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assis là sur un banc


  • et d’un linceul de peu

      sans l’intervention
      des mois qui tombent, des morts
      à la fenêtre

      quelque chose de lent pourtant
      c’est à dire presque
      de froid

      s’essuie le front sur
      l’araignée
      des rides

         

      une ombre se décharne

      quelque chose entre-temps
      nous susurre à l’oreille
      l’apnée d’un jour
      vacant

      des vapeurs
      d’au-delà sans doute, les relents
      d’une mémoire vidée de tous
      ses souvenirs

      et qui respire encore

         

      l’horizon tout au fond
      accouche
      d’un point de non-
      retour

      et quelque part est-ce le regard
      qui flanche, l’oblique
      d’un contre-jour

      ou le geste froncé
      d’une main qui renonce et ne garde
      entre les doigts

      que la trace, indélébile
      d’un présent
      transitoire

         

      tout un ciel, une vertigineuse
      chute
      reposant en équilibre sur
      le tranchant d’une
      simple apparence

      fuyante, mais fuyant où
      et quoi
      tandis qu’un arbre, ci et là
      lentement, inéx-
      orablement

      chemine vers
      son propre
      déclin

         

      minutes posées là, au rebord
      de l’oubli ou au revers
      peut-être
      d’un geste maladroit

      se vêtir d’une
      caresse, pas plus
      ricochant sur l’extase
      en cendres répandues

      il faudrait toutefois
      prendre garde à la marche
      s’en tenir à
      l’espace…

         

      juste là, sous
      la soupirante
      paupière

      le déflagration d’un silence
      décimant
      les brumes

      les pas y font écho
      à l’inaudible
      mais là n’est pas 

      l’essentiel
      ni les soirs
      bruinant d’ennui…

    et d'un linceul de peu
    7 décembre 2016

  • une fois qu’on a tout tué en soi et qu’il ne reste rien, est-ce l’amour enfin?

      tu ne m’a rien dit, tu ne m’as pas retenu
      tu étais ci ou celle, tu parlais en allemand
      c’est métaphysique: qui s’adresse à moi en bandant, en pleurant ou de triste amitié
      le fait immanquablement en allemand
      en serbo-croate aussi, ça arrive quelque fois
      ou en homme, ou en femme
      qu’il me faut décevoir

      le chien qui échappe à la fourrière, il se doit de mordre les gens
      il est proche de dieu
      le dieu qui échappe à la fourrière aboie au premier venu
      lui transmet la rage, le tétanos, la syphilis 
      et les tresses sur les côtés d’un visage aquatique
      parce que c’est joli
      ça fait d’mal à personne
      et on ne risque rien de plus
      que l’orgasme

      je suis mort dès demain; dès demain je suis mort je te dis
      je la mate dans le rétroviseur
      tout ce que je vois d’elle et pire qu’elle (ses amants d’infortune, les lambeaux de sa vie, son tombeau grand ouvert), c’est dans le rétroviseur 
      que je le visionne
      j’ai trouvé ce truc-là pour la ramener d’entre les morts
      sans qu’elle ne s’évapore

      eurydice mon amour, enlace-moi de tes bras, colle-toi à moi
      le monde fait trop de bruit, le vent descend d’allemagne, raclant les fonds
      je crains de n’être là que pour mimer ta déchéance, te sucer l’aine ou l’anus
      bouffer tes chips
      tu pleures pas comme il faut, eurydice – pour une fois que c’est toi
      qui te trouves derrière moi…

      je pisse debout, avoue t-elle l’aisselle fumante
      c’est l’avantage d’être femme, je pisse autour
      j’ai peur de ne manquer à personne, j’ai peur
      que personne ne me manque, il faut dire la douleur, rose trémière
      non, il n’y a rien
      qu’il faille dire

      objet d’un travail fortuit, la mort en moi
      on se glisse dedans, on remonte à la source
      retenant son maigre souffle, on ne sait pas
      comment finir
      on prie sur les genoux
      – les genoux
      sont une valeur sûre

