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assis là sur un banc


  • le mors aux dents

      j’ai pas peur des trains ça tu sais bien, ni de la pluie tant que je suis du bon côté de la vitre, du côté sec. des gares un peu, oui, j’ai peur des gares – une angoisse sous-jacente à l’effeuillement des visages, à l’éviction mécanique de tout possible

      tu pourrais me jeter la pierre en premier. ou une brique; ta tasse de café; l’arrosoir en fer qui rouille tendrement dans le jardin en friche. t’aurais pu te mettre à genoux aussi, en suppliante échevelée – moi j’aurais fait comme d’habitude:  je n’aurais pas bronché, me serais juste et de trouble évidence… noyé en soi

      par exemple quand tu me demandes de te faire des trucs là avec la bouche (la bouche), avec les doigts (les doigts) ou encore le gland (le gland), et ben tu me prends pour un anxiolytique et ça crée une situation anxiogène. par ailleurs il y a un village près d’ici qui s’appelle parfondeval et donc chaque fois que j’y passe je pense à toi, enfin je pense à ça. anxiogène

      non, vraiment, tu n’y connais rien à l’amour. tu sais pas quel jour on est, tu connais même pas l’heure de mon décès – t’es qu’une cassandre de pacotille. pauv’ fille, va. et alors pourquoi tu me fais lécher ton dos comme ça? ça fait trois cent ans que je te suce les cervicales et toujours rien. non mais vraiment j’te comprends pas. je te comprends vraiment pas

      des fois on se touchait le visage dans le noir, comme des aveugles du bout des doigts, on se tâtait le visage à tour de rôle. et puis un jour y en a eu marre, l’un de nous a allumé et alors on s’est vu, effarés, on s’est pas reconnu. du coup on n’a jamais pu recommencer. je sais même pas si on s’est revu depuis, à l’improviste ou bien subconsciemment

      tu sais le cheval , là, celui qui tourne tout le temps en rond là, le cheval de manège. je te parle de ça et tu hausses les épaules en détournant la tête d’un air moitié exaspéré. tu veux même pas entendre la suite. du coup y a pas de suite. c’est un cheval crevé

    28 décembre 2016

  • paume de main

      je ne sais pas pourquoi tu t’affoles en tout cas moi je ne m’affole pas mais je m’inquiète
      je m’inquiète pour toi c’est plus fort que moi j’ai peur que tu te blesses que tu t’écorches
      le coude que tu te tordes
      la cheville, bref…

      tu te souviens de moi? tu te souvins quand t’as trop bu que les cernes te tirent
      vers le bas toute épuisée de vivre ou tu me dis bonjour comment tu vas, comme ça du bout 
      des lèvres et tu fais même pas semblant
      d’y croire

      la vie c’est quand vie et mort se confondent, la mort quand ils se distinguent pour ne se confondre qu’en l’agonie perpétuelle ou subite on peut en discuter, on peut aussi
      éviter d’en parler, s’abstenir d’y penser, simplement se noyer
      sur place

      tu me meurtris tu ne le sais même pas, tu tournes autour du pot le pot c’est moi, la cruche et le bidet
      un jour tu me lèches les couilles un autre tu me mords la queue et me voilà errant à blanc
      nu, pas plus sexué qu’une vache-qui-rit
      sur le quai des vas-et-viens
      le quai des vas-et-viens pour rien

      j’habite nulle part tu pourrais quand même prendre un mouchoir ça serait plus propre, un peu plus propre
      sinon tu peux faire ça dans le creux de ma main, entre mes omoplates tu peux faire ça où tu veux
      comme tu veux

      tu pleures comme tu conduis, illégale ou les mains dans les poches c’est tout, les feux pleins de détresse
      j’essuie un ennui, puis l’autre, j’essaie d’éclairer quelque chose, un pan de ton visage, une ride
      une ride au moins
      plus loin il y a plus loin, rien de plus – peut-être t’y découvrirais-je, inutile et sans suite…

