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assis là sur un banc


  • par exemple la pluie, les jours de pluie, ou quand il pleut

      qu’est-ce que tu as fait de toi, et qu’est-ce que tu as fait de moi
      le toi et le moi
      paniquent le néant.
      je ratiboise l’existence, châtre les egos, enfonce les doigts
      dans des trous d’être
      on meurt, on meurt certes (qui, quoi?)
      mais on meurt pas

      sur la tombe je me suis allongé
      je n’étais plus que sexe éteint, fleur fanée, tige arrachée
      un chien sans laisse, une laisse sans maître, un maître
      entre deux eaux, boue de sauvetage mais sauvetage de quoi ?
      pas moi

      tout nu
      devant la glace
      un homme s’est souvenu
      pour ne pas disparaître
      tous ces morts dont nul ne se souvient, les pleurs tombent à côté
      d’eux, mais sur ma tête
      – je ne suis que mémoire, sans souvenir de rien

      je n’avais rien à faire, alors j’ai attendu
      rien, même pas que ça se passe
      il n’y a pas de plus grande proximité que celle entre le miracle et le néant
      je pourrais pas dire je suis, ou j’y étais
      non je n’y étais pas: je l’étais
      et je n’y fus que pâle figure
      de style

      c’est moi l’homme
      et c’est moi l’oubli
      je me suce la bite, comme un chien s’mord la queue
      je n’y suis pour rien, je me suis
      coupé la queue, or la queue a poussé, grossie
      il n’y a pas de guillotine pour une telle queue, désaffectée
      il n’y a qu’un dieu, chassant les mouches
      à coups de serpentins…

    par exemple la pluie, les jours de pluie, ou quand il pleut
    29 novembre 2017

  • il n’y a plus besoin de chemin vraiment

      je t’aime bien, comme j’ai toujours aimé
      quelqu’un. un soleil
      se rembrunit, la verge sèche
      j’avais presque fini mon poème, ce poème
      avant qu’il tombe. qu’il ne
      tombe

      ce qu’il y a au bout du chemin, du chemin creux
      ce n’est rien, n’en parlons pas
      cette immensité nue, le pas-de-dieu
      j’ai sorti ma serviette, de piscine ou de douche, et même pas l’espoir gercé d’essuyer ce chien nu
      je m’suis trouvé tout con, la gloriole piteuse
      comme sans slip devant une fille qui sait
      ou qui devine

      le chemin c’est un chemin, on s’en écarte
      tomber dans un trou, raide
      faire la roue quand la roue s’est bouchée, le pôle s’est retranché
      il y avait un chemin or quelque chose s’est abstenu, froid dans les yeux
      on savait pas quoi penser alors on a mouru
      on sait toujours pas si c’est vrai

      il n’y a rien sous mes vêtements – qu’une tombe
      et si on m’arrache la face, la peau du crâne l’œil du tympan, rien qu’un silence
      qui pleure
      t’as déjà entendu un silence pleurer?
      tu sais comment ça fait?
      absolument obscène
      une tombe

      le jour j le point g
      et les mères qu’on m’oublie
      elle est morte. toutes les mères sont mortes
      les mères nous tuent
      mais elles n’ont pas le droit d’oublier, nous oublier
      d’autant plus mortes
      quand je mourrai, j’abolirai le vide – non:
      moi mourant, l’oubli crèvera – non:
      la mort dissout l’oubli – non:
      le jour j le point g
      la mère se ferme

    27 novembre 2017

  • les verbes irréguliers

      un homme s’est redressé, s’est mis debout quoi,, à moins que l’univers
      n’ait basculé d’un quart de tour et un peu plus, et l’homme ainsi
      se soit remis d’aplomb
      d’aplomb
      l’homme ainsi

      tu n’as pourtant pas l’âme d’un emmerdeur, pas l’âme
      d’un pois cassé
      alors qu’est-ce que tu fous là, bras ballants, la raie
      du cul mal tracée, j’achète un chewing gum, tu mâches le chewing gum
      dans ma bouche, et je sais pas qui a raison, si tu dis que c’est moi
      dans la bouche

      là où je vais les mots
      ne répondent pas, ils refluent
      vers la basse saison – je n’ai rien, à leur apprendre ni à comprendre la
      rime bancale du chiffre impair: quelqu’un est moi et il ne sait, comment
      qu’il fait pour respirer

      sinon on r’tombe sur quoi, flaques flottantes, béquilles de racines
      un geste au milieu, relevé par un geste au milieu, j’aime une tombe, grandeur nature
      une tombe au milieu

      un homme est mort, c’était mon homme
      ma femme n’en a rien su, c’était mon homme aussi
      à la voix aigrelette
      il n’y a pas de suspens, ni rien qui me détende
      une balançoire; une balançoire c’est frêle
      et ça balance aussi

    les verbes irréguliers
    25 novembre 2017

  • la route a fait fausse couche

      j’ai pas d’beaux yeux tu sais, même en leur soufflant dessus.
      je connais le lankavatara sutra par chœur à l’endroit comme à l’envers, mais le mot de la fin
      m’échappe on dirait bien
      que j’ai glissé dessus

