Aller au contenu

assis là sur un banc


  • perdre mon bâton m’a dit

      je ne sais pas. à l’endroit comme à l’envers je ne sais pas. d’une invite à la reine la main blessée, main retournée. bâton secoué je m’en remets
      à votre discrétion 

      seul se voit l’invisible, parait-il. sur mes genoux s’étale une table, une table sans nappe. et sous cette table un larron poussiéreux, sifflant misère
      rabote les carreaux, n’en soyons dupe

      j’ai peur d’un bruit étrange. il résonne chaque fois que je craque. ou que je lâche. n’ai nulle pitié de moi-même, ignorant cependant où je vais
      j’y vais comme ça, par habitude, dans le sens d’une désorientation

      ventre de loup, caresse, oh ventre de loup. je m’aidai d’une canne, la canne est en papier. tu traverses la rue or la rue ce fut moi
      c’est la mauvaise saison, et sa seule raison d’être effectivement. fut-il imaginaire tous les hommes éjaculent, transcendés
      dans le trou d’un soupir

      on ne survit à rien. enfin, pas moi. un peu de sel sur la cuisse, une pincée de comment vas-tu, non, pas mieux qu’hier apparemment
      et par mesure de précaution on s’est retiré l’œil, du doigt – des années sûrement pas, et à geindre 

    perdre mon bâton m'a dit
    10 novembre 2017

  • contre-jour

      je maigris malgré moi – un semblant de jour
      s’immisce dans mon rêve

      je t’invite à ma table, tu poses à plat les mains
      leurs lignes se propagent

      je rétrécis mes nuits, elles débordent quand même
      un peu
      sur autre chose

     

      pas deux choses en même temps, sauf l’une
      ou l’autre
      d’un appel sans fil

      dégrafer la broche de ce poumon d’air frêle, revenir au non-soi
      décoiffé sur la grève

      pas deux coups d’une même pierre, mais un ricochet 
      en play-back et rewind jusqu’à
      regagner la main ferme

     

      je n’ai pas de surprise pour toi – sautant de haut
      mais n’atterrissant pas

      novembre migratoire. à quelle flèche
      accordes-tu
      tes violons

      laisse tomber: on en retrouvera une autre, de raison
      de n’être pas

     

      mauvais pli, mauvaise pensée, et le sort si doux parfois
      qu’on le prend en pitié

      pluie d’une autre montée, remontée, petit
      cauchemar ambulant

      laiteuse transparence, on n’imagine plus rien. simplement raccrocher
      ses gants, sa vulve, leurs soupirs adjacents…

    8 novembre 2017

  • sur fond noir

      dire du je qui s’empile
      en bonheur mal acquis

      partir d’ici, partir de là
      lesté

      viens me décevoir un moment, avant de perdre ce qu’il nous reste de 
      jour aux persiennes, de cheveu dans la soupe

     

      rien que la pensée, planant
      sur un rond de café, noir du fond de l’âge

      émergeant à peine
      de la basse saison, banc de sable dont les grains, un à un
      se détachent

      sans jamais me résoudre non plus, et sans
      me relever debout, remettre
      le pied à l’oreiller comme on dit

      : mendier sa part

     

      le temps de rentrer chez soi, le temps par devers soi
      manque

      c’est l’araignée pour laquelle
      on entasse sa nuit
      dans un lit vagabond

      au chas discontinu enfiler le ravage, pas même de nom à mettre
      à la rare embellie

     

      il s’est passé
      quelque chose, ou j’ai perdu
      la main

      aurais-je perdu le bras entier je ne
      m’en souviens pas

      ni de leurs élancées, torse nu
      défiant le vide
      et la raison

    sur fond noir
    6 novembre 2017

  • passer outre la mort c’est pas beau ça mais si c’est beau

      saignée.
      j’habite plus loin, un peu plus loin que vous, je m’habitue à rien
      à l’envers du visage se formule de la même nature, se conjugue mal
      tombé de tout son poids, et tout le poids sur les genoux – le haut, lui, reste bras nus, torse nu traversé
      par un profond hiver

