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assis là sur un banc


  • à la déli-délo

      les hommes font ci les hommes font ça, mais en fait même pas
      je bande à ton passage, j’ai tout le reste du temps
      pour débander, déboutonner, parfois me demander
      quelque chose

      je marche comme je marche, plus ou moins droit, présumant
      vaguement d’une issue
      s’il n’y en a pas ça n’fait rien, on rebroussera
      chemin, ou autre chose

      je veux bien que l’on m’aime mais pas trop
      ou pas tellement
      un jour ça change rien
      là où la mer éclate, je ne suis rien
      et où je me contente de n’être rien, la mer se calme

      on ne peut pas être vrai on ne peut qu’
      être déshabillé de son mensonge, violé en quelque sorte, trahi en son âme
      on ne peut que se trahir, se dénoncer
      à sa propre, très propre pulsion
      de mort

      j’ai ramassé un chien dans la rue et depuis il me suit partout
      je crois qu’il ne répond
      qu’à mon nom, moi qui ne réponds
      à aucun nom
      tu me dis je suis chienne, je te réponds je suis de mèche – mais tu me dirais n’importe quoi je
      te répondrais n’importe quoi

      un jour j’avais une huître dans la bouche
      ou carrément c’était la bouche qui servait d’huître
      la mer n’est jamais loin, l’au-delà borde l’ici, l’éclabousse même
      je me mets un bavoir – par précaution d’abord, mais surtout parce
      que c’est plus propre

    à la déli-délo
    27 novembre 2018

  • jusqu’à la mer

      partir c’est hors la tombe, je ne me prédestinais
      à rien, le chapiteau percé laissant
      passer la pluie…

      nous éclairent nos morts – nous la tête contre l’mur, la cuisse en friche et le coït
      ininterruptus or la fraternité des uns
      fait la fraternité des autres

      un cheval c’est tellement rapide – surtout quand ça fout rien
      surtout quand c’est un âne
      que ça refuse d’avancer et que lolek le porte
      sur son dos et parfois même, pour le faire rire le fait sauter
      sur ses g’noux

      nos cheveux sont plus longs par derrière, contournant les oreilles, on est tous d’amiens-nord
      je m’appelle comme il faut, je sais plus trop comment, me tenant plutôt droit
      penchant raide et des poux sur la langue
      on en ramassera

      petit prisonnier de nos rives si tu t’échappes ne reviens pas
      si tu reviens t’es con, on se fait tous manger
      là où on r’vient

      c’est juste dommage que la circonscription
      aille pas jusqu’à la mer…

    26 novembre 2018

  • les hommes ça aillent trop vite

      blanc d’œuf: brûlent les tripes, la tête est froide
      de même qu’en un seul jour, et d’une seule bouchée, les marées
      hautes concluent aux marées
      basses c’est comme ça, on essaime et on finit par s’en remettre aux
      choucas

      être vivant c’est rien, mais remonter la pente…
      vision apocalyptique d’une giclée d’arbres mouillés, et soi le rachitique,
      l’enfant gâché de l’outre-face, la tête creuse entre deux claques
      le sale bâtard

      la probabilité d’en vivre un autre
      la seule unique mais toujours vierge
      il se retourne, puis se retourne, se retrouvant ci-céans pris dans un écheveau d’horizons
      une dent le perturbe, tombée jadis dans l’i-
      négal combat de l’ombre
      contre son camp

      d’ailleurs le temps n’est plus à refaire, ni la vie par derrière
      on te dit que dieu n’est pas un virus, mais bien au centre d’un système
      éminemment immunitaire, la chaleur ci-devant
      un peu partout les dents m’en tombent, un silence claqué
      m’en a muré l’issue…

    les hommes ça aillent trop vite
    24 novembre 2018

  • tu dois me rendre vie

      tout roule un peu vite – il nous faut camper
      sur nos pieds, nos petits pieds tordus
      bots et rabotés

      quand on ne peut plus échapper à dieu, quand ne reste que ça
      craquent les digues
      sous un râle de mouette

      je ne m’ennuie pas, je crève
      d’affliction
      un petit bassin me tend sa flaque, un petit bassin
      m’aspire au fond de lui

      la neige dans le cou ou le poil à gratter il faudra tout, tout
      pardonner
      dégivrer le rétro

      une vie part en couille, une autre
      exécute sur place
      quelque saut de grenouille
      retombant sur son flasque

      je voudrais convenir, convenir avec toi
      d’un cheminement facile, de par les berges noires, et pas seulement
      – ne mourons pas
      sans se l’avouer

      on ne se
      dit presque rien, et si dans ce presque
      s’immisce une allusion, ne rebroussons pas
      chemin si tôt

      je m’en vais quelque part
      d’un pas creux, je n’y crois plus vraiment j’attends
      désespérément dieu, désespérément rien, désespérément c’est tout

      il manque à mon oreille
      une boucle, la voix douce de l’écho, un silence
      répandu sur la cendre

