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assis là sur un banc


  • graminées

      rien. je vais comme ça vient. je dors quand ça m’éveille

      les hommes ont des trous à l’intérieur et ils appellent ça des femmes, quoique plus grave encore
      il n’y a pas d’oubli

      ils vivent les uns à côté des autres. ils entendent lhassa et lhassa
      ne les entend pas

      di’ng ding dong et puis plus rien. ce n’est plus soi qui chante, vagis ou balbutie, c’est le corps qui se penche, penche sur
      son propre vertige

      il n’a plus qu’un œil et rien ne l’en empêche non rien
      ne l’en éloigne. il s’éloigne tout seul

      mourir assis tenir debout, ne plus savoir quoi faire de vivre et je vivais quand même, tombé des nues

      ce n’est plus un noyau et même plus une pomme, c’est un malentendu entre soi
      et la route qu’on trace

      demain derrière tout l’temps absent. j’y vais j’en reviens pas, j’y vais sans rien, j’en viens quand même

      et ton trou mimait ça. j’écris mal ou je jouis de travers, hors propos sauf le temps, obscurément récalcitrant

      on ne se vivra plus soi-même en ombres-phénomènes. simplement ressuscitant (outre)
      dans l’inexpérience

    graminées
    11 février 2017

  • zone frontière, libre douleur

      sans enracinement possible, sans aile à la dérive
      assis là sous la pluie, le cul trempé au bord d’un parapluie, d’une tombe portative
      c’est drôle je n’y avais pas pensé, je n’y avais pas pensé vraiment
      j’y pense et ça m’échappe

      ça se décante. l’inné refait surface. l’absence de lieu, d’être et même d’obscur. l’impossessible
      ça fait un trou dans mon esprit et je respire enfin, je respire
      je vais sortir par là, sortir de tout. je serai saoul sans boire
      vidé sans mort

      j’arrête de faire le beau et me voyant tel quel je ne prends peur, je ne me
      détourne pas, me caresse la main plutôt, me rassure t’inquiète pas, tout va bien se passer, et puis lâcher maintenant,
      laisser aller, aller nulle part, revenir à soi réalisant qu’on ne l’avait jamais quitté, jamais
      perdu vraiment, seulement confondu avec la grâce ou la nausée
      d’être sans jamais y avoir
      été convié

      au dernier moment pour survivre, c’est à dire échapper à tout, il suffit de faire n’importe quoi, de se fier à sa plus totale absence d’intuition, toujours juste
      le premier pas de côté nous écartant d’un chemin, nous épargnant un destin, nous dissipant nous ravissant, nous soulevant en l’air pour nous botter un peu plus loin en touche, ballon crevé rebondissant
      mollement sur le béton gelé, ou toute autre surface nécessairement disgracieuse et hostile, ça me plaît mieux ainsi

      de l’aveugle à tâtons titubant dans un champ de mines en passant par la boule du flipper et les pannes de courant, me voici devenant
      si léger et sans poids, et sans masse, anus tout pimpant frétillant au front de l’ange gaby, ou qui m’en a tout l’air
      le chemin me parcourt, en tout sens et à tout âge – je voudrais qu’il me quitte, je voudrais qu’il me largue
      bien au-delà
      du champ fleuri
      ou des brumes encéphales… 

    10 février 2017

  • les gens mauvais

      j’ai peur de t’ennuyer avec mes histoires
      toute ma vie je t’ai parlé, et toute ma vie s’est tue pourtant, grattant jusqu’au sang le silence endémique
      frotter, frotter sans jamais éjaculer, c’est bien triste tu trouves pas? c’était malgré tout
      la seule option morale

      dans mon jardin j’ai enterré plein de morts. j’ai même le sentiment d’être devenu le mort en ce jardin
      j’ai la bouche pleine de terre
      j’ai le cul plein de morve
      je voudrais te caresser mais ta chatte déjà mouille pour un autre, et j’en vois pas l’intérêt
      personne n’a voulu prendre la place du pendu – mais pourquoi donc mouilles-tu ainsi?

