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assis là sur un banc


  • s’usent les fringues

      on finit par s’accoutumer au désordre, et cette accoutumance instaure un semblant d’ordre dont, bon gré mal gré, nous nous accommodons 
      le temps solidifie le chaos, cautérise les plaies, négligeant les lames toujours courantes en fond d cale
      la révolution accomplie, il ne nous reste qu’à désespérer sagement, dissolvant celle-ci dans l’incantatoire répétition d’un drame prétendument originel, on n’en dira pas plus

      on n’en dira pas plus, sauf à insinuer qu’un homme suce sa racine, l’amère réglisse du souvenir de soi ou ce qu’il en demeure après longue, longue réflexion sur la prédestination au néant, et son inclination à l’auto-consommation
      penché par-dessus son propre sexe, s’il jouit c’est avant tout qu’en douleur il navigue, à contre-courant de tout instinct raisonnablement dressé
      entre lui-même et sa conscience…

      d’instinct la grande
      désolation comme c’est vite dit, étendu là sur le lit
      caillouteux d’un discours fragmentaire, verbe rudimentaire il eut fallu se lever tôt, plus tôt encore
      afin d’étreindre le nombril, non du temps quand il s’effondre, ni du serpent
      lové dans une rêverie tant permanente qu’inachevée
      mais d’un vieux jouet, d’un très vieux jouet, toupie morveuse œil de bœuf
      où une nuit radicalement intérieure inlassablement fait entendre, toute précaution prise,
      son fracas

      tu vois je n’ai pas plus, pas plus à dire que ça
      ou quelque pédante grossièreté, quelque revigorante obscénité – la minimalisation du concept en un seul cierge éteint,
      la teub qui t’encule à l’endroit-même où tu geins, feignant l’apothéose, flanquée d’un tas de cendres,
      l’urine en contrebas…

    s'usent les fringues
    21 octobre 2017

  • sur cent kilomètres de tombe

      il y a un trou en l’air et on le trouve heureux
      mourir régresse, papillon scotché à sa nuit rêvant espace rêvant
      fuite éperdue. quek’chose me blesse
      quek’chose me blesse j’enlève je r’garde je passe la main: rien
      dans la chaussure

      je suis pas
      un homme à blesser comme ça tu comprends, une poule mouillée, une terre rendormie
      juste avant ça je te croque l’anneau je recueille
      le sang par où il coule, au graal ou à l’écuelle – est-ce le gravier, crissant
      où je ne marche

      étendre l’oisiveté, cette grenouille en eau douce
      et d’un bond la mer morte, si morte, d’un rebond la mer douce
      vivre ici-bas n’est pas mon style, je vis sans 
      style
      débordant sur la marge

      un peu de chance, si peu de chance, de chance malgré tout
      verrue d’un pur hasard
      crever n’est pas s’endormir, non, crever la bouche ouverte
      les cuisses écarlates du râle
      ce qui déchire ne fait pas mal, le mal ne souffre pas
      sauf le lundi, les jours avant peut-être
      les jours après sans doute…

    19 octobre 2017

  • famine dans l’assiette

      dites qu’il n’a pas
      dites qu’il n’a pas, ceci, cela, dites qu’il n’a rien
      dites qu’il lui manque
      quelque chose mais qui
      n’est rien, dites qu’il n’est rien
      non, ne dites rien

      un clébard à mi-temps
      et sur le côté, le côté où ça penche
      du côté même qui penche, un autre se relève
      un autre et c’est le même, qui se relève qui penche
      un clébard sur la planche

      mimer le temps qui passe
      au ralenti, mimer quand même
      par rapport au temps qui passe, le temps ne passant pas
      et c’est le même, passant ne passant pas, passant quand l’un s »arrête
      cessant quand l’un s’en va
      mimer celui qui reste

      au fur et à mesure
      que j’avance pas
      saute pieds joints dans l’, dans la
      mare
      mare aux hasards, précis, bien qu’inefficaces
      parfaitement inefficaces quant aux rideaux
      qu’on tire

      et on les tire toujours de travers
      de travers on vient, on va, de traverse
      en transit et sous l’averse, la route à travers soi
      j’ai pas le gant
      de tirer l’autre gant
      et de m’en souffleter
      la face

      un jour l’a rien compris
      l’a pas compris l’histoire
      de la forme et du fond
      alors le s’en retourne
      s’en retourne nulle part, chez soi
      chez soi nulle part
      un jour l’a pas compris
      alors le s’est dit bon, allons
      avant qu’ça tombe

    famine dans l'assiette
    17 octobre 2017

  • marche devant n’est pas content

      on se retrouve souvent c’est sans vision
      gueule de bois à la vitre de verre pour l’instant je navigue
      à vue
      à perte
      disons que je me perds de vue

      je ne dis rien je tombe juste par terre et sans mémoire
      le néant n’est pas vide, n’étant pas contenant, me voilà qui suis vide
      moi qui suis vide je me le dis, je me le dis en chœur
      – m’écouté-je seulement?

