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assis là sur un banc


  • vide éphémère

      galet blanc
      sur fond gris, abîme
      non, pas abîme, le temps ferait le reste
      le temps restant
      le temps inavouable
      le temps moche

      la vue vague ondulée
      ou pas de vue du tout: contempler la non-vue, pisser dans le trou
      dans le creux
      de ses mains par exemple, ou sur son ventre à elle
      pourquoi pas sur son ventre, depuis

      œillet obscène
      la rive à la dérive, tu m’entends?
      ou tu t’étends, jonglant avec un ba-
      llon gonflable, ballon berceux, gracieusement rebondissant de la peau nue d’un pied à
      la peau nue de l’autre

      une oreillère
      dirigée vers un seul silence, un silence fuyant
      une envie de fumer que fumer
      ne résout pas – on lui dit fait risette elle te
      montre sa chatte
      ou te tire sa langue on comprend pas

      rêver d’un matin sec
      d’une
      capacité de nuire non exaucée, je range la carte, je n’aurai plus besoin
      de carte, le regard partagé entre le là et
      l’un peu plus loin déjà

    vide éphémère
    16 décembre 2018

  • queue basse

      j’adopte un dieu
      je vide mes poches et plus je vide mes poches, plus augmente le vide
      peut-on suspendre un pas, indéfiniment suspendre
      le pas du coup

      il n’y en a pas
      de ceci, de cela, de quoi que ce soit
      de leur absence même il n’y en
      a pas
      à plus forte raison

      t’es trop propre, j’aime le sale, le sale pour autant
      le sale par endroits
      il meurt avec soi quelque chose de l’au-delà, de l’au-delà tout en dedans
      et c’est cela qui meurt

      un petit trou trouvé, un petit trou perdu, un petit
      trou, où se faufiler pour de bon, un trou à enfiler
      un petit trou d’occase, un honorable
      trou à l’envers – l’envers de soi évidemment

      il reste là
      en espace creux, en négatif, en totale soumission à
      l’absence heureuse, on dirait qu’il s’ennuie mais non il oublie tout bonnement
      de s’ennuyer, il reste creux, déca-
      pitant l’attente
      l’attente

    14 décembre 2018

  • dans l’inurgence

      un jour comme ça
      un jour autant
      sortant de l’or-
      de l’ordinaire
      un jour tout
      ordinaire

      je passe devant
      repasse devant
      frôle l’espace
      l’espace froid
      un jour comme ça
      un mauvais pas

      l’horreur à l’in-
      différence puis
      l’horreur encore
      et indistinc
      tement, nommant ce qui
      n’existe pas

      le cercle sans
      comète, la pluie mouillée
      patiente et patiem
      ment, un homme s’en
      nuie s’en fout finale
      ment s’enlise

      s’enlace
      quelqu’un a dit
      s’enlace, se re
      cercle debout, se rou
      lant sur son soi
      repose un pied

    dans l’inurgence

    l'inurgence
    12 décembre 2018

  • quoi le corps comblé, la misère à ses pieds

      arrive un moment où le poème ne fonctionne plus, où fuir n’échappe plus. mourir nous contraint. à quoi, à quelle ineffable clarté, à quelle abstraction de soi – à quel mètre-cubage dans le rang des damnés
      alignés au cimetière…

      les mots ne sont plus là pour révéler mais pour dissimuler, et ne prétendent révéler que pour mieux dissimuler
      cette mutité m’opprime je n’ose plus prendre mon souffle, moi dont la seul vocation consiste 
      à respirer, rien d’autre que
      respirer

      je n’ai pas le cœur. or la foi justement ne se résout-elle pas à cela: croire, quand bien même on n’y croit plus; aimer alors même qu’il n’y a plus d’amour; pardonner
      au-delà de tout espoir trahi. ce n’est pas raisonnable: simplement indispensable

      comment peut-on (et le peut-on) être réel?
      j’aime un ventre. un ventre ne m’engendre pas. un ventre doit servir à autre chose que ça – à autre chose en tout cas que de servir à quoi que ce soit
      quelle réponse la mer pourrait-elle apporter à l’homme qui s’y noie?

      je donne rendez-vous
      chaque nuit, je donne rendez-vous
      chaque nuit depuis ma plus petite enfance, je donne rendez-vous
      et chaque jour, depuis ma plus petite enfance jusqu’à ce jour d’hui, personne à l’heure ni au lieu de notre rendez-vous
      – pas même moi

      je ne veux pas cesser de souffrir: seulement cesser de me demander pourquoi je souffre, d’y chercher une quelconque raison – le salut ne consistant plus qu’à confondre l’amour
      à la chute (absolvant radical), la raison d’être
      à l’absence d’être, la brosse à dent mauve de mon fils
      à celle violette de son père ou à l’insurrection comme aveu définitif
      de l’échec final

