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assis là sur un banc


  • la balle de nausicaa

      deux fois par jour un chien me mange
      il commence par les doigts, la main, monte ua visage
      puis il s’attaque au pénis – de ma main restante je lui caresse la tête tandis qu’il me dévore le foie
      il sent que j’ai pitié de lui, il a la larme à l’œil
      – au mien ou au sien, c’est kif-kif 

      je voudrais seulement que tu ne me méprises pas, c’est à dire que tu cesses de m’ignorer
      je sais il faut beaucoup de patience pour ça, et tant de temps à perdre
      une vie à rien foutre – pour ainsi dire une âme
      à sauver

      on ne peut pas tuer sa mère – nul de besoin de loi ni de tabou à cela simplement parce que ça n’existe pas, sous l’affût d’une haine
      rêverions-nous toutefois d’un plus beau suicide, d’un vase plus fragile?

      l’âme, c’est d’implorer pitié – tout le sexe entre là-dedans
      tout le vide se trouve au-dehors, comme tout être hors de soi, à chaque absence un prénom
      du début à la fin et de la fin au début une seul chose, une seule:
      je me demande
      pardon
      sans le moyen ni la force de me l’accorder jamais

      il y a la réalité et il y a le discours sur la réalité, lequel tend à se prendre pour la réalité entière et nier toute réalité hors soi
      quant à la réalité tout court, si elle se raconte des histoires ces histoires n’ont ni commencement ni fin, s’avèrent dépourvues de morale et ne prouvent rien à rien
      en fait ce sont des histoires
      qui ne se racontent pas

    10 avril 2017

  • crucifier un bouddha

      un pied en terre et quid de l’air, lequel peine quand même à soutenir la tête, ballon foireux…

      se masturber dans le confessionnal, narcissique d’abord
      on voudrait se toucher mais c’est tout le corps qui fait défaut – l’amer mégot
      du faux-semblant

      un chien c’est déjà presque un chien mais lorsque l’on en arrive à l’homme, lui manquent désespérément les couilles: un homme est avant tout un manque d’homme, qu’aucune féminité ne vient sauver de la disgrâce

      l’espace inadéquat, illégitime
      absolument inutile et dérisoire, cet univers sans fin, d’irascible logique
      un brin de vie, un seul, ranime toutes les croix

      aurais-je raison de tout, bientôt ne suis-je plus rien
      dieu ne s’étant pas montré l’interlocuteur fiable que l’on espérait, je m’adresse à la poupée dégonflée, la mal-peignée
      je manque sacrément d’air

      tout semble s’échafauder sur la castration: la plénitude fantasmée ne serait la plénitude de rien si ne la conditionnait la castration c’est banal
      il a fallu inventer l’absence de dieu juste afin de respirer, de souffrir sans péché, en presque toute sérénité…

    crucifier un bouddha
    8 avril 2017

  • chien méchant n’avale pas mouche

      un poète s’est pendu, précisément à la longueur de corde manquante

      on ne se vengera jamais assez de l’amour trahi (ou traître), ni sur soi, ni sur dieu
      dès lors sommes nous en retard perpétuel sur la course du temps après sa propre queue

      la vanité finira par révéler son secret, c’est à dire l’aberrance d’un monde sans mystère – brosse à dents d’une main
      et tube atrocement vide de l’autre

      un jour viendra, ou pas
      la vérité dernière ne consiste pas en ce qu’il n’y en ait pas, mais en ce que le fait qu’il n’y en ait pas ouvre sur l’espace illimité ou elle cesse d’être nécessaire

      un feu brûle à perpétuité – c’est d’un combustible dont je garde la nostalgie, en poumon calciné, fillette déracinée

      ma vie ne tient que par un bout – l’autre lâche prise pour se fêler l’anneau, tout simplement l’anneau

      à quel point l’amour universel découle t-il d’une désolidarisation aboutie, de ma gueule de travers
      ça devient si facile de pardonner quand, déculpabilisant de mourir, on n’aime plus personne…

      qui n’a rien à faire de soi ne perd pas grand chose à se donner – mais quand ne reste rien à donner et que le feu ressemble au feu autant que la cendre à la cendre? que vais-je donc devenir, ma mère?