      je vis dans un monde de nains de jardin et de mines antipersonnel, je ne me sens pas trop à l’aise, un peu à l’étroit même
      j’ai tout autant peur de tomber sur les uns que de sauter sur les autres – on n’est jamais libre que de mourir après tout
      admettons que cela veuille dire quelque chose…

      il y a sur son lit un homme luttant contre l’horizontalité
      c’est un être en suspens, un homme sans bander, il lui faudrait s’accrocher, assumer le temps – peut-être même incarner un destin
      ou alors tout simplement s’écarter
      devant le vide de soi

      je ne suis rien. je ne prétends à rien. j’ouvre la bouche et l’ortie n’y entre pas
      face au néant seule la douleur me dresse, je lui dois une chandelle. puis deux, et trois
      supposant qu’un mourant ne ment pas, je finis en tant qu’idée sans contenu, moulure d’une robe sans corps en-dedans
      ni apparence externe

    les gens mauvais
    8 février 2017

  • je pisse debout

      je voudrais te parler si bas, tout bas à l’oreille sans cerne, là où l’on s’ignore soi-même
      on a enterré mon frère cet après-midi. je n’y étais pas évidemment, n’étant nulle part assurément
      des pans d’histoire s’effondrent à la fin il ne reste rien de soi, acculé au néant, l’esprit amoureux du néant

      je n’ai pas de couteau sous la gorge, j’ai juste le couteau
      la gorge est celle de chacun, et je sais que chacun a viscéralement pitié de moi
      il faudrait frapper quelqu’un en pleine gueule mais chacun m’aime, nul ne m’offre le prétexte

      j’ai bouffé ta poitrine des années durant et il n’en reste rien
      je me suis nourri de ton cancer, tu m’as allaité de cette haine qui pousse entre les bris de glace, qui déchire quelque chose en vous de pas forcément inestimable mais bon, et finalement vous crève
      je t’ai crevée
      j’suis désolé

      maintenant que tout est mort et bien mort, maintenant qu’on est libre enfin, notamment de tout espoir – je veux dire inutile, absolument
      inutile et vain,
       on va cueillir des choses
       qui ne poussent pas, et nous ressemblent un peu c’est à dire ne ressemblent, même de loin
      à rien

    6 février 2017

  • saigner à froid

      maintenant que je ne suis plus là, que je n’habite plus les lieux, tu pourrais venir me voir
      tu m’apporterais un quelconque recueil de poèmes, même si tu sais à quel point la poésie me dégoûte, mais tu ne saurais pas quoi d’autre
      tu ne saurais pas qu’à un homme tel que moi on peut sans gêne offrir
      un géranium

      les hommes qui m’ont vu naître sont morts, ou se masturbent non stop dans les recoins douteux
      quelques uns ne me reconnaissent pas
      quant à ceux qui se masturbent, j’imagine qu’ils font ça dans les règles, me regardant mourir
      ou plutôt faire semblant

      je craignais tellement m’être trompé d’adresse, et ça me rassurait au fond d’alunir là où je ne me sentais pas le bienvenu, d’où il faudrait tout honteux rebrousser chemin, navré d’avoir osé, d’avoir interrompu quelque chose comme le sinistre et banal
      coït d’exister

      se sentir étranger c’est tout un art: d’abord, il faut que personne ne s’en aperçoive; ensuite, que chacun le soupçonne
      mais au-delà, très au-delà, il faut soi-même s’appeler sans jamais espérer
      de réponse, d’écho, ni même s’être entendu, de si loin fut-il

      j’ai du parler tout bas, j’ai du parler trop haut aussi – en tout cas j’ai chanté faux
      si j’avais survécu à chaque fois que j’étais mort je n’aurais jamais su comment me débarrasser de moi – et ça encombre tellement, un soi
      alors que faire semblant de jouir, ça ne prend guère de place…

    saigner à froid
    4 février 2017

  • clamser c’est cosmonaute

      au moins on aura l’air de rien, on lèvera les bras, en l’air – peut-être qu’on aura froid sous les aisselles
      ou entre, selon l’état des creux

