un homme debout faisant ce qu’il peut du moins le moins qu’il peut, et encore un peu moins debout de tout son long, naviguant à vue, et même à perte de vue
et si je mourrais cette nuit dans mon sommeil, les poings fermés la bouche ouverte, coïncidant enfin à moi-même dans la lisse perfection du néant quelque chose fait obstacle au passage à l’acte, et du coup je me sens toujours un peu comme un usurpateur, un voleur de vie – fieffé menteur et du plus mauvais genre
pleurer comme si pleurer avait d’l’avance on se prépare comme ça, on se prépare à rien, et rien effectivement nous dresse la table – quant à la chaise, il a fallu que chacun apporte sa chaise
en cachette je t’épie. passant derrière toi je dépose le mouchoir qu’as-tu fait, de mon mouchoir? qu’es-tu allée, répéter à ta mère?
je me dois de renoncer à tout amour, à tout ce auquel on ne peut renoncer sans se perdre et avec plein d’fleurs par dessus, et de fugueux chevaux gris qui ne peuvent s’arrêter, et ne s’arrêteront pas
la ville est tombée. c’était n’importe quel an, n’importe quel mois, n’importe quel jour un lundi je suppose
tu me parles de ci, tu me parles de ça, tu me parles de quoi droite à tribord, bâbord à gauche, mais de quel bord on vire je t’amène doucement, doucement je t’aspire – doucement me rétracte
je ne me comprends pas, tête d’épingle et le chas dans l’aiguille un homme se masturbe sur le corps d’une femme et puis inversement, tour à tour, en y mettant les gants ou en les retirant ça ne sert strictement à rien
tu ne comprends donc pas qu’on n’a jamais fini de tomber, sombrer, se noyer et que les ciels se résorbent ou implosent en nos ballons pétés je me sens comme la pute de dieu, et c’est encore plus horrible quand je ne me sens plus du tout, glacé au fond du trou
j’ai peur si je la lâche, de m’apercevoir qu’elle n’a jamais existé, cette corde…
comme si l’on pouvait haïr sans aimer, douter sans croire, bref se ressembler sans se trahir soi-même notre démesure nous honore
franchement je ne vaux rien, je ne suis rien, mais je reste tout ce qui me rattache à l’être dieu n’apparaît qu’une fois le fil rompu – il ne sert qu’à ça: apparaître une fois le fil tendu rompu
je n’ai rien en échange. tu me donnes quelque chose et je n’ai rien en échange en échange de quoi je pourrais te porter, transporter d’un point à l’autre, d’eau ou d’orgue mais d’une incarnation en forme d’incarcération, guise de rédemption
un jour on tape dedans et un jour on tape dehors – c’est un ballon et c’est de l’air, de l’air dedans de l’air dehors, de l’air de rien un jour on se demande pourquoi, et un jour pourquoi pas, on se le demande pas
tu me ramasses comme un radieux bout de pain, or on fait rien avec un bout de pain, on ne nourrit même pas sa faim avec un bout de pain tout corps coule et vice versa. il est minuit à l’horizon, peine perdue
j’aime mieux quand tu t’éprends de moi, pucelle nécrophile, psychopompe et nécrophare j’ai déboutonné ma passion, puis je suis allé craché sur ton con
ma veuve a les yeux bleus, bleu-épervier je ne me souviens plus de quel côté bouddha s’est couché pour mourir – surtout ne me le dis pas, c’est mieux comme ça je mourrai probablement sur le dos, quoique rien ne soit sûr d’ailleurs je n’ai déjà plus de dos, de profil ni de face
un homme ne parle pas alors je vois pas pourquoi tu insistes comme si tu percevais des choses de l’au-delà qui n’existent qu’ici, et combien même
tout à l’heure j’étais vivant. je ris peut-être derrière toi, te frottant le dos de ma barbe électrique, balai mélancolique il s’agit d’une fausse barbe. moi-même je suis un faux -semblant, le fruit défendu d’une fausse couche et quand tout à l’heure j’étais vivant, c’est uniquement du au fait que toi tu ne l’étais pas, et ça s’comprend
