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assis là sur un banc


  • dormir à plat, rêver en boucle

      au commencement était le temps, rien que le temps, béant
      et avant le temps: l’agonie.
      à l’intérieur du mort un noyau s’étouffait, il pensait se dégourdir
      les jambes.
      dans le cercueil, épars, nageaient les nénuphars

      je t’enculai sur le dos de la tortue céleste, je t’enculai dans la chute des mondes je t’enculai
      sous une pluie de neige vespérale
      je t’enculai et le silence ne broncha pas – ce n’est d’ailleurs pas pour ça qu’on l’appelle silence
      ni parce qu’il est muet

      je me nomme commun détour, et tu me bandes les yeux
      tu me bandes le visage entier, d’un revers de la main tu effaces mon sexe
      il va sans dire que je reste un homme debout
      même couché, je reste un homme debout
      peut-être parce qu’en moi un dieu naquit, pâtit, se fit hara kiri
      – les êtres ont survécu, l’univers a survécu, et je leur en sais gré

      on n’ira pas en vacances cette année encore
      nos infidélités tendent vers cet inoubliable, cet inexpiable dont on mourra plutôt que d’y renoncer
      même si ça se fait pas…

    21 mars 2017

  • où personne n’est chez soi

      tu crois que tu en as marre mais en fait tu n’en as pas
      marre.
      tu crois que tu iras jusqu’au bout mais en fait tu n’as pas entamé ne serait-ce que la symbolique ligne
      du départ.
      tu crois que tu t’appelles régression mais en fait tu ne t’appelles pas: tout au fond de toi te contentes-tu de
      répondre absent.

      je ne suis plus là. ou presque plus
      je voulais te dire quelque chose mais il n’y a que du vide dans la bouche
      que du vide au tympan claquant – le cœur bâille à présent
      je ne suis plus là. tu ne m’y trouveras pas, je ne t’y trouverai pas
      je squatte toute l’absence
      j’ouvre grandes les fenêtres de l’absence
      c’est la mort sans la mort

      je suis un homme au hasard, étant entendu qu’ « être », « homme », ou « hasard » nous font des concepts joliment surannés, des syndromes prolétaires
      j’avale un truc. on est en nous, en soi en nous. à tort ou à raison je ne magnifie pas le
      réel

      oser nous mènerait très loin, plus loin encore – nous n’en survivrions pas
      ne reste d’héroïque (individuellement, collectivement, métaphysiquement) que le suicide
      mais sera-ce encore, sale race,
      de la poésie?

    où personne n'est chez soi
    19 mars 2017

  • nos patries éphémères

      les hommes savent pourquoi
      le long d’un chemin-brest
      y a plus rien à bouffer
      plus rien à picoler.
      sainte-marie-les-néants
      où notre cœur balance
      priez pour nous d’après photo
      – suivront les jours suivants

      vois le fou, celui qui
      ne balaie pas devant sa porte, à la fenêtre ne distingue pas
      la vitre, accoudée au paysage – il glane
      un nuage volontiers
      océanique dégradé

      la vue porte souffrance, je vais à reculons je viens
      à terme en soustrayant, écopant
      y a pas d’mystère, y a pas d’taudis
      l’amour à perte de vue mais la vue porte souffrance, l’aumône
      ranime le juke-box
      ou peu s’en faut

      eul’ capot’ a pété, nous sommes tousses sœurs
      me voici bel et bien vivant, le sourire extensif
      et les dents en avant, ratissant large, suce-moi le sable, le goudron
      mourir c’est ce qu’on ne peut faire ensemble, l’infini nous sépare inexorablement
      : on baise du vent

    17 mars 2017

  • mercurochrome

      ce moment-là, d’extatique détresse, ce moment où
      l’on surplombe l’imposture, où l’univers
      te traverse sans même t’effleurer
      ce moment où dans un même
      souffle se fonde et s’abolit
      le destin – toute ma vie, et quel que soit mon âge, me serais-je raccroché désespérément
      à ce moment, là
      et pas un autre

      une fois les choses tombées, tombées à terre, elles ne simulent plus – elles cessent de prétendre, couilles mouillées
      elles ne font plus les belles et c’est ainsi qu’on peut enfin les regarder en face, sans ciller
      je m’imagine libre, libre de tout absolument libre de moi, j’imagine à foison –
      ce qui ressemblerait exactement à ça, là, si je n’avais pas peur

      or la peur c’est tout ce que j’ai, tout ce qui me fait sentir être: seule la peur du néant m’en distingue vraiment – comment donc y renoncer sans succomber?
      non je ne m’appartiens pas non je ne suis maître de rien non rien ne m’est du
      quelques instants de grâce ci et là, comme on sort la tête hors de l’eau et inspire bruyamment 
      et puis il y a le tuba – certains parlent de poésie, d’autres juste
      de survivre