    10 décembre 2018

  • l’amour en CDI

      ils hissent des drapeaux rouges, suçotant des dragées hautes
      un jour je me marierai mais je ne me marierai pas avec toi, ni avec quiconque, parce qu’outrepassées, les peurs-paniques que nous embarquions aspirent
      à autre chose…

      les tombes s’entassent, les cendres se dispersent, la bouche fluide d’une fille aménage un espace à la dépossession radicale
      perdant quelque chose mais ne perdant rien du tout, prendre conscience finit par signifier n’avoir conscience de rien

      on s’habituera à ne marcher que sur une seule jambe, à déambuler le soir sur des routes plus désertes qu’à leur tour, réseau secondaire d’une détresse hors norme

      laisser une trace, décongeler un orgasme – notre héritage se constitue de dettes
      je jette une pierre: d’ici à ce qu’elle retombe son ombre m’aura convaincu de l’inanité de tout pas de côté, cynique propagande…

      s’effacer devant dieu, s’effacer même en dieu – transfert intégral
      si cela ne tenait qu’à moi, qui ne tient à rien, il n’y aurait
      que néant, c’est à dire n’y aurait rien
      je n’aime pas assez pour supporter telle souffrance, ou plutôt ne souffre pas suffisamment pour enfin
      consentir à aimer

      ma voix ne m’appartient pas. par quel méandre revenir au temps d’une voix n’appartenant plus qu’à elle-même, exténuée, extrudée, ex-
      filtrée…

    l'amour en CDI
    8 décembre 2018

  • (s)ex nihilo

      je marche dans le noir, dans le noir je me sens mieux
      le sable gris de nuit, le sable me rassure
      que faire sinon mourir, que faire en attendant de
      mourir si ce n’est
      mourir. ça va comme ça

      mon chien n’est pas si méchant que ça, ma bouffe la main oui mais que faire
      d’une main la main repousse
      du moignon, à chaque geste je te branle le nid, oyé je te branle le vide, oké alors dis-moi
      dis-moi comment tu peux et non je ne peux pas, je le fais toutefois c’est donc pour ça
      que je le fais tu vois là je n’avance que
      perdu d’avance

      bruits là. des ans des âges, de glues grises en fracassantes ruptures: j’ai toujours eu dix-sept ans
      avant cela je fus enfant – est-ce que ça compte, enfant? et comment réparer tout cela on ne
      répare pas tout cela: on croule, et dans le temps long

      je ne m’appelle rien, et tu ne t’appelles rien: ça c’est l’égalité
      l’égalité par le zéro, l’égalité par le nu, l’égalité par l’orgasme
      je te suis mais qui suit quoi, sinon l’instinct d’aller à
      sa propre perte et de renaître enfant, quoiqu’on n’ait jamais su
      comment, ni comment dire…

      je te caresse les seins c’est la seule chose que je sache faire or tu me dis
      j’en ai marre de tes caresses, je n’y comprends p;us rien moi, je veux juste sentir
      l’odeur obtuse de la mer et le doigt tout crispé, pressé contre
      la marée noire, la marée oui c’est ça, la mortelle et c’est rien
      rien

    6 décembre 2018

  • petit pommier à fleurs

      petit pommier à fleurs, mon petit
      pommier à fleurs, te voilà bien gelé désormais
      tu te gèles les miches, tu fais plus le malin, ni le brave
      tu dors dehors et comment tu supportes moi je ne
      supporterais plus

      je veux dire les choses qui tachent, font tache or toute tache
      ne tache pas du même sale.
      se déchire du ciel le rideau, le rideau c’est comme ça, il a mis
      son gilet jaune

      ma seule vie vient un chemin
      entre l’abîme et le décor, alors je reste coi, sans mobile et immobile il s’agirait pas
      de faire de vague, non surtout
      pas de vague

      l’un en entraîne l’autre et alors quoi, ça va pas continuer comme ça longtemps le ciel en si haut-lieu
      ne répond plus de rien les gens
      font des stocks de stocks en prévision
      des jours sans stock et j’imagi-
      ne le néant c’est la seule chose que je sais faire rester assis là piquet dans le décor à i-
      maginer le néant

      des pleurs sans cesse des pleurs quand est-ce que tu vas arrêter
      ces pleurs et voilà toute la seine
      regarde un peu la seine et comme c’est crade, la seine non d’un coup tout seul et dans ton coin ça fait rien engendre là un peu de
      bonté, o la bonté c’est con ça rendrait juste le
      con sublime…

