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assis là sur un banc


  • gnagnagna gnagnagna

      elle chiale mon cul
      je suis là, pas ailleurs, et c’est bien loin déjà
      marcher seul sur les quais, le long des quais, la flotte qui pue,
      clapote et cligne
      je sais pas pourquoi elle chiale, fume,
      clignote 

      d’abord je fus surpris
      mon cœur fit des bonds, d’accord, tel un singe en hiver, d’accord
      finalement tout est calme, d’un grand calme – c’est la beauté funèbre am stram, c’est la
      la
      la mer en douce

      chiotte dégage, allez dégage, dégage ta mère de d’là
      les mères sont un grand trou, un grand trou à la place des mères
      jeudi il fit grand gel – jeudi-marché, jeudi-congé, jeudi-naissance acte-manqué
      faudrait bien crever un jeudi ou s’arranger
      dans un vers ou dans l’autre
      pour que chaque jour de la semaine
      tombe un jeudi

      il faudrait boire, boire et encore boire
      plutôt que méditer
      penser que l’occident se trouve toujours à l’occident de l’occident
      on ne s’aime pas, on passe le temps
      à se donner des petites claques par-dessus la table
      pendant qu’on se fait du genou par au-dessous
      pou! caillou!
      hibou! joujou!

      la pluie tombe à côté, à côté tout le temps et heureusement tant je déteste
      le mouillé
      la preuve, chat frileux: dieu ne croît qu’en pays sec, en pays de bois sec, d’incendiaires promoteurs
      et de pompiers en short

    14 avril 2017

  • et spiritus sancti

      quelque part j’ai là
      un peu d’effroi
      et ici, là, tout près d’ici (à côté d’à côté): un calme à l’opposé
      j’y séjourne, j’y séjourne parfois
      avec une paille
      plus longue que l’autre

      pourquoi tu m’as souri
      dis-moi donc, est-ce à moi que tu m’as souri, et as-tu souri vraiment
      ou bien comme ça, par extension
      par politesse tu sais, comme en effacement
      – un doigt dans l’eau stagnée,
      des lilas par défaut

      je ne prends plus le train, le car ni le ferry – d’ailleurs,
      je ne vais plus à paname, n’y descend ni n’y monte
      je reste là, chercher mon âme, perdre mon âme, pas chanter de chanson non
      même en faux, bassement foutre

      la mémoire courte – efface, efface jus-
      qu’au souvenir du présent, et autres pestilentielles
      réminiscences.
      il faut rien dire: ouvrir un pas de côté, un pas pour rien
      marcher l’un devant l’autre, ou plutôt l’un au-dessus
      de l’autre, se voir de haut
      d’un peu plus haut

    et spiritus sancti
    12 avril 2017

  • la balle de nausicaa

      deux fois par jour un chien me mange
      il commence par les doigts, la main, monte ua visage
      puis il s’attaque au pénis – de ma main restante je lui caresse la tête tandis qu’il me dévore le foie
      il sent que j’ai pitié de lui, il a la larme à l’œil
      – au mien ou au sien, c’est kif-kif 

      je voudrais seulement que tu ne me méprises pas, c’est à dire que tu cesses de m’ignorer
      je sais il faut beaucoup de patience pour ça, et tant de temps à perdre
      une vie à rien foutre – pour ainsi dire une âme
      à sauver

      on ne peut pas tuer sa mère – nul de besoin de loi ni de tabou à cela simplement parce que ça n’existe pas, sous l’affût d’une haine
      rêverions-nous toutefois d’un plus beau suicide, d’un vase plus fragile?

      l’âme, c’est d’implorer pitié – tout le sexe entre là-dedans
      tout le vide se trouve au-dehors, comme tout être hors de soi, à chaque absence un prénom
      du début à la fin et de la fin au début une seul chose, une seule:
      je me demande
      pardon
      sans le moyen ni la force de me l’accorder jamais

      il y a la réalité et il y a le discours sur la réalité, lequel tend à se prendre pour la réalité entière et nier toute réalité hors soi
      quant à la réalité tout court, si elle se raconte des histoires ces histoires n’ont ni commencement ni fin, s’avèrent dépourvues de morale et ne prouvent rien à rien
      en fait ce sont des histoires
      qui ne se racontent pas