      nous n’avons plus besoin de grand chose: un cube de murs, un sac de cacahuètes, se promener par temps couvert
      nous avons besoin de mourir un peu aussi, non pour ressusciter assurément, mais dépasser d’une tête la mort rien qu’en faisant le mort
      que les morts aient pitié de nous, sinon nous contenterons-nous, à chaque inspiration,
      de respirer…

    mercurochrome
    15 mars 2017

  • ras les gamètes

      tes courbes crient famine
      tu te prends à rêver que par tes veines à sec
      remonte l’océan, jusqu’à réamorcer
      la source, regonfler
      un dieu à bout de souffle, recoudre
      un christ éviscéré

      collectionner les balles dans le dos, sur la nuque un seul doigt
      crissant jusqu’à l’amour, ses retombées
      rétroactives 

      je voulais vivre à ta convenance, le doigt dans l’trou et la tête de travers
      vivre pour rien et après on verrait, la porte hermétiquement close aux possibles
      ainsi qu’à tout esprit
      de rétorsion

      un destin, un vrai, regarde passer les avions
      à sa hauteur les bombes
      tombent en apesanteur, suspendues à leur inefficience
      quel sens, d’à tout prix préserver en soi ce côté désuet qui nous tient lieu d’ombrelle,
      d’ambre tristement
      lunaire

      les larmes ne nous consolent plus, ni les cris ne soulagent
      si n’était immorale l’innocence nous sortirions pisser dehors, tempête ou pas, le long du premier mur venu
      le long du mur dernier
      du mur à perpétuité 

    13 mars 2017

  • domaine assis

      corps rejeté sur la grève, quelle ambition aurais-je
      j’aime à regarder le ciel tandis que je me décompose
      j’aime ce auquel j’ai renoncé, restant fidèle à ce que je n’ai plus l’espoir d’atteindre
      un homme sans dieu ne le trahira pas, les brûlantes extases
      ne me réchauffent pas

      la mer me manque
      je l’avais presque oubliée et voici qu’elle revient
      je n’en rêvais plus et voilà qu’elle m’appelle, susurrante
      pas pour m’emporter non, pas pour que je l’affronte, la domine mâlement
      mais comme image concrète de la mort infinie
      je ne peux plus me contenter de jouer avec la langue, les idées ni le feu – je tiens juste à regarder la mer
      confondant l’inéluctable
      à l’irréalisable

      les yeux se sont un moment écartés de leur orbite
      ils vaquent, c’est à peine si ils pensent
      ils me regardent danser là, strictement immobile, assis sur ce banc d’infortune, cette dune en structure, danser là
      strictement immobile, d’une immobilité toute
      chancelante
      et dérivant sur place

      toute ma vie je suis parti
      parfois viré, toujours partant
      autrefois revenant
      cette immensité nauséeuse devant moi, sous moi et au-dedans de moi
      parfois mourir, tout l’temps mourir
      l’angoisse des frontières, douanes volantes et chiens hargneux, la grise loi de l’uniforme
      : entre mourir et être mort cette impitoyable lutte à mort, à tors
      et à travers
      je suis esprit tout esprit mais avant cela encore dois-je manger la terre
      toute
      la terre

      je sens que je ne deviendrai réellement homme qu’une fois privé d’idée, privé de sang
      qu’une fois libéré tant de dieu que de la bête
      en proie à rien, mais à tout vulnérable
      tout nu tout seul, effaré
      n’osant même pas pleurer
      tétanisé là sur mon banc
      mon banc froid et mouillé

    domaine assis
    11 mars 2017

  • de beaux blizzards aveugles

      cette lancinance
      m’agrippe
      ça fait comme des cloques sous la paupière, des rêves ballottés dans un flacon de liquide
      amniotique, des pas chuchotés
      de somnambule…

      sous tes vieilles ombres, tes vieux dégoûts d’bigleux
      la mort à l’amertume, gris glaire en fin d’parcours
      la mort aux cheveux longs, rasés très longs de long en marge
      car à la fin vois-tu, pas d’œil en vue vois-tu
      pas d’œil dedans non plus

      une bulle, une simple bulle
      a bouffé tout l’océan
      et se fond dans mon creux, mon creux à moi, ma petite lavande
      mes sources empaillées

      mi me ma dans son aspect naufrageux, toute conscience absoute me dis-je, toute conscience
      hors bord – 
      et nos ballades
      sentimentales…

      à la mi-journée tu crèves, c’est comme ça que ça se passe d’habitude
      d’habitude on n’a pas l’habitude, défroqué comme un ver,
      d’éventrer la morue, à cru, on aurait disparu – on aurait du, à vue,
      disparaître…

