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assis là sur un banc


  • il fait pas bon chanter; chanter ne tient qu’à moi

      pour un oui pour un non, j’exprime mon banc
      en place et lieu duquel mon banc
      suspend son sol

      nos jambes écartées, nos cieux couverts d’aumônes – on ne les rendra pas, nos cadeaux

      vieille, la pendule
      imminente, l’aiguille
      je vais dans le sens
           d’un méandre…

      la nuit s’est faite sans moi – il faut dire
      que je n’y ai pas réfléchi. l’instinct me quitte
      l’instinct s’en va

      à bras le corps à corps perdu
      à pleine bouche et à pieds joints
      je baise la mare, je baise
      la mare

      dans le ventre desquelles tu entres en trombes, et ressors en coton
      la nuit cristale, la nuit dentelle, dans le ventre desquelles
      tu perds pied

      c’est comme ça qu’on sourit, avec le gant devant: intempestivement

    il fait pas bon chanter; chanter ne tient qu'à moi
    16 décembre 2017

  • le garçon que j’aime

      un homme debout
      faisant ce qu’il peut
      du moins le moins qu’il peut, et encore un peu moins
      debout de tout son long, naviguant
      à vue, et même à perte
      de vue

      et si je mourrais cette nuit dans mon sommeil, les poings fermés la bouche ouverte, coïncidant enfin à moi-même dans la lisse perfection du néant
      quelque chose fait obstacle au passage à l’acte, et du coup je me sens toujours un peu comme un usurpateur, un voleur de vie – fieffé menteur et du plus mauvais genre

      pleurer comme si pleurer
      avait d’l’avance
      on se prépare comme ça, on se prépare à rien, et rien effectivement
      nous dresse la table – quant à la chaise, il a fallu que chacun
      apporte sa chaise

      en cachette je t’épie. passant derrière toi je dépose le mouchoir
      qu’as-tu fait, de mon mouchoir?
      qu’es-tu allée, répéter à ta mère?

      je me dois de renoncer à tout amour, à tout ce auquel on ne peut renoncer
      sans se perdre
      et avec plein d’fleurs par dessus, et de fugueux chevaux gris
      qui ne peuvent s’arrêter, et ne s’arrêteront pas

      la ville
      est tombée.
      c’était n’importe quel an, n’importe quel mois, n’importe quel jour
      un lundi je suppose

      on meurt toujours
      du mauvais côté
      d’la barrière…

    15 décembre 2017

  • not a love song

      tu me parles de ci, tu me parles de ça, tu me parles de quoi
      droite à tribord, bâbord à gauche, mais de quel bord on vire
      je t’amène doucement, doucement je t’aspire – doucement me rétracte

      je ne me comprends pas, tête d’épingle et le chas dans l’aiguille
      un homme se masturbe sur le corps d’une femme et puis inversement, tour à tour, en y mettant les gants ou en les retirant
      ça ne sert strictement à rien

      tu ne comprends donc pas qu’on n’a jamais fini de tomber, sombrer, se noyer
      et que les ciels se résorbent ou implosent en nos ballons pétés
      je me sens comme la pute de dieu, et c’est encore plus horrible quand
      je ne me sens plus du tout, glacé au fond du trou

      j’ai peur si je la lâche, de m’apercevoir qu’elle n’a jamais existé, cette corde…

      comme si l’on pouvait haïr sans aimer, douter sans croire, bref se ressembler sans se trahir soi-même
      notre démesure nous honore

    not a love song
    13 décembre 2017

  • le petit col roulé

      franchement je ne vaux rien, je ne suis rien, mais je reste tout ce qui me rattache à l’être
      dieu n’apparaît qu’une fois le fil rompu – il ne sert qu’à ça: apparaître une fois le fil
      tendu rompu

      je n’ai rien en échange. tu me donnes quelque chose et je n’ai rien en échange
      en échange de quoi je pourrais te porter, transporter
      d’un point à l’autre, d’eau ou d’orgue mais d’une incarnation
      en forme d’incarcération, guise de rédemption

      un jour on tape dedans et un jour on tape dehors – c’est un ballon et c’est de l’air, de l’air dedans de l’air dehors, de l’air de rien
      un jour on se demande pourquoi, et un jour pourquoi pas, on se le demande pas

      tu me ramasses comme un radieux bout de pain, or on fait rien avec un bout de pain, on ne nourrit même pas sa faim avec un bout de pain
      tout corps coule et vice versa. il est minuit à l’horizon, peine perdue

      j’aime mieux quand tu t’éprends de moi, pucelle nécrophile, psychopompe et nécrophare
      j’ai déboutonné ma passion, puis je suis allé craché sur ton con

      ma veuve a les yeux bleus, bleu-épervier
      je ne me souviens plus de quel côté bouddha s’est couché pour mourir – surtout ne me le dis pas, c’est mieux comme ça
      je mourrai probablement sur le dos, quoique rien ne soit sûr
      d’ailleurs je n’ai déjà plus de dos, de profil ni de face

