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assis là sur un banc


  • la garce habite chez moi

      ces vieilles dames me seront d’un secours catholique. elles me serreront dans le gras de leurs bras, sentant  le savon au lilas et me soufflant leur haleine fétide
      une fois vidé, il leur faudra me laver, me pouponner me vêtir, placer l’obole et fouiller une dernière fois les poches de mon veston voir si on y a pas oublié quelque bifton 
      que ta nourriture reste simple et déséquilibrée – thé et cacahuètes feront l’affaire pour les neufs mois à venir
      plus tard il faudra penser à ne pas réagir, ni à la douleur, ni à la douceur. c’est en vain que ces diablesses te chatouilleront les couilles – c’est dit c’est promis juré verrouillé: tu ne ressusciteras
      point, même chez les morts

      aucune vie ne vaudra ni ne remplacera celle que je n’ai pas vécue. d’avoir marché trop longtemps on finit par s’oublier et parler tout seul à voix haute, ou chanter à tue-tête jusqu’à épuisement
      quelqu’un s’appuie sur moi et c’est la raison pour laquelle il me faut rester droit – tout un dieu vas savoir, ou alors une petite migraine, un ciel sous couvert de parapluie
      tu auras beau t’échiner, t’écrier à la ronde, à moitié fol ou folle « y en a pas! y en a pas! », les choses resteront telles qu’elles sont, les non-choses telles qu’elles ne sont pas – c’est un ordre précaire mais c’est un ordre quand même, un chaos mal rangé
      par là, je veux dire que je ne donnerais pas cher de ma peau, mais je n’ai pas de grand besoin non plus

      ça me fiche le tournis, ces voltiges en rase-motte, ces peines de corbillard, un jour je me suis mis tout nu et tu n’as pas détourné le regard
      quoi qu’il en soit, j’ai perdu connaissance et je ne réponds plus de rien, ni à tes lettres d’amour ni à tes appels de détresse. je me lève avant l’aube et comme tout homme au réveil j’ai droit à une érection gratuite bien qu’encombrante
      il est temps de ne plus savoir comment, de ne plus en croire ses rêves et de se retourner dans sa tombe, sondant l’inanité de l’être pour finalement t’offrir sous le coude un tout petit bouquet
      de perce-neiges…

    28 février 2017

  • le vieux Karpouz’

      on ne peut vivre sans respirer et inversement, cependant nombreux les hommes et les femmes s’évertuant à compter jusqu’à trois
      au bout de nos peines nous accueille l’éternelle paresse, l’oisiveté sans borne et le quatre-heure moisi des enfants du quartier
      ceux qui se seront perdus chercheront bouche cousue leur maman dans la grisaille d’un ciel à hauteur de leur déchéance
      il faut de tout pour faire un homme, mais avant tout respirer, respirer longuement, respirer profondément par les trous de son nez, les poumons etc
      l’âme viendra plus tard

      parti au singulier, revenu universel, reparti sans le sou les mains engoncées jusqu’aux coudes dans leurs poches, et de triste élégance
      j’ai placé un haricot blanc sous ton oreiller, afin que tu tombes enceinte – au matin j’ai vérifié: quelqu’un l’avait mangé
      il va mourir tout seul, l’homme qui marche à côté de soi-même, enjambe la flaque de son ombre, esquive ses propres jambes
      il va mourir seul comme seul il a bercé la vie de tout un faux espoir et sans doute plus qu’il ne pense, de l’eau à son moulin nous lui en sommes reconnaissants
      l’oubli ne défraie pas la chronique

      mes parents m’ont oublié tout au fond du panier. quand perça le panier je m’enfuis par-dessous, branlante porte de secours – il n’y a pas de salut joli
      un homme vint alors et sauva tout le monde. quand tous furent sauvés il repartit en direction du sud – il a probablement du emprunter un pont
      que faire désormais de la mort? comment retrouver son chemin, comment se perdre en route? à quelle source remonter, à quel bois se chauffer? combien de cailloux dans la main droite?
      rien. je vais juste te caresser le ventre, tourner la langue dans ton nombril jusqu’à la transe et puis retour – vaste le pays, paisibles les troupeaux
      et toujours pas plus de gloire à vivre que de honte à mourir

    le vieux Karpouz'
    26 février 2017

  • parce que ça ne me regarde plus

      le long du canal saint martin c’est pas moi qu’a crié gare
      je n’ai jamais crié, du fond des gorges aux trois non-lieux, trop pauvre pour ça
      c’est maintenant que je crie, maintenant que je suis sûr de ne pas être entendu, le doigt cassé
      moi qui ne souffre pas, ne sachant comment ça marche, à pleins poumons j’abrège ma
      souffrance

