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assis là sur un banc


  • à cause des mouches

      il s’est mis à boire, après avoir appris que la terre était ronde, même si
      pas si ronde que ça, finalement. il se serait mis à boire
      pour toute autre raison de toute façon, ou alors se serait tué
      à la première occasion comme on dit les jours précisément où
      l’on n’a rien à dire

     

      si on l’avait prévenu dès le départ qu’il ne s’agissait au fond que de
      mémoire et tourisme, il aurait fui sans doute
      quoi qu’il en soit il fuit – il fuit
      jusqu’à ne plus se retourner, sur lui-même ou un autre puisqu’il
      les avait bel et bien face à lui, au sens propre
      comme au sens figuré



      il danse une fois par jour. une fois par jour c’est toujours ça – toujours ça et déjà trop
      il danse en toute pagaille – faut dire que ça tangue pas mal, la parfaite immobilité
      je ne me sens pas vraiment inutile, simplement je le suis. moi aussi je le suis simplement, inutile
      inutile est dans mon sang. inutile gare mon abîme



      si je mets deux-trois prénoms dans le même panier, cela n’en fera pas
      des crabes pour autant – ou alors aux pinces si douces
      qu’elles vous arrachent un râle d’orgasme comment dire, et plus encore comment
      le taire, en soi le ravaler



      je me prête main forte, comme ça, comme un chemin
      emprunte le vent. ça n’arrive pas souvent je me suis même acheté
      une carte de métro on sait jamais
      sinon j’ai pas pleuré aujourd’hui. sans doute à cause des mouches

    15 septembre 2026

  • de nœud mon nœud s’habille en fille

      traverser la chambre en diagonale pour se retrouver là, dans un vide
      définitif, irrévocable, à sa façon très séduisant, étonnement sexy
      on coupe le son, on égorge le pianiste, on brise
      les jambes du danseur, du danseur probablement
      un jour je me trouvai là, là exactement
      où je ne l’étais pas et d’où je n’avais pourtant
      jamais bougé



      tout ce qu’un dieu te dit de moi, ne le crois surtout pas.
      j’ai bouffé mon cheval, j’ai sucé la moelle
      de mon cheval – même la selle y est passée, je n’ai laissé
      que l’acier froid d’un étrier, le sadisme de l’éperon. et maintenant ?
      et maintenant, la carcasse à tout vent, je prie, je prie
      je n’sais qui je n’sais quoi, et qui n’arrive pas…



      et moi en nœud coulant je ne suis
      fait que de corde, raide, intransigeante. j’adore ton style
      de timide salope, d’immaculée sociopathe, j’aspire à l’ombre
      la plus claire. on se serre les coudes on écarte les bras – quelles ailes déployer, hein, quand seule une peau
      borde les os ?



      la dernière fois c’était l’horloge, j’ai failli crever
      d’une aiguille mal passée. le vent sans y paraître souffle
      dans le sens du vent. si je te marche excuse-moi
      sur les ovaires excuse-moi si je te marche
      sur la mer morte je l’ai vraiment
      pas fait exprès

    12 septembre 2026

  • d’amour et de grâce

      quand rien ne cesse, où trouver le repos – le bâton dans la roue le
      caillou dans la grâce ? mon trottoir va
      danser tout seul – la mort en effet ne
      tiendra pas longtemps debout sur
      ses jambes sans os, ses fragiles cheville

     

      j’avais piscine ce matin, j’ai dévoré la planche
      quelque chose me retient de ne pas rester là, je voudrais, après t’avoir
      ouvert le ventre, faire le caillou au centre de ton être
      finir mon verre sauter dans
      le premier trou venu, parler d’absence
      à voix très basse…



      quarante fois la vie, ce n’est toujours pas ça – d’un virage mal engagé le fou
      se prenant pour un roi, le roi
      pour un simple soldat le cheval
      pour un âne – on fait ce qu’on peut n’est-ce pas on fait
      plus ou moins n’importe quoi, bras croisés jambes pendantes, les couilles en ordre de
      pagaille rangée



      figure-toi non mais figure-toi : une seule pierre
      et tant de dents cassées. j’ai avalé
      tout le figuier d’un coup, pépins et racine comprises – je marchai là sur un seul rail
      la tête entre deux flots, la mémoire affamée, lâchée
      sur les siècles béants

