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assis là sur un banc


  • chemin de paille

      les hommes sentent la pluie
      ou pire s’ils se sont masturbés précédemment, le pouce par dessus
      j’ai toujours été l’aube de l’aube, l’hôte de l’hôte, l’amant quasi fidèle ou le picard de trop
      l’étranger de service
      – je me déparle en vous

      j’ai presque un dieu devant ma croix – cependant rien ne frémit, nulle érection ne se profile
      à l’horizon de tout pendant, éructant, cruciférant
      l’amour a le bon dos on fuck l’amour en veux-tu en voilà mais croûteux cœur tari
      en veux-tu en voilà je crains,
      je crains n’avoir rien oublié

      ma nuage s’avance, ma nuage s’engage, mon dieu
      s’est chopé la chtouille, l’avait qu’à faire attention – par exemple moi, io, ego, fais attention
      je redresse le tronc relève la tête, la plante dans le trou du néant et me rassure: rien ne sera pire, mon dieu,
      que de ne pas avoir été

      parle-moi d’une chose, parle m’en d’une autre, peut-être qu’on se retrouve
      quelque part
      quelque part ou d’ailleurs, parle-moi d’une langue, effilée essorée, d’une langue
      estropiée, qu’on aime quand on la suce
      qu’on crache quand on  l’amer

      que chaque verre m’atteste je ne meurs pas j’essaie juste d’emprunter
      le sentier escarpé
      entre ce qu’il m’eut semblé et ce dont j’eus rêvé, parallèles étriqués, je bandais pur,
      je bandais pur et tu pleurais, tu pleurais comme si de rien n’était et effectivement,
      effectivement de rien n’était

    chemin de paille
    1 octobre 2017

  • punk à chien

      la peur nous vient du ventre mais le ventre mou, trou noir au centre de la
      mémoire
      et je ne m’appelle plus rien, ne me rappelle
      ni le son ni le geste
      d’une pierre tombée
      unilattéralement
      tombée

      si mon chien est mort c’est qu’il n’est pas vraiment mort, c’est que
      je ne l’ai pas vraiment tué – j’envie ces mondes, ces hécatombes
      où je n’existe pas, mais si mon chien est mort c’est que le punk en moi
      n’aura pas survécu

      de boréales fraternités, un os qu’on n’a pas fini de ronger, je ne suis l’ami que
      d’une ombre errante, d’une putain
      d’ombre errante
      et elle erre entre les tombes
      des morts et de ceux qui ne le sont pas encore, à rebours de toute
      solidarité, rebut d’une vague à
      contre-courant c’est tout

      mes pays s’exclament
      gloire aux vaincus mais ma croix permanente, ma permacroix
      mon petit soleil aidant, petit soleil poussant, repoussant
      je n’ai qu’un trou noir, et cette nitescence d’emblée que seul peut concevoir
      un trou noir

      j’aime ta vie, je suce ta vie, de tout le long de ma longue langue je suce ta longue vie
      et ta vie me retient
      d’être, de respirer, de crier enfin, quand à la fin je crie
      tu vois: je n’aime rien
      que l’herbe rase en ce terrain vague et vérolé
      de la présente éternité…

    29 septembre 2017

  • le vieux brouillard m’appelle

      il y a mis la mort, le sentiment d’une rupture
      les larmes bien au sec.
      et puis les yeux bandés, si tristement
      bandés qu’une autre idée, ni meilleure n’est possible.
      c’est ainsi, pas autrement, ou autrement ainsi ouvrir un trou, littéralement respirer par
      le néant

      entre les eaux du premier pont, il n’y a rien
      que les eaux tombant du pont, soit un cri mal poussé
      tombe en flocons légers, rien
      ne penche au bon côté, rien
      pour endiguer les flots de ce débit
      amoureux

      nature à droite attention, nature à droite
      et c’est déjà pas gai, non, vraiment pas gai
      la transcendance de vigueur, les petits bateaux à douleur
      qui s’y promènent de long en large, qui s’y promènent ça c’est fini
      : la queue cloquée leur tombe des mains

    le vieux brouillard m'appelle
    27 septembre 2017

  • nos amis devant l’orage

      quelque chose
      nous marche dessus. et c’est plus dur qu’un nuage
      plus asphyxiant.
      au bord de la mer remue la mer, au bord de la terre la terre aussi
      remue.
      c’est du moins ce qu’on prétend

      une vie sans nombre, une vie
      à se marcher dessus, écrasant méchamment
      l’ombre qui nous pend.
      personnellement, je n’ai pas de chien
      pas de chien pas de puces, dont je ne tiens
      pas le compte.
      les jours sans poèmes je fais semblant
      les autres aussi je fais semblant

