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assis là sur un banc


  • mon petit père malade, mon parc d’attraction…

      du point de vue de l’homme et toutes ces nuits, plus bas encore toute la nuit…
      s’abîmer en prière, aveugle et sourde prière – réintégrant ce qui simultanément préexiste à l’unité
      et subsiste à son démantèlement

      au volant d’une idée traverser un ciel misérablement creux. éclaircir au passage une absence, avec toute l’aisance d’un canard boiteux, d’une béquille en marche
      croiser un homme sur la passerelle, parler à une femme
      d’une autre femme encore, la lâche confidence…

      je n’ai pas de secret, tout est en soi secret, le garde d’un secret
      je n’ai pas de secret
      l’homme au bout du quotidien, pour entrer dans la grâce,
      devra renoncer au miracle

      je me suis réfugié au cœur d’une parole, évanescente bulle de savon, radeau mélancoliquement naviguant hors concours
      j’ai pu circonscrire le naufrage en dedans, réduisant le moi à l’espace de cette débâcle
      ne débordant pas d’un ongle, ne faisant
      pas de vague…

      l’incertaine ligne de flottaison…
      on voudrait être mort avant même de mourir, passer ni vu ni connu et contourner la croix, l’air de rien comme revenu de tout
      je pose mes deux mains sur ton corps couché, ne sachant s’il vit encore ou s’il est mort. l’absence au bord de l’implosion
      désamorce-moi donc

    mon petit père malade, mon parc d'attraction...
    6 janvier 2019

  • ma haine du pouvoir, du vouloir et du savoir

      c’est une dure journée
      un jour dur de janvier
      si peu de vivant pour tant de mort
      et le vivant souffre du froid.
      le temps nous sépare de la mort et de nous-mêmes, morceaux épars
      débris d’orgasme
      c’est une dure journée
      il faudra, quitte à ce que,
      la recommencer

      les orphelins aux doigts rouillés, leurs mains molles
      yeux sur la route, route déborde
      un nom continue de sortir, maigre vomissure. un chien ronge sa corde, un cheval son mors.
      dieu ne suffira pas
      à m’apaiser
      me consoler
      me réparer
      – m’absoudre…

      la porte s’ouvre – il faut
      que la porte s’ouvre, c’est une question
      de respiration
      de circulation.
      j’entends un mort et un mort vaut un arrêt de car. un souffle vient de la mer, on rentre la tête dans ses épaules
      ça ne protège pas vraiment
      à partir de je ne sais quoi ni comment, rien ne protège de rien
      à peine un souffle…

      on ne parle plus au frère comme on se parle à soi – on passe à autre chose, et autre chose toujours
      nous renvoie
      à notre propre absence, dessus laquelle on glisse.
      parfois un genre humain
      nous hèle de loin, d’un signe étrange de la main
      sans raison apparente avons-nous fini par lâcher
      les couilles du destin

      je n’habite nulle part – qui donc m’a conduit là?
      qui donc hésita
      entre moi et l’anus, l’anneau marial
      et le vomissement éthylique?
      nos sexes pleurent, il arrosent les tombes, les tombes de nos frères, frères d’un jour en hiver.
      quoi de neuf parmi soi, quoi de vieux?
      tu ne me 
      regretteras pas

    4 janvier 2019

  • le duduk à son chien

      de vivre plus haut que soi, disons cinq-six mètres au-dessus de
      sa cerne tombale – un silence immémorable posé entre le sommet de son crâne et la
      plante de ses pieds.
      le poème philosophal se retrouve partout. il soulève. d’un simple battement
      d’aile
      ou de paupière

      je parle au
      ras des pâquerettes, et de plus bas encore
      appuyé sur un gouffre, la mort accrochée aux boyaux, et dans sa mâchoire notre rêve
      tourne au vert.
      de là, si bas, le ciel sembla infini ma mère
      d’un non-espoir, tout est permis…

      et je reviens toujours à cette source nue, fécond tarissement, cette déracine-là, ce chemin à rebours…
      évidemment que j’aime
      évidemment que mon amour me dépasse éperdument, me traverse, me déporte
      m’agglutine, me réduit à néant pourquoi pas
      : me destine à la gloire sublime

      je m’achète un cheval et le cheval crève en route. je caresse ce cheval-
      là.
      il ne me plaît pas
      de vivre sans monture.
      seul chantera l’aveugle – et l’aveugle chantait, chantait
      sans qu’on y prenne garde…

