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assis là sur un banc


  • je me dis tiens, auras-tu seulement le courage

      j’éjacule quatre douleurs, puis m’étends sur le dos
      on suppose à la mort des dents blanches, une haleine fétide. on suppose la mort
      le temps ne fait plus de pause – à tour de bras il mouline, il assassine
      on ne s’en sortira pas vivant 



      bethléem, c’est pas ma faute si j’ t’aime 
      j’ai remis ma robe
      recollé chaque pois à son exacte place sur le soyeux tissu
      telle est ma sage condition
      on ne tergiverse pas, quitte à ce que cela n’arrive pas



      pas d’embrouille
      non vraiment, on ne cherche pas d’embrouille
      à par tâcher, tant maladroitement que vainement d’ailleurs, de prédire le présent
      les larmes enfouies dans les poches, passer inaperçu – l’inaperçu nous rapprochant sen-
      siblement du néant, quoique à
      si petites doses…



      chercher les doses, changer les doses
      je me fourre les poches de bonbons, c’est comme ça
      on n’a mal qu’une fois, on a trop peu de dents. il fait bon
      ce matin. contre toute vraisemblance, il fait bon

    31 octobre 2026

  • j’ai le surf profond

      il faut s’asseoir
      fredonner peut-être, et pourquoi pas fredonner
      se rappeler peut-être, pourquoi l’on semble là, pourquoi l’on semble
      et retourne à la mer



      je n’ai pas vraiment
      compris ou ce qui en tiendrait lieu. je me suis enfoncé
      profondément dans
      la forêt des grands ducs.
      comme tout cela est triste, comme tout cela
      tire d’un côté, tandis que rien de l’autre



      la pluie c’est contre mon bras, tout en douceur et
      en écœur, vois-tu la pluie
      toujours plus molle sous le coude
      – les morts s’y douchent



      je me regarde
      je me regarde le premier, rien
      ne m’en détourne
      il fuit quand il fuit. il a peur d’un tramway. il faut
      perdre son temps par exemple
      ou pour l’exemple



      sans le savoir je tombe d’un poids
      oh la misère, je tombe d’un poids
      un homme ramasse le son, rien que le son
      chacun couche son histoire, c’est louche
      très louche, cette histoire…

    28 octobre 2026

  • ni jésus les moutons

      bazar intégral
      mais la grande paix du revenant
      il manque un doigt par ci, un doigt par là, une pierre au ricochet
      tu me rappelles jeudi, surtout n’oublie pas
      de me rappeler jeudi, ou vendredi



      dans le nulle part sous-jacent. les bras m’en tombent :
      je remonte l’instant
      jusqu’au présent quasiment, au quasiment présent
      tu m’évoques un bouton. je m’évoque
      un déboutonnement



      une vue de l’esprit
      et toute la douleur.
      charognards charognons, et ne nous mêlons pas
      tu décroches, soulèves une paupière, enfin… tu te demandes
      une mèche là, en beau désordre, impatiemment éteinte…



      rotule aimante, petit pavé
      dans la mare présentielle
      du licol au piquet, la corde d’insomnie
      si t’es pas belle c’est qu’ t’es pas belle, le mieux serait encore
      de s’oublier, détendre ses poings creux
      et replier sa langue

    25 octobre 2026

  • les morts comptent pas leurs doigts

      entre extase et nausée, le jet d’salive. nous ne serons jamais
      qu’adolescence en perdition, un petit nœud sur le côté
      j’avoue j’ignore
      à qui je parle, à l’adresse de qui je
      me tais, me terre me mure me
      platebande…

     

      une fois par mois par plus. j’arrose
      le kunlun et mes pneus sur l’asphalte
      ne laissent guère de trace – j’habite un homme nu
      peut-être un jour
      redeviendrai-je une bête, après tout



      mon frère s’est fait planter
      une aiguille dans le cœur, comme ça sans
      avoir rien demandé. mon cercueil
      en carton compressé ne sera
      qu’à une place – imagine toute un plage
      pour un seul nudiste…



      l’enfer a trois bouches. je te tiens par un doigt
      tu me tiens par la corde, un vol
      de grive ne présage rien de bon. on se promène en soi
      le pire, si modeste à ses heures, l’indifférence en assistante
      respiratoire

    22 octobre 2026

  • et tous les hommes sont chèvres

      toutes les bêtes, oh mon amour
      toutes les bêtes de la nature
      sortent
      de mon soupir oh mon amour
      et ce n’est qu’un début



      moi j’étais là, en train de te
      dire quelque chose quand tu es morte
      les bottes courtes, un autocollant militant
      sur la vitre arrière, et toujours au toucher
      un cœur si froid…



      le vide
      ne comprend pas la chute, c’est clair – mais comment
      ne pas faire de bruit, ne pas
      éveiller de soupçon, tourner de l’œil quand ni le haut
      ni le haut ne résument
      une évidence sans objet ?



      caresse de mon esquisse, caresse. je ne
      reçois rien en échange, pas une once
      de dignité quelconque – j’asperge les enfants
      passant sous mon balcon, j’imite
      la pluie, pas plus que ça…