      cette condition me laisse perplexe
      j’ai pourtant toujours été mauvais élève, n’ayant réponse à rien et cancre d’un mauvais sommeil.
      le plus bel instant, celui où la lumière s’éteint, où le suprême retrousse ses jupons et où se perd même le courage
      de dire adieu

      couler plutôt que se noyer; ressusciter direct sur la croix, mauvaise donne
      foutu temps.
      éjaculer son âme dans le vagin marial, oui mais se fracassant la tête
      contre l’hymen intransigeant
      foutu temps

      je n’aimais personne
      je n’aimais personne non, vu que l’amour
      n’est que la massue de la mort, sa flèche son astuce
      son sexe appeal.
      l’explosion soufflant le feu, le suicide tuant la mort, j’aimai donc éperdument.
      une fois mort que faire – une pelle à l’endroit,
      une pelle à l’envers

      c’est une vie fantoche, un degré moindre
      le sexe mou d’un dieu défroqué.
      je sors un as de pique – qu’en déduire? rien.
      je t’embrasse sur la bouche, je t’embrasse dans la bouche – le crabe d’une langue, la langue d’un serpent
      me recrache tout nu, tout confus
      : j’me suce la mort

    23 novembre 2017

  • pas mort d’homme: le chemin de travers

      il fait pas beau, là dans mon corps
      je m’invente un non-lieu, où s’ébattre en non-être
      l’épine d’un souffle
      me dissèque

      le temps de faire comme si on tombait pas
      les bras n’ont plus la force de se tendre vers un ciel cailleux
      ni pour le poing d’une colère en fin de course
      ni pour les paumes d’une prière engoncée dans son slip
      et s’agrippant 

      plante grimpante, mais à quoi grimpe t-elle
      j’ai mal à mon corps défendant, mal défendu, l’être-là m’y dérange
      plus rien devant soi par lequel s’échapper: le paysage
      s’est tu, refermé sur son vide

      survivre à la vie, le cas échéant
      quand tombe la nuit j’ai peur de la nuit, du jour quand il se lève
      et puis je m’habitue… à la peur, ses jambes flasques pour quelques pas mouillés

      chaque fois je me déterre je m’offre quelques fleurs, et tant pis
      si elles sentent un peu la pisse
      un coup c’est le bon dieu, et un coup même pas
      un autre fois c’est rien, alors j’abandonne et ça me soulage enfin

      les mots qu’on balbutie un fois plus rien à vivre, euh… je veux dire plus rien à dire, lâcher de bulles crevées
      ce temps-là, des vers lents, inélégants
      à pomper le sein tari, à mâchouiller l’néant…

    pas mort d'homme: le chemin de travers
    21 novembre 2017

  • la mort sans peine

      et j’ai pleuré jusqu’à lundi, mardi, après j’ai cessé de compter
      pourtant y avait pas de raison – c’est pas parce qu’on est triste…
      alors je reçus un coup de pied au ventre. alors je conçus, coup sur coup, que je disposais bien d’un ventre, rendu aux coups, percé d’un trou

      à la fois je suis mort, néanmoins bien vivant, même si je n’ouvre plus guère de livre
      j’ai carrément tout un chardon dans l’cul, un tchouang tseu dans la mare
      faudra penser à la récurer cette mare. les crapauds y copulent – lointains brouillards, tristes béatitudes…

      un jour j’avais tes yeux, un jour total bigleux mais un jour
      n’a pas existé – enfin pas de mon vivant du moins. parce que de mon vivant chacun se promenait à sa guise, hurlant en cadence, pointant du doigt l’absent où l’absent sans un mot répondait
      – c’est l’angoisse…

      c’est qu’une fois, pas une autre, et pas une autre fois. on s’est dit ça comme ça, sans savoir autrement. à la fois terrible ne pas savoir, et enivrant. mais ça rassure pas vraiment au fond
      et puis il y eut cette folie des hommes sans honneur ni pudeur. on a fini par saccager les fleurs, s’en prendre aux filles dans les vestiaires, les champs parmi les joncs, les gosses sans mobile…

      quelque chose rouge émanait de nulle part. on pensa lui faire un pansement mais on n’en avait pas. tant pis. tant pis c’est comme il dit
      alors on se vida. la muerte se vida. les barreaux de leur cage, le grincement des dents les auges de leur sang. jusqu’à ce que, étendue d’un bout à l’autre de soi-même et vice versa,
      la clarté pure, la chaste délivrance…

    20 novembre 2017

  • non de la tête

      oui mais les yeux naviguent, là où il faut, perclus en mer
      et ça ne reviendrait à rien de dire que c’est comme ça qu’il faut, puisque c’est ainsi comme ça
      à moins que tu me grattes le dos pendant que je décolle, désolant lévitant, toujours plus haut plus bas, spirituel défectueux

      c’est à se demander comment, transpirant, mais comment as-tu pu, tandis que je rejoignais moi l’unité d’un combat, jamais perdu toujours d’avance comment cela se fait-il, se fait-il que je n’ose plus affirmer sans pudeur: perdu d’alliance?

