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assis là sur un banc


  • le cours du dé restant

      parfois qu’une terre, parfois qu’une terre et ça suffit
      les âmes blanches les croix de bois, boutons de nacre aux chemises
      écolières…

      on se trimbale comme ça, mains dans le rien, sexe forain – on trouve
      que les arbres ont poussé, que les trous
      sont creusés

      je me suis raté, je me suis raté d’un angle
      en plein rond la pierre tombée – je n’y fus pour rien: en plein rond
      la pierre s’est-elle jetée

      on raconte son âme, on raconte son âme et quelque part,
      c’est son âme qu’on perd, c’est comme le temps qu’on perd
      son bouton

      j’ai de moins en moins
      de mots, de raison, de mémoire: je me
      sans un bruit, tellement sans un bruit
      rapproche de toi

      mais ça suffit, tant j’ai les yeux heurtés
      de mes bains de minuit, j’accouche dans ta bouche j’accouche
      vibrant sans être, vivant de ce
      noème

    11 septembre 2017

  • mange ton chignon

      pour un jour c’est mon fil à retordre – un jour blanc comme il faut, l’ouzo ivre d’un marbre par exemple
      j’en conviens
      tu me dis mais qu’est-ce que c’est que ça tu me dis mais qu’est-ce que tu fous là tu me dis mais non, tu ne me dis rien: tu me
      montres tes seins

      je ne prétends rien, tu sais que je ne prétends rien, à rien
      tu sais que j’ai vestibule, que j’ai tout comme il faut, où il faut, colmaté emmitouflé
      ma tombe. tu sais bien que le chant, qui s’élève plus il plonge, tu sais bien que le chant
      tarit

      je ne sortirai plus
      à la récréation,
      je n’éjaculerai plus
      à contre-le-courant
      – peut-être me suis-je, trompé
      de destinataire, peut-être me passai-
      je de tout intermédiaire, n’empêche que j’ai gagné
      une dent
      une dent sur ma racine

      si on a supprimé dieu c’est juste qu’il obstruait
      l’infini – car seule compte la vue, la vue qu’on a d’ici-bas
      sur tout le bas, de haut en bas vers le nulle part, et nos petits muscles gonflés, surgonflés
      d’air pur, d’air éminemment
      pur

      la petite mort elle s’égrène, surplombe la
      grande mort, celle en arrière plan, scène originelle et primitive, sang qu’il en pleut, froid, brûlant et gel – la grande mort méridienne, cardinale anthropo-
      phage la grande
      mort nous ravit
      le bonbon

    mange ton chignon
    9 septembre 2017

  • désherbage

      j’aime bien ta souris-danse, ton air de dire je n’appartiens qu’à toi non, pas toi,
      mais ton œil crevé. j’aime bien changer, me travestir, changer aussi
      d’avis comme de prairie – on s’arrache pas comme ça, on s’arrache par devant,
      par les dents de devant, la langue
      vernaculaire

      tu en sais quelque chose
      pour elle c’est tout créteil-soleil mais pour toi, pour toi bride abattue
      pour toi c’est juste un banc – une manière, mauvaise, une malfaçon
      de pas tomber quand on ne s’envole pas, de pas couler quand on
      ne coule pas
      et t’en sais quelque chose…

      si je t’écris ainsi c’est que: un, tu ne le reçois pas
      si tu ne le reçois pas c’est que: un, tu n’existes pas
      si tu n’existes pas c’est que: un, je me suis trompé de porte, j’ai grand-ouvert
      celle d’à côté, et le néant s’étendant là plus beau que tout, l’herbe moelleuse
      ou piquante sous la plante
      d’un subtil égarement

      un soir et j’y reviens, j’y reviens sans y croire
      pas parce que je ne crois à rien mais simplement que
      j’oublie de croire, j’oublie tout jusqu’à ne plus être que
      le souvenir si plein de rien, qui claudique qui crachouille qui titube
      de misère en misère, sidéré d’exister, mais sans ça pas létal

    7 septembre 2017

  • pierre pomme brouillard

      je t’achète quelque chose tu me dis je n’ai pas quelque chose je te demande un truc tu me dis je ne suis pas, un truc
      alors moi, qu’est-ce que j’achète? j’achète mes dents j’achète, le tour du quartier, le quart de mon tourment à moi
      mords-le tu

      j’ignore si j’ai raison de suivre, de survivre malgré rien
      bonté pas tout à fait divine, les marges en expansion, j’ignore si tout à fait vivant, vivante et toi, le sourire remballé,
      les mains presque petites

      je suis pas bête; je suis pas bête non plus, juste plus envie
      de me faire chier pour ci, pour rien pour ça, pour les raisons idiotes, usuelles
      qu’on se donne d’exister – qu’on se donne, c’est déjà grand
      qu’on se donne, ça fait écho

      j’ai pas chopé l’mégot – mille fois le tour
      du quadrilatère et l’horizon toujours bonbon
      en trombe d’eau salée, de marée basse, d’amour qu’on embouche
      comme on se touche comme on se fraie, un chemin
      un chemin c’est déjà long

      un petit corps s’embrouille, un tout petit
      corps s’embrouille.
      on se débrouille alors, on se débrouille comme un pot, un pot
      percé.
      j’ai pas un mot, j’ai pas un mot pour toi – peut-être que j’en aurai, un
      pour l’équinoxe, le vénal équinoxe.