    5 décembre 2016

  • en poussières d’homme et tu souffles dessus. voilà

      mon dieu que ça fait du bien
      d’être l’enfant de personne
      d’être à la ramasse totale, ne plus savoir, ne plus
      pouvoir dire merci
      d’être enfin tellement rien
      qu’on a plus honte 
      de rien

      je suis là par hasard
      disons que je passais par là, pure coïncidence
      j’ai la mort devant moi – à vrai dire je n’ai que ça
      derrière moi également: elle me fait la grimace, la petite garce
      fouetter la petite garce
      lui faire cracher l’morceau
      elle me hait, et moi je l’aime bien pour ça
      entre autres

      dieu ne m’a pas prévu – du moins je le refuse
      c’est donc lui le suppliant, lui qui m’a trois fois perdu
      il toque à ma porte, il me tend sa besace
      il pleure, il geint, il implore mon pardon
      et moi j’ai pitié – j’adore ça
      je lui file mes pièces jaunes et le renvois à la rue, aux puces, aux rigueurs hivernales
      je me retiens juste d’éjaculer
      sur son carton

      je t’ai embrassée
      sur la joue, je t’ai enculée
      par la bouche, alors tu pourrais
      me dire nique ta race fils de pute, macédonien de merde, suce-toi les couilles eh pétale de rose
      mais tu ne dis rien, tu restes polie, tu te contentes de jouir alors que
      je t’ai même pas touchée…

      sous l’aile du corbeau
      titube une haie
      d’arbres déguenillés
      on se croirait un dimanche mais non, c’est juste
      le rabot du silence
      sur la plaine mouillée…

    ...
    4 décembre 2016

  • je reconnaîtrai l’endroit, et je le reconnaîtrai au sentiment intime de ne plus y manquer

      c’est pas l’amour qu’est d’la daube, même avec un petit a, c’est juste qu’on n’est pas
      assez grand pour ça
      qu’on s’accommode
      qu’on oublie de mourir
      c’est fou pourtant le mal que l’on se donne à se larguer, à s’abandonner total
      à la médiocrité du sort, au mauvais temps de vivre
      – j’oserais pas une caresse, pas un doigt sur ton bras
      : on préfère se cacher pour pleurer
      c’est comme ça

      je sais que je ne pourrais jamais être nu, réellement me dévêtir, me démasquer tout entier
      seule la mort peut ça, seule la mort sert à ça
      j’ai une envie soudaine de plonger nu dans une piscine nocturne
      à cause de la couleur de l’eau sous les projecteurs probablement
      ou pour y éviscérer une espèce d’ophélie…

      d’un homme heureux je suis l’ombre, le squelette – le faire-part
      des nostalgies me maintiennent sous perfusion, ivresses nyctalopes
      faut danser, faut danser me disent-elles, celles que leur désespoir ne guident plus
      je veux faire mal, et j’ai personne à qui d’autre que moi

      le meilleur ami que j’ai jamais eu c’était mon sac de frappe
      n’aimais-je que ma douleur?
      et là je suis perdu de ne plus la ressentir – je me sens comme ces femmes bannies dont on rasait les poils du pubis ainsi que les sourcils
      cette soif d’absolu, dis-moi juste que c’est du pipeau
      et qu’on n’arrive pas plus à y croire
      qu’à la mort

      rien ne me manque, ni personne: je trône
      sur un cimetière de chrysanthèmes, la jachère longue d’une vie
      un ultime saut dans le vide pourquoi pas – ça parait très érotique mais j’y connais trop rien à vrai dire
      comme tu vois, je sais même pas faire un poème…

      je voudrais seulement, comment dire… ne pas mentir
      mais comment ne pas mentir quand on récuse toute vérité?
      en étant, tout simplement?
      en mentant?
      je voudrais te toucher, rien que te toucher, et ce d’autant plus sachant que tout se trouve
      hors de portée certainement
      et définitivement

      si seul le salut me concerne, si seul me fait bander le miracle, ne frappe pas mon âne
      surtout ne me parle pas de toi – laisse-moi là
      je t’en prie laisse-moi là, ne me regarde pas
      j’en peux plus d’être mort
      d’avoir si peu d’amour
      si peu d’amour en tout