      je ne sais pas comment on s’y prend pour prendre un homme à l’hameçon
      c’est un simple hameçon, un bout de fer crochu, un machin qui devrait pouvoir choper son homme
      ou bien fouetter sa femme, travestir ses morbides pulsions
      en vagues promesse amoureuses…

      mis bout à bout, je ferais presque un homme
      avec une histoire tenant à peu près debout
      une entrée par devant, une sortie par le fond, ou alors sur le côté
      par le fond comme toujours, ou alors sur le côté, mais rarement par le haut
      pourquoi donc ai-je si chaud, j’étouffe de chaud, fait pourtant vraiment pas chaud

      il me reste quelque chose à manger, je sais pas quoi, quelques noix, un bout d’pain à manger
      un bout d’moi. j’écorne
      un bras de ciel et comme on passe d’un ennui post mortem
      dans le domaine sensible

      et cependant sous le masque il n’y a rien
      et rien c’est rien: un trou noir, une bouche en forme de cri ne portant pas plus loin
      ou encore le rayon lumineux d’un gyrophare pour éclairer l’néant…
      il faut bien ressembler à quelque chose hein, ou du moins se donner l’air d’être, quelque chose
      ou quelqu’un

    4 novembre 2017

  • désarmée jusqu’aux dents

      s’attendre au tournant – s’attendre au pire s’attendre à rien, c’est peu
      entrouvrir le visage, mettant à nu la balafre sous les poils du masque
      le front contre le front du miroir où il implose et lui tirer la langue
      la langue ça pue la langue

      je ne m’achète rien. un peu d’alcool ça passe le temps
      un filtre à l’empathie, histoire de circonscrire l’angoisse mais s’adonnant à la douleur, à rebrousse-chemin
      rebrousse tes manches, ton gland, la couleur du mouchoir quand tu grimaces dedans
      quand tu gicles à côté

      je suis une allergie, confortable allergie. j’aimerais bien
      être vivant, un peu vivant, une fois vivant
      une autre fois enfreignant l’évidence, en hasard embusqué mais qu’est-ce que j’en sais, moi, de ta chambre mortuaire
      j’éjacule dedans, d’un coup, c’est tout ce que j’peux faire

      après tout. après tout n’est pas courant, j’te laisse aller devant
      là où rien ne m’attend. la veine au couteau du brouillard. personne me dit comment
      ni comment faire pour rester là, enformolé dans l’temps présent – présent à quoi?
      certainement plus à soi…

      j’ai si peur à la fin, qu’il ne m’arrive rien
      un jour je fais comme si, un jour je fais comme ça, entremêlant les mailles d’un même recommencement
      il pue du cul, ton violon
      j’ai même repeins l’plafond, couleur plafond

    désarmée jusqu'aux dents
    2 novembre 2017

  • nourrir chacal

      n’étant personne, que l’ombre de quiconque entre les deux tilleuls, pissant
      pissant là seulement

      à vivre et à mourir, mourir et cætera 
      et le peuple semblant, regardant autre part, autre part ou ailleurs
      les dents creusées à même la faim

      j’ai peur que tu me touches mais j’en ai envie quand même, tout comme on a envie
      de mourir malgré soi, sur la pente stérile

      et alors? et alors par tous les temps
      qui me dira quoi, que je ne me sois dit en passant
      et de quoi me taira tu, quand un seul s’ébat?

      chaque fois que j’aime j’ai l’impression
      de dire un gros mot, pisser sur la cousine, sa jambe
      – sommerions-nous à ce point de tout amour
      les preux déshérités?

      c’est quand même beau un homme, un homme qui s’achemine
      vers son ultime hoquet, la bibite en visière, l’orgasme comment dire… dé-
      partemental

    31 octobre 2017

  • la première fois qu’un garçon se promène

      ma vie s’égare, c’est ma vie
      elle se répare, c’est comme ça qu’elle appelle se vider
      d’un homme, d’ un tour, d’une attitude
      mentale

      j’avais peur d’être amant heureusement tu ne m’as pas 
      reconnu
      et de fascination
      pour les mauvaises odeurs

      de nous revoir bientôt je tire
      le rideau
      une saison m’enferme, et crèvent les fenêtres…

      suis-je le dort s’endort, l’astuce rouge, le gars dont on
      s’occupe pas – la vie en mer?
      j’attends de toi oui mais j’attends
      un enfant