    pierre pomme brouillard
    5 septembre 2017

  • le sommet le plus bas

      il y a des fois où on ne réfléchit plus: on s’enfonce de l’avant, basta
      j’ai un genre de rouge-gorge, mais mon genre de rouge-gorge il est pas pour toi
      il tombe de soi, des nues de soi

      et on m’en chassera, ou je m’en chasserai moi-même après tout on n’est 
      pas mort debout, on est tous nés tombés, le pied béant,
      l’œil couronné

      ta ville elle est grande, elle est grande quoiqu’elle tombe en ruine et en
      poussière, toi tu tombes en
      poussière, en désuétude on n’est pas triste, on n’est pas triste non plus c’est juste
      trop grand dedans

      j’oserais pas revenir sur mes pas je n’y serais
      que faussement bien accueilli, et très faussement
      – je ne serai heureux finalement que 
      quand tous seront morts

      tu ne m’appelles pas, tu ne m’appelles plus, à vrai dire tu ne m’as
      jamais appelé – je suis non-appelé je reste
      assis là debout à quai, quéquette à l’air et le dos rond, à fond
      si rond saillant l’éclat
      de l’omoplate 

      j’ai joué oui, mais j’ai joué à rien
      même pas à perdre, haleine ni de vue, déclaration
      d’amour figée en vol,
      trognon de sable

      il suffit d’un univers, d’une conscience pour faire sens, le chaos restaurer
      je tends la main mouillée en creux et l’Assoiffé
      me lèche la main, s’entaille la langue d’un 
      destin

      et tu ne sais comment, tu le sais bien combien
      ça fait mal – moi peut-être
      pas tant que ça, après tout après quoi, moi peut-être
      mal accordé à quoi, à ça
      à tout ça

    3 septembre 2017

  • la vie sans marcher dessus

      près du pommier musclé, nos armes déboutonnées…

      le point G, de la mer en ce miroir
      est-ce moi est-ce ne pas moi, est-ce vous à l’envers, votre lèvre écornée
      d’un vulgaire baiser, la morsure à tout-va

      et je retournerai
      là d’où je vins donc ne vins pas je retournerai
      juste pour avoir le droit, moi aussi
      de mourir parmi des miens

      sans horizon, sans évasion autre
      que la douleur d’y vivre, de se lécher d’amour
      jusqu’à ce que ça gicle et même si, sans faire de bruit,
      ça gicle pas

      mes pommes sont tout’ pourries, mes pommes
      d’une grâce adultère – 
      elle se ronge les ongles, j’oublie
      à quel point ça fait mal

      je ne suis pas vieux, j’ai juste dépassé
      l’âge d’y croire, ou de ne point y croire
      neuf fois sur deux ou comment dire, comment taire
      la bouche froide

      rien n’est mort
      qu’on ne l’ait tué – c’est juste la tombe, la
      pissotière universelle, ‘un homme
      qui croit qu’il s’en tirera comme ça: mourir

    la vie sans marcher dessus
    1 septembre 2017

  • vénérienne

      déjà je m’insupporte, à supporter le temps, présent de se défaire, la mémoire à chialer et tout un ciel en berne – j’abdique. je m’instaure revenant
      de nulle part à jamais

      m’écrire sera joli, m’écrire n’écoute pas – il m’arrive à présent, mais c’est rare en effet,
      il m’arrive autrefois

      je me planque derrière moi, piaillant à tes côtés – mes tes côtés me sondent, tes côtés me confondent,
      ballon botté en touche

      dans l’hymne à l’inappartenance il y a le mot touche-moi le cul, moi je ne re-
      présente rien, ne suis le
      maître de rien

      à plat ventre, c’est toujours à plat ventre qu’on dort le mieux debout, le pied à l’étrier
      d’un faux départ, et la fuite en cascades

      heureux le pays plat, heureuses tours du trône défiant la mer mauvaise – toutefois,
      la prochaine fois ma moule, que la mer coule, surtout je t’en supplie ne me res-
      suscite pas…