    2 décembre 2016

  • dans un square parisien, un tout petit, square parisien

      friable, la soif.
      c’est toi, tu t’assieds
      peut-être n’aurais-tu jamais du
      commencer à compter à rebours depuis l’infini
      fasciné par le un
      qui n’existe que tant qu’on ne s’y
      réduit pas – parce qu’après…

      les hommes d’ici savent si peu…
      je t’ai sucé
      la chatte j’étais le ressac j’étais
      démosthène sur la grève, un rouleau-compresseur
      je baptisais dieu par procuration
      et ça m’allait bien

      ils lient l’érotisme
      à la morbidité, ils écrivent
      des poèmes, ou montent au front, détruisent les ponts…
      parfois ils en oublient
      être nés d’une mère dégueulant tout son sang par la même occasion
      le même trou
      et ils ont honte, honte de tout ça, des ponts des poèmes, d’une mère et d’eux-mêmes
      ils se châtrent à leur manière…

      quand on se fout de tout on peut mourir tranquille
      tranquille ça veut dire
      dans l’angoisse
      parce que sans l’angoisse ça servirait à rien, mourir
      ça ne délivrerait de rien
      ça ne nous grandirait pas
      d’horreur tranquille

      les bombes, elles éclatent toujours à côté
      alors on a volé
      au secours de l’ennui
      et depuis mille et mille ans
      qu’on encule pénélope
      on n’a toujours pas réussi
      à jouir dedans, on a
      raté le coche

      môme, on a tellement besoin d’être rassuré
      : c’est traumatisant, être
      et puis subitement on vous coupe la main qui vous caressait,
      on la change en fouet
      – c’est traumatisant, un fouet
      on t’enlève tout, un à un, jusqu’à ce qu’il
      ne reste rien de toi, ou seulement
      un chien, un os – une âme malgré tout

      je ne peux vivre sans être l’homme
      qui est là mort devant toi
      qui sait même pas la tombe
      qui sait même pas s’branler
      qu’est qu’un cours d’eau à sec qui n’aura
      jamais trouvé la mer
      faut dire qu’ça pue, la mer…

      je me méfie du bonheur, j’arrive vraiment pas
      à m’y accoutumer
      je préfère baver dans la bouche d’une fille qui ne sait plus pourquoi, je préfère
      dépérir, je préfère dépérir dans un square parisien
      un tout petit
      square parisien

    ...
    30 novembre 2016

  • c’est pas le cœur qui manque c’est juste le sang, qui circule plus

      je me suis vraiment demandé
      quelle était la nature 
      du rat qui grouille en moi
      et quand il remonte en toi
      ou toute autre suppliante
      je veux que tu le sentes, là
      et sans péridurale

      on a de plus en plus de mal
      à croire à la mort, ultime certitude pourtant
      il faudrait fermer les yeux, ceux du dedans, les fermer pour de bon
      peut-être qu’alors, et qu’alors seulement
      une porte s’ouvrirait, dans l’encadrure de laquelle
      tu ne ferais plus
      qu’apparaître…

      même au cimetière elle ne saurait
      se retenir de danser, se trémousser
      peut-être afin de ne pas
      succomber, enfin pas totalement
      – c’est une fine pluie
      d’angleterre et j’ignore comment
      ou bien de quoi
      elle m’essuie…

      elle s’appelait service compris
      ça allait plus vite comme ça
      d’un autre côté on n’était pas
      pressés, alors on a pris tout le temps
      de panser nos plaies
      en les léchant
      comme des dingues

      il nous faut toujours
      montrer quelque chose
      à celles qui s’appellent
      am stram gram:
      son cul, sa triste grenouille
      son langoureux soupir
      enfin, quelque chose…

      et rien en bout de laisse
      pas un souffle de vent
      pas l’ombre d’un pendu:
      ce son les évadés – il s’évadent
      de nulle part
      ils s’évacuent
      par l’œil ou même pire…

      est-ce que tu crois
      qu’on est des êtres dansant
      sur une seule jambe est-ce que tu crois
      qu’on est malin alors qu’on a
      tout perdu et qu’on n’a peur
      de rien 
      parce qu’on cherche pas?