    26 décembre 2016

  • mort à mi-temps

      je voudrais être simple, si simple
      qu’on en tourne la page juste en mouillant le pouce, je caresse un désastre, la tête
      du chien qui me mord, du chien sans tête je caresse
      un désastre, un tout petit
      désastre

      nu comme la fosse
      qu’a pas encore reçu son mort nu comme un homme
      qui ne peut plus être ceci ni cela, qui connaît pas ses gammes j’embrasse ma main
      dans le noir absolu
      et ce n’est que ma main

      non, dieu n’est pas grand
      ni oviedo si loin d’ici après tout: tu passes par le mans
      bordeaux sans sebastian, tu passes par où tu peux
      non tu passes pas
      t’es bloqué
      comme si la seule façon de survivre c’était encore de mourir
      et de mourir encore non, dieu n’est pas grand – pas assez en tout cas
      pour monter sur son dos
      et atteindre oviedo

      c’est tellement rien, d’être soi, qu’il se faudra contenter
      d’être, le vendredi jour du camion-pizza au bourg
      mais on va pas au bourg on n’a pas le cran
      de vivre ni son contraire, en plus on est trop pauvre
      pour ça, on se contente d’être
      soi, n’importe quel
      soi

      tu marches
      arrière alors tu marches
      arrière arrière alors tu com-
      prends rien tu marches
      à vide et c’est très bien
      comme ça tu marches pas et c’est très bien
      comme ci:
      la mort a ses bateaux
      que ses bateaux qui montent
      à flot

    mort à mi-temps
    23 décembre 2016

  • césarienne pour une parthénogenèse

      un souffle
      au ras des pâquerettes, un souffle
      qui titube en quelque sorte, et de mauvaise haleine une teub
      qu’éjacule à côté, qui rate son coup, un coup foireux en quelque sorte
      en quelque sorte
      un souffle ras

      un homme c’est un homme, mais si on le réduit au peu qu’il en 
      reste une fois ôtés ses attributs, démis de ses fonctions
      relevé de toute identité, déchu de l’ange et de la bête
      et sans miroir autre que celui maculé de sa propre conscience, radeau de la méduse
      alors un homme ainsi violé, humilié et nié
      n’est plus qu’un homme enfin, n’est plus que l’homme: l’oiseau arraché
      à sa croix

      j’ai pleuré sans sommeil, j’avais pas soif, pâteuse
      j’avais pas soif non plus, ni sommeil entre deux bruits
      ce sont des choses qui glissent entre les doigts, qui tombent du bout d’la langue,
      une fille qu’on embrasse quand elle ne s’y attend pas et qui reste pantoise
      indécise face à l’éventail d’émotions et de réactions ouvert par ce suicide
      buccal 

      je ne suis là que pour m’en échapper, et seule ma fuite fonde le lieu, le baptisant d’un anathème
      je voudrais incarner autre chose que le souvenir de moi-même si possible
      entre toi et moi désormais ne s’interposera plus
      l’ombre d’un baiser, avec ou sans les poils

      elles sentent la morue mes mains, ou bien est-ce ton sexe
      on y repêche n’importe quoi on dirait la meuse à liège – c’est pas au bord de la mer liège, dis-donc
      on est au bord de nulle part, juste là, tout au bord
      du bord et même un pas
      plus loin…

    21 décembre 2016

  • l’éviction du prolétaire

      j’irai dormir j’irai sans rien
      retourner, fouiller le sable
      pour en dégager l’instant ne serait-ce que présent
      – malheureusement, il pleut

      un chien
      a perdu ma trace
      il ne connaissait pas l’homme et je ne l’avais non plus
      jamais vu, jamais croisé
      toujours aimé

      je ne dirai rien
      je veux dire, rien d’essentiel
      j’irai direct au cœur de l’inessentiel, j’en soulèverai la robe
      n’y trouverant en guise de sexe que quelques poils tournicotants
      ou rien

      quelle foi naïve en l’avenir quel déni de la mort faut-il
      pour se laver les dents, appeler chaque jour
      par son nom pas un autre, or je n’ai pas la lèvre pas la dent
      d’un seul sourire je n’ai pas de nom, j’ai juste mal au dos
      de ne plus me lever, de ne plus y croire de ne plus donner prise
      à quelque désespoir

      un homme
      s’est attablé à ma place, a saisi ma cuillère un homme
      s’est couché sous mes draps et a sauté ma femme un homme
      a empoigné mon stylo, a écrit mes poèmes un homme
      s’est emparé de mon nom, a endossé ma conscience un homme
      s’est débarrassé de moi comme d’une loque, s’est débarrassé de moi dit-il
      – enfin

      personne
      ne m’a ramassé de la rue
      comme on ramasse je sais pas moi: une pomme
      il n’y a pas de pommier dans l’coin il n’y a que des il n’y a pas,
      des hommes qui boivent, bavent et titubent
      des accents tordus
      un ciel sans foi

      les jours où il faisait beau simplement je m’arrangeais
      pour ne pas être là

    l'éviction du prolétaire
    19 décembre 2016

  • la fois où je sortis

      il y a une route
      je cherche une route
      au bout de la route il n’y a rien