    9 mars 2017

  • cache-misère

      j’attrape un bout, l’air par un bout
      respire par l’être – c’est un meurtre
      sans assassin – j’attrape un bout
      et ça vient tout d’un coup, me reste entre les pattes
      je tombe et pourtant même pas mort, même pas
      mort – le ciel n’a pas bougé, se déplace lentement
      j’arrache un bout et puis je tombe dedans, en dedans
      s’ouvre en moi le seul espace vacant
      où je puisse encore sombrer

      je ne sais pas vivre
      j’ai seulement appris à survivre, ce qui n’a aucun rapport, tout autre conditionnement
      dès le début c’est net: juste survivre, se fondre dans la durée
      éviter les extases, demeurer dans l’instase
      sauter avec la mine, bien faire le cadavre, pourrir avec les vers – refaire surface quand personne ne regarde
      doser l’angoisse
      en contournant les buttes, en échappant aux trappes, parviendrai-je peut-être sain et sauf
      à l’océan tout pur, l’océan tout craché

      cet effort constant à fin de spiritualiser la mort, passer du ver à l’idée, de dieu au néant
      rien d’autre à foutre ici qu’être conscient, susciter la conscience – veiller
      veiller la mort, le mort en soi, ce qui est et ce qui n’est pas, ce qui simultanément est et n’est pas
      veiller
      : spiritualiser
      la défaite

      j’étais l’homme et j’étais la femme – je n’ai jamais compris pourquoi je n’ai jamais su comment je ne fus
      que l’homme de la femme, ballon lâché dans l’air vicié, bombe larguée sur un atemporel hiroshima
      aller d’ici à ici-même prend toute un vie au moins – je n’imaginais pas que ce serait si long, que ça n’en finirait jamais de n’en pas finir
      ni de trembler, se jeter sur le miroir et de s’y mordre, se punaiser chaque nerf
      à la rétine sidérée du vide…

    cache-misère
    7 mars 2017

  • un château d’os

      il y avait beaucoup de fleurs jaunes dans mon départ à moi, et d’augustes épines pour se foutre dedans, se retrouver cul-nu sur son sommeil gelé
      pour ainsi dire gelé

      repartir pur, le cœur tranquille et l’esprit en faillite – faire abstraction de tout cela
      et puis du reste aussi, la belle aliénation

      l’astre a du enfiler double capote aujourd’hui – le grâce ne perce pas, l’infini menant droit à l’impasse d’ici
      et inversement

      presque une chaise neuve, pour s’asseoir comme il faut, où il faut: face à son verre à soi, à son envers et contre soi – bref restaurer minutieusement
      les conditions du manque

      j’accueillis les dictons; j’accueillis les labours; j’accueillis la perforation des poumons paternels. une simple ballade activera la transcendance et puis il y a si longtemps
      que je n’ai mis le nez dehors…

      plus pauvre encore: en une contrefaçon de vivre qui ne nous appartienne plus et toujours là, doutant de tout dans se douter de rien,
      comme dit l’refrain

      de quoi se retient-on au fond si ce n’est de couler, à pic, à cœur ou à carreau. à force de flotter je ne flotte sur rien – un souffle sur deux, toujours assis…
      ça va comme ça

    5 mars 2017

  • humanisait les inactions

      c’est en banlieue de nulle part, c’est moche, le temps y est pourri et y a rien à y faire – bref l’endroit juste où se perdre, s’oublier, se rapprocher un tant soit peu de l’essentiel, ou de ce poème en loques qui lui sert de décor parfois, où tout désir périclite
      accoudé là à l’infini houleux d’une mer au grand large, quelque chose prend sens – l’existence peut-être
      et sa façon maladroite de s’y prendre…

      rassurer la mère et l’enfant
      j’aurais voulu qu’on m’aime comme ça, ou qu’on me laisse au moins aimer comme ça
      mais ça n’aboutit qu’à de la grosse masturbe, dit-il au passé simple
      on a envie, et puis on n’a pas envie
      on s’apitoie sur soi, qui content pas content voudrait ou pense vivre
      alors que rien du tout

      je serais incapable de me suicider autrement que par la vie elle-même, je suppose
      je serais incapable de quoi que ce soit de toute façon – je ne sais plus comment ça marche
      je suis vivant
      ça veut peut-être dire quelque chose mais j’en sais rien
      non, vraiment rien

      il ne faut pas
      me faire de mal
      me pisser d’sus
      me charger de tout un tas de choses qui en fin de compte ne me concernent pas

      on tue un homme comme ça, sans qu’il y soit pour rien

      les odeurs de la mer
      les couleurs de la mer
      le mouvement et l’immobilité de la mer
      et puis plus rien
      depuis plus rien

      pourquoi t’es mort dis pourquoi t’es mort
      pourquoi t’échappes pas à la ronde quand la ronde tourne pas
      on pourrait se prendre par sa propre main et danser sur le vide, mais on sait pas danser
      on n’aime pas danser

    humanisait les inactions
    3 mars 2017

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