    22 novembre 2018

  • l’inuit

      j’irai cracher mes dents, chier ma langue dans ton trou o dieu vagin fétide, des fois je me sens juste au fond de toi tel un
      stérilet désappointé

      mais pourquoi mon amour, pourquoi ne veux-tu pas
      faire
      partie de ma famille – est-ce parce que
      je
      n’ai pas de famille est-ce parce que
      je
      mange tout seul
      et dans mon trou, si profond trou
      tombe dedans, dedans tout seul?

      je mange pas d’os, ronge pas mon frein – j’aime pas la viande
      un temps me maltraite, foutu temps, je le traite de
      foutu temps, il me crache à la gueule
      il me crache tout l’temps, que veux-tu, que puis-je faire, je me trouve tout
      nu, nu dans le glaire

      j’apporte un espoir – à toi
      de le réanimer, néant
      souffle sur les cendres, néant, et prends en plein le nez, plein la vue
      une bouée ne suffit pas, siphonner l’océan ne suffit pas, pleurer
      n’est pas assez
      je remonte mon slip, et droit devant je vais traversant
      la foule

      je n’irai pas plus loin, je tombe dehors
      la nuit nettoie tout
      marcher main dans la main, dire qu’on marchait
      main dans la main, le dodo clandestin
      un cyprès a poussé, très haut cyprès – plus l’arbre monte, plus la voix
      porte loin

    l'inuit
    21 novembre 2018

  • c’est l’amour cru, l’amour à cru

      ma vie ne tient qu’à un poème, fil fébrile
      j’encule un chien, un chien aura
      t-il pitié de moi? je pleure debout, je ne sais plus quel
      sens se tient debout, j’accueille un mort, un
      trou tout au fond de moi – je suis ce trou
      je suis ce mort

      on pourrait rire, rire à profusion – je ne ris pas
      je ne ris plus
      le rire a quitté ma bouche, ma gorge, mes côtes, et s’en va rire plus loin.
      une fois quitté de tout, le creux
      cherche un milieu, un œil, des yeux
      pas seulement pour savoir
      : d’abord pour s’arrêter, pour que
      ça s’arrête

      est-ce en mourant qu’on tue la mort
      comme en baisant on tue l’amour – je bois un litre, puis deux
      et la bouche reste sèche, la langue pâteuse
      je casse une noix, deux noix – aucune image
      ne survient

      j’éteins la lampe – à quoi pourrait encore servir une lampe? la lampe
      aveugle, trouble la lim-
      pide obscurité, sa transparence innée, de me la main droite je m’touche la queue, de la main gauche
      – toujours de la main gauche –
      je tâte le vent, questionnant le
      sans-réponse…

      or la mort est
      une utopie

    19 novembre 2018

  • supplément d’âme

      comment expliquer la nuit, celle qui t’enserre, te noie – celle qui t’affame aussi de l’intérieur, ver extrême
      solitaire

      comment expliquer l’attirante répugnance, la pulsion répulsive – sombre t’on dans un
      effroi lucide

      comment réconcilier le mort à sa maigreur, le bonhomme à sa laideur, comment lui
      préserver sa pudeur

      comment se supporter, supporter d’être, embrasser le lépreux sur la pustule, la
      bouche venimeuse

      il y a une illumination. une humiliation heureuse il y a une illumination
      crucifiée – vermine
      ronge ta planche

      pas porter de chaîne autre que celle qui te lie à ta sale et inhumaine condition
      pas traîner de boulet autre que celui de vivre, succombant sous le poids du non-sens dans sa version abjecte
      aborder l’étranger en l’apostrophant de toute fraternité, et le laisser te faire les poches, le cœur tant qu’on y est, tandis qu’au ciel muettement hurle
      un désespoir plus grand encore

      quand seule l’exécution délivre de la condamnation, ne sommes-nous pas
      damnés?
      j’ai un temps pour tout mais je n’ai pas de temps pour ça – je navigue en flottant je coule
      en me noyant

