaste
      et plus tranquille
      il rétablit son aire

      or je m’effondre
      d’ici à midi et plus tard dans la nuit je m’effondre, je m’effondre en moi je m’efface
      au souvenir de moi

      les choses qu’on soulève au-dessus de soi, un bateau ou un mort. il faudra bien prendre le temps de fuir, s’en aller par ici

      avant que cela nous écrase au milieu d’un vain appel au secours. je déploie tant de souffle, tant de souffle pour que rien finalement ne décolle

      pas une paille, pas un brin d’herbe de ci, d’herbe de ça. pas la peine d’en souffler, mot ni d’en souffrir je reste là, là sans pouvoir retenir tout ce qui du reste

      me fuit, et ne me donne tort

      je te touche avec la bouche. c’est bon. je sais que tu existes, j’existe par la bouche

      tombe un mot. j’éjacule au fond d’une tombe. y tourne en rond, en rond, y tourne en rond

      je te touche avec la bouche, je te rumine encore. quelque chose éclot là, je change l’eau des fleurs fanées 

      depuis des ans et des dix ans je change l’eau des fleurs fanées, quelque chose éclot là. une tombe

    11 juillet 2016

  • la paresseuse

      oui, trop de scène pour me jouer et trop d’âme pour me perdre

      par ailleurs, mourir ne faisait pas le poids, on y danse on y danse

      homme de peu de foi, et peu de foi j’y crois, ce peu de foi c’est moi

      ça ne fabrique rien – si un homme n’est pas plus que l’ombre de lui-même, que se passe t-il quand tout s’éteint? une sorte de zénith je suppose
      quand tout l’éteint s’anamorphose

      même s’il se sent oublié? même s’il ne se sent plus survivre que dans le souvenir de soi? et si c’était une femme? sa main se mettrait alors à mendier
      à l’autre main

      ou le contraire, s’il s’avérait qu’il existât le moindre contraire en lequel il puisse non se reconnaître, mais avoir devant quoi
      passer, par exemple…

      ça me laisse décidément le temps
      d’être un avion ou quelque chose

      d’encore plus beau n’est-ce pas, ça me laisse le temps
      de faire un tour et de rentrer par là, quelque chose

      ou quelque part, d’autre
      une fois tombé, puis relevé

      une journée sans but. j’aspire à rien tu sais. bien-sûr que tu le sais. facilite le passage

      à égale distance de tout, tel le centre de sa circonférence. centre perdu d’une circonférence éclatée. absolument de tout

      on s’éveille sans fracas. c’est quelque part, ailleurs. ailleurs ne veut rien dire. c’est ici sans douleur

    la paresseuse
    9 juillet 2016

  • l’amour a fini par lui mordre la cuisse

      mourir ne me mangera pas en entier, mais j’ai su quoi?
      il y a un tour qui tourne sur le socle immobile, quelqu’un qui jouit tout seul par le détour de l’autre
      et personne pour éteindre tout ce beau

      mon téléphone ne marche pas, ni le reste
      du mieux qu’il faut j’ai pas compris, du mieux qu’il faut je suis en paix
      avec j’ai pas compris
      mon cœur bat encore et quelque part l’infini
      se réduit à une caresse sous les couilles

      un jour je ralentis
      comme si on allait voir ailleurs, comme si on pensait qu’il faudrait bien finir
      par devenir le frère de soi-
      même ou bien d’un autre, qui n’irait ni plus vite

      une fois que c’est beau, le reste
      importe peu, juste le peu qu’il fasse beau, qu’il pense aussi dorénavant
      à marcher devant soi, assis couché debout mais
      à épouser la courbe, envisager
      quelque lointain déjà qui s’approche ou s’éloigne au fur et à mesure
      … de quoi, au fait?

      des kilomètres de chute me séparent de la vie
      ce qui différencie dieu du néant c’est la voix, c’est juste
      qu’il me parle ou plutôt
      que je lui parle, ou que je parle
      à ce qui le cache là: une touffe de poils, un regard très triste, si triste
      qu’on ne sait pas pourquoi il vous voit même pas

      le lendemain j’eus affaire à une grosse, mais vraiment grosse
      violente averse
      il pleut dedans mon dos c’est vrai, il me pleut en pleine face
      mais par-dedans l’intérieur ou je ne sais où, d’où, c’est sec
      archi-sec
      et je ne comprends pas cette soif-là, cette étanchéité, cette démangeaison que ne soulage
      l’ongle d’aucune eau