      j’ai bifurqué, là, pris un chemin qui n’existe pas. j’ai aligné mes pas perdu le long de l’achemin – du coup marée jamais n’osa
      se remonter

      j’aurais voulu vivre autrement, jouir à même ton ventre un peu comme on dérape, hébété mal nourri, sur une flaque herbeuse
      en héron fatigué

      j’avais l’image d’un homme… légèrement courbé sur on ne sait quoi, et quand il se redresse il ne voit plus personne, par les yeux du soupir
      mais d’un soupir ardent

      il est très très beau, il a peut-être une fenêtre à lui tout seul. il aurait sûrement plu au miroir si celui-ci n’avait eu les yeux bandés de ne savoir si oui, si non, c’était le jour,
      c’était l’endroit

      désolidarisé de la vie-même, admis à l’absence mirobolante – tremblant encore un peu pourtant
      quand on appuie dessus
      alors on n’appuie pas

      en homme flottant, la couille entre deux eaux. en homme à qui l’on s’adresse du plus haut des mensonges. en homme-chagrin, s’évanouissant
      dans l’appareil levant…

    2 février 2017

  • les mutilés de rare douleur

      l’ivresse d’être, parfois jusqu’à la nausée. et ça tombe comme des mouches les mouches tombent comme quoi, pensives? j’en sais rien – je resurgis pêle-mêle, indemne de l’histoire, de toute histoire, rebondissant d’un fébrile mot de la fin en l’abîme d’un présent
      qui n’est déjà
      plus le mien

      on met de la distance, toute la distance qu’on peut, entre Paris et soi-même, la route qui monte et celle qui descend, l’animal et ses taches
      j’aurais eu raison de vivre
      et la mort de me tuer

      imagine tout ce dont on doit s’échapper: le présent, la mort, soi-même et j’en passe. j’en reviens également. par quasiment le même chemin. il me semble qu’il y avait là des lauriers roses à l’aller ou je me trompe?
      je me trompe sûrement
      je me trompe intimement

      j’ai mangé trop de prunes, je crois je vais avoir la chiasse. tu me diras où t’as trouvé des prunes vertes en cette saison, des prunes prunes en plein hiver, et je te répondrai ch’sais pas quand
      probablement du prunier
      qui pousse tout seul

      je croise. au large de quelque ambiance famélique je croise. j’ai parlé tout bas, afin de ne pas réveiller le rêve, endormir le sommeil. j’espère qu’il n’y aura rien entre nous, ça m’emmerderait un peu – même s’il faut bien, d’une façon ou d’une autre,
      propager la
      raréfaction

    les mutilés de rare douleur
    31 janvier 2017

  • ça tue les bêtes, et les hommes après moi

      je marchais lentement, j’avais le corps à moitié désossé, aigri. il fallait bien que quelque chose finisse par me rejoindre, peut-être même m’atteigne

      on se retourne dans sa tombe, saisi de constater que l’on respire encore. après cela s’assoit bien tranquillement, à le manière d’une ride au front d’un astre prétendu mort depuis des lustres, alors qu’en fait ce n’est qu’un genre de bus en détresse

      ces pulsions de vide, écho répondant à d’obstinés silences, ces sourires sous cape – au dégel de mes chairs tu me traites de con, de connard de salope, et je ne comprends pas

      on se mange dans la main. en dernier lieu on se mange la main. la main qu’en a vu d’autres, et qui compte sur ses doigts les doigts qui lui manquèrent pour compter jusqu’à toi

      (j’eus la) révélation fortuite d’un univers habité, hanté d’une présence, et auquel une voix originelle et sans visage confère une profondeur insoupçonnée: l’écho creusant dans l’éveil un éveil plus vaste encore, puis finit par tomber – plouf