      j’aime cette main, glissant sous le décor
      et que son propre geste déshabille.
      j’irai à contre-courant
      d’un lit à sec: il ne s’agira pas de moi bien entendu
      ni de toi
      mais d’une fosse moelleusement commune, oh dès lors si commune
      qu’on y jette son nom, obole mémorielle,
      petit printemps-nichon…

    le duduk à son chien
    2 janvier 2019

  • dire qu’on s’en fout

      chair de ma chair o
      substance aqueuse – il ne
      se passe rien
      de bien méchant mais le temps presse
      quelqu’un me recevra
      t-il, mains jointes mains ouvertes
      le creux rugueux d’un lit, le
      réveil à sa tête j’y
      travaille non je ne
      travaille pas

      elle est passée par là, ça
      se sent encore, et partout
      je retire
      un caillou du tas, je défais
      un pas de côté, je tourne en rond
      en rond en rond en rond
      et en dernière instance, il (le rond)
      se couche à mes pieds
      large suspens

      enfle le froid, l’émo
      tion n’y trempe pas
      un ongle, et vers le sommet, vers
      le sommet plutôt, s’épand
      le large, s’embarque
      un homme jumeau, un homme
      jumeau de rien, sous un
      minuscule parapluie

      distances
      s’entrechoquent, il faudra bien
      vivre avec ça
      ou même sans, il faudra même
      se passer
      de vivre soit dit en
      passant, comme ça se passe, distances se
      désarticu
      lant c’est bien ça

      j’en tombe
      et j’y retombe, bras ballants
      bras ballants ombre blanche
      j’en tombe et mon
      bâton d’encens, le jour se lève
      le jour se lève, or, bâton rompu
      le jour se lève mais n’en
      revient toujours
      pas

    31 décembre 2018

  • l’arbre où s’endort

      ça ne me parle pas
      intrinsèquement la pluie
      coule à mon chevet
      je ne
      connais plus la mort, elle me
      dévisage l’hiver, j’y
      songerai demain

      je ne
      me soigne pas, assis au fond
      d’une pierre sans vitre
      du regard les essuie-glaces, du
      bout du regard les
      essuie-glaces m’essuient
      me glacent
      je ne

      j’en perds quelque chose
      un aller
      simple sans valise, ou rien
      dans la valise, simple
      coïncidence que l’on
      traîne à la main, ou pousse
      vers l’abîme

      ne crains rien, je viens
      probablement désarçonné
      en tout cas démuni
      hagard sur les bords
      avec en dedans: une épingle
      à retire du jeu, à
      crever l’œil du lieu
      ou de plus loin

      j’ai peur en marchant, tu
      passes par là, par ici c’est mon
      tour, mon simple re-
      tour, tu passes par
      là où je ne suis pas mais où je
      reste – chacun son arbre, chacun son
      arbre en soi

      ça m’impressionne
      la pénombre immortelle ça
      ne nourrit pas son ombre
      un soir un éclair, un
      éclair comme on sait, déchire
      la cause commune, et entendue
      – est-ce que je cours est-ce que
      je me jette en moi, me
      défenestre sur
      commande

    l'arbre où s'endort
    30 décembre 2018

  • un genre de métaphysique amoureuse

      il ne
      parierait pas un kopeck sur moi, il em-
      brase mon oreiller pourtant, je le
      repère assez souvent, l’air de rien

      la rivière d’une seule rive, je la connais, elle coule
      de mon répertoire, j’en re-
      configure chaque vague
      chaque vague

      je ne me comprends plus, je ne
      me comprends pas, j’écarte un peu les jambes ça se
      grève à l’entrejambe, que se
      passe t-il donc, qui parle
      dorénavant

      tu t’avances
      belle comme un clou, tu t’enfonces, tu t’a-
      vances en enfance, tu poses
      genou à terre – c’est là que tout
      commence

      si je m’oublie moi oublie-moi
      borde la mer, la mer tu sais comme 
      je la soupçonne, séditieuse
      de se hisser des profondeurs, torchon éjaculé

      une route en recouvre une autre, une main écarte ses neufs doigts, tirant sur les jointures – j’ai l’impression
      de dormir dans le corps d’un étranger, de m’éveiller
      à l’impropre
      étrangeté du quotidien