    9 septembre 2026

  • sur le très sale m’endormant…

      tu m’embobines. tu n’sers à rien tu m’embobines
      moi le fil d’une histoire morte, l’éclipse à quatre pattes
      je meurs. entre moi et toi je meurs, ces fétiches pronoms ces
      falaises qui s’effondrent

     

      pomme de mer, ne me démange pas
      quelquefois mourir bonus, mordant très fort la
      cuisse du doudou, réel ou supposé qu’importe
      je saute sur mon bouchon qu’importe – la peur a son odeur
      et myriam la sienne. posait là l’enfant-piège



      caresse moi la brisure, l’arête la fêlure
      d’une douleur incompensée. ça faisait si longtemps que
      je n’avais d’un ongle sale rayé
      le pétale défunt – j’ai du mentir aussi, mentir pour ne
      tomber plus bas que ne
      le permettent le fond, la surface
      et le temps qu’on y passe



      ce soir l’amour ne sera
      pas mon point fort, mon sexe faible – je ne rate
      qu’une marche à la fois. l’éternité crispée
      à quelques encablures au-dessus de
      nos idées chauves, nuages balotés de refrain vide 
      en planche morte

    6 septembre 2026

  • douleur claire

      comme un matin de gueule de bois, un non premier amour, comme une vie passée
      sur la touche
      une ligne imaginaire sépare le ciel de la mer, et je ne suis
      toujours pas mort


      dieu sur la butte, et le chevreuil en embuscade
      à force d’avoir tort une vérité finira bien par transparaître
      une vérité de transparence, comme lorsqu’on ne peut
      plus s’empêcher de…

      
      le haut se situe toujours au-dessus , que l’on se tienne au milieu ou se couche sur le côté
      méfie-toi du vent du nord
      aimer mourir aussi, nous a rendu plus grave, plus volatile aussi
      bref plus chèvre


      bientôt la mort n’est pas de trop
      bientôt seuls les silences ont la parole
      bientôt le vide ressemble à s’y méprendre
      au vide. mais que cela bien entendu
      reste entre nous


      quelqu’un perd ses dents. un animal en premier lieu
      le temps grandit en nous, la roue passe devant
      j’ai mangé un loup ce matin. cela ne m’a pas rendu plus sage
      c’était juste un loup

    3 septembre 2026

  • insalubre soleil

      ne t'approche pas
    ni de moi ni, reste à distance, c'est à dire de
    l'autre côté de nulle part, un peu plus à droite, là
    j'ai mal à mon poste, j'abandonne mon poste, là
    et donc ne t'approche pas, ne reviens pas vers
    ce qui n'a ni début ni fin, mais te regarde là
    te dérobant...



    je regarde loin loin derrière moi, par une funèbre après-midi de bruine
    cours devant, allez vas cours devant, que je ne
    te rattrape pas, ni en ce monde
    ni dans l'autre, l'ici-absent,
    le détournant



    d'une autre vie jachère m'encombre, je ne sais plus quoi
    penser, pleurer - elles batifolent comme des tarées elles batifolent
    à tire d'aile dans les airs, tétons en lutte
    comme émergées du vide
    ou échouées là



    tourne ton visage vers l'est, suscite-moi. un grand vertige
    un grand vertige c'est tout
    une poupée tendance grise
    ajoute un homme, à un autre homme, rajoute un homme
    sous un tas d'os, un ciel immémorable, disons
    de longue haleine. il pleut quand même
    c'est mercredi



    l'amour mange à sa droite. ça se passe comme ça
    l'immesurable longe les murs, retient son souffle
    tout redevient comme avant, avant quoi que ce soit
    c'est peut-être mieux ainsi. on se tourne de l'autre côté
    de l'autre côté, presque toujours et à jamais
    31 août 2026

