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assis là sur un banc


  • le même en rouge

      on dit pas hein on dit quoi, comment, putain
      on dit t’as pas vu mon esprit quelque part, petit joujou en forme de rien, phallus dégonflé
      phallus au stade anal mais non mais certes, et que nenni 
      j’ai rien vu t’as vu quoi – mais non mais rien, on dit pas hein
      et pourtant j’étais là, tout le temps j’étais là, fabriquant des abysses à faux-col avec des bouts d’papier

      là, juste derrière chez moi, un homme s’est tué l’esprit tranquille
      foudroyant sa tête de nulle-part-où-aller et la cédant au fleuve, où elle dérive encore
      elle s’appelait pas ophélie sa tête, ni justine ni élodie – c’était la tête d’un homme seul, d’un homme
      à l’esprit tranquille malgré tout, et toujours prêt, si le cas s’était jamais présenté,
      à vous rendre service

      fondamentalement, je n’accorde guère d’importance
      question de poids, plus on en donne aux choses, plus on s’embourbe, et on s’enfonce
      un retour en enfance ne nous ferait pas plus de bien: d’abord l’amour ça pue du slip et lorsque l’on prend un peu d’altitude, comme ça, survolant les lieux-dits,
      s’apercevant qu’à l’appel de l’infini infiniment répondait l’infini et basta,
      égrenant les leçons de jouir apprises par chœur lors de vies
      tristement antérieures

      sans préalable me suis-je lavé les pieds
      ils étaient sales et tout fripés – il aurait fallu les frotter d’un onguent de lavande mais bon, j’en avais pas, et d’aucune n’aurait voulu se mêler de cela
      sans préalable ai-je vécu, et je vivrais encore si seulement j’étais pas mort – pas mort comme un mort non, qu’on enterre ou qu’on brûle, mais comme un condamné à mort à perpétuité, même une fois qu’il est mort et c’est pas ma faute vraiment, c’est vraiment pas ma faute si c’est pas ma faute
      et si seulement j’étais vivant seulement, vivant et pas autre chose

    29 avril 2017

  • ombilical trognon

      et puis me laisse
      tranquille comme ça, tranquille
      à la lisière du temps, ou d’un autre.
      pour rien au monde.
      le rond d’un cendrier posé sur la table d’au-dedans
      à la droite du coude
      la gauche de nulle part

      en ce jardin.
      gagner à ne pas être vu 
      friche en partance, rame en dormance
      un peu de terre recouvrant le nombril, sous l’ombrelle un peu de vent pas plus
      parce que le vent est frais
      et l’ennui sans principe

      chancredune. nous sommes
      une longue habitude:
      soleil camé ou pluie battante, pluie dormante soleil glané – ce gris sans voix aussi,
      présent d’un éternel conscient.
      à côté d’un petit paradis j’ai semé ce petit pain rassis
      on verra bien c’que ça donne

      et si ça donne rien on marchera quand même
      à l’ombre de sa propre oblique, bancale, de sa propre pensée, probablement fuyante.
      un jour n’est pas né, fermentant dans le ventre
      d’une mère épuisée,
      polluée.
      et d’un équilibre incertain cela dit, comme rasée d’une seule jambe

      en incarnant les bleus qui passent, en pleurant sur la tombe de ma mère
      en regardant tout bas les pieds d’une fille muette aussi,
      ai-je senti quelque chose.
      un accroc au bonheur d’exister est-ce bête, j’ai senti quelque chose.
      quelque chose, c’est tout

    ombilical trognon
    27 avril 2017

  • vent modéré

      pour être seul, plus seul encore, dangereusement tanguant sur la cime d’un temps
      et s’écouter claquer des dents, par au-dedans évidemment

      pas d’oiseau mort, pas de vie sans la vie, de champ blindé d’orties non: qu’une âme en rade où l’on n’entende plus parler de soi
      qu’en soi voire en-deçà, parfois

      je cours à angles droits, c’est plus sûr
      et puis je me retiens, le temps que j’peux – va savoir de quoi…
      je suis cela qui fuit, le goût perdu du sol
      comme du reste

      la peur s’enlise – c’est à moi de faire le tour des têtes mortes, claques assises
      j’aurais mieux fait rester chez moi, ailleurs mais loin d’ici – si loin d’ici…

      le tour d’un homme en terrain vague, un jour de peu un jour de trop – qu’y puis-je…
      beau fixe, rafraîchi d’un vent franchement modéré
      