      attristement l’écho
      un jour me reviendra
      les dents givrées, et plus profond encore qu’un camion dans la boue
      grignote par ci grignote par là
      j’ai l’impression d’être une tombe
      dont le mort s’est levé, le mort s’est évadé

      on n’obtiendra rien de moi ni de chancelle
      je niche en la gueule du loup, or le loup ferme sa gueule, ravale sa salive
      étreindre le temps ou quelque chose de similaire, qui tremble sous les draps
      n’en décrochera pas l’aiguille, n’en rembobinera pas le fil
      mais quand même

      quatre fois mon navire il est coulé, gisant par quatre fonds, y allant par quatre chemins
      le petit frère des pauvres se balade mais il a oublié quelque chose
      et il a oublié ce qu’il a oublié – peut-être même a t-il oublié qu’il a oublié et ne sait-il pas qu’il cherche quelque chose ou pas
      alors on dit qu’il flâne aux quatre horizons, clopin-clopant à contre-temps, couchant sous quatre ponts
      – mais pourquoi quatre?

    15 octobre 2017

  • mon dieu laboure d’amour

      dans l’ordre avec lequel j’arrive en tête, et je pourris d’la tête
      c’est parfois sans espoir, j’écoutant néanmoins, grincer
      les portes du silence
      du silence dis-je – de quoi d’autre les portes
      pourraient-elles grincer?

      sur la nuit cheval creux
      et il en meurt beaucoup
      il en meurt même tout l’temps c’est effarant
      effarant comme le temps se seconde, béquille en main,
      le reste à l’avenant

      quoi qu’on en dise, quoi qu’on y fasse
      quoique privé de conséquence et sans effet certain sur le climat
      il sera toujours
      l’heure de dieu moins un
      – or je fus ce un-là

      on a beau dire on a beau faire, on est quoi qu’on en pense, on est:
      le baptême du feu
      et on chante à genoux, mains sur la tête et le gland en cadence
      on chante comme si
      on n’avait qu’ça à foutre

      pas de racine en terre pomme de terre, pas de racine en l’air courant d’air: qu’une racine
      de cendre c’est navrant
      c’est navrant mais que veux-tu, que veux-tu veux-tu dire
      quelque chose ou alors
      j’hallucine

    mon dieu laboure d'amour
    13 octobre 2017

  • aller, du verbe aller

      un jour j’irai sans nombre
      sans slip
      un jour j’irai sans but
      nulle part
      et j’y serai vaincu, j’y serai sans y être
      car je serai sans être
      un jour serai sans nom

      qu’aucune bulle ne m’écœure, aucune
      qu’aucun chien ne me morde, aucun homme aucune
      femme ne m’adresse la parole
      je n’aime pas la parole
      qu’aucun tour ne m’entraîne, fut-il
      d’horizon

      comme si le sol n’était
      qu’un vaste miroir, je marche
      en la non-origine
      je souffre aux genoux, ce doit être
      l’humidité
      l’humidité des lieux, prélude à la pénurie
      des lieux

      les carpes dans l’étang
      vieillissent, les vieux avec les vieilles
      et les vieilles toutes seules
      nous sommes morts très jeunes
      plus jeunes encore
      nous sommes nés très vieux, si vieux de naître
      on bave quelque peu

      entre le tourment et moi, nous avons
      toute une ronde, ronde sans geste
      sans geste, sans tourner
      j’avais la langue aux lèvres j’avais
      j’avais le feu aux poudres j’avais
      entre le tourment et moi nous avons
      refermer l’eau sur nous

      j’ai peur de soi, au plus près du ventre j’ai peur
      de soi
      et j’en parle à personne
      vers l’est l’est se dresse
      à l’ouest l’océan, et pire encore que l’océan
      un nulle part où se jeter je cherche
      un nulle part où m’allonger en attendant
      qu’ ça passe
      ou pas

