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assis là sur un banc


  • les gens mauvais

      j’ai peur de t’ennuyer avec mes histoires
      toute ma vie je t’ai parlé, et toute ma vie s’est tue pourtant, grattant jusqu’au sang le silence endémique
      frotter, frotter sans jamais éjaculer, c’est bien triste tu trouves pas? c’était malgré tout
      la seule option morale

      dans mon jardin j’ai enterré plein de morts. j’ai même le sentiment d’être devenu le mort en ce jardin
      j’ai la bouche pleine de terre
      j’ai le cul plein de morve
      je voudrais te caresser mais ta chatte déjà mouille pour un autre, et j’en vois pas l’intérêt
      personne n’a voulu prendre la place du pendu – mais pourquoi donc mouilles-tu ainsi?

      je vis dans un monde de nains de jardin et de mines antipersonnel, je ne me sens pas trop à l’aise, un peu à l’étroit même
      j’ai tout autant peur de tomber sur les uns que de sauter sur les autres – on n’est jamais libre que de mourir après tout
      admettons que cela veuille dire quelque chose…

      il y a sur son lit un homme luttant contre l’horizontalité
      c’est un être en suspens, un homme sans bander, il lui faudrait s’accrocher, assumer le temps – peut-être même incarner un destin
      ou alors tout simplement s’écarter
      devant le vide de soi

      je ne suis rien. je ne prétends à rien. j’ouvre la bouche et l’ortie n’y entre pas
      face au néant seule la douleur me dresse, je lui dois une chandelle. puis deux, et trois
      supposant qu’un mourant ne ment pas, je finis en tant qu’idée sans contenu, moulure d’une robe sans corps en-dedans
      ni apparence externe

    les gens mauvais
    8 février 2017

  • je pisse debout

      je voudrais te parler si bas, tout bas à l’oreille sans cerne, là où l’on s’ignore soi-même
      on a enterré mon frère cet après-midi. je n’y étais pas évidemment, n’étant nulle part assurément
      des pans d’histoire s’effondrent à la fin il ne reste rien de soi, acculé au néant, l’esprit amoureux du néant

      je n’ai pas de couteau sous la gorge, j’ai juste le couteau
      la gorge est celle de chacun, et je sais que chacun a viscéralement pitié de moi
      il faudrait frapper quelqu’un en pleine gueule mais chacun m’aime, nul ne m’offre le prétexte

      j’ai bouffé ta poitrine des années durant et il n’en reste rien
      je me suis nourri de ton cancer, tu m’as allaité de cette haine qui pousse entre les bris de glace, qui déchire quelque chose en vous de pas forcément inestimable mais bon, et finalement vous crève
      je t’ai crevée
      j’suis désolé

      maintenant que tout est mort et bien mort, maintenant qu’on est libre enfin, notamment de tout espoir – je veux dire inutile, absolument
      inutile et vain,
       on va cueillir des choses
       qui ne poussent pas, et nous ressemblent un peu c’est à dire ne ressemblent, même de loin
      à rien

    6 février 2017

  • saigner à froid

      maintenant que je ne suis plus là, que je n’habite plus les lieux, tu pourrais venir me voir
      tu m’apporterais un quelconque recueil de poèmes, même si tu sais à quel point la poésie me dégoûte, mais tu ne saurais pas quoi d’autre
      tu ne saurais pas qu’à un homme tel que moi on peut sans gêne offrir
      un géranium

      les hommes qui m’ont vu naître sont morts, ou se masturbent non stop dans les recoins douteux
      quelques uns ne me reconnaissent pas
      quant à ceux qui se masturbent, j’imagine qu’ils font ça dans les règles, me regardant mourir
      ou plutôt faire semblant

      je craignais tellement m’être trompé d’adresse, et ça me rassurait au fond d’alunir là où je ne me sentais pas le bienvenu, d’où il faudrait tout honteux rebrousser chemin, navré d’avoir osé, d’avoir interrompu quelque chose comme le sinistre et banal
      coït d’exister