    11 décembre 2017

  • me disant tu, te disant moi, soi-disant mute

      un homme ne parle pas alors je vois pas pourquoi tu insistes comme si tu percevais des choses de l’au-delà qui n’existent qu’ici, et combien même

      tout à l’heure j’étais vivant. je ris peut-être derrière toi, te frottant le dos de ma barbe électrique, balai mélancolique
      il s’agit d’une fausse barbe. moi-même je suis un faux -semblant, le fruit défendu d’une fausse couche et quand tout à l’heure j’étais vivant, c’est uniquement du au fait que toi tu ne l’étais pas, et ça s’comprend

      je suis coupable d’avoir tué des millions d’hommes et de femmes dans ma délinquante de vie, mais c’était avant qu’ils ne naissent. je sais qu’ils m’en veulent pour autant, et par ailleurs je connais la rancœur, la douleur d’être né d’une mère, ou pire encore d’un père qui n’y était pour rien, simple instrument géniteur d’un génocide suicidaire, et j’ai finalement l’impression que rien ne me sépare fondamentalement de ceux qui n’ont pas existé, n’existeront jamais, comme de ceux que je n’ai pas été, n’ayant moi-même jamais été, ou bien seulement allongé, alité, me délitant en toute sérénité 

      je suis heureux sans toi. tu auras au moins servi à ça. c’est ce que j’aurais aimé pouvoir dire à une femme, avant même de la rencontrer, excluant ainsi toute autre forme de possession, de suggestion lascive

      il faudrait chercher, chercher, chercher et ne jamais trouver. alors qu’il aurait été si simple d’accéder directement à ne jamais trouver mais bon, on ne peut pas avoir l’un sans
      passer par l’autre c’est reconnu

      il y a un laps, un tout petit laps entre la mort d’un être et la terreur que celle-ce lui inspire – un laps durant laquelle la peur n’a plus cours, où il s’en fout, et sur lequel la mort n’a pas prise. ces moribonds quand ils se soumettent enfin, renoncent, et cependant respirent encore. ce luxe d’éternité superfétatoire, cette conscience sans but: ce but gris-obscur de ma conscience

      j’ai la dalle, j’ai la dalle mais j’ai le gel
      verra bien qui crachera, pleurera
      le dernier…

    me disant tu, te disant moi - soi-disant mute
    9 décembre 2017

  • des bourreaux de paresse

      la perte de réalité ne restera pas un vain combat
      c’est courageux de dire ça, même si peu convaincant
      c’est comme dès l’aller ne penser déjà
      qu’au retour

      j’ tournais en rond
      j’ tournais en rond pour être sûr que le parcours ne comporte ni commencement ni fin, ni mobile apparent
      quoiqu’il faille se méfier tout autant si ce n’est même davantage
      des inapparences…

      on se mariait bien, toi à l’envers moi à l’endroit mais à l’endroit de rien
      car je n’ai pas d’histoire, ou pas plus d’histoire que celle qui m’invente quand je crois l’inventer

      j’ai un mort dans mon corps
      ça fait de moi l’âme d’une tombe, ou le tombeau tout court
      il faudrait que quelqu’un en me marchant dessus ressuscite le mort dedans, que celui-ci se lève et s’enfuie
      ce qui ferait de moi un corps sans mort, un tombeau vide – un miracle inachevé

      tu jettes la pierre dans le carreau et c’est la pierre qui se brise – t’as l’air malin
      alors passe le marchand de pierre et là tu te demandes mais comment t’en es arrivé là, sans un rêve…

      je n’ai pas de papiers, et je n’ai pas d’histoire non plus – je suis un sans-histoire, un loup hors de l’histoire
      je garde pourtant collée à moi comme une seconde peau cette horreur de la nudité
      me voici donc contrarié