    28 décembre 2018

  • mort-mâchouille

      il ne s’est pas donné, n’a pas
      donné sa vie, embrassé
      la matriochka sur ses
      grosses lèvres molles
      il s’est trompé de chaise

      soulève une pierre, lève un lapin, tu concevras l’in-
      fructueuse corrélation, certains debout
      d’autres assis
      tous au bistrot

      au loin souffle un œil
      quelqu’un se
      reconnaît en soi, on croirait à s’y méprendre
      qu’il chavire

      je
      ne vois rien
      n’appréhende même pas la mer
      je fais le tour de mon irréversibilité, nul n’apparaît
      aux confins immédiats

      un silence en tout genre
      amortit les surfaces, en amont un trou noir
      ravale sa salive – au milieu coule un homme, un
      caniveau d’homme

      je sais qu’il pleut, je sais
      que la pluie tombe à côté aussi, qu’elle, entre ses cils,
      rate le coche et brouille
      un paysage

    mort-mâchouille
    26 décembre 2018

  • tu pues du cul tu sens l’chagrin

      le chant qu’on revêt mal et l’amour qui crève enfin. c’est un sceau d’eau
      quelqu’un a t-il
      cours après moi?

      à l’origine des choses il y a bien une balayette, une ampoule grésilleuse, un torchon
      qu’on essore jusqu’à l’os
      ou la corde

      tu vas de ville en ville, de porte close en porte à faux faisant le siège
      d’un abri-bus, et de fil en aiguille observes en toi le monde se
      détricoter…

      marcher, crouler, s’envoler – tout se réduirait donc à une
      simple question de lest, de
      longueur de corde…

      la nuit sauvage m’arrache un cri, ou n’en suis-je moi-même
      que l’odieux cri, le cri moche
      d’un hurlement l’étouffe-chrétien

      prêter foi à de grêles sons de cloche – amours intermittentes, charniers désopilants
      un vide qui s’entrouvre ne se
      referme plus, grandeur nature…

    25 décembre 2018

  • requiem pour un vivant

      la flamme se détend – c’est un sinistre heureux
      un présage maladif

      avalé le hameçon
      tire par là, tire par là

      reste la peau à sauver
      et très peu d’os, un cas parmi tant
      d’autres tas

      limite n’importe quoi

      quelqu’un glisse avec ça
      glisse dessous

      ou bien glousse en coulisses
      il se rend con

      j’ai l’habitude, c’est ce que je
      réponds toujours, j’ai l’habitude

      mais l’habitude de rien, l’habitude
      à l’arrachée

      quelqu’un
      me soulève une paupière pour voir

      si y a un œil dedans, et quelqu’un
      dedans l’œil

      dedans l’œil un homme
      flotte
      à la dérive, sirène phallique, hareng saur

      simulacre ophélique…

      une dernière fois, dors
      endors-toi, casque au poing
      mange le néant

      une pierre
      d’achoppement c’est grave
      – mange la pierre, gave la pierre

      une dernière fois dors, endors
      la paille dans le dos, rond

      ou le poison sous l’eau

      je me suis imaginé
      quoi, j’en sais rien, que j’en
      sortirais grandi, en quelque sorte 

      à quoi
      dire adieu, s’avouer vaincu, jeter son mouchoir
      par la fenêtre aveugle

      à quoi
      se rendre, nulle évidence ne venant
      me contredire, ni contrebalancer
      la chute…

    requiem pour un vivant
    23 décembre 2018

  • préserve-moi du mal

      ça me démange

      je m’y abrite, j’y abrite
      quelque chose

      le temps de se
      dératiser, au peigne fin
      – mais jamais assez fin, assez fin

      (légèrement agressif:)
      quoi, post mortem?

      une heure ne tient
      pas la route

      on n’imagine pas, mais rien
      ne nous imagine
      pas non soi, non plus

      à part ça, mais alors quoi
      alors qu’est-ce qu’on
      meurt le premier?

      être quand même

      sans raison
      apparente ni voilée
      dissimulée sous
      la transgression

      la mort parle à son aînée, je suis
      l’aînée des deux

      tôt le matin tombe la nuit
      et le mal qu’on se donne
      le mal qu’on s’échange

      un petit préavis, je pars demain
      demain c’est
      une autre nuit

      et je pars en courant, quitte en me traînant
      par
      la peau du crâne

      quelque part
      est une vue
      de l’esprit, et l’esprit également

      nous vivons
      à l’envers, banalement
      à l’envers

      qui de nous, racaille
      glanera le pompon?

    21 décembre 2018

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