    6 juillet 2016

  • l’aspic épeiche

      les hommes, comme les tombes
      ça se remonte pas beaucoup
      ou rien qu’un peu, le temps d’une
      fugace éclaircie, un trou de silence
      comme quand tu me disais
      rien, ou salut

      j’étais qui d’abord, et j’étais quoi
      de quel côté penchai-je quand de chaque chose déjà
      cédait chaque côté?
      ils attendent quelques jours de sec pour pouvoir faucher
      il y a quelque chose au bout comme un autre bout
      au loin

      on se reverra pas
      on se reverra pas mais c’est pas si terrible que ça
      les pieds nus dans l’herbe, ou sur la terrasse, on n’en reparlera pas
      on n’en reparlera pas mais quelque chose s’ouvrira, en fin de compte
      quelque chose s’ouvre, qu’on a oublié ou plus ou moins intentionnellement omis
      de fermer

      errer requiert un certain poids, une certaine
      légèreté
      plus: tu coules; moins: tu décolles – errer demande
      des palmes, à défaut de
      boussole ou de tuba, errer demande
      d’errer, parce qu’il ne sait pas
      sauf survivre

      on appelle ça survivre on pourrait dire sous-vivre
      ça serait tellement pareil
      un peu obscène un peu timide, le crucifié ordinaire en bout de ligne
      avec les dents de devant légèrement levées vers la tombe
      chétive
      par extension singulière
      et rassurante

      j’ai pris des géraniums à la jardinerie, un pour chaque fenêtre – j’étais en manque de géranium
      de leur grossièreté, de leur obscénité, de leur abrupte vérité
      de cette indistinction de l’être et du non-être en écarlate transparence, de cinglante évidence
      j’avais un mur de géraniums, un grenadier sur le côté, j’avais

      je m’angoisse un peu à vide mais même personne, faut pas le laisser seul, faut pas l’ laisser tomber
      juste le temps du désarroi peut-être, du gouffre par en-dedans, la pierre tombée de l’abandon
      juste le temps de le sauver
      sans rien pouvoir y faire…

    l'aspic épeiche
    3 juillet 2016

  • la perte de mon temps

      la pluie filtrant sur ce rivage
      – pas d’obtention
      que la nuit noire

      parfois le bénéfice
      d’un doute en quelque lieu
      et parfois rien du tout

      le trou s’est rebouché dans le lobe du temps
      j’entends pourtant gémir
      pire qu’un silence

      lance une pierre au-delà de la ligne, elle y devient papier, avion de papier tournoyant s’effondrant
      sur soi-même

      la ligne n’est pas l’élastique que croise, décroise, chevauche la petite écuyère en
      soquettes

      j’erre comme j’erre, abîmé d’une vie
      cherchant désespérément à moi-même quelque
      crédible substitut

      bien moins que rien –
      la perte du bonheur, le doux renoncement
      à tout antécédent

      la fiction narrative, ni le fait brut
      n’épuiseront la pensée, furtive, insondable
      car dénuée d’intention

      quelques bribes encore et tout décroche, s’effiloche 
      une bride à mes yeux
      un mouchoir quelconque

      j’entendais bruire le tic, j’entendais bruire le tac
      chaque jour revenu d’où chaque jour enfui
      ne me surprendrait plus

    1 juillet 2016

  • pisser du nez, taper du pied

      ce n’est pas une liberté acquise, c’est simplement le temps qu’elle noircisse
      le tableau d’un sourire
      creux

      l’envie de rester là, assise, envers et contre la joie, du moment qu’elle navigue
      oh qu’elle navigue
      à fond de cale

      t’es bizarre toi quand on y pense, t’es bizarre telle que tu sembles éclore
      de nulle part à toutes
      petites foulées

      jamais tranquille, jamais repue – de quelle insécurité suis-je donc devenue
      la mesure, de quelle démesure
      le sens inné?

      déviant de trajectoire, t’es-tu rompu l’occiput, fêlé l’nombril
      où passais-tu par là la tête
      étanche, le sexe plat?