    11 octobre 2017

  • tu touches pas l’fond

      plus près de rien, plus près
      de rien encore, j’attends
      le néant qui ne m’at-
      tend pas, et rien
      ne me distingue du néant que
      l’attente, attente du néant
      : l’attente est là pour ça
      creusant le rien

      j’attends rien: j’attends
      d’attendre
      une autre fois sans plus
      un autre jour et c’est
      le même, permanent
      par tout corps en tout esprit
      mais j’arrête là, et l’arrêt là
      sécrète encore l’attente

      je suis mort à présent
      du moins jusqu’à ce que mort
      s’ensuive, m’affranchisse du présent
      en attendant je meurs, puisqu’ attendre
      c’est mourir, c’est à dire en être
      réduit au temps, au temps pur, dépouillé
      du présent – l’attente
      est le temps pur

      attendant quoi, attendant rien
      – quoi d’autre? donner une forme
      au rien, un alibi à l’absence de crime
      attendre quoi attendre rien: attendre
      n’attend pas, n’attend
      que l’attente se passe
      or l’attente
      ne passe pas

      c’est ainsi qu’on me parle, c’est ainsi
      qu’on me tutoie, moi qui ne
      me tutoie pas, et c’est pas
      moi qui m’appelle, pas moi
      qui me réponds, non c’est pas moi
      qui me 
      parle

    tu touches pas l'fond
    9 octobre 2017

  • me and my rythm box

      quand toi tu m’auras, tu m’auras tu m’auras pas, la mort promise en nœud d’cravate
      fermant la marche, coupant l’cordon – déboursant peu

      cédant, mais sans se retourner, d’aplomb, sans même se retourner constatant simplement
      le dommage d’homme

      quant à toi passe-moi le sel, fais-moi faux bond retouche donc à la marge la, ma, ta
      déliquescence finale

      chuchotements c’est pas la mer, , à boire c’est pas debout que l’on fait ça chucho-
      tements mais quand même si, un peu…

      le mieux c’est de faire comme
      si ça n’existait pas, et ça n’existe pas vraiment voire autrement – ses yeux mouillés de
      vierge transitoire, et autre chose aussi

      tout ça pour rien, pour pas marcher dessus et s’en apercevoir, de rien mais ça on n’en
      parle pas, la bouche ouverte

      ou comme le suggère le titre, crampe d’être, douteuse a-méthodologie:
      me and my rhythm box…

    7 octobre 2017

  • la pluie sans cesse assise

      à la pluie qui meurt de jour dites-moi combien de jours la pluie
      meurt-elle encore

      une petite chose durant ce temps, ce temps-là ce temps dur, ce disque mou refusant de
      tourner

      la nuit dort contre toi, mais ne pénètre pas, ou bien à peine
      jusqu’au fond

      je grève de rien, je grève de faim – alors je bouffe tout, tout quand il ne 
      reste rien

      boire à la bouteille, et par toute voie navigable toute voie
      visageable: noyer l’poisson

      noyer l’poisson j’ai dit, à contre-courant j’ai dit, courant tout nu et inlassablement
      dormant

      pas pressé. pas trop pressé non plus, de faire son baluchon, rentrer dedans son baluchon et se jeter
      à pic à flotte

    la pluie sans cesse assise
    5 octobre 2017

  • en rase motte

      nature du vide ô nature du
      vide de la nature, j’aimais ton corps, à la passion j’aimais
      ton corps je me branlais
      dedans dessus, devant derrière j’aimais ton corps, nature du vide ô
      nature oblique garante de tous les
      testaments

      mon chien d’abord c’est pas un chien, c’est une puce
      pas même une puce pas puce à moi d’abord, c’est un homme, un homme à part
      il parle à distance, il danse à contretemps, il chante il appelle ça chanter mais quand il chante
      c’est la mort qui s’éveille, ce grand sexe alléchant

      ma pluie c’est pour tout l’monde, pas de jaloux et c’est tout, ma pluie
      c’est pour tout l’monde et les peuples restants, les peuples harassants, ma pluie c’est pour tout l’monde
      et quand je reste à sec, mais tellement à sec, ma pluie c’est triste à sec

      chien, chien comme tu y penses, chien à l’extrême
      il est des vues… tu peux pas imaginer il est des vues, peuplées d’une seule image
      ma vie c’est quoi ma vie c’est une vie, et elle n’y a rien vu, bagnole en sa misère, belle à crier
      pendant que le loup la fouille

      ma cheville certes, n’arrive pas à la hauteur du chrysanthème: je garde cependant le désespoir tranquille, je le chéris jamais ne m’en
      sépare, d’ailleurs du nord au nord ne se noie que le nord – son rien triste impeccable ça ressemble à la pure
      baie de somme et j’en passe, décharné j’y repasse, le point crucial et dès lors culminent
      où je ne
      me
      retrouve pas c’est évident

    3 octobre 2017

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