      se sentir étranger c’est tout un art: d’abord, il faut que personne ne s’en aperçoive; ensuite, que chacun le soupçonne
      mais au-delà, très au-delà, il faut soi-même s’appeler sans jamais espérer
      de réponse, d’écho, ni même s’être entendu, de si loin fut-il

      j’ai du parler tout bas, j’ai du parler trop haut aussi – en tout cas j’ai chanté faux
      si j’avais survécu à chaque fois que j’étais mort je n’aurais jamais su comment me débarrasser de moi – et ça encombre tellement, un soi
      alors que faire semblant de jouir, ça ne prend guère de place…

    saigner à froid
    4 février 2017

  • clamser c’est cosmonaute

      au moins on aura l’air de rien, on lèvera les bras, en l’air – peut-être qu’on aura froid sous les aisselles
      ou entre, selon l’état des creux

      j’ai bifurqué, là, pris un chemin qui n’existe pas. j’ai aligné mes pas perdu le long de l’achemin – du coup marée jamais n’osa
      se remonter

      j’aurais voulu vivre autrement, jouir à même ton ventre un peu comme on dérape, hébété mal nourri, sur une flaque herbeuse
      en héron fatigué

      j’avais l’image d’un homme… légèrement courbé sur on ne sait quoi, et quand il se redresse il ne voit plus personne, par les yeux du soupir
      mais d’un soupir ardent

      il est très très beau, il a peut-être une fenêtre à lui tout seul. il aurait sûrement plu au miroir si celui-ci n’avait eu les yeux bandés de ne savoir si oui, si non, c’était le jour,
      c’était l’endroit

      désolidarisé de la vie-même, admis à l’absence mirobolante – tremblant encore un peu pourtant
      quand on appuie dessus
      alors on n’appuie pas

      en homme flottant, la couille entre deux eaux. en homme à qui l’on s’adresse du plus haut des mensonges. en homme-chagrin, s’évanouissant
      dans l’appareil levant…

    2 février 2017

  • les mutilés de rare douleur

      l’ivresse d’être, parfois jusqu’à la nausée. et ça tombe comme des mouches les mouches tombent comme quoi, pensives? j’en sais rien – je resurgis pêle-mêle, indemne de l’histoire, de toute histoire, rebondissant d’un fébrile mot de la fin en l’abîme d’un présent
      qui n’est déjà
      plus le mien

      on met de la distance, toute la distance qu’on peut, entre Paris et soi-même, la route qui monte et celle qui descend, l’animal et ses taches
      j’aurais eu raison de vivre
      et la mort de me tuer

      imagine tout ce dont on doit s’échapper: le présent, la mort, soi-même et j’en passe. j’en reviens également. par quasiment le même chemin. il me semble qu’il y avait là des lauriers roses à l’aller ou je me trompe?
      je me trompe sûrement
      je me trompe intimement

      j’ai mangé trop de prunes, je crois je vais avoir la chiasse. tu me diras où t’as trouvé des prunes vertes en cette saison, des prunes prunes en plein hiver, et je te répondrai ch’sais pas quand
      probablement du prunier
      qui pousse tout seul

      je croise. au large de quelque ambiance famélique je croise. j’ai parlé tout bas, afin de ne pas réveiller le rêve, endormir le sommeil. j’espère qu’il n’y aura rien entre nous, ça m’emmerderait un peu – même s’il faut bien, d’une façon ou d’une autre,
      propager la
      raréfaction

    les mutilés de rare douleur
    31 janvier 2017

  • ça tue les bêtes, et les hommes après moi

      je marchais lentement, j’avais le corps à moitié désossé, aigri. il fallait bien que quelque chose finisse par me rejoindre, peut-être même m’atteigne

      on se retourne dans sa tombe, saisi de constater que l’on respire encore. après cela s’assoit bien tranquillement, à le manière d’une ride au front d’un astre prétendu mort depuis des lustres, alors qu’en fait ce n’est qu’un genre de bus en détresse

      ces pulsions de vide, écho répondant à d’obstinés silences, ces sourires sous cape – au dégel de mes chairs tu me traites de con, de connard de salope, et je ne comprends pas

      on se mange dans la main. en dernier lieu on se mange la main. la main qu’en a vu d’autres, et qui compte sur ses doigts les doigts qui lui manquèrent pour compter jusqu’à toi