    6 avril 2017

  • bingo l’appareil zéro

      la nuit tombait futile, incertaine, bouchait les coins

      tituber sur les frontières, en funambule aviné, cadavre exempté
      de toute autre tentation

      je me suis appauvri, jusqu’à me démunir de la pauvreté elle-même – je n’avais plus les mains
      de les joindre

      à tire-d’aile ou à tâtons, je marque un but hors cadre dans l’ubiquité du non-sens

      j’aime tout ce que je touche, même si ce que je touche en souffre – en pitié la réciprocité
      n’est pas de mise

      j’aimerais revenir. me manque ce point de référence à partir duquel se définissent un aller ou un retour, un avant
      ou un après

      je ne contiens que mon ombre propre, mon intime saleté – je n’ai d’autre source où puiser
      mon innocence

      un homme pense à quelque chose or quelque chose ne pense pas – d’où la nécessité seule de la chose

      plutôt partir que revenir, sur le chemin dont la boucle a sauté et la femme
      s’est pendue

      je voulus être sans origine comme en l’état le plus pur, au saignement de nez près

    bingo l'appareil zéro
    4 avril 2017

  • me and my rythm box

      je ne suis pas celui qui croyait celui qui
      tenir
      entre ses mains qui
      un marteau, croyait
      un cadeau
      un pansement sur le grand corps celui qui
      tenir
      quelque chose mais rien

      un autre vide encore

      un autre, encore un autre
      vide

      qui me

      qui me
      pète à la gueule
      un vide

      un autre vide encore

      alors tu m’as dis tu

      j’allais dans tous les sens, tu sais
      comme j’allais
      j’aimais dans tous les sens, aller
      tu sais, comme j’aimais
      il n’y avait pas
      de sens mais tous les sens, j’allais
      tu sais

      mourir ne fera
      pas de
      bruit
      de vague
      rien, divague

      tu boites du
      mauvais côté
      terminal tranquil-
      lité
      tu boites à contre-
      courant

      mourir non plus

      paresse
      immensé-
      ment paresse
      c’est à présent

      tu viens
      avec les bras tu viens
      avec les doigts aussi
      au bout, tu viens
      avec ton dos
      et ton anus aussi
      au bas

      il reste tant
      à oublier

      depuis

      un peu, si peu

      ou depuis peu
      et depuis rien
      plus rien

      ou si peu
      si peu qu’il suffit de

      une goutte
      un vase
      une goutte
      …

      non

    2 avril 2017

  • maison

      maison

      ou quelque vide

      quelque vide en 
      la demeure

      j’ai bâclé la
      demeure

      me tournant, me retournant
      les pouces

      allez, attrape-moi

      rattrape-moi

      n’abandonne pas ton
      cadeau dans
      la boue

      ne nettoie pas la boue avec un
      miroir

      ça ne marche-
      ra pas

      je ne voulais pas de toi
      chez moi, je ne voulais
      pas de moi
      chez soi.
      je ne voulais pas de chez
      soi nulle part, ni en
      personne, je ne
      le, le, les
      voulais pas

      elle se
      masturbe, elle se
      dans
      ma bouche, elle se
      dans
      masturbe

      un clou

      la vitre étran-
      glée

      je pisse un peu plus loin

      plus loin n’est qu’un 
      symbole

      en croix

      c’est pas un pay-
      zage, non

      in vitro

      maison

      devant, derrière
      maison quand même

      sans queue

      ni bête

      maison
      maison quand même

    maison
    31 mars 2017

  • tangerine dreams

      je ne peux pas danser, entre les rails, je ne peux pas, je n’aime pas
      danser.
      ce n’est pas une faille, ce n’est pas qu’une faille, c’est une faille
      sans fond.

      tu vas deux fois puis après moi, après moi tu t’en vas
      je me dis vas t’en, vas t’en dans tous les coins, les recoins et les fonds, les bas-fonds et je me dis reviens, ohé reviens
      mais rien
      non, personne

      ton auteur est à mille lieues de s’imaginer, de s’imaginer voir comment tu danses, et quand elle danse, tandis que danse
      et même pas vrai
      pas vrai mais en faux et même plus vrai encore, et mieux que beau, j’ai reversé cent balles
      dans la machine

      je ne suis plus ton frère putain, et plus ton homme, plus ton ami – je ne suis plus celui, putain, ni celle, gracile, je ne suis plus jolie putain
      personne, je n’ai dit que
      personne

      et c’est comme ça qu’elle prie, dis donc, et c’est comme ça qu’elle
      alors là moi, dis donc, alors là moi et son couteau, sors son couteau, à vif
      et c’est comme ça qu’elleshut , la garce, c’est comme ça et pas moi, pas moi car moi je passe – je passe
      à côté

      ainsi double théatre

    29 mars 2017

  • pas tous les jours la veille

      il y a dans la mer ce goût bizarre qui n’est pas celui du sel – plutôt un genre de moisissure douceâtre, de saumure nauséeuse
      tu me prends la main dans ton sommeil. je retourne la boussole. pourquoi faut-il toujours trouver une justification à vivre?