    28 janvier 2017

  • qui ressemble au pain, au sel, aux petits matins froids

      je ne me présente pas comme le fil d’ariane, coupé non coupé, ni comme ariane elle-même, nue sous sa camisole de force et rasée d’à peu près tout ce qui l’encombrerait
      d’ailleurs l’idée ne m’en effleura pas l’esprit

      j’ai renversé la bouteille d’encre, sur ses genoux
      sur ses genoux comme c’est dommage, dommage et noir
      noirci le vol de ces oiseaux migrateurs dont on se
      languit su retour, petits bâtons rompus de nos
      divinations, j’ai renversé 

      le kung fu du mouton jamais n’effraiera le loup, alors range-toi donc
      du bon côté d’la route, côté des arbres morts, troncs oscillant entre leur raison d’être
      et leur irrépressible envie de fuir

      on ne se demande guère
      comment on en est arrivé là, quel jour ni par quel train, on se tourne les pouces,
      se les retourne jusqu’à ce qu’ils craquent, cèdent, intercèdent en notre défaveur, renonçant à toute dignité
      à toute dignité c’est sûr

      d’y attribuer un sens ou d’en conclure au non-sens, je ne sais lequel s’avérera le plus dangereux
      j’aspire encore à la lumière c’est banal et tant pis si tu m’ignores, si tu penses qu’une fois de plus je bluffe
      après tout, c’est l’hiver…

    qui ressemble au pain, au sel, aux petits matins froids
    25 janvier 2017

  • θερμαîκος κολπος

      il s’éveille de la mort (il a rêvé d’un trou noir et sans fond). le voici qui baille et s’étire à présent, se redresse et se cogne à l’éblouissante lumière du jour (c’est pourtant bien un de ces petits matins gris qui nous chagrinent plus que de raison)

      ses yeux s’accoutumant progressivement à la lumière ambiante lui découvrent le monde tel quel, mu de sa seule et fausse nécessité

       sans but ni appréhension il marche devant lui, tout épris de l’idée que l’histoire n’a pas encore commencé, et que la nature elle aussi a reculé d’un pas
     
      ressusciter ne coûte rien, conclue t-il. l’extrême facilité de l’être à s’offrir à l’existence tient autant du miracle que de la plus froide évidence. dit autrement, l’oubli en l’esprit ne sauve que l’essentiel, et c’est déjà presque trop

      on ne dit rien, on s’arrête. c’est l’immobilité qui nous prend en stop. l’immobilité d’un sort aux ressorts distendus

      on lève un bras, voir comment elle va réagir, si elle va suivre: l’immobilité reste coi. calme. calme et coi. il s’agit donc d’un parfait lever de bras immobile, nous sommes bien d’accord

      tandis qu’on baisse le bras, un peu comme on dépose les armes, l’éclair d’un instant j’ai cru voir, entrevu l’origine des choses, rien que ça

      la pupille a tremblé, léger sursaut du nerf optique, l’immobilité trahie. et puis plus rien. plus rien: le grand Là, l’ogresque Présent, la douloureuse sensation de n’y être pour rien

      il fallait s’y attendre. ou pas. on ne parle pas. on continue on poursuit on avance – à vide. on se redresse enfin – à vide. on y croit vraiment, cette fois on y croit – à vide

      il y a longtemps que je t’aime

      comme rien ne se passait, ne dépassait de la manche ni dieu ni néant, il est sorti du tombeau et il aurait bien fumé une cigarette s’il lui en était resté une. du feu ça il aurait pu en demander à n’importe qui, quoiqu’il n’eut guère envie de s’adresser à quiconque

      les belles personnes condensent la présence, soit, mais il ne fait plus vraiment la distinction. par exemple il n’avait de sa vie eu de contact charnel avec une grosse, et il éprouvait maintenant comme une vague honte de ces fausses pudeurs

      ressusciter ne m’a pris qu’un quart d’heure, mourir tout le reste du temps. et le reste du temps c’est déjà presque l’éternité. il a fallu faire coîncider ou  concorder ces temps, histoire de s’envoler un peu

      rien qu’un peu

      quand le temps le permet…

    24 janvier 2017

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