      je ne sais pas comment te dire. je pourrais te mentir mais tu ne me croirais pas. je ne sais plus comment te mentir
      je ne me laisse pas mourir et lorsque je te supplie laisse-moi mourir, ce n’est pas pour dissimuler que c’est moi qui ne me laisse pas mourir, c’est pour te supplier de me tuer
      c’est à dire m’abandonner, m’écraser les doigts, ne pas commettre de trace – on n’entend pas la porte se refermer derrière toi, derrière soi
      peut-être qu’elle ne se referme tout simplement pas, que c’est une porte sans serrure, clenche, gonds
      ni chambranle… 

      l’inaliénable en l’être, on l’écrase à quasiment chaque pas. et il ne gémit pas
      du moins on ne l’entend pas – mais moi je n’entend que ça. à la fin c’est comme si ma propre mort ne me regardait pas
      d’aussi loin que je me souvienne, et de plus loin encore, j’étais souillé. cela non plus ne me regarde pas
      j’ai beau écarquiller les yeux je n’arrive pas à me regarder, ni à rien voir d’autre que le vide
      qui ne me regarde pas, œil inflexible 

    24 février 2017

  • lassé tant de soi que du mépris de soi

       t’avais la rivière et t’avais mille petits poissons, qui ne manquaient de rien
      un homme sur le pont ce n’était pas le pont mais un homme, sur ce pont
      et qui manquait de tout, les poings si frêles dans leurs immenses poches
      t’avais la rivière et t’avais rien du tout, l’inemploi du temps faisant l’aller, retour

      couche-toi tranquille le long de moi et ne m’apparais plus. ne m’apparais plus, s’il te plaît
      c’est un éventail de cartes postales – on y entre comme on en sort, balle perdue dans la propre cervelle
      si j’étais mort je ne serais pas mort, et je ne serais pas là, n’y pensant plus  si j’étais mort non plus, j’en serais pas là

      il y a un homme qui ne dit rien, simplement qui se taisant dit qu’il ne dit rien, et qui le dit quand même
      se taisant.
      il y a un homme qui se tait, quoi qu’il dise il se tait, c’est noctambule. il a beau dire il sait qu’il ne dira
      jamais que rien.
      il y a un homme comme ça, juste pour rire, sauf que ça ne le fait pas vraiment rire, ni personne
      en l’occurrence.
      disons qu’il n’y a pas d’homme.

    lassé tant de soi que du mépris de soi
    22 février 2017

  • amant d’un tel écueil

      je me retrouve avec soi, tout contre soi, homme à la mer, pierre angulaire d’un vide indivisible

      les lieux dont on arpente l’incommensurable béance, communs ou singuliers
      tout juste perdre pied…

      les derniers chemins n’ont rien d’incertain – ils virent selon le vent
      s’attablent au ventre vide

      jonas ayant avalé la baleine, il ne sût plus où ressusciter, par quel moyen retirer sa queue
      du ventre chaud d’hélène, la naufragée

      je ne me retrouve pas, désert en ce souci – ni à la glace chauve, miroir aux alouettes,
      ni si loin de chez moi, chez moi d’un tel émoi

      mourir vainqueur, je ne m’y attendais pas
      j’en étais resté là, queue basse et ventre creux

      la mort venue je fus poisson, girouette des grands fonds – j’arrivais à peine à ta cheville, soquette blanche oh de mort lente…

      on pouvait se jeter nu du haut de notre plus vain espoir, on ne s’en écrasait pas moins, miroir en contrebas,
      sur le futile désespoir

      j’étais heureux, pour rien – simplement d’avoir en cet instant oublié de 
      ne pas  l’être

    20 février 2017

  • l’expiation

      c’est la terre qui danse 
      sous mon pas, ou est-ce moi
      qui m’enlise, lèvres gercées,
      vulve grippée?

      j’avais peur de mentir, or j’ai menti quand même
      j’ai menti quand j’ai dit j’ai nulle part où dormir, j’ai nulle part où mourir (ce banc fera l’affaire)
      j’ai menti quand j’ai dit dieu me terrorisait, l’heure se recroquevil-
      lait – j’aurais jamais du
      mentir mais c’est trop
      tard, trop
      tard.

      le point de non-retour coïncide à l’abolition de la mémoire, c’est à dire à la perte étendue
      de toute identité. peut-on alors « être » du seul souvenir de l’oubli, pour tout poème un souffle, un peu
      de buée, une légère expiration de gaz
      carbonique

      j’ai peur
      j’ai peur que tu te rendes compte enfin
      de mon néant
      le plus total

      et la nuit n’en fera
      guère le tour 
      l’échelle tombera, se brisera l’échine, la route se pétera
      les g’noux – personne au rendez-vous: il restera ce lieu hanté
      par notre absence…

    18 février 2017

  • ce silence alarmant

      j’attends donc là
      patiemment
      que le jour se referme
      sur ma maigreur

      qu’un autre jour, certes plus vaste
      me tombe dessus, me tombe dedans
      certes plus vaste, je n’en
      sors pas

      en oiseau-chien
      je m’envole pas, je reste à terre
      je me condamne, je me mords l’aile
      j’aboie à vide

      il faudrait rentrer à la maison, mais des deux côtés de la porte c’est le même vide, la même odeur de vide
      y plonger
      ne nous en débarrasserait
      pas