      on n’est plus à compter recompter sur le bout de ses petits doigts crochus le moment là devenu trop
      périlleux le vide au fond du
      saut l’éternité ça passe, et l’éternité baille on pense à autre chose alors même qu’on
      ne pense qu’à ça, et pas seulement vivant, de son vivant vivant…

    petit pommier à fleurs
    4 décembre 2018

  • la fille de l’almanach

      quand tout s’enchevêtre de façon permanente, la mer est nécessaire
      une mer, celle-ci ou celle-là, la mer en général
      en général l’étant
      succombe à plus petit que soi
      sauf un dimanche, jour de grève ou jour férié en quel cas
      tout est permis, force prémonitoire
      du rien

      je n’ai jamais eu de chien
      j’en parle tout le temps cependant je n’ai jamais eu
      de chien – à part une charogne une fois, se décomposant entre deux champs arides, christ sans croix ne mendiant
      plus de caresse – outre ça nulle entre nous
      divergence

      si léger le sommeil, et le coma profond
      renoncer à l’éternité fit de nous d’aberrants, d’exubérants sacrifiés
      marcher sur la plage n’arrêta pas la marée
      et personne ne sut qui avait affaire à qui – on se disait donc à quoi bon
      la résurrection

      le vieux parle de chose mais on n’a pas idée
      on n’a pas idée d’un condamné à mort, squattant sa chaise vide
      alors on le tue, ça évite d’y penser
      car y penser ça pue. s’en approcher ça pue. se regarder en face (gare au quidam)
      ça pue. ou bien de biais

      quelle heure oui mais quelle heure – aucune: on s’éveille trop tard
      de réel que l’éveil pourtant, autrement dit le deuil, ou l’orgasme du deuil
      le reste du temps fait comme il peut, plongeant
      plongeant et dans l’inanité primitive, s’abîmant…

    3 décembre 2018

  • bastringue

    (du néerl. bas drinken : boire beaucoup)

      je me suis bercé bercé de quoi, je t’embrasse dans un coin
      de mon panier à crabes, j’te lèche la bouche
      car mes pommes sont des crabes, et non point insouciance

      les matins-là
      sont de faux matins, débrouille-toi comme tu peux, dis-leur que
      tu leur en veux pas, que t’en veux à personne, ni à ces hommes morts
      se levant tôt matin, comme tous les matins-là
      pour aller faire quoi, et panser où leur bête?

      je m’y suis mal pris
      tant en ce qui me concerne qu’en ce qui ne me
      concerne pas je m’y suis
      mal pris, ma vie abonde en ce sens-là alors accorde, me dis-je accorde
      ton vieux violon
      aux vieilles libidos

      paris n’en a que dalle, ainsi bat la campagne, j’ai quelque chose de triste
      quelque chose d’un triste
      la soif unique que les grandes urnes vident
      m’a semblé peu probable

      les hommes chambres à air
      crevèrent tout’ en même temps, on eut seulement le temps
      de dire je, puis de passer le temps
      de tuer un chien quand il ne restait plus
      qu’un chien à tuer

      toute cette vie moi m’attrape par les cheveux, et tire dessus
      tirana certes très belle, et que dire d’elbasan
      les lignes d’un destin atterrissent quelque part et je retire ma, la
      au dernier moment main

    bastringue
    1 décembre 2018

  • mourir en extase

      fusil je tire sur un chien rouge, le même chien rouge
      qui chaque jour m’attend sur le trottoir d’en face
      et ne me parle pas

      mourir ne suffit plus pour accéder à l’immortalité il nous faudra
      monter d’un ton en radicalité, tenter la caresse sur
      les couilles du monstre endormi, chanto-
      nner sous l’acier

      ma participation au combat restera nulle, je tire les bottes des agonisants afin d’
      en aérer les pieds, ultime confort et réconfort
      d’un mégot rougeoyant dans
      la bruine, piètre prière…

      c’est vivre les visages, et leur donner un nom
      et je dis bien donner, tant ce qui n’est pas donné
      valeur égale à nulle –
      je suis la vie et son suicide
      je suis la vie et sa hantise
      je suis la vie
      et sa résurrection (c’est dire si je parle du fond de
      la tourbe…)

      (lécher l’os de ses morts, est-ce que
      ça désaltère?) les hommes sont morts et ils ne disent rien – les morts
      n’ont rien à dire, ils se
      tâtent le pouls, le pouls leur dit
      adieu ou comment dire
      adieu

    29 novembre 2018

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