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assis là sur un banc


  • ça y est, j’ai rendu l’âme

      chacun son seul et propre témoin. on lui glisse un coussin dans le dos
    quelqu'un ne sait pas, quelqu'un ne s'approche pas
    il débouche une bouteille. quelqu'un pactise avec l'idée
    n'importe quelle idée - s'adossant au pur vide



    le mec n'est pas officiellement mort
    manque un tampon, l'arrêt d'un organe dit vital
    la photo d'un poumon sur un paquet de clopes
    officieusement retombe la mouche



    t'avais d'accord t'avais promis
    que tu ne te retournerais plus
    dans ta tombe, dans mon lit, l'indigeste refrain
    je te noie tu me noies, la surface nous écrase. nous n'avons plus la langue
    de nous la relicher



    suce le moignon. on pourrait s'appeler comme ça : suce-le-moignon
    le jour être méchant. la nuit se lamenter, en cachette
    tu te gares je me gare - l'hypostase sexuelle, exclusivement sexuelle
    un bout de PQ par là, un naufrage ontologique par ci...
    22 avril 2026

  • j’appelle à la retenue mais bon, je déborde toujours

    une fois nu, une fois à découvert
    plus nu encore qu’au miroir livide, l’image à vide
    il gobe une mouche, une mouche-t’emmerde
    faudra s’y faire. ou pas. cela n’impliquant
    strictement rien



    je m’achète un costume. pour un rendez-vous dans l’arrière-cour
    seul un chemin de croix, un chemin tortueux
    si tu m’appelles appelle-moi, je n’existe toujours pas
    ou si peu qu’un jour souffreteux
    parvient à s’arracher au confort du néant



    chêne. mort. une luge.
    on tape dedans on tape dedans, rien n’en sort
    se taire avant même d’avoir proféré un mot, cervelle en friche
    je m’assois quelque part quelque chose finira bien
    par pousser



    accroche-toi à ma main. ignore
    si je nous pisse dessus
    un jour tu te prends pour une boule de gris
    le lendemain simplement tu fatigues, hydrophobe
    se noyer ne suffit pas : encore faut-il que cela s’accomplisse
    hors la moindre goutte d’eau…

    19 avril 2026

  • pas d’eau dans ma boussole, pas d’chakra

      il tombe. de plus en plus il tombe
    comme si seul l'extra-ordinaire était désormais acceptable
    avec sa tondeuse à fausse pelouse
    son ciel-naufrage
    caillou pointu dans la grolle de l'ogre



    j'achève une tombe
    tu te trompes d'adresse - je dis : j'achève une tombe
    une en-dessous une au-dessus, mieux en vaut deux pour être tranquille
    la nuit les nénufars s'allument
    c'est tout ce qu'il me reste



    un grenier dedans moi
    une femme atone
    enceinte d'un doigt d'honneur
    j'appelle les pompiers, le numéro n'est plus attribué
    ai-je jamais répondu à quoi que ce soit ?
    non monsieur. pas dans mes cordes



    j'ai mangé de l'herbe, rien que de l'herbe
    mourir ne représentait que la partie émergée de la douleur
    à sucer mon glaçon, rien que mon glaçon
    je ne fus plus que langue
    16 avril 2026

  • neurone tranquille, épais brouillard

      je ne rigole pas, j'essaie de supplier
    rien ne vient. le moteur tourne à froid
    je ne sais plus comment te dire adieu - il eut fallu sans doute
    partie à temps, ou du moins
    cracher dans l'gant



    non, je ne bâille pas - j'attends seulement qu'il
    ne se passe rien, ou un peu moins disons
    que pas grand chose
    je pose mon verre il se met à bruiner
    à bruiner par milliers, à bruiner de caresses



    messe basse et trou d'l'anus
    mon avenir s'étiole, je remonte la couverture
    peut-être si on devine dans quelle main "ça" se trouve on crèvera pas tout d'suite
    on jouera aux indiens, peut-être même
    qu'on sauvera sa peau



    immense
    et depuis lors elle tombe, elle tombe
    s'écorche les genoux - ça arrive
    perdre les dents lors d'un baiser de souche, ça arrive aussi, quelquefois
    et même lors de pas de baiser du tout
    ravale sa langue



    d'un préjugé l'autopsie. plus bas que moi dieu ressuscite
    hors pâques hors sol, hors tout ce que tu voudras, il se relève d'entre ma mort
    alors on reste là, ne sachant trop quoi faire, machinalement se
    grattant le zizi
    13 avril 2026

  • terrain d’entente, marelle errante

    plein de choses en son contraire, et la bulle au milieu
    l’infaillibilité neige
    d’ailleurs je sors mon parapluie

    celle à qui manque un bruit, ou même un son
    carapace contre hameçon
    j’espère n’avoir rien retenu, j’espère
    n’avoir pas été jusque là, où que ce soit

    une pluie d’alléluias – on n’avait plus de riz, on n’avait plus de
    pétales de rose, il fait
    froid quand il fait froid, et de plus en plus froid
    du coup je brule mes dunes, de fond en comble

    un simple coloriage, l’almanach des postes
    j’ai une morte. une morte parmi moi. et je ne sais qu’en faire
    – lui colle un timbre-poste ? L’encule par le nombril ?
    j’ignore où la vacance…

    je m’arrête un instant – un instant me dis-tu ?
    Vois comme tout cela est moche, tâte comme le sexe mou
    un regard de traverse, une chute frôlée – j’esquive
    j’esquive ma propre âme