    25 avril 2017

  • un chiffon rouge ne fait pas le taureau

      une insouciance, un oubli du superflu et, par l’opération de l’esprit saint, une bonne connaissance des langues étrangères
      nous serviront de rames entre nos bras de sable

      ou plus simplement un ciel bleu, si bleu, qu’il ne sait quoi ni comment,
      et combien plus profond…

      j’envie qui a quelque part où revenir, un endroit où retourner,
      moi qui ne rêve que de fuite, intérieure en tout genre
      et pire comme je les aime…

      sans que je bouge le moindre petit doigt, ma vie ressemble à quelque vaine déambulation, une errance sans bulles,
      et autres semblables réjouissances.
      je crois c’est la mer qui veut ça, comme elle tangue au présent…

      à poings fermés à cœur ouvert je chie, je chie sur ta douleur, mon ange
      la petite bouche, touche anodine, la pierre sanguine, et ponce – il est grand temps
      de s’en laver le gland, sortant, se décontaminer les glandes chérie, je chie
      sur ta douleur, et ta douleur s’en tape

      jour de nostalgie c’est samedi: vin de limnos chaises plastiques, pluies éparses et berges molles…
      j’offre au monde, par-delà les baisers vitriolés dont il afflige toute existence, mon absence en tout point

    un chiffon rouge ne fait pas le taureau
    23 avril 2017

  • partir le ventre creux, le cœur tranquille, partir

      il coule sans fond
      il vole hors ciel
      puis tout à coup, depuis la fin du monde et jusqu’à preuve 
      du contraire il flotte, il flotte
      sur le néant de soi, à la surface
      muette et limpide, d’un miroir non-
      réfléchissant – il flotte dis-je
      d’un bout de brasse au moindre
      souffle, il flotte…

      rien à attendre
      de cette journée, ni de celle-là
      que faire d’autre pourtant
      qu’attendre? on a beau tendre
      les bras, brandir le poing,
      les jambes restent
      prises dans le sol –
      il faudra le repeindre un jour,
      ce sol

      je marche à reculons
      sans but, sans préméditation je marche
      à reculons, c’est comme ça
      je n’arrive pas
      à me rendormir, me nourrissant
      d’insomnies, c’est comme ça, , je vis dans la hantise
      que quelqu’un vienne à moi, alors je marche
      la nuit c’est plus sûr, je marche
      à reculons

      le soir je joue avec
      des cailloux
      ça me rassure, les cailloux
      leur contact rugueux, leur solidité
      – ça me fait un peu
      le même effet qu’avec le thé
      brûlant, le thé
      quand il tiédit ou même le thé
      refroidi

    21 avril 2017

  • s’horloge on comprend pas

      les soirs jolis les soirs gentils
      où j’avais plus de dents
      où j’encaissais, permanent évanescent
      ce vide insondé de la matière

      les soirs avides les soirs de grâce
      tantôt rageants, tantôt fondants
      et tout se réduisant à la forme simple et ahurie
      d’un nuage en sursis…

      chef d’œuvre d’aperception, routine prémonitoire
      quelque chose à ajouter, là, sur le tas de vide, fatras de vivre

      entraîné par la pente, et nous étant fait roue
      immobilité déroulée sans mobile apparent, orgasme simulé

      : j’aime aller sans bouger, promené en orbite autour
      de l’abysse éberlué

      chien de garde assis sur le sommet du crâne, défaillance de droit, silence avant-coureur
      regarder est un métier, ne rien voir son œuvre

      battant des ailes remuant la queue, grincer des dents mourir heureux
      chien de paille tapi au fond du ventre creux, pathétique ventriloque ou vermine affamée

      ne mord ni n’aboie
      qui tête au nord s’endort…

    s'horloge on comprend pas
    19 avril 2017

  • pour la gloire, rien que pour / la gloire

      alors quoi, t’as pas la fierté d’être, le minimum requis pour un
      curriculum vital
      t’es mort debout, t’es mort sur pattes, couché debout plutôt que beuh… faire l’effort, mâchoire défaite,
      de nous chanter
      ta ‘tite chanson

      oh oui j’essaie de vivre, un peu comme ci comme ça, oh oui c’est bon de vivre
      un peu comme ci comme ça
      – ne me regarde pas, et toi non plus, et toi et toi non plus, ne me regarde pas
      et moi non plus

      on se couchait très sage, et plus tard en dortoir
      fut une fois, une seule fois, et il n’y en aura pas d’autre
      je t’ai confié mon destin, il n’y en aura pas d’autre, et l’on se couchait tard
      car de toute cette simplification, tu dors sur le côté, le côté
      mou de l’ombre