je suis coupable d’avoir tué des millions d’hommes et de femmes dans ma délinquante de vie, mais c’était avant qu’ils ne naissent. je sais qu’ils m’en veulent pour autant, et par ailleurs je connais la rancœur, la douleur d’être né d’une mère, ou pire encore d’un père qui n’y était pour rien, simple instrument géniteur d’un génocide suicidaire, et j’ai finalement l’impression que rien ne me sépare fondamentalement de ceux qui n’ont pas existé, n’existeront jamais, comme de ceux que je n’ai pas été, n’ayant moi-même jamais été, ou bien seulement allongé, alité, me délitant en toute sérénité
je suis heureux sans toi. tu auras au moins servi à ça. c’est ce que j’aurais aimé pouvoir dire à une femme, avant même de la rencontrer, excluant ainsi toute autre forme de possession, de suggestion lascive
il faudrait chercher, chercher, chercher et ne jamais trouver. alors qu’il aurait été si simple d’accéder directement à ne jamais trouver mais bon, on ne peut pas avoir l’un sans passer par l’autre c’est reconnu
il y a un laps, un tout petit laps entre la mort d’un être et la terreur que celle-ce lui inspire – un laps durant laquelle la peur n’a plus cours, où il s’en fout, et sur lequel la mort n’a pas prise. ces moribonds quand ils se soumettent enfin, renoncent, et cependant respirent encore. ce luxe d’éternité superfétatoire, cette conscience sans but: ce but gris-obscur de ma conscience
j’ai la dalle, j’ai la dalle mais j’ai le gel verra bien qui crachera, pleurera le dernier…
la perte de réalité ne restera pas un vain combat c’est courageux de dire ça, même si peu convaincant c’est comme dès l’aller ne penser déjà qu’au retour
j’ tournais en rond j’ tournais en rond pour être sûr que le parcours ne comporte ni commencement ni fin, ni mobile apparent quoiqu’il faille se méfier tout autant si ce n’est même davantage des inapparences…
on se mariait bien, toi à l’envers moi à l’endroit mais à l’endroit de rien car je n’ai pas d’histoire, ou pas plus d’histoire que celle qui m’invente quand je crois l’inventer
j’ai un mort dans mon corps ça fait de moi l’âme d’une tombe, ou le tombeau tout court il faudrait que quelqu’un en me marchant dessus ressuscite le mort dedans, que celui-ci se lève et s’enfuie ce qui ferait de moi un corps sans mort, un tombeau vide – un miracle inachevé
tu jettes la pierre dans le carreau et c’est la pierre qui se brise – t’as l’air malin alors passe le marchand de pierre et là tu te demandes mais comment t’en es arrivé là, sans un rêve…
je n’ai pas de papiers, et je n’ai pas d’histoire non plus – je suis un sans-histoire, un loup hors de l’histoire je garde pourtant collée à moi comme une seconde peau cette horreur de la nudité me voici donc contrarié
je ne m’attache à rien, je sais tout simplement qu’il ne faut pas
dieu comme synthèse idéale de l’unité et de l’infinité me refera pas le coup deux fois
je ne m’attends à rien, je ne m’attends qu’à rien je prends le revers à mes jambes, offre deux joues à la même et unique gifle et pourtant je tiens bon, c’est beaucoup dire mais je tiens bon
j’ai du poison si tu veux un abri-bus n’abrite pas de grand chose, mais quand on n’a que ça, alors on meurt de ça allez ramasse tes morts
soit dit en fumant, même la mort n’est pas définitive on peut dire que l’univers, durant tout le processus, s’apparente à une mémoire, du genre universelle on peut ne pas le dire aussi, et passer sans se retourner
j’ai vendu mon vélo je n’aurais jamais du, même si je ne m’en suis jamais réellement servi et c’est précisément ce réellement-là qui m’inquiète