    10 avril 2026

  • land of none

    plus grand chose à faire : regarder devant soi, voir
    le vide croitre, tout avaler
    sur ma chaise siège un étrange personnage
    un dilemme sans objet, une pensée tout à fait
    inappropriée

     

    on abroge le ciel on abroge la terre. on coupe les ponts
    pas de chemin – un léger vent peut-être, chamaillant le visage
    mais pas de visage, ni grimace ni baiser. nulle encombrante parole
    une légère brise peut-être, démentant le néant…

     

    l’amour penche de côté
    on lui prend les mains, on lui caresse les pieds – il penche encore
    il penche davantage
    pencherait-on avec lui, en perdant l’équilibre
    ou déclarant forfait

     

    vingt fleurs par jour, elle m’apporte
    vingt fleurs par jour je mange
    à peine ai-je le dos tourné qu’elle me ment
    elle me ment. n’empêche :
    vingt fleurs par jour elle m’apporte…

    8 avril 2026

  • on dirait que seule la cendre ne fait pas semblant

      à la fin tu me rencontres et tu me tends la main
      effroi à l’idée de saisir cette main, ne sachant si je dois m’attendre à la froideur moite d’une main de chair ou au spectre d’une pure abstraction
      l’affectif fait dans son slip. un accident. ça arrive
      ce rapport oppressant entre le vide d’une part, et l’indéboulonnable de l’autre…

      rien ne s’arrête. le décor change.
      la pluie d’abord tombe sur la pluie, c’est triste
      on s’y fera
      qu’il reste des choses auxquelles on ne se fasse pas prouve que nous n’avons  pas totalement disparu, cela nous   résumant à un
      toujours-ça-de-pas-perdu

      mon chien a une mémoire, mais alors une mémoire de ouf
      pas qu’il ait quoi que ce soit à se rappeler, simplement le temps sur lui
    semble glisser, ou du moins n’avoir pas prise
      ça m’arrive je l’avoue, je me lève la nuit et je pisse sur la tête de mon chien
      rien que pour déceler en son regard l’expression sincère de sa dédaigneuse pitié

      mon corps dit à mon corps eh, respire, détends-toi, crache le sang
      va au diable, lui répond le corps – son corps
      c’est sans fin. il obéit. se rebelle puis finit toujours par obéir. littéralement se chie dessus
      il se rêvait un ange, littéralement

      et je me suis mis à téter, à téter comme un fou, sans pouvoir m’arrêter
      moi qui n’ai jamais été au sein, et même sous-biberonné, parait-il
      dans le cylindre que forme la serviette il y a un cul, des parties génitales, une honte ou plus précisément, une douleur muette
      une douleur muette c’est à dire une paire de rames quand manque la barque, un genre de Troie qui n’aurait
      jamais vu la voile du moindre navire grec
      pointer à l’horizon…

    5 avril 2026

  • enfant cassé

      des oiseaux sont passés au-dessus de ma maison. enfin… de la maison que j’occupe actuellement, que j’occupe provisoirement, bien que suffisamment pourvue en fenêtres
      j’ai pas vraiment fait attention quel genre d’oiseaux

      c’est la voisine de mon chien qui m’a appris à compter jusqu’à dix en géorgien. pauv’ chien. tendre voisine. je creuse la terre mais toujours pas d’os
      je creuse le ciel et toujours pas d’ange…

      plus tu le cherches moins tu le trouves, et même sans le chercher tes chances de tomber dessus restent minimes. minime n’est pas rien. entre la vaine obstination et ne plus s’en remettre qu’au miracle, je renonce, j’abandonne
      ma foi, je la définirais exactement comme ce qui survit à cet abandon

      j’ai vécu dans un monde où la gambie remportait la coupe du monde. c’était aux billes. quoi de plus contre-nature qu’un enfant qui dépérit. vivre fait mal
      c’est pas le seul

    2 avril 2026

  • mourir en vol et ne pas retomber

    un banc n’a pas de frère
    la mer recule, la mort n’est pas
    quelque chose qui t’envahit, mais quelque chose qui
    se retire de toi
    comme on se retire de soi
    sans même se débattre

    un chien
    m’a accompagné jusqu’au bout
    et puis je l’ai mangé
    ça n’a servi à rien
    je n’ai servi à rien
    je suis parti le ventre
    plein d’os

    je rentre
    dans un dehors mort. je rentre
    en un strict excès d’absence
    je me tiens je me tire
    par la barbichette
    je ne ris pas, je ne
    souris pas non plus

    l’enveloppe vide, la mort à bas
    tranquille, d’un service compris
    l’appel à l’aide, enregistré
    un mur se dresse là
    et derrière: l’océan
    le pire est d’être soi

    arriver quelque part
    faire le méchant
    n’être que trou
    trou dans le trou
    chute dans la chute
    on s’endort malgré tout
    sur les clous on s’endort

    30 mars 2026

  • vache brebis, mort cheval

    un homme en moi
    allant venant
    de la corde au bu
    rreau de tabac
    un homme en soi comme
    dans un livre d’enfant

    son visage s’est dessiné
    sur son visage et là
    on croirait voir un homme une
    rude misére
    on croirait une vierge une
    rude misère, pareil

    de la hauteur
    encore de la hauteur
    et de ce point là-haut
    si haut
    crever oui mais de haut
    maigre conso
    lation

    dieu d’un seul homme
    et le vieux dort encore
    son nu bleu
    ne tremble plus
    il dort encore – un rêve en lui
    ou lui en rêve on ne sait pas
    rebrousse chemin

    27 mars 2026

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