      ça ne rime à rien. c’est ça qui fait chanson. reste la voix à l’entonner, la gorge à crevaison. et c’est pas demain la veille non, c’est pas demain la veille, sans toit ni loi
      sans feu ni foi
      qu’on se rendormira là, crevards avachis…

      le temps qu’on prend
      à réparer les fuites, à colmater les brèches, à s’essuyer l’nombril ou recracher le sperme, le temps qu’on prend non
      à se dire qu’on aurait pu, non
      vivre non, ailleurs qu’en vivre, non, pas par hasard – et ça non plus

      c’est la seule fois je te jure, la seule fois où j’ai joui – et les petits sentiers
      font pas les grands boulevards, glissants trottoirs ou bien d’ailleurs, d’ailleurs qu’importe, que m’importe eul’ bonheur: j’ai loué une chambre, un mobilhome, toute une plage,
      une croix où m’asseoir

    non de la tête
    18 novembre 2017

  • j’irai manger ma dialectique

      une vie me manque – c’est peut-être un oubli
      ce n’est plus à un homme qu’on a affaire, mais à un dé pipé, à l’idée d’un fumeux
      dénouement 

      chaque chose en son temps, mais chaque chose d’abord
      après ça changera, on verra bien. ou bien on verra – ça ne changera pas grand chose en fait, ou à demeure
      donc on se tait, en attendant on se tait – t’entends ça?

      et quand bien même. j’aurais voulu m’appeler comme ça. pas autrement. ou alors autrement si, mais un p’tit peu
      avant tout c’est avant tout, ça, et pas après
      enfin…j’en sais rien, j’imagine. et peut-être même pas

      sur ce cheval-ci, non, tu ne peux pas parier. ni sur celui-là. en fait, tu ne peux parier sur aucun ch’val, aucun mulet, pas un onagre
      à la saison des topinambours tu seras déjà crevé, toi, et tout fripé
      comme un topinambour

      la vie à présent s’arrange, même. ne s’encombre pas de formes: ses gants troués aux doigts, ses grands regards miteux, ça va tranquille
      oui ça va tranquille. et on peut même dire après tout ça, que ça va comme ça va – tranquille…

    16 novembre 2017

  • instant mythique, vide abyssal

      on n’a plus tout le temps, même pas le quart. l’éternité s’est figée, je crois qu’elle m’épie à travers l’œil hagard, globuleux et mauvais de tout instant. j’avais sommeil mais ça va mieux – cela suffira t-il à dire enfin
      que je n’ai plus d’éveil?

      la peur de vivre n’est pas un hasard comme il faut, ni loin s’en faut. je me fais belle dans le rétro, un clou rouillé c’est la marée – qui va, taquine, qui vient et mousse,
      qui se soumet volontiers à tous les mauvais traitements que lui inflige Notre Seigneur des Barricades, astronomique Gengis khan 

      ma barbe s’effrite. je sais bien que tu n’en as rien à foutre, puisque c’est moi qui le pense, voire lève un bras. la terre aussi remue ses vagues, les marées se bourrent la chatte
      d’oursins mélancoliques. je sais même plus pourquoi, j’ai juste envie de pleurer là, à vide…

      la tête à bouche et le corps nu. la tête nue l’anus qui parle, mirobolant. en haut sur le côté un truc s’envole ou prend le large – allez bye bye
      la brouette, la pelle, tout le sable en chantier: miroir gentil miroir brise-toi, ô, au fond de mon vagin-machin

      je brûle d’une autre poursuivie. n’en pouvant plus n’y pouvant rien, je brûle un autre paravent. c’est certain je reste là, comme c’est certain je pars d’ici, coupant les ponts à travers champs
      le reste m’emmerde, tu le sais bien. tu le sais bien que le reste m’emmerde, hein. alors dégage

    instant mythique, vide abyssal
    14 novembre 2017

  • le gris d’la mer

      je penche à votre table et j’ignore tout de vous. j’ignore même d’où je viens, je sais par quel chemin, odieux
      et puis tu t’écriais sans faire-part de ta joie: oh cet homme tout en rupture, la sage
      éclaboussure

      un silence sans couture mais tu rêves sans doute. soulevant la jupe à hauteur de néant, un bordel à deux doigts – la limite tombée dont on ne distingue donc plus l’intra de l’extra, verti
      ça change pas grand chose, finalement…

      j’ai mis un toit, un toit sur moi, un toit
      tout autour de moi, et ce fut sans compter les mouches – mes chères amies les mouches, danseuses méthodiques, fées aéronautiques fredonnant une
      sourate de la paresse. la volupté du knout

      je ne sais pas y faire. je n’ai jamais su, y faire. un seul œil sanglotant, tandis que l’autre d’un souvenir blessant traîne dans la poussière
      c’est chic la poussière. moins qu’un ciel en contre-pouvoir ceci dit, d’un bleu-taudis

      quéquette ardente n’amasse pas moule, mais les fruits de mer me foutent la gerbe en définitive. la nausée des trajets en ferry, parcours à pédalo, percussion des roulements ferroviaires
      j’avais l’impression d’être ailleurs – et même encore un peu plus loin…

    12 novembre 2017

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