      (j’eus la) révélation fortuite d’un univers habité, hanté d’une présence, et auquel une voix originelle et sans visage confère une profondeur insoupçonnée: l’écho creusant dans l’éveil un éveil plus vaste encore, puis finit par tomber – plouf

    28 janvier 2017

  • qui ressemble au pain, au sel, aux petits matins froids

      je ne me présente pas comme le fil d’ariane, coupé non coupé, ni comme ariane elle-même, nue sous sa camisole de force et rasée d’à peu près tout ce qui l’encombrerait
      d’ailleurs l’idée ne m’en effleura pas l’esprit

      j’ai renversé la bouteille d’encre, sur ses genoux
      sur ses genoux comme c’est dommage, dommage et noir
      noirci le vol de ces oiseaux migrateurs dont on se
      languit su retour, petits bâtons rompus de nos
      divinations, j’ai renversé 

      le kung fu du mouton jamais n’effraiera le loup, alors range-toi donc
      du bon côté d’la route, côté des arbres morts, troncs oscillant entre leur raison d’être
      et leur irrépressible envie de fuir

      on ne se demande guère
      comment on en est arrivé là, quel jour ni par quel train, on se tourne les pouces,
      se les retourne jusqu’à ce qu’ils craquent, cèdent, intercèdent en notre défaveur, renonçant à toute dignité
      à toute dignité c’est sûr

      d’y attribuer un sens ou d’en conclure au non-sens, je ne sais lequel s’avérera le plus dangereux
      j’aspire encore à la lumière c’est banal et tant pis si tu m’ignores, si tu penses qu’une fois de plus je bluffe
      après tout, c’est l’hiver…

    qui ressemble au pain, au sel, aux petits matins froids
    25 janvier 2017

  • θερμαîκος κολπος

      il s’éveille de la mort (il a rêvé d’un trou noir et sans fond). le voici qui baille et s’étire à présent, se redresse et se cogne à l’éblouissante lumière du jour (c’est pourtant bien un de ces petits matins gris qui nous chagrinent plus que de raison)

      ses yeux s’accoutumant progressivement à la lumière ambiante lui découvrent le monde tel quel, mu de sa seule et fausse nécessité

       sans but ni appréhension il marche devant lui, tout épris de l’idée que l’histoire n’a pas encore commencé, et que la nature elle aussi a reculé d’un pas
     
      ressusciter ne coûte rien, conclue t-il. l’extrême facilité de l’être à s’offrir à l’existence tient autant du miracle que de la plus froide évidence. dit autrement, l’oubli en l’esprit ne sauve que l’essentiel, et c’est déjà presque trop

      on ne dit rien, on s’arrête. c’est l’immobilité qui nous prend en stop. l’immobilité d’un sort aux ressorts distendus

      on lève un bras, voir comment elle va réagir, si elle va suivre: l’immobilité reste coi. calme. calme et coi. il s’agit donc d’un parfait lever de bras immobile, nous sommes bien d’accord

      tandis qu’on baisse le bras, un peu comme on dépose les armes, l’éclair d’un instant j’ai cru voir, entrevu l’origine des choses, rien que ça

      la pupille a tremblé, léger sursaut du nerf optique, l’immobilité trahie. et puis plus rien. plus rien: le grand Là, l’ogresque Présent, la douloureuse sensation de n’y être pour rien

      il fallait s’y attendre. ou pas. on ne parle pas. on continue on poursuit on avance – à vide. on se redresse enfin – à vide. on y croit vraiment, cette fois on y croit – à vide

      il y a longtemps que je t’aime

      comme rien ne se passait, ne dépassait de la manche ni dieu ni néant, il est sorti du tombeau et il aurait bien fumé une cigarette s’il lui en était resté une. du feu ça il aurait pu en demander à n’importe qui, quoiqu’il n’eut guère envie de s’adresser à quiconque