      est-ce que tu m’embrasseras
      quand t’auras une bouche, des lèvres
      deux longs bras dont tu ne sauras
      que faire, c’est tellement triste
      de n’être que l’idée de ce qu’on est alors qu’un seul
      mort, mais un vrai
      suffirait
      à ruiner notre dame

    28 novembre 2016

  • la vérité si j’t’aime à fond, c’est qu’en fait je ne t’aime pas, notre dame d’hellespont

      au commencement était le mythe, le mythe du commencement et donc d’avant le commencement, cette irrépressible nostalgie concernant le perpétuel ressac d’un éternel absent
      une poignée de mots, guère plus, osselets du grand cadavre tout à coup ressuscitant là d’entre nos doigts, ne s’élevant que pour mieux retomber, s’éveillant à la douleur de sombrer – bref l’histoire (il n’y en a pas d’autre) recommencée du commencement et de la fin
      une poignée de mots c’est tout
      ce qu’il nous reste de la mer
      pour traverser la mer…

      la limace qu’on porte dans son ventre, nourrie aux neuroleptiques les longs mois d’hiver – avec une aiguille à tricoter on tente de l’embrocher, de lui crever les yeux mais chaque trou qu’on pique en sa chair flasque lui en fait un, qui nous fixe d’un air triste en pensant pauvre petit bonhomme, je vais te bouffer tout entier pauvre petit bonhomme…

      c’est vrai t’il est mignon l’grillon, une flamme sur pattes qui vomit les heures creuses, et soulève le couvercle
      selon qu’on est content ou pas, qu’on relève sa jupe ou pas cette histoire de trognon, de moignon, quelque chose sonne creux
      rester là, poirier de plein champ à attendre la foudre or foudre ne s’abat – c’est juste le crachin…

      j’coupe le chignon
      la couleur noire s’achève là, je ne peux voir une flaque sans y sauter pieds joints, m’imaginant plonger en un ciel inversé, une intime béance
      né d’une overdose d’absence, j’ai le vertige générique et celle aussi, d’une traite omphallique, ombilicale ivresse d’un murmure en cascade et y a plus d’ombre, plus le khôl d’une ombre sous les pierres fondues…

      descendre en roue libre sur les chemins du pardon néanmoins, néanmoins lâcher l’guidon

    ...
    27 novembre 2016

  • mon petit navire basculait dans le froid, dans le froid oh, pauvre petit navire

      je ne savais pas quoi faire alors j’ai jeté une pierre dans le vide de mon esprit, puis j’ai médité intensément dessus pendant trois jours et trois nuits et au bout de la troisième nuit, je décidai de ressusciter
      l’aube parut verdâtre et sans bruit, glauque à souhait – je m’imaginais bien de toute façon que ça allait pas être la joie

      tous sont morts, il ne me reste que ma mère, et je ne sais qui de nous deux s’éteindra le premier – celle qui tint le fouet ou celui qui compte les os
      si je possédais les photos des quelques femmes que j’ai aimées je pourrais me les passer en boucle à longueur de journée. ça passerait le temps et le cœur débranché, je me tripoterais le gourdin ou bien m’arracherais un à un les poils en récitant face à chaque visage le mantra des pendus c’est à dire un peu, beaucoup, pass…

      un chef de gare qui ne saurait même pas d’où vient le train on l’enverrait chercher un autre emploi. avec ma mentalité de passager clandestin moi je me fous d’où va le train – j’ai jamais payé de billet et je me contentais d’être au chaud, côté hublot de préférence pour rêvasser aux paysages, c’est si paisible les paysages
      j’ai vraiment du m’entraîner longtemps pour avoir l’air de rien

      dès la troisième lettre que j’écrivis j’abandonnai les majuscules. mes parents m’ont abandonné à la naissance mais je ne leur en veux pas: ils ne sont plus en état qu’on leur en veuille de quoi que ce soit, surtout le mort (celui que je ne connais pas)
      je n’ai jamais vécu en couple – d’abord parce que le sexe, la bouche et tout ça je trouvais ça dégueulasse, et qu’ensuite habiter à deux mon trou fondamental ça n’aurait pas paru crédible