    10 avril 2017

  • crucifier un bouddha

      un pied en terre et quid de l’air, lequel peine quand même à soutenir la tête, ballon foireux…

      se masturber dans le confessionnal, narcissique d’abord
      on voudrait se toucher mais c’est tout le corps qui fait défaut – l’amer mégot
      du faux-semblant

      un chien c’est déjà presque un chien mais lorsque l’on en arrive à l’homme, lui manquent désespérément les couilles: un homme est avant tout un manque d’homme, qu’aucune féminité ne vient sauver de la disgrâce

      l’espace inadéquat, illégitime
      absolument inutile et dérisoire, cet univers sans fin, d’irascible logique
      un brin de vie, un seul, ranime toutes les croix

      aurais-je raison de tout, bientôt ne suis-je plus rien
      dieu ne s’étant pas montré l’interlocuteur fiable que l’on espérait, je m’adresse à la poupée dégonflée, la mal-peignée
      je manque sacrément d’air

      tout semble s’échafauder sur la castration: la plénitude fantasmée ne serait la plénitude de rien si ne la conditionnait la castration c’est banal
      il a fallu inventer l’absence de dieu juste afin de respirer, de souffrir sans péché, en presque toute sérénité…

    crucifier un bouddha
    8 avril 2017

  • chien méchant n’avale pas mouche

      un poète s’est pendu, précisément à la longueur de corde manquante

      on ne se vengera jamais assez de l’amour trahi (ou traître), ni sur soi, ni sur dieu
      dès lors sommes nous en retard perpétuel sur la course du temps après sa propre queue

      la vanité finira par révéler son secret, c’est à dire l’aberrance d’un monde sans mystère – brosse à dents d’une main
      et tube atrocement vide de l’autre

      un jour viendra, ou pas
      la vérité dernière ne consiste pas en ce qu’il n’y en ait pas, mais en ce que le fait qu’il n’y en ait pas ouvre sur l’espace illimité ou elle cesse d’être nécessaire

      un feu brûle à perpétuité – c’est d’un combustible dont je garde la nostalgie, en poumon calciné, fillette déracinée

      ma vie ne tient que par un bout – l’autre lâche prise pour se fêler l’anneau, tout simplement l’anneau

      à quel point l’amour universel découle t-il d’une désolidarisation aboutie, de ma gueule de travers
      ça devient si facile de pardonner quand, déculpabilisant de mourir, on n’aime plus personne…

      qui n’a rien à faire de soi ne perd pas grand chose à se donner – mais quand ne reste rien à donner et que le feu ressemble au feu autant que la cendre à la cendre? que vais-je donc devenir, ma mère?

    6 avril 2017

  • bingo l’appareil zéro

      la nuit tombait futile, incertaine, bouchait les coins

      tituber sur les frontières, en funambule aviné, cadavre exempté
      de toute autre tentation

      je me suis appauvri, jusqu’à me démunir de la pauvreté elle-même – je n’avais plus les mains
      de les joindre

      à tire-d’aile ou à tâtons, je marque un but hors cadre dans l’ubiquité du non-sens

      j’aime tout ce que je touche, même si ce que je touche en souffre – en pitié la réciprocité
      n’est pas de mise

      j’aimerais revenir. me manque ce point de référence à partir duquel se définissent un aller ou un retour, un avant
      ou un après

      je ne contiens que mon ombre propre, mon intime saleté – je n’ai d’autre source où puiser
      mon innocence

      un homme pense à quelque chose or quelque chose ne pense pas – d’où la nécessité seule de la chose

      plutôt partir que revenir, sur le chemin dont la boucle a sauté et la femme
      s’est pendue

      je voulus être sans origine comme en l’état le plus pur, au saignement de nez près

    bingo l'appareil zéro
    4 avril 2017

  • me and my rythm box

      je ne suis pas celui qui croyait celui qui
      tenir
      entre ses mains qui
      un marteau, croyait
      un cadeau
      un pansement sur le grand corps celui qui
      tenir
      quelque chose mais rien

      un autre vide encore

      un autre, encore un autre
      vide

      qui me

      qui me
      pète à la gueule
      un vide

      un autre vide encore

      alors tu m’as dis tu

      j’allais dans tous les sens, tu sais
      comme j’allais
      j’aimais dans tous les sens, aller
      tu sais, comme j’aimais
      il n’y avait pas
      de sens mais tous les sens, j’allais
      tu sais