      un amour
      est entré dans la chambre, la chambre
      dont je sortis un jour
      pour errer n’importe où.
      je déteste rôder même si le sexe
      a perdu son nombril – ce qui
      peut arriver à tout un
      chacun, n’importe quand

      j’avais une pomme alors j’ai écrasé
      une pomme avec le talon – splatch.
      il y a des villes dans le sud parait-il, qui ne pensent pas
      qu’il y a des villes dans le nord, un nord quelconque, ni même des continuités territoriales
      lesquelles ne continuent rien d’autre
      que ça

      je n’existe plus en-dehors de ma mémoire, ça ne sert à rien – je pleure
      très sèchement
      très sèchement j’entrave
      le courant. mais je me noie dedans: une pierre, un caillou, le grain d’une poussière suffisent
      à me noyer dedans – où donc ailleurs
      que dedans?

      on ne s’éloignera plus
      du bord, on criera
      à l’aide quand personne n’entendra
      on fera ce qu’on peut, quand on pourra, c’est à dire qu’on fera
      pas grand chose en vérité – pas grand chose c’est déjà
      rien.

    25 septembre 2017

  • chignon nomade

      à la gloire
      de rester comme ci, comme ça, ouvert
      sur le vide, le pauvre
      vide de soi
      et d’écarter les jambes, un peu
      quand le train passe dessous

      je me suis, c’est bizarre
      déconnecté de mon destin, déconnecté
      de ma personnalité, je voudrais dire quelque chose mais
      il manque un toi, du bout des seins
      il manque une croix
      sur notre tombe houleuse

      je retourne chez moi j’imagine
      que je retourne chez moi – évidemment il ne s’agit
      que d’élucubrations: sans cela comment
      serais-je jamais parti
      d’où que ce soit, pour où que ce soit, arrivant nulle
      part à l’heure pile, au lieu fixe, quels qu’ils soient

      je rentre chez soi. il n’y a jamais personne, chez soi
      pas même moi
      un créneau de cinq à sept, une tasse d’univers
      je pense à quelqu’un qui ne pense pas à moi
      c’est tout ce que j’ai pour être là: une pensée
      à vide

      être mort ne résout pas la question de la présence.
      s’étiolent les fidélités.
      je ne pénètre plus ma blessure – tant saigner
      ne sert à rien

      les corps en partance
      s’agglutinent dans leur bouche or leur bouche
      erre sans baiser, branle sans conviction, leurs lèvres
      ne frémissent.
      les hommes quant à eux
      n’existent pas. ils ont beau se frotter la bite, les hommes
      ne se réveillent pas.
      on dirait qu’ils s’ennuient

      bientôt je ne me nourris de rien. je ne me nourris
      de plus rien
      – de la maigreur
      d’un contentin.
      je ne veux pas vivre autre chose, je ne veux pas vivre.
      rien ne s’oublie: tout disparaît

    chignon nomade
    23 septembre 2017

  • en amoureuse éperdue, en fille qu’on écrase

      c’est quoi ta vie, ton mystère, ta dolor d’amor
      mille fois ressassée?
      je te suce par la bouche et toi tu r’craches
      l’os, métèque,
      d’un vide incommensurable

      je n’ai rien acheté, j’ai seulement préféré
      le jour qui passe, sachant que rien ne passe
      le bois ronflant l’aile trouée, le bas
      filé si c’est ça qui te rassure, si c’est ça qui 
      t’ennuie

      pourquoi tu m’habitues, pourquoi tu m’habitues
      à tout
      du bout de tes bas ressorts, au large de tes
      instincts gestatifs – à tes normes plaintives, à tes
      insurrections nues, de chair nue

      c’est juste pour pas couler, c’est juste
      la bulle au-dessus du noyé – j’ai du marcher dessus
      j’ai
      du marcher dessus mais c’est pas grave
      écraser l’ombre nue

      rien que le petit jour et ça crachouine, ça ne peut
      jouir que debout, enfoui
      sous son œil droit, le coude au rail gelé ça ne peut
      que s’enfoncer, où, vers un passé
      meilleur, vingt et un grammes d’irradiée…

    20 septembre 2017

  • chien errant, meute hurlante

      c’est l’ombre de surcroît, je crois qu’on crève un peu
      d’avoir vécu, et c’est déjà le ciel, un genre
      de ciel écartant
      subséquemment
      ses cuisses boréales…

      j’avais ma petite nuit, j’avais
      ma petite nuit tranquille, la vidéo interne, les chiens
      tournoyant sur leur queue – un chien n’a pas suffi il eut fallu
      les dents de mordre
      à même le vide du sujet

      j’ai pas beau
      réciter mon poème alors que rien ne bouge, que le banc
      tangue un peu, j’ai pas beau
      rougir de plaisir quand y a pas de plaisir et que du plaisir ne reste et ne subsiste que
      la douleur amourante

      j’irai gerber – j’irai gerber oui sur ta jolie paillasse
      pas parce que j’aime pas ta paillasse non, ni ne t’aime toi d’ailleurs
      mais parce que justement
      justement rien
      à sa façon

      un soir avant la pluie
      un soir avant la pluie mais c’était rien, c’était juste
      ce soir-là qu’il pleuvait, comme il pleut tous les soirs à partir d’une
      certaine heure, vers certaines cités, ou sur de vastes plaines
      où on se dit que bon, allez, après tout on a l’habitude…