    30 août 2017

  • à la pêche aux migrants

      entre fuite éperdue et stagnante immobilité, module la lenteur, vol suspendu
      vol mais suspendu

      apprenions-nous, nos petits couteaux parlants, à ne 
      pas baver d’ssus

      un jouet à la mesure de nos esprits grandis: un jouet cachot un jouet jackpot, un organe sexuel un jouet
      criant famine

      par la pitié qui nous chie d’ssus, qui crie la p’tite famine – nos belles irréprochables, notre-dames des coupons d’a-
      limentation

      quand dieu descend sur terre ce ne peut-être qu’en guenilles, en clandestin hagard, en rappeur des bas-cieux à la verve assassine,
      la pompe immaculée 

      je m’ennuie mais qui pleure avec moi, qui me dit que jadis c’est déjà presque demain – qui se cherchait sachant
      qu’il n’y retrouve rien?

      parce que ces pseudo-globalités ne sont pas assez grandes, les doigts trébuchant sur quelque trou en fond de poche, en triste
      déshérence 

      ne te réponds pas, point d’interrogation, si ce n’est par la sidération d’un silence incompressible,
      d’un essor abstenu

      la lumière ô la lumière
      n’a plus besoin de dieu
      – le néant en dégorge, il n’est
      plus un lieu d’être, il n’est
      plus lieu de n’être…

    à la pêche aux migrants
    28 août 2017

  • pogoter dans la nuit intérieure

      j’ai rêvé quoi j’ai rêvé d’où je m’en souviens
      peu
      que malgré moi tu foulais qu’une à une les épines et ce
      malgré moi
      retirées, la cheville endolorie tu pleurais pleureras, qui pleurait
      pleurera
      j’ai rêvé quoi j’ai rêvé peu, somnifère en lisière de cons-
      cience ou d’ailleurs

      parce qu’une seule fois aura suffi tu ne retourneras
      pas tu lâcheras, là, ton manteau de trop et le torchon
      de jour, la maigre pitance d’un cœur on dit un cœur tout
      refroidi, parce qu’une seule fois aura suffi et ce n’est
      pas
      si pur que ça

      j’aurais aimé, j’aurais aimé pourtant t’indiquer le chemin du re-
      tour j’aurais aimé, j’aurais aimé pourtant chuchoter sous un banc les mé-
      andres afin d’y revenir et découcher une nuit, une seule , et justement cette nuit-
      là

      je change un pas sur deux, un pas sur deux c’est toi, la pluie par deux
      les mouchoirs me manquent, tombés sans toucher terre – un autre jour aussi,
      tombé pour rien, frôlé d’une apparence

      mardi sans faire de bruit, juste un saut en arrière , planté là dans le vide
      arrière.
      marcher pardi, marcher dehors, foulant les ombres aux pieds
      d’argile noire.
      mort et bien mort, s’il faut en croire, un cheveu sur la langue et de queue
      lasse au dortoir

      je t’aimais bien pour ça, pour autre chose aussi je t’aimais bien mais pour ça, notamment
      désormais qu’on se dise, se le dise ou qu’on le dise on n’a plus peur, des boîtes
      pour autre chose aussi mais il est tard, bien tard et bien trop tard, désormais
      désormais que tout s’éteint, se tait et tu respires enfin, le bout tout près
      du souffle

    26 août 2017

  • le soir quand on y couche

      la volonté d’être un homme alors qu’un homme
      n’est la promesse de quoi que ce soit
      s’endort en haut, sommeille en bas, respire par les trous défendus
      enfin… ceux qui lui restent

      on ne mourra jamais, même tout à fait mort, tout à fait mort n’existe pas
      à part ça je crois que ça va, je te suis reconnaissant de ne pas demander, j’avale l’oubli
      et l’oubli me recrache 

      tu m’appelles comme tu veux mais surtout ne m’appelle pas – tu sais que privée de liberté la bête
      ne se reproduit pas. le temps
      m’accule à la douleur, la barbe pousse, je déambule
      me donnant l’air de rien

      je me paume
      j’espère t’avoir rencontrée quelque part, réconciliée à quelque chose
      il y a un chemin qui brûle il y a les traces fossiles
      des pas perdus, des puits reclus

      je retourne au pays, si réel
      qu’il n’existe pas – je commande un café, noir à petites gorgées
      et tout semble finir là, l’univers disloquant
      la poupée dyslexique…

      je lève les yeux vers le plus haut des yeux, rien ne cligne
      un espace immense où s’élancer, courir à pleins poumons – le souffle s’effile, la corde ramollit
      je me gratte la couille, la couille ou le genou, parce que la couille me gratte
      …ou le genou

    le soir quand on y couche
    24 août 2017

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