      j’ai fait un vœu, comme ça dans le vide, sachant qu’il ne saurait s’exaucer. rien ne se réalise vraiment, c’est juste une brouette de caca qui passe en grinçant de l’essieu
      l’autre jour par exemple j’ai embrassé la vitre sur la bouche elle m’a giflé aussi sèchement. je suis allé à la salle d’eau essuyer le sang qui bavait de ma lèvre et lorsque je remontai je la trouvai brisée, j’en restai bouche bée

      j’évite les ennuis, je me lave les pieds de temps en temps – en général je referme mal les  robinets

    25 novembre 2016

  • je n’en rêve pas, inutile de couler lors de piscines bondées, voire de gares vaugirard

      on traîne une soif avec soi
      on l’emmène partout, partout
      c »est de l’enfantillage, je sais
      mourir de soif ça c’est grave
      avec tout ces robinets

      on part de zéro pour arriver
      à rien
      entre-temps l’infini nous sourit
      et mouille
      – c’est là qu’on chope la chtouille

      étrange nuit du chauffeur debout
      et qui arrive à pied, toujours à pied
      et seul, seul ente le mur
      et la nuit, la nuit parce qu’il fait nuit, dedans et tout autour
      de ce chauffeur debout

      j’ai pris froid à la tête, ou l’esprit congelé
      je ne sais plus souffrir
      j’appelle en vain, seul le vain
      me revient en écho
      en écho

      sur la neige j’ai posé mes deux mains, à plat
      et j’ai pissé dessus – mes mains, la neige
      on peut croire qu’il s’agit d’une solitude sans borne, on aurait tort
      on aurait tort au moins
      une solitude sans borne, d’y croire

      j’aime pas manier la pelle
      le trou aussi j’le fiche en l’air
      je n’aime plus rien
      à la pomme de l’arrosoir, j’arrose ça
      ces graines mortes dans un sol stérile

      une histoire de miracle
      on s’y attend même pas
      on regarde sa montre machinalement, et tout à coup la pluie se met à tomber
      on ne demande rien, on lève la tête, on boit
      on boit, c’est tout

    ...
    24 novembre 2016

  • c’est tellement simple de ne penser à rien, tellement simple qu’on ne pense plus à rien

      terre à bascule, douce terre à bascule, que faire de mon bébé
      la bouche pleine de neige et l’essor en bouteille, ai-je de quoi payer
      au fond des chambres mortes, où le miroir n’affleure, ai-je élu domicile?

      le tao de la croix nous parle t-il de fornication, et de vent sous les bras
      ai-je beau ramer, beau ramer, les rames brassent le vide, et d’obole une langue
      amère et qui reflue, tout être est-il de paille sous l’étincelle humide, la chute remontante

      je me suis lavé dans tes bras, o putride; je me suis écarté au passage du temps
      j’ai même failli tomber quand la chute en douceur se glissa sous mon pas, aveugle et nu
      mais là vois-tu j’ai plus d’monnaie pour le tram du retour
      tu pourrais pas me passer un peu d’monnaie s’te plaît, pour le tram du retour
      me laisse pas ici

      cadenassées, les portes ont dévoré leurs enfants, connasses de portes
      j’ai crevé les tympans de mes murs, rabattu les volets, comme ça on n’en entendra plus parler
      on s’épelle son nom, lettre après lettre comme on s’épluche, on épelle son nom
      mais non ça ne nous dit rien, aucun souvenir ne remonte, n’éveille en soi d’écho
      je rêve de quoi

      c’est bon de savoir qu’on a toute l’éternité devant, derrière et dedans soi, même si on s’attarde pas
      le loup avale le loup mais n’en fait pas toute une histoire, ou alors si
      je te confie ma montre, je te donne le bras, je vais jusqu’à oser quelques pas avec toi
      ça coûte rien

     non, vraiment, (vivre) ça coûte rien

    22 novembre 2016

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