      ça délivre un peu l’immense, en attendant le
      déluge de l’immense
      : on meurt par petits bouts
      puis tout d’un coup

    ce silence alarmant
    16 février 2017

  • de pure déréliction

      qu’il tienne bon, qu’il tienne bon mon amour, au fil du carbone

      l’espace vide, grand ouvert du temps est déroutant
      j’y déroute quand même, savamment désinvolte

      les hommes ont des trépas. ils appellent ça la mort or la mort
      ne leur en veut pas

      je meurs les uns
      après les autres. tu me remplaces sur la brèche, tu me remplaces partout avec tes hanches
      illégitimes

      et moi je les trouve très bien, déferlant sans succès. alors je bave dedans. c’est net

      il n’a pas d’antécédent. il se promène nu
      entre les clous, tanguant sur sa planche de salut, quoiqu’il s’agisse de pure
      déréliction

      c’est pas la boite
      à chaussures des extrêmes, il ouvre la fenêtre et la fenêtre
      n’en profitera pas

      tel un présupposé j’aimais perdre je trouvais ça
      plus émouvant, et de savoir qu’il reste toujours
      quelque chose à perdre en plus de soi

      il fait gris ça amortit
      un peu la chute
      ça la suspend à la douceur inerte, ça lisse l’inutile

      non, pas de trop – juste de quoi
      déborder sans payer
      sa rançon

    14 février 2017

  • graminées

      rien. je vais comme ça vient. je dors quand ça m’éveille

      les hommes ont des trous à l’intérieur et ils appellent ça des femmes, quoique plus grave encore
      il n’y a pas d’oubli

      ils vivent les uns à côté des autres. ils entendent lhassa et lhassa
      ne les entend pas

      di’ng ding dong et puis plus rien. ce n’est plus soi qui chante, vagis ou balbutie, c’est le corps qui se penche, penche sur
      son propre vertige

      il n’a plus qu’un œil et rien ne l’en empêche non rien
      ne l’en éloigne. il s’éloigne tout seul

      mourir assis tenir debout, ne plus savoir quoi faire de vivre et je vivais quand même, tombé des nues

      ce n’est plus un noyau et même plus une pomme, c’est un malentendu entre soi
      et la route qu’on trace

      demain derrière tout l’temps absent. j’y vais j’en reviens pas, j’y vais sans rien, j’en viens quand même

      et ton trou mimait ça. j’écris mal ou je jouis de travers, hors propos sauf le temps, obscurément récalcitrant

      on ne se vivra plus soi-même en ombres-phénomènes. simplement ressuscitant (outre)
      dans l’inexpérience

    graminées
    11 février 2017

  • zone frontière, libre douleur

      sans enracinement possible, sans aile à la dérive
      assis là sous la pluie, le cul trempé au bord d’un parapluie, d’une tombe portative
      c’est drôle je n’y avais pas pensé, je n’y avais pas pensé vraiment
      j’y pense et ça m’échappe

      ça se décante. l’inné refait surface. l’absence de lieu, d’être et même d’obscur. l’impossessible
      ça fait un trou dans mon esprit et je respire enfin, je respire
      je vais sortir par là, sortir de tout. je serai saoul sans boire
      vidé sans mort

      j’arrête de faire le beau et me voyant tel quel je ne prends peur, je ne me
      détourne pas, me caresse la main plutôt, me rassure t’inquiète pas, tout va bien se passer, et puis lâcher maintenant,
      laisser aller, aller nulle part, revenir à soi réalisant qu’on ne l’avait jamais quitté, jamais
      perdu vraiment, seulement confondu avec la grâce ou la nausée
      d’être sans jamais y avoir
      été convié

      au dernier moment pour survivre, c’est à dire échapper à tout, il suffit de faire n’importe quoi, de se fier à sa plus totale absence d’intuition, toujours juste
      le premier pas de côté nous écartant d’un chemin, nous épargnant un destin, nous dissipant nous ravissant, nous soulevant en l’air pour nous botter un peu plus loin en touche, ballon crevé rebondissant
      mollement sur le béton gelé, ou toute autre surface nécessairement disgracieuse et hostile, ça me plaît mieux ainsi

      de l’aveugle à tâtons titubant dans un champ de mines en passant par la boule du flipper et les pannes de courant, me voici devenant
      si léger et sans poids, et sans masse, anus tout pimpant frétillant au front de l’ange gaby, ou qui m’en a tout l’air
      le chemin me parcourt, en tout sens et à tout âge – je voudrais qu’il me quitte, je voudrais qu’il me largue
      bien au-delà
      du champ fleuri
      ou des brumes encéphales… 

    10 février 2017

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