    17 avril 2017

  • crame la libido, séminal vaginal

      mal rompu
      j’ai un peu mal aux g’noux, aux coudes, bref à tout ce qui plie
      : je ploie du côté triste
      l’amour pour prendre un raccourci, couper à travers champ,
      le champ des clés n’ouvrant fu-
      rieusement rien, connasses de clés

      j’appelle, j’appelle à l’aide dans les créneaux horaires
      le café froid de vivre, sans sucre, voire la main dégantée
      tu m’aimes un peu quand même allez dis-moi, tu m’aimes un peu, parquet ciré
      sol foulé, nerf défoulé
      sur ce nègre en haut-lieu

      mon dieu bénissez-nous, j’ai mal au trou
      là d’où je viens c’est normal, on se pend comme crémaillères au cou
      de maisons hermétiquement closes
      les chiens font pas les chats etc
      et mon cul, fait-y mon œil, oui ou merde?

      debout de biais ou mal couché, j’insiste
      tu vas pas nous crever la bouche ouverte, quand même
      tu vas pas te doucher sous les regards gluants
      je suis prisonnier de nulle part – j’escompte toutefois
      en réchapper

      cosmologiquement parlant, ça va plutôt bien dernièrement
      je me suis échappée
      d’un endroit volontaire
      je cours je cours
      sur l’envers à l’envers
      le ciel miteux, le ciel glorieux, s’amusent à touche-pipi, à tire-pompon
      – mais qui donc (μα ποιος; ) s’est entaillé les veines
      avec une épingle à nourrice?

    crame la libido, séminal vaginal
    16 avril 2017

  • gnagnagna gnagnagna

      elle chiale mon cul
      je suis là, pas ailleurs, et c’est bien loin déjà
      marcher seul sur les quais, le long des quais, la flotte qui pue,
      clapote et cligne
      je sais pas pourquoi elle chiale, fume,
      clignote 

      d’abord je fus surpris
      mon cœur fit des bonds, d’accord, tel un singe en hiver, d’accord
      finalement tout est calme, d’un grand calme – c’est la beauté funèbre am stram, c’est la
      la
      la mer en douce

      chiotte dégage, allez dégage, dégage ta mère de d’là
      les mères sont un grand trou, un grand trou à la place des mères
      jeudi il fit grand gel – jeudi-marché, jeudi-congé, jeudi-naissance acte-manqué
      faudrait bien crever un jeudi ou s’arranger
      dans un vers ou dans l’autre
      pour que chaque jour de la semaine
      tombe un jeudi

      il faudrait boire, boire et encore boire
      plutôt que méditer
      penser que l’occident se trouve toujours à l’occident de l’occident
      on ne s’aime pas, on passe le temps
      à se donner des petites claques par-dessus la table
      pendant qu’on se fait du genou par au-dessous
      pou! caillou!
      hibou! joujou!

      la pluie tombe à côté, à côté tout le temps et heureusement tant je déteste
      le mouillé
      la preuve, chat frileux: dieu ne croît qu’en pays sec, en pays de bois sec, d’incendiaires promoteurs
      et de pompiers en short

    14 avril 2017

  • et spiritus sancti

      quelque part j’ai là
      un peu d’effroi
      et ici, là, tout près d’ici (à côté d’à côté): un calme à l’opposé
      j’y séjourne, j’y séjourne parfois
      avec une paille
      plus longue que l’autre

      pourquoi tu m’as souri
      dis-moi donc, est-ce à moi que tu m’as souri, et as-tu souri vraiment
      ou bien comme ça, par extension
      par politesse tu sais, comme en effacement
      – un doigt dans l’eau stagnée,
      des lilas par défaut

      je ne prends plus le train, le car ni le ferry – d’ailleurs,
      je ne vais plus à paname, n’y descend ni n’y monte
      je reste là, chercher mon âme, perdre mon âme, pas chanter de chanson non
      même en faux, bassement foutre

      la mémoire courte – efface, efface jus-
      qu’au souvenir du présent, et autres pestilentielles
      réminiscences.
      il faut rien dire: ouvrir un pas de côté, un pas pour rien
      marcher l’un devant l’autre, ou plutôt l’un au-dessus
      de l’autre, se voir de haut
      d’un peu plus haut

    et spiritus sancti
    12 avril 2017

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