    7 décembre 2017

  • les chutes transversales

      je ne m’attache à rien, je sais tout simplement qu’il ne faut pas

      dieu comme synthèse idéale de l’unité et de l’infinité
      me refera pas le
      coup deux fois

      je ne m’attends à rien, je ne m’attends qu’à rien
      je prends le revers à mes jambes, offre deux joues à la même
      et unique gifle
      et pourtant je tiens bon, c’est beaucoup dire mais je tiens bon

      j’ai du poison si tu veux
      un abri-bus n’abrite pas de grand chose, mais quand on n’a que ça, alors on meurt de ça
      allez ramasse tes morts

      soit dit en fumant, même la mort n’est pas définitive
      on peut dire que l’univers, durant tout le processus, s’apparente à une mémoire, du genre universelle
      on peut ne pas le dire aussi, et passer sans
      se retourner

      j’ai vendu mon vélo
      je n’aurais jamais du, même si je ne m’en suis jamais réellement servi
      et c’est précisément ce réellement-là
      qui m’inquiète

      la nuit perd tout son sens, et tout son sens c’est l’adieu
      il fait nuit de plus en plus tôt dans ma vie, et pour toute cane blanche la béquille d’un souffle
      s’enfonçant dans l’ennui…

    les chutes transversales
    6 décembre 2017

  • l’effort minimal

      pas à pas je
      m’enfonce dans la nuit, chaînon manquant
      clignotant borgne

      plus je grandis dans ma tête et plus le monde y rapetisse, parlant pour ne rien faire, mentant comme il respire
      mais respirant quand même

      le cœur apatride, et l’effort minimal requis pour se maintenir à flot. qu’il est triste également de ne rien avoir à gagner, d’une liberté sans gage, risque,
      ni conséquence

      il n’est personne
      personne
      lettre morte tombe l’écho
      tombe l’écho

      nuit sans sommeil, vie épuisée
      hors-sol
      hors-ciel
      triste raisonnement 

      on admet la perte effarante du temps. on admet le non-sens absolu, condition sine qua non à notre laisser-aller, à notre vol plané. on admet volontiers la volatilité des serments, ainsi que la présence des calvaires aux lieux-dits de nos secrets rendez-vous

      on admet rien du tout en fait, mais faites le tour de soi, rompez la fluide ligne de front
      et alors on verra…

    4 décembre 2017

  • chacal comme tu hurles, hurles si bas

      je pleure et cependant je n’ai pas de raison
      de pleurer, ni de quoi que ce soit
      alors je pleure
      les larmes elles me viennent comme ça, c’est à dire je sais pas comment elles me viennent comme on me les tire
      des yeux, mais pas seulement

      ça facilite les choses quand il n’y a rien à prouver, rien à détourner – pas un regard
      pas même le sens.
      la nuit noire face à soi, et en soi, petit feu
      et donc pas absolue, si menu soit-il
      je ne cherche à me convaincre de rien – je me promène et, d’un hasard l’autre me promenant,
      j’attrape froid

      je vis sans amertume, la peur au ventre
      je me méfie quand tu souris – c’est toujours de soi-même qu’un homme se méfie
      heureusement je ne suis pas un homme: une image à peine
      de ce qui n’existe pas
      néanmoins j’ai senti la douleur, à travers la mienne quoique ce ne fut pas la mienne, et cette douleur faite mienne m’a persuadé
      de la réalité comme quelque chose d’éminemment précieux, d’imminemment réel
      j’étais pas prêt à ça

      la joie derrière tout ça, juste un dépouillement
      bientôt je n’ai plus rien, un corps
      ne m’appartient. j’ai pas le temps de vivre, je rabats
      sur moi la couverture, j’ai froid je tremble je suis presque mort
      mais j’ai une couverture
      et quand je ferme les yeux, donc je ferme les yeux, sur mes paupières aucun baiser
      ne vient absoudre
      ma laideur intrinsèque

    chacal comme tu hurles, hurles si bas
    2 décembre 2017

  • et d’une histoire de loup, à la lisière de quoi

      et puis je me suis dit allons bon. allons bon
      on n’appréhende pas l’infini – l’infini ne signifie que l’étendue de notre incompréhension
      alors on se rase le matin
      ou pas, c’est selon
      on se tient à la frontière, le bout des pieds contre la ligne
      qui n’existe pas évidemment, et pour cela infranchissable

      le temps large, d’être, en soi
      et à soi-même son propre miroir, planté
      en travers du regard, chaste rétine
      j’aurais voulu signifier quelque chose de libre, d’incertain
      comme hébété d’un premier pas foulant la terre, pomme pourrie
      balle perdue

      tu caresses la joue du diable et tout à coup le néant te semble rassurant, déprogrammant
      la chantage n’a plus cours
      j’ignore comment ça se passe pour toi, mais moi j’aime une vie qui ne se réduit pas
      à l’existence, ni à moi-même – je glisse
      sur un autre verglas, et la première condition à ma liberté c’est celle de ne rien avoir à en faire, celle même
      de ne rien faire: une cour
      de récréation vide

      le néant symbolise cette pure énergie d’être, cette énergie sans acte, cause ni effet
      l’orgasme sans sexe d’un intellect clair, une femme peu coûteuse, un homme
      sans chercher plus loin, consciencieusement éteint
      – je danse pour rien

    30 novembre 2017

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