      en exclusivité, bien mal appropriée, tu jettes ce que tu jettes, en retombe ce qui
      en retombe et toi d’en ramasser
      le peu de jour restant

      tous ne se ressemblent pas: j’en ai vu un qui mendiait, paume ouverte
      quelques malheureuses gouttes d’eau
      à la pluie

      j’étais heureuse comme ça, prête à escalader le premier rêve nu
      qui aurait poussé là
      juste sous moi

    pisser du nez, taper du pied
    29 juin 2016

  • vers la tendre poussière

      trois fois la mort, trois fois la mort c’est moi qu’est mort, il pleut sur mes lilas
      dès ce moment tout s’éclaircit, tout redevint exactement tel qu’il le fut toujours
      c’est en cela précisément que réside l’inénarrable beauté du monde
      et de ses alentours

      j’apprenais ma leçon, je pensais vivre un jour, j’apprenais ma leçon
      la leçon oubliée vas t-en courir les champs, faisant preuve tant d’humilité que de bienfaisante
      inconstance.
      je pensais vivre un jour, mirobolante exclusion de tout genre, je pensais à côté
      ça venait de plus loin

      quelque chose a crissé. dehors reste dehors
      où le rare prend forme, j’ai glissé dans la fente une pièce de cinquante
      pour un café sans sucre

      l’absence tangible torpillait le gros lot
      est-ce que tu m’écoutes? est-ce que tu m’entends seulement? je dis l’absence rendue tangible
      torpillait le gros lot
      – c’est pourtant pas la lumière qui manque

      rafraîchissement, rafraîchissement à soif
      la mort à la petite cuillère, on vide ses tripes à peu de frais
      le nombril s’effrite, le miroir ne répond plus
      de rien

      c’est la dernière fois que j’habite quelque part, quelque part me colle au cul
      on s’arrange au mieux avec la pénurie de rareté, au pire on jette son bouquet
      on s’essuie avec ce qu’on trouve – trouver quelque chose
      réhabilite la chute, ou peu s’en faut

      et puis après tout, dormir ne brisera
      pas les ponts…

    vers la tendre poussière
    27 juin 2016

  • tristesse fertig

      la vie telle qu’elle demeure
      en soi, grandiose, inconséquente
      du rimmel et des cernes, les globes mal arrimés
      aux trous, aux fameux trous de nuit
      – on n’en fait pas le tour…

      on va pas se quitter ainsi
      les mains vides, certes, mais l’esprit libre
      on va pas se mentir debout, déjà que ça tangue
      que ça dérape un peu, cheveu sur la langue
      ou dans la soupe

      j’étais loin de m’imaginer, et je sais pas
      ce que t’en penses
      l’atmosphère perturbée, le lit n’est plus à deux pourtant
      on cale sa barque au creux d’une vague et on bouge plus – on attend juste
      qu’ ça éjacule…

      terrain vogue terrain vogue, tandis que mer recule
      le soir à la va-vite, on s’ fait l’amour entre deux yeux
      dans la boite à somnifères c’est pas pareil, un autre habite
      – pas d’ rêve non plus

      moonless, le temps d’abattre un arbre
      de célébrer une joie, médusante banale – levrette des jours creux
      le haut s’habille en nu, respire enfin
      respire la cime enfin
      – et avec ça?
      un doigt, pas plus…

      monte d’abord, l’horloge indique le nord
      je rentre chez moi, comme à toute heure comme en tout temps
      je rentre à même le bord, le soir quand on en tombe
      et qu’on en entend
      pas le plouf

    25 juin 2016

  • brouillard en la matière

      ça pue le sexe à tout va
      à tout venant
      ça chlingue la mort en toute
      âme et conscience, je rectiligne
      l’horizon ma maison
      sort de ses gonds
      la couille de vivre me semble bien
      qu’elle se dégonfle 

      le terre ferme au milieu
      mais le mou par en-dessous, où l’on s’enfonce
      la nuit pour faire dodo, la corde où se couler
      c’est pâques à toute heure dorénavant nos routes
      mutuellement se séparent, nos odeurs
      se perdent à l’unisson

      j’ai rendez-vous avec une tique
      c »est tout ce que ça pèse, quelques litres de sang
      le tabou de se toucher l’ombre, s’étendre sur le sol
      – arrache-moi les boules quies, que je m’envole en suie
      vers se triste silence

      les taupes refont surface, c’est le signe
      le reste du temps
      s’allège comme il peut, se réduisant en poudre
      j’avale mon destin, en fait je pense à rien
      – un poil du cul, un seul poil du cul
      et tout s’arrête là

      fait pas beau, et c’est encore comme ça
      que je m’aime un peu
      le jour fait son corbeau, je m’ pince le nez
      et je respire un peu
      la bouche face aux échanges, la trappe du milieu
      mais tout s’arrange
      à la fin tout s’arrange

      elles se marient, elles se marient bien vite
      puis elles retournent 
      au coucher du soleil
      – quoi d’autre?

    brouillard en la matière
    23 juin 2016

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