la nuit perd tout son sens, et tout son sens c’est l’adieu il fait nuit de plus en plus tôt dans ma vie, et pour toute cane blanche la béquille d’un souffle s’enfonçant dans l’ennui…
pas à pas je m’enfonce dans la nuit, chaînon manquant clignotant borgne
plus je grandis dans ma tête et plus le monde y rapetisse, parlant pour ne rien faire, mentant comme il respire mais respirant quand même
le cœur apatride, et l’effort minimal requis pour se maintenir à flot. qu’il est triste également de ne rien avoir à gagner, d’une liberté sans gage, risque, ni conséquence
il n’est personne personne lettre morte tombe l’écho tombe l’écho
nuit sans sommeil, vie épuisée hors-sol hors-ciel triste raisonnement
on admet la perte effarante du temps. on admet le non-sens absolu, condition sine qua non à notre laisser-aller, à notre vol plané. on admet volontiers la volatilité des serments, ainsi que la présence des calvaires aux lieux-dits de nos secrets rendez-vous
on admet rien du tout en fait, mais faites le tour de soi, rompez la fluide ligne de front et alors on verra…
je pleure et cependant je n’ai pas de raison de pleurer, ni de quoi que ce soit alors je pleure les larmes elles me viennent comme ça, c’est à dire je sais pas comment elles me viennent comme on me les tire des yeux, mais pas seulement
ça facilite les choses quand il n’y a rien à prouver, rien à détourner – pas un regard pas même le sens. la nuit noire face à soi, et en soi, petit feu et donc pas absolue, si menu soit-il je ne cherche à me convaincre de rien – je me promène et, d’un hasard l’autre me promenant, j’attrape froid
je vis sans amertume, la peur au ventre je me méfie quand tu souris – c’est toujours de soi-même qu’un homme se méfie heureusement je ne suis pas un homme: une image à peine de ce qui n’existe pas néanmoins j’ai senti la douleur, à travers la mienne quoique ce ne fut pas la mienne, et cette douleur faite mienne m’a persuadé de la réalité comme quelque chose d’éminemment précieux, d’imminemment réel j’étais pas prêt à ça
la joie derrière tout ça, juste un dépouillement bientôt je n’ai plus rien, un corps ne m’appartient. j’ai pas le temps de vivre, je rabats sur moi la couverture, j’ai froid je tremble je suis presque mort mais j’ai une couverture et quand je ferme les yeux, donc je ferme les yeux, sur mes paupières aucun baiser ne vient absoudre ma laideur intrinsèque
et puis je me suis dit allons bon. allons bon on n’appréhende pas l’infini – l’infini ne signifie que l’étendue de notre incompréhension alors on se rase le matin ou pas, c’est selon on se tient à la frontière, le bout des pieds contre la ligne qui n’existe pas évidemment, et pour cela infranchissable
le temps large, d’être, en soi et à soi-même son propre miroir, planté en travers du regard, chaste rétine j’aurais voulu signifier quelque chose de libre, d’incertain comme hébété d’un premier pas foulant la terre, pomme pourrie balle perdue
tu caresses la joue du diable et tout à coup le néant te semble rassurant, déprogrammant la chantage n’a plus cours j’ignore comment ça se passe pour toi, mais moi j’aime une vie qui ne se réduit pas à l’existence, ni à moi-même – je glisse sur un autre verglas, et la première condition à ma liberté c’est celle de ne rien avoir à en faire, celle même de ne rien faire: une cour de récréation vide
le néant symbolise cette pure énergie d’être, cette énergie sans acte, cause ni effet l’orgasme sans sexe d’un intellect clair, une femme peu coûteuse, un homme sans chercher plus loin, consciencieusement éteint – je danse pour rien