    19 octobre 2026

  • l’éblouissement permanent

      moi de toute façon je m’en fous : je suis déjà parti
      parti là-bas, où je n’existe pas, à peine de travers
      on lève son verre allez va, on lève son verre, un animal
      réussit toujours à se sauver, à échapper au pire
      je ne suis pas un animal



      comment concilier cerf-volant et corde à sauter ?
      je ne sais pas, je me suis seulement rendu
      à l’inepte évidence, au vide sidéré
      jouir casse un poteau, on pleure des cordes
      avoir existé ne suffira pas, je le crains



      trop vieux pour l’amour. de plus la marée baisse
      il faut aller si loin pour n’arriver nulle part, adresse en déshérence
      le code postal manquant
      éjaculer dans un bouche de métro
      – y’a pas d’métro, à cette heure-ci…



      j’ai tellement peur, mais tellement peur de rien, l’angoisse désinvolte
      je ne viendrai pas à bout d’un tel mensonge
      les choses qu’on ne dit pas, afin de se préserver du pire j’imagine
      on se caresse la douille, on ne se plaît au final
      pas plus que ça

    16 octobre 2026

  • si j’étais un ballon, je me dégonflerais

      le jeune homme dort dans la terre, la tête la première, le jeune homme
      dix-sept jours sans manger ni sucer. je déteste les pommes
      immense l’immensité, immense
      et si bas le tabouret, si bas…



      demain je me rase la couenne, toute la couenne, au-dedans comme au-dehors
      si facile et dangereux de vivre, quand on ne comprend rien
      un à un j’m’arrache les poils. jouir c’est déjà fait
      à mort l’éternité



      j’achète un disque
      c’est pas tous les jours j’achète un disque, aujourd’hui j’achète un disque
      si l’on s’aimait ça se saurait, non ? on trouve du fer partout
      des pots en tout genre, des algues et plus au fond encore :
      des bouts de toit



      la guerre fait rage en moi. elle déborde oh mon dieu
      je suce un jouet. un jouet forcément ça se suce. ça se trahit aussi
      il n’y a juste pas de fin. t’appuies dessus tu tires dessus
      et toujours pas de fin



      viens et pars. mais surtout viens
      ou pars. pince-moi la joue, comme si la mer n’existait pas, sans fond
      je te range. bon d’accord je te range, je n’ai pas de langue-source
      ma mère mourut
      bien avant ma naissance

    13 octobre 2026

  • la panique tranquille

      la nuit me parle foule, tandis que moi je parle à la nuit
      la nuit, panique tranquille – comment échapper à l’infini ?
      tellement d’ailleurs si peu d’ici, le trou
      à portée de ma faille



      l’universel toujours content, régresser jusqu’à dieu, jusqu’au
      néant de dieu, se couper les ongles se
      raser le crâne se
      souffler la cervelle, on s’éveille hébété chaque jour entre
      deux pénibles poteaux de rugby



      au point où l’on ne résiste plus
      où l’on prend soin de roses fanées, de sapins dépouillés de leurs boules,
      de leurs guirlandes, de sapins morts de trouille
      je m’envole, mais c’est pour rire
      je m’envole et je gémis, j’espère que
      je ne te dérange pas trop, du coup



      l’univers ne me fait pas vraiment peur mais s’il te plaît, laisse-moi tranquille, l’univers
      là rêvant d’une mer sans rive, au-delà de
      la désolation
      ou d’une fenêtre ouverte en guise de miroir
      sur le vide sublime, le vide extra-lucide

    9 octobre 2026

  • qu’épines et sabots

      on se donne la béquée, on se fait manger
      mutuellement. dans l’enclos tout n’est
      qu’épines et sabots, nos ballons
      ne décollent pas du sol ou de nos bouches, nos baisers
      restent lettres mortes, retournent à la poussière – c’est pas faute
      d’avoir tendu le cou



      l’arrière-saison. on n’ose plus mourir, on fait
      ça par procuration, comme le reste
      plus t’es belle et plus je tombe à l’eau – que disais-je
      ah oui : l’arrière-saison. il est temps
      d’aller visiter la mer



      nulle part où rentrer – à quoi bon donc les jambes ?
      je m’endors sur le côté, celui-là près du gouffre
      me rassure le gouffre
      m’enfoncer dans le vide, toujours plus loin dans
      le vide. ça pèse pas lourd, le vide



      berce-moi
      d’illusions ou alors attaque là, mords-moi
      au talon, à l’abdomen, arrache-moi un testicule
      j’ouvre un livre, les yeux collés
      sur la même page, n’importe quelle page du
      moment qu’elle ment, ou ne recycle
      que la cendre d’un regard
      une absence en sursis
      bref

    6 octobre 2026

  • départ de femme

      il n’y a pas d’bêtes devant. on avance à l’aveuglette
      en purs hasards sur le chemin des dames, on avance à cloche-main
      – ainsi font font font…
      et puis s’en vont

     

      qui s’échappe
      de ce trou-là ou d’ailleurs, et ne remet pas les pieds
      dans sa propre cuisine ?
      je mélange les fléchettes, puis les avale toutes
      verrai bien où me mène
      ce gentil cul-de-sac



      je ne me rappelle rien
      ni ma mère ni mon chat
      on se réveille au garde-à-vous, rien n’a changé vraiment
      les paquets de chips
      se succèdent à l’ennui, la longévité
      s’accroche, sort de son lit, décroche
      c’est même plus supportable



      t’as mis un nid au milieu et t’as pissé dedans
      net et précis, t’as juste pissé dedans – quel destin
      te rattrapera désormais ? quel souvenir en miroir
      pire que te démasquera :
      te dévisagera ?



      mille moteurs, une seconde de retard
      suffit à faire dérailler
      l’éternité.
      mon chant à blanc, le corps de ma consœur
      dans le collimateur. je baisse les yeux
      c’est plus prudent je baisse les yeux
      j’cartonne le vide



      toi depuis que t’es tout petit tu meurs d’envie
      par-dessus l’épaule, je respire le large
      même mort, je respire le large
      ça n’a l’air de rien : je respire le large

    3 octobre 2026

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