      mourir ne fera
      pas de
      bruit
      de vague
      rien, divague

      tu boites du
      mauvais côté
      terminal tranquil-
      lité
      tu boites à contre-
      courant

      mourir non plus

      paresse
      immensé-
      ment paresse
      c’est à présent

      tu viens
      avec les bras tu viens
      avec les doigts aussi
      au bout, tu viens
      avec ton dos
      et ton anus aussi
      au bas

      il reste tant
      à oublier

      depuis

      un peu, si peu

      ou depuis peu
      et depuis rien
      plus rien

      ou si peu
      si peu qu’il suffit de

      une goutte
      un vase
      une goutte
      …

      non

    2 avril 2017

  • maison

      maison

      ou quelque vide

      quelque vide en 
      la demeure

      j’ai bâclé la
      demeure

      me tournant, me retournant
      les pouces

      allez, attrape-moi

      rattrape-moi

      n’abandonne pas ton
      cadeau dans
      la boue

      ne nettoie pas la boue avec un
      miroir

      ça ne marche-
      ra pas

      je ne voulais pas de toi
      chez moi, je ne voulais
      pas de moi
      chez soi.
      je ne voulais pas de chez
      soi nulle part, ni en
      personne, je ne
      le, le, les
      voulais pas

      elle se
      masturbe, elle se
      dans
      ma bouche, elle se
      dans
      masturbe

      un clou

      la vitre étran-
      glée

      je pisse un peu plus loin

      plus loin n’est qu’un 
      symbole

      en croix

      c’est pas un pay-
      zage, non

      in vitro

      maison

      devant, derrière
      maison quand même

      sans queue

      ni bête

      maison
      maison quand même

    maison
    31 mars 2017

  • tangerine dreams

      je ne peux pas danser, entre les rails, je ne peux pas, je n’aime pas
      danser.
      ce n’est pas une faille, ce n’est pas qu’une faille, c’est une faille
      sans fond.

      tu vas deux fois puis après moi, après moi tu t’en vas
      je me dis vas t’en, vas t’en dans tous les coins, les recoins et les fonds, les bas-fonds et je me dis reviens, ohé reviens
      mais rien
      non, personne

      ton auteur est à mille lieues de s’imaginer, de s’imaginer voir comment tu danses, et quand elle danse, tandis que danse
      et même pas vrai
      pas vrai mais en faux et même plus vrai encore, et mieux que beau, j’ai reversé cent balles
      dans la machine

      je ne suis plus ton frère putain, et plus ton homme, plus ton ami – je ne suis plus celui, putain, ni celle, gracile, je ne suis plus jolie putain
      personne, je n’ai dit que
      personne

      et c’est comme ça qu’elle prie, dis donc, et c’est comme ça qu’elle
      alors là moi, dis donc, alors là moi et son couteau, sors son couteau, à vif
      et c’est comme ça qu’elleshut , la garce, c’est comme ça et pas moi, pas moi car moi je passe – je passe
      à côté

      ainsi double théatre

    29 mars 2017

  • pas tous les jours la veille

      il y a dans la mer ce goût bizarre qui n’est pas celui du sel – plutôt un genre de moisissure douceâtre, de saumure nauséeuse
      tu me prends la main dans ton sommeil. je retourne la boussole. pourquoi faut-il toujours trouver une justification à vivre?

      je te peigne les poils pubiens dans le sens d’un fœtus de paille. tu me laisses faire, et tu te laisses faire aussi, prise au piège d’un abus de confiance
      ce qui me plaît dans cette maison c’est surtout son vide – un vide qui ne se comble pas, un espace irrémédiablement vacant

      tu me suces la lumière, juste comme un enfant son pouce. tu t’endors inondée d’un bonheur léthargique. on finit par accoucher de soi et ça nous vide de soi
      je croise le même regard absent. je longe la même paroi débile. j’autopsie le même sein malade. comment me feras-tu donc croire que je suis vivant?

      ce n’est pas de l’angoisse, c’est pire: c’est le manque d’angoisse. c’est le manque tout court. pas le manque de ci ou de ça, pas le manque de rien – juste le manque, tout court. le manque irrépressible, le manque inépuisable, le manque inconsolable
      les jours pairs, je saute par dessus les jours impairs

    pas tous les jours la veille
    27 mars 2017

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