      les belles personnes condensent la présence, soit, mais il ne fait plus vraiment la distinction. par exemple il n’avait de sa vie eu de contact charnel avec une grosse, et il éprouvait maintenant comme une vague honte de ces fausses pudeurs

      ressusciter ne m’a pris qu’un quart d’heure, mourir tout le reste du temps. et le reste du temps c’est déjà presque l’éternité. il a fallu faire coîncider ou  concorder ces temps, histoire de s’envoler un peu

      rien qu’un peu

      quand le temps le permet…

    24 janvier 2017

  • du lait de chienne

      je vis à côté. à côté des choses, des gens, de moi-même. je vis d’à-côtés. sans doute un jour n’y ai-je pas prêté attention, et cela m’a coulé sous le nez, avec ses deux narines

      un homme est mort à côté de moi. peut-être en moi, vu comment ça pue… je voudrais que cet homme aille ressusciter ailleurs et qu’on n’en parle plus. que du moins moi je n’en entende plus parler. j’ai des oreilles pour ça, reliées je ne sais comment à ma conscience

      il fait noir. une grande fenêtre noire reflète l’intérieur de la chambre éclairée. je continue de regarder dehors, par habitude, ne rencontrant à la fenêtre noire que le reflet de la chambre éclairée parce que si elle ne l’était pas je ne pourrais pas l’écrire, écrire tout court, ou autre chose

      j’ai sommeil en partant. en soufflant. ce n’est jamais de moi que je parle, ni de toi. ce n’est pas moi qui parle, ni de toi. ce n’est pas vraiment ma faute, ni la tienne. une alouette a muté en chauve-souris, ou vice-versa. ou vice-versa, t’entends ça?

      je n’ai plus peur de la bouche. seulement faut pas l’ouvrir en grand. mais en baille, en sourdine. on pense que quelqu’un pourrait passer par là alors on se prépare: on a mis son manteau, ses gants, sorti son parapluie, même si ça sert à rien un parapluie. un parapluie ça sert vraiment à rien, même ici

      j’ai une dernière cartouche. je n’y touche pas, de peur de me coincer le doigt dedans. une carte de la région traîne aussi dans la voiture, au cas où. c’est vrai ça, un homme sans véhicule n’est rien, dans le désert de nos campagnes

    je peux vivre sans toi seulement si je vis avec toi. on met des roues sous ce qui ne marche pas. on en prend plus ou moins soin. plutôt moins que plus, par principe. puis on finit par lâcher l’affaire

    du lait de chienne
    22 janvier 2017

  • mourir, pas plus

      de quelle couleur te nommes-tu, dis-le moi pour cette fois, juste pour cette fois – les autres fois tu me mentiras d’accord, comme toutes les autres fois, mais pas celle-là. celle-là je sais que c’est tout bonnement impossible

      ils avaient beaucoup d’orgueil et les voilà en haillons. ils portaient tous mon nom, scandaient d’insignes slogans, proféraient des jurons. désormais ils vivent tous sous mon toit, à titre gracieux mais bouches cousues. sinon pan-pan cul-cul

      tiens, on va marcher ensemble, au pas – ça changera le moral. tu préfères le côté gauche ou le côté droit. le côté où tu dors échoit, de l’autre quelqu’un coule. il fera pas de bulles – promis

      j’avais peur de rester près de toi, alors j’ai lévité et je me suis élevé, quelques mètres au-dessus – une autre couche atmosphérique, une autre ambiance sonore. pas que tu sentes mauvais ou quelque chose comme ça, mais c’est juste un autre jour, tu dois comprendre ça

      à raison de trois fois par jour et ce pendant six mois, j’ai mangé à ma faim, je peux dire. j’ai changé quelques ampoules, elles étaient simplement grillées. comme les clopes, on dit qu’on grille une clope, allez, on va s’en griller une. c’est pas mal comme expression

      il faudrait qu’un pan de mur s’effondre pour comprendre vraiment ce que chuinte le brouillard, ou la raison d’un hurlement de chien
      des patiences s’affrontent (le mur, l’esprit…) à la passion (passionnément), et même un peu moins

    19 janvier 2017

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