      je te peigne les poils pubiens dans le sens d’un fœtus de paille. tu me laisses faire, et tu te laisses faire aussi, prise au piège d’un abus de confiance
      ce qui me plaît dans cette maison c’est surtout son vide – un vide qui ne se comble pas, un espace irrémédiablement vacant

      tu me suces la lumière, juste comme un enfant son pouce. tu t’endors inondée d’un bonheur léthargique. on finit par accoucher de soi et ça nous vide de soi
      je croise le même regard absent. je longe la même paroi débile. j’autopsie le même sein malade. comment me feras-tu donc croire que je suis vivant?

      ce n’est pas de l’angoisse, c’est pire: c’est le manque d’angoisse. c’est le manque tout court. pas le manque de ci ou de ça, pas le manque de rien – juste le manque, tout court. le manque irrépressible, le manque inépuisable, le manque inconsolable
      les jours pairs, je saute par dessus les jours impairs

    pas tous les jours la veille
    27 mars 2017

  • du verbe contourner

      je pensais ne rien dire. je pensais déborder largement de la table. je pensais qu’elle aurait avaler juste en fermant les yeux
      au dernier moment un homme est saisi de pitié – il détourne le regard mais c’est plus fort que lui, il commet
      l’irréparable 

      tu ne peux pas vivre en permanence avec cette obsession-là. tu reposes le miroir de nuit. je veux dire le miroir où n’entre que la nuit. toute la nuit. le noir en ce miroir
      le capuchon ne tient pas au cul de mon stylo. ça ne me contrarie pas vraiment, mais il faudra que j’en change
      une autre fois j’veux bien

      un ciel uniformément bas – il va probablement se mettre à pleuvoir d’un instant à l’autre, à pleuvoir doucement
      j’imagine combien ça doit être bon de craquer, se déchirer tendrement et se mettre à pleurer, sans même savoir pourquoi – tout juste s’effondrer avant d’aller faire un tour
      dans l’quartier

      elle me dit lèche-moi là, pointant son index sur l’os de l’épaule. elle me dit coule à pic, empale cette mouche au ventre creux. elle me dit éjacule dans le fond de ma main
      je me suis fait du thé. un litre de thé. j’avais besoin de réparer quelque chose en moi, de panser une timidité, une plaie qui ne parle pas et dont on ne 
      se rend pas compte

      je ne pense plus à rien, sauf au fait que je ne pense plus à rien. des orgasmes-fossiles jonchent mon mal de mer, arêtes d’un poisson minutieusement dépecé
      il n’y a rien à penser – la langue retombe dans le trou d’une orbite vide. il n’y a pas à avoir peur et pourtant ne demeure que cette peur informe, une sirène
      en descente d’acide…

    25 mars 2017

  • s’endormir sous les rames

      je n’ai rien à faire de mes journées
      je n’ai pas l’envie de bouger non plus, de me perdre
      je vis à peu près comme vivrait le dernier homme sous terre
      avec des allumettes évidemment, mais désespérément sans clope

      ça serait pas mal de retourner vivre au bord de la mer, même sous un climat pourri
      j’ai soif de béton, de béton et de mer
      de sucre en morceaux dans le café noir et non de ces absurdes tubes de sucre en poudre
      j’ai soif de désespoir, servir de squat, de foyer de refuge
      au désespoir final

      ce n’est pas la mort de l’individu qui fait peur c’est l’extinction de la conscience humaine, dont l’individu est le dépositaire dans les limites de la place disponible
      je n’ai rien vu je n’ai rien entendu, je suis tombé amoureux
      d’un poteau, d’une lance
      modestement d’une pluie de côté…

      je voyais une tache bizarre sur la lune mais ce n’était que de la crasse sur la vitre, un doigt gras sur le clito de la nuit perpétuelle
      je ne m’habitue pas au froid, je ne m’habitue à rien. j’ai l’impression d’être un hérisson qu’aurait perdu ses piquants
      un homme sans son slip
      un couteau sans  tranchant

      je laisse la lumière allumée dehors – elle rentrera tard d’un vernissage du côté d’orléans
      la langue qui tangue, les routes qui dévient sans faire de vague, l’errance inconditionnelle
      elle se blottit dans mes bras et distille en moi son silence limpide. je m’endors sous les rames

    s'endormir sous les rames
    23 mars 2017

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