      partir partant mais partir où? les îles aboient ti-
      rant sur leur laisse – un monde s’effondre, laissant du coup
      l’air respirer
      respirer bien profond, s’enivrer somp-
      tueusement de vide

      or l’instant
      est la mort

    supplément d'âme
    17 novembre 2018

  • lune excessive, love-tremens

      en toute lumière, en toute
      lumière soi-disant, en toute
      impunité pointant, et martelant
      l’abîme, l’abîme comme ça s’écrit, juste un petit mort au-
      dessous d’un autre mort, et puis d’un autre mort

      table funèbre, ronde mais ténèbre
      jacques-a-dit sous la mantille
      je te sers un petit verre, un petit verre c’est tout, un petit verre cul sec
      – il ne nous reste rien
      qu’un parc sans thème au
      portillon grinçant

      j’en chie
      de tout mon corps précieux j’en chie
      à rallier la rive rive, échoir à l’avenant
      une bête blessée
      l’agonie piédestal
      les marcassins en file au passage piétons

      t’as qu’un bout, chialer par ce bout-là
      la minute d’un épais silence
      suce ta conne, ton piolet, ton petit bâ-
      ton de réglisse – plus de neige dehors, point de règle
      qu’une main amie recouvre tout du corps astral, astral et flasque
      d’un poisson mort

      pas envie, de remonter le son
      la nuit entre laquelle
      ci-jus un geai, dont on taira le nom
      et la fonction
      je m’abaisse à présent, je régresse
      recroquevillé sur mon propre ressort, et sabotant

    15 novembre 2018

  • appareilleuses appareillantes: le noir dedans

      se traînent à terre
      supplient
      pour un gobelet d’eau
      ni-morts ni-vivants
      immobiles régressifs, rampants surnuméraires
      – un seul d’entre eux avait mon numéro

      dieu parlant par la
      bouche cousue des
      enfants morts – et alors?
      alors une vache
      encule une autre vache
      qui elle-même… jusqu’à la toute
      première fois, le premier rendez-vous
      manqué

      traire l’ennui; racler son cul sur
      la moquette élimée, je vais en cheval nu
      amèrement nu
      depuis que la chute existe, le sol s’est
      dérobé, déféqué sous le masque – j’abrège
      mais j’abrège pas

      soirée guimauve, et tout le
      poids de leur maigreur
      t’arraches un ch’veu, t’arraches un poil, tu mords à même
      la peau d’vénus, t’en scrutes l’anus, mirobolant – garde-toi pour l’audition ça va
      galvaniser les foules

      le rase-miteux, ce dès le
      petit jour, l’enfant nu du mitard
      j’accouche d’un chien, un chien sans ses
      pattes de devant, ça commence mal – ça finira par
      se ronger le gland

    appareilleuses appareillantes: le noir dedans
    13 novembre 2018

  • tout ce qu’il y a de propre en moi

      nous ne nous retrouverons pas
      là
      d’où nous sommes partis, ou tombés comme à pic, portant la marque des
      exilés de
      l’intérieur

      les chats sont souvent gris, mais pas tous
      quand un monde s’effondre un autre se relève, auquel nous n’appartenons déjà pas
      il faudrait se défaire de la chute qui nous colle à la peau, de la sainte manie des genoux écorchés
      d’embrasser sur la bouche toujours du même côté, du côté où
      ça ne glisse pas

      tu t’absentes de temps en temps, on dirait que
      tu n’es plus là.
      si je sors c’est pour rentrer immédiatement, rentrer c’est bon
      les sexes tombent, masques aux traits incongrus, on est presque des gens
      presque des gens

      le chien m’appelle adieu – il aurait pu m’entamer par n’importe quel bout
      je ne suis pas poète, je ne suis pas grand chose – je ne suis même plus rien
      l’espace se rétracte
      à la fin je crois qu’on n’a plus vraiment besoin de dieu. j’aime à penser que c’est alors seulement qu’il intervient, évidente dissolution…

      on va finir par comprendre que je m’endors de rien. si lourde la condition d’un homme, d’un organisme abusivement conscient
      on pourrait se contenter de jouir évidemment, se frotter à l’image à s’en faire nouvelle peau
      je n’y arrive pas. je n’arrive pas à ne pas regarder l’aiguille qu’on m’enfonce dans les yeux

      un jour je me lèverai
      et je saurai alors que je dispose réellement d’ailes
      je regarderai en flottant dans les airs les chasseurs de haut
      il parait qu’on n’entend pas le coup partir, la balle étant plus rapide
      que le son
      – peut-être mais pas que le silence…

    11 novembre 2018

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