      je dors assis debout couché, je dors assis
      je dors tout le temps
      les yeux écarquillés en plein sommeil

      pas une route sans qu’elle ne soit bordée
      de tilleuls, d’acacias, ou même de peupliers
      pas une route
      pas une route et c’est dommage

      je démarre à partir de rien
      sinon comment démarrer, et à partir de quoi
      je démarre à partir de rien
      afin de n’arriver à rien

      casser
      ce pur noyau d’angoisse
      pleurer un peu sur la vitre à côté
      pleurer sans même pleurer
      couler de soi faute de source

      il y a une route
      et à partir de là seulement, une étendue
      se déploie
      et s’enlise

      tout au bout de l’inconséquence, l’absence
      est sans substance
      je me baisse pour refaire mon lacet
      lorsque je me relève il me semble bien que j’aie
      disparu

      il n’y a pas de route
      l’espace s’est réduit à ça (il tend son poing fermé)
      j’écoute en mon néant
      tomber la pluie

      à mille lieues d’ici il y a un homme aussi
      parait-il
      un caillou réveillé, dressé sur son céans ou posé là
      en travers de la route
      il fait un geste de la main
      pas plus

    17 décembre 2016

  • mongols des profondeurs

      dériver
      lentement dériver
      en homme sans enfant, cafard vidé de tout mon sang
      le seine me recrache en son estuaire, mauvaise mère, et son estuaire vers pire encore:
      une tombe s’ouvre là où toute enfance
      disparaît et cela
      ne se répare
      pas

      parfois n’ai-je plus de nom, à mettre sur ton visage
      parfois aucun visage
      ne répond à ton nom –
      de la totalité je ne sais
      que la face cachée, la face noyée, celle qui jamais
      ne se joint, ne me rejoint ni ne se rend
      au point d’un rendez-vous que seul je
      me suis donné, trou serré là
      contre l’absence

      dans le vide, dans le vide en écho
      plus je m’éteins plus je m’embrase – je rêve de cendre
      sage et immortelle, quasi immatérielle
      d’à genoux gratter le tronc
      du céleste citronnier là-bas, dans le vide
      dans le vide en écho

      les dents cariées, l’après-vous je vous prie
      la neige qu’on mange, qu’on n’a jamais fini vraiment
      de digérer, la bave qu’on s’aime
      je parle de derrière le paravent, de sous l’éventail je parle
      tendrement de la honte

      charbon ardent dent du chardon, l’aisselle qu’on rase mais moi j’vous parle
      de pa-ula, pa-ula braz
      de l’asphalte qu’on étale sur des routes ne menant qu’à la mer évidemment, la mer-tourmente, le visqueux océan
      le reste du temps je ne fais rien, j’attends
      que l’attente se passe, ça me va bien comme ça

      on s’amusait bien fort, on croyait qu’elle riait
      ça fait drôle de rentrer chez soi le soir, comme on réclame une tombe, un sein tari, tout dégonflé depuis la soif
      on n’oublie pas une femme/un homme qu’on a vu pleurer, exactement
      comme on écrase un truc dans la nuit, on ne sait même pas quoi
      – notre innocence sans doute, et ça fait crac sous la roue
      le pied
      la conscience, tout simplement

    mongols des profondeurs
    14 décembre 2016

  • la pureté pure, ni les marins d’eau rance

      servir de nid à l’idée de dieu justifiera toute une vie
      la comblera de vide en dernier lieu, je serai le dernier lieu
      me coucherai sur le côté, entre aurore boréale et bloc béton
      il y aura des mouettes aussi, tenant le rôle d’invariables…

      tu ne respires pas plus que ça, lentement. l’air dans un dé à coudre
      une brûlure limpide s’évacue quelque part, que la douleur distille 
      il faudrait s’allonger là, sur un dos d’âne ou le sexe d’un ange, cessant de donner prise au temps, aux ratures affectives
      tout fond sous la paupière, dès lors tu ne sais plus de quel côté
      de l’œil tu te trouves, de l’œil tu te perds – tu te regardes l’œil

      il est tout à fait conseillé de s’identifier à soi sans toutefois s’y confondre: un couple de merles sautille dans l’herbe du jardin
      la douleur finira par se lasser, puis la lassitude. on se sera pardonné d’être sans même y avoir pensé
      et le pardon alors se reconnaîtra en toute chose, toute chose trouvera sa place en ce pardon
      en rêve ou pas d’ailleurs, quelle différence?

      il s’enivre de rien. il est arrivé au bout, au milieu
      peut-être une ombre lui pousse t-elle encore sur le côté, un souvenir inique s’enfonce t-il en sa mémoire vermoulue
      quant à moi s’écrie t-il, je me souviens de toute éternité, et la mort en est une
      : il faudra tomber, se relever, yoyo coulé au doigt de la fée apesanteur…

      une âme ça se déchire d’un doigt, comme ça, une toile d’araignée
      c’est le crépuscule du matin et déjà je…
      elle m’enterre au jardin.