      à vivre dans un temps
      qui n’existe pas, je m’efface
      du tableau ordinaire – l’odeur des règles
      me ramène à l’intrus

      j’ai un sanglot, un sanglot au milieu, une larme de couille
      mentale, instru-
      mentale, j’ai la vie dure, j’ai l’œil pur
      je sais pas comment j’fais

    la première fois qu'un garçon se promène
    29 octobre 2017

  • vivre avec ça

      parler à un homme ne lui ressemble pas
      il grimace, épluche quelques châtaignes il lui faudra quoi qu’il en soit
      vivre avec ça

      m’héberge un jour gratuit, une parole de travers, un défaut
      de fabrique textuelle

      qu’est-ce qui vivra sans nous, un homme vivra sans nous
      sous le soleil désolément 
      et personne pour lui rendre
      la monnaie

      on mourra malgré tout, mais d’une toute autre façon
      mourir est une autre façon
      de dire je t’aime en étranger

      les chiens sont pas méchants, malgré tous leurs efforts
      l’élan passe à côté – la fin n’ayant
      pas de fin, on tourne en vase clos

      d’un coup la liberté, olé
      olé d’un air contrit, l’enthousiasme droopy
      – un oreiller en poils de chatte, piètre consolation…

      on s’étire on a tort
      de toujours commencer par la fin, d’avant même le premier pas jeter l’éponge, se tatouer la marée
      sur la chute d’un précipice tout
      intérieur

    27 octobre 2017

  • l’accent mis sur le grave

      on avait une case, une case à part sous le soleil levant
      un trou tout noir

      c’est pas le jour où j’agonise mais un autre, un autre tel quel
      un déshéritement par le bas

      l’éternité ne vieillit pas non, elle n’en a pas le temps
      ni la décence par ailleurs – passer par là
      décoiffe un g’nou

      je parlais à misère, de la générosité des pauvres vue des territoires
      inoccupés à s’étendre, de tout leur long
      sur tout leur large

      la joie me soulageait, j’avais besoin de soulagement
      on peut dire ça comme ça on peut dire ça aussi
      sans y croire vraiment

      j’étais toujours là – me manquait simplement
      le présent, à titre indicatif

      le néant nous pardonne tout, même d’être, soupirait la maîtresse
      en reniflant ses doigts

      avant tout la transcendance
      plus quelques souvenirs de vacances tout de même, sépias tapant du pied

      qu’importe mon destin, funambule écrasé
      du poids de soi déjà, pour rêver se portant
      à la rescousse d’un homme

    l'accent mis sur le grave
    25 octobre 2017

  • comme un regret de rien à boire

      nos humeurs s’aigrirent, quant à toi quant à moi
      on s’est trompé d’bidon

      en avant en arrière, balancelle allant seoir
      quelque part

      c’est ainsi que veux-tu, tirée nue tirée d’un
      paradis vermoulu, on lui r’fait pas la peau
      ni les os

      juste une croix

      j’abdique
      toute couronne, fut-elle la lèvre, l’œil vert
      d’un fumeux tas de merde, je renonce
      à toute prétention, tout élan d’ascension
      mentale ou verticale, à la faveur d’un dé tombé, d’un espoir déjoué j’abdique
      en faveur de nul autre, un rien vallant
      mieux que deux, quitte à en r’prendre

      penchant toujours
      du côté où ton ombre…

      et puis sois poli avec l’amour, les déjections fécales, frauduleuse inversion
      du sujet si soit-il, d’un verbe inéluctablement rivé
      à sa transitivité

      j’ai l’alcool lourd, si lourd – j’ai même
      l’alcool éthylique, je m’en remets à vous, à vos
      chastetés de lune rousse…

      j’ai plein d’herbe dans l’œil, de chevrons de gros clous
      rouillant de leur misère, d’épingles nourricières, j’ai plein d’herbe sur mon aire
      bétonnée jusqu’au cri, j’ai soif à bout de cosse, j’ai soif
      d’un pur jus défoliant, j’ai plein d’herbe polluante

    23 octobre 2017

Page précédente Page suivante