    19 septembre 2017

  • l’idée qu’un homme

      je m’inquiète. je m’inquiète
      de vous, grippée à ce miroir – je ne m’inquiète guère
      ni de rien: j’espère régner
      régner sur rien
      d’un azur profond

      je vous aime or c’est à midi
      que j’éjacule le plus vite
      somnole-somnolence, qui me prend de vertige
      – dieu vote à gauche, laissant
      le trône vide…

      tourmenté mais pas de trop, j’ai perdu l’habitude
      d’être, c’est comme la clope, je suis mort avant
      de vivre, j’écarte les bras: le vent
      oui, c’est con: le vent
      me chatouille

      changement de décor, de civilisatoire,
      de posture héro-X, je 
      soutiens le prolo prolifé-
      rant, le mystique insomniaque
      et l’alcool au volant

      à chaque jour sa peine, sa cascade éventée – le jour
      qui meurt est un jour
      qui meurt. à chaque jour son jour, sa claque
      dans le dos, à chaque jour son ombre
      à peine refermée

    l'idée qu'un homme
    17 septembre 2017

  • marcel / ne rentre pas ce soir

      j’aime une femme mais ça
      tout l’monde peut l’faire:
      trafiquer ses alibis, redéployer
      l’extase, dire tu
      où n’est que Je
      – car je fus avant celle, avant même que
      chien ne jacasse…

      vie ne fut
      que bonheur sans suite
      sel fin, si fin que
      la mer passe au travers
      – et dans le creux
      des os cette musique
      unique, ce souffle maigre
      : ce naufrage amoureux

      du coup maintenant, quand je marche sur
      du verre brisé, j’enlève mes grolles je retire
      mes chaussettes – c’est la moindre
      des politesses après tout

      naissance et mort, les deux bouts que tente de joindre le coït
      l’orgasme universel sur la croix de l’agonie
      entre les deux le corps flottant, les jours de bruine
      : l’économie du souffle…

      nous sommes un peuple
      de culs de jatte, tétraplégiques et autres déconnectés
      cierges éteints, vierges clandestins, nous sommes un peuple
      dépeuplé

      on pleure les yeux les uns des autres, on n’a pas peur
      mais moi j’ai peur quand même, peur de
      casser l’assiette, de
      l’andropause mélancolique, ou encore des gens
      qui ne savent plus se ressembler, ni comment faire durer

      s’arrêter tous les cent pas, faire un pas tous les dix jours
      le chewing gum de vivre – et nos mères
      à l’arrêt du car quand le car
      ne passe plus…

    15 septembre 2017

  • lui qui fume clou sur clou

      réduire les connexions pour se recentrer sur la seule connexion nécessaire: la conscience d’être, là – point nomade se rêvant du
      haut de toute chute

      je suis sans soi je suis sans 
      neige – je fonds comme au début, je ne
      m’y reconnais pas, je n’y
      reconnais rien

      la nature aime le vide, s’aménageant le maximum d’heures creuses, où produire dans l’entre-deux de soi la
      marge d’un silence

      et je vis dans ces creux, la conscience boostée par la mémoire de la
      mort – je couche quelque part,
      jamais ne m’y endors…

      un seul grain de poussière déjoue les pronostics – le néant ne compte pas
      dans un sens ou dans l’autre je retourne mes poches – le néant
      ne compte pas

      avoir été et s’en souvenir font figure d’actes irresponsables
      n’étant déjà plus que le souvenir de moi-même, et me considérant quelque part déjà mort
      entre le néant et moi l’épaisseur d’une feuille à rouler de la conscience de soi, ce soi comme si ce soi comme ça
      : la bille du troisième œil

      tout parle extase, extase et ennui de l’extase
      l’herbe pousse et j’ai la frousse. rien ne fut jamais plus inno-
      cent que l’herbe pousse

      ressusciter chaque jour et sans savoir pourquoi; ressusciter pour rien, au même endroit au bout du
      même souffle, ricoché sans préavis – au même endroit ça vous chavire

      on marchera comme on voudra mais on marchera droit
      on marchera en crabe, on marchera arrière, on marchera comme on pourra et quand on pourra pas eh bien on rampera
      droit ou en crabe

    13 septembre 2017

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