    13 décembre 2016

  • à la pureté d’une brique

      je place un vide au centre de la chambre et je le laisse grandir. simplement je n’interviens pas
      il pénètre et absorbe peu à peu toute chose, il s’installe. il se découvre en tout parfaitement égal à soi-même
      je ne prends pas parti. le vide s’emplit de vide, l’absence
      comble l’absence

      la sainte souillure
      on écarte avec les doigts, la purulence. une voix ne s’accorde pas, soyons la désuétude. grouillons d’éternité, se singe t-elle
      quelqu’un passe, repasse. quand la souillure s’identifie à la sainteté et qu’un homme réalise son axe dans et par la chute – quelle douceur de planer pourtant, rien qu’en étendant les bras et en se résumant à l’oubli de soi quand on y pense
      quand on y pense vraiment

      l’échelle s’avéra (trop) courte
      il n’est plus lieu, ni temps de souffrir. quelque chose qui ne fut jamais fermé ne s’ouvre pas c’est tout. une mer morte en somme
      quelques mots nous échappent, on s’évapore en chemin – on ne fait le chemin que pour ça. et puis pour rien aussi, c’est à dire avant tout pour le chemin et même pas
      qu’une jambe en avant refoule une jambe en arrière

      on postulait que souffrir ne ment pas, que mourir nous dénude. on ne se méfiait pas
      quelle urgence reste t-il. en quelle posture d’humilité me trouveras-tu au matin, grisé de la seule nécessité de se quitter
      comment nous perdrons-nous, qui ne sachons commettre un seul pas de travers, un seul saut hors de soi
      qui nous rêvions à bout portant

      ne pas donner suite. rien ici, et maintenant.
      quelqu’un dépeuple. la perte s’atténue, à mesure que l’on cesse de s’accrocher à soi
      le corps manque, de chuter: sans poids, hors masse, la gravité ne l’étreint pas
      l’absence de dieu lui suffit. à qui – à dieu? au corps? ou à l’absence tout court?
      j’augmente la mort, mais ce n’est déjà plus la mort…

      j’escamote ma fragilité. je n’ai pas pris rendez-vous je suis venu comme ça, comme on s’en va. ou comme on sent poindre en soi
      l’absence d’obscurité

    à la pureté d'une brique
    11 décembre 2016

  • j’ai l’âge du temps

      elles ne disent rien
      elles ne font rien
      elles emboîtent le pas

      elles sont
      si fragiles en dedans
      on n’arrête pas
      l’hémorragie 

      l’oubli leur survivra

         

      d’une transparence 
      inquiète
      et le sein flageolant

      l’ennui rabotant
      la douleur
      toute douleur

      j’ai l’impression qu’elle nage
      en libre chute, qu’elle rase
      un mur

         

      la petite horloge
      ou le panier percé

      on y jette
      un électron

      en ressort
      la fusion, un jour creux

         

      je casse un noix
      tu brises
      un verre

      à la marelle un homme meurt
      on devra
      le soigner

      par où je vais tu vas
      dans l’autre sens

         

      un lierre
      lui pousse au dos
      après tout c’est un jour
      comme un autre

      elle ferme les yeux

      se répète tout bas
      après tout c’est un 
      jour

         

      extrait
      d’un ventre amoureux

      : une fable, un horizon
      noueux

      sur la grève un esprit
      parallèle

         

      une fois la joie montée
      une fois le rumex
      arraché

      s’adosser à un mur
      n’importe quel
      mur

      n’attendre rien
      lequel
      ne vient pas

         

      il faudra s’écarter, il faudra
      renoncer

      ou par-dessus la barrière
      sauter, se remémorer
      l’avenir

      mourir à genoux dans un champ
      où rien, à l’infini
      ne pousse

         

      j’ai pas peur

      juste ce qu’il faut de jour
      pour écraser d’un contour
      une vie, ma vie

      un cercle
      sans circonférence
      ne roule pas

      : il rembobine 
      une vie, ma vie

    9 décembre 2016

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