  • allumette, gentille allumette

      un lieu comme un lieu où l'on n'enterre rien, mémoire douloureuse de soi
    une pilule, on ingurgite une pilule à la fois, faisant face au miroir boueux
    et front à l'élastique maîtresse



    on apparaît que sur de vieilles photos, de trois quarts dos le plus souvent
    la face restante pâle d'un œil mitigé
    je n'ai pas pris de parapluie cette fois-ci non plus - sans doute aurais-je du...



    je n'achète rien, et les jouets ne me sont d'aucun réconfort
    j'écoute le vent quand il n'y a pas de vent, je me vide la tête autrement
    raison pour laquelle rien ne se passe vraiment, qui disparaît déjà...



    elle ne mange pas de poisson. elle prétend que cela regarde l'océan et qu'à elle deux doigts suffisent amplement
    l'un pour ce qui ressort quand l'autre pour ce qui s'enlise, un truc de ce genre
    je n'ai jamais promis ni tenu quoi que ce soit, seulement rêvé
    d'allumette, gentille allumette
    28 août 2026

  • le seul mourant garçon

      le lieu n'aura pas lieu, ni la poignée de main
    le cheval du matin ne s'en remettra pas
    moi non plus, j'imagine



    le monde pétrifié mais l'âme en poupe. le monde chiffonné
    mais l'âme en poupe
    inéluctablement



    ce qui me manque encore : une étoile polaire, une impeccable syntaxe
    et le fond de la mer. j'ai dit le fond, pas le bord - le fond
    par-dessus bord



    tout ce que j'aboie retombe au sol - ne fait pas graine cependant
    un amour court toujours, sur des jambes imaginaires je suppose
    le reste du trou s'enlise



    on est supposé dire quoi, on est supposé dire quand - sommes-nous seulement supposés ?
    la mort attendra
    comme tout un chacun, l'ouverture de



    le chien aura du mal, comme on court après
    sa propre queue, comme on glisse dessus
    ou qu'on lui tord le coude



    le ventre une île. tu dissimules le haut de ton visage, c'est pire encore
    presque obscène
    en attendant - attendant quoi ? - la chambre reste froide
    25 août 2026

  • les yeux dans les basses

      brave petite bête. et surtout brave
    le reste du temps elle oublie qu'elle existe



    peut-être un jour la bouche sur la bouche se refermera
    on sait jamais, après tout



    vivre m'aura dépassé. infiniment dépassé
    je n'ai même pas retenu ton nom. pire : je n'ai retenu que
    l'absence de ton nom



    je me glisse par derrière - c'est toujours ça de gagné
    par devant la mer rechigne. bref c'est la mer
    et elle rechigne



    on s'aime comme on se quitte : sur un malentendu
    un miroir n'en vaut
    définitivement pas la peine



    à force de ne jouer à rien j'ai récupéré les os
    et je n'ai su qu'en faire



    laisse-moi mourir autrement dit n'obstrue pas l'espace
    où je puisse mourir ou comment dire
    coïncider à moi-même



    j'ai attaqué un fou - comme ça, par principe, ou par pure folie
    se réveiller oui mais à quoi
    et l'eau si froide...
    22 août 2026

  • donne un bonbon à l’animal

      retour au clair
    que crame le filtre, tournoie la langue
    trois fois dans le sens élastique



    c'est quand tu pleures des cordes, et que l'maillot
    reste sec, grave sec



    on s'apprête à vivre ainsi, vivre ainsi
    sans même avoir vécu



    on s'embrasse sur les flancs, c'est comme ça qu'on s'embrasse - décidément
    pas faits pour le milieu



    j'aurais tellement voulu avoir un chien - un chien
    qui ne croit plus en rien



    heureux par défaut. un peu comme on se représente
    la vulve de la dame-pipi



    tu vas ou tu n'vas pas. si tu n'vas pas c'est qu' t'es mort
    si tu vas c'est qu'un mort va, et quand va le mort...



    je donne un bonbon à l'animal - s'il le recrache, le monde est sauvé
    or l'animal
    jamais ne le recrache
    19 août 2026

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