chacun son seul et propre témoin. on lui glisse un coussin dans le dos
quelqu'un ne sait pas, quelqu'un ne s'approche pas
il débouche une bouteille. quelqu'un pactise avec l'idée
n'importe quelle idée - s'adossant au pur vide
le mec n'est pas officiellement mort
manque un tampon, l'arrêt d'un organe dit vital
la photo d'un poumon sur un paquet de clopes
officieusement retombe la mouche
t'avais d'accord t'avais promis
que tu ne te retournerais plus
dans ta tombe, dans mon lit, l'indigeste refrain
je te noie tu me noies, la surface nous écrase. nous n'avons plus la langue
de nous la relicher
suce le moignon. on pourrait s'appeler comme ça : suce-le-moignon
le jour être méchant. la nuit se lamenter, en cachette
tu te gares je me gare - l'hypostase sexuelle, exclusivement sexuelle
un bout de PQ par là, un naufrage ontologique par ci...
-
ça y est, j’ai rendu l’âme
-
j’appelle à la retenue mais bon, je déborde toujours
une fois nu, une fois à découvert
plus nu encore qu’au miroir livide, l’image à vide
il gobe une mouche, une mouche-t’emmerde
faudra s’y faire. ou pas. cela n’impliquant
strictement rien
je m’achète un costume. pour un rendez-vous dans l’arrière-cour
seul un chemin de croix, un chemin tortueux
si tu m’appelles appelle-moi, je n’existe toujours pas
ou si peu qu’un jour souffreteux
parvient à s’arracher au confort du néant
chêne. mort. une luge.
on tape dedans on tape dedans, rien n’en sort
se taire avant même d’avoir proféré un mot, cervelle en friche
je m’assois quelque part quelque chose finira bien
par pousser
accroche-toi à ma main. ignore
si je nous pisse dessus
un jour tu te prends pour une boule de gris
le lendemain simplement tu fatigues, hydrophobe
se noyer ne suffit pas : encore faut-il que cela s’accomplisse
hors la moindre goutte d’eau…
-
pas d’eau dans ma boussole, pas d’chakra
il tombe. de plus en plus il tombe
comme si seul l'extra-ordinaire était désormais acceptable
avec sa tondeuse à fausse pelouse
son ciel-naufrage
caillou pointu dans la grolle de l'ogre
j'achève une tombe
tu te trompes d'adresse - je dis : j'achève une tombe
une en-dessous une au-dessus, mieux en vaut deux pour être tranquille
la nuit les nénufars s'allument
c'est tout ce qu'il me reste
un grenier dedans moi
une femme atone
enceinte d'un doigt d'honneur
j'appelle les pompiers, le numéro n'est plus attribué
ai-je jamais répondu à quoi que ce soit ?
non monsieur. pas dans mes cordes
j'ai mangé de l'herbe, rien que de l'herbe
mourir ne représentait que la partie émergée de la douleur
à sucer mon glaçon, rien que mon glaçon
je ne fus plus que langue
-
neurone tranquille, épais brouillard
je ne rigole pas, j'essaie de supplier
rien ne vient. le moteur tourne à froid
je ne sais plus comment te dire adieu - il eut fallu sans doute
partie à temps, ou du moins
cracher dans l'gant
non, je ne bâille pas - j'attends seulement qu'il
ne se passe rien, ou un peu moins disons
que pas grand chose
je pose mon verre il se met à bruiner
à bruiner par milliers, à bruiner de caresses
messe basse et trou d'l'anus
mon avenir s'étiole, je remonte la couverture
peut-être si on devine dans quelle main "ça" se trouve on crèvera pas tout d'suite
on jouera aux indiens, peut-être même
qu'on sauvera sa peau
immense
et depuis lors elle tombe, elle tombe
s'écorche les genoux - ça arrive
perdre les dents lors d'un baiser de souche, ça arrive aussi, quelquefois
et même lors de pas de baiser du tout
ravale sa langue
d'un préjugé l'autopsie. plus bas que moi dieu ressuscite
hors pâques hors sol, hors tout ce que tu voudras, il se relève d'entre ma mort
alors on reste là, ne sachant trop quoi faire, machinalement se
grattant le zizi
-
terrain d’entente, marelle errante
plein de choses en son contraire, et la bulle au milieu
l’infaillibilité neige
d’ailleurs je sors mon parapluiecelle à qui manque un bruit, ou même un son
carapace contre hameçon
j’espère n’avoir rien retenu, j’espère
n’avoir pas été jusque là, où que ce soitune pluie d’alléluias – on n’avait plus de riz, on n’avait plus de
pétales de rose, il fait
froid quand il fait froid, et de plus en plus froid
du coup je brule mes dunes, de fond en combleun simple coloriage, l’almanach des postes
j’ai une morte. une morte parmi moi. et je ne sais qu’en faire
– lui colle un timbre-poste ? L’encule par le nombril ?
j’ignore où la vacance…je m’arrête un instant – un instant me dis-tu ?
Vois comme tout cela est moche, tâte comme le sexe mou
un regard de traverse, une chute frôlée – j’esquive
j’esquive ma propre âme
-
land of none
plus grand chose à faire : regarder devant soi, voir
le vide croitre, tout avaler
sur ma chaise siège un étrange personnage
un dilemme sans objet, une pensée tout à fait
inappropriéeon abroge le ciel on abroge la terre. on coupe les ponts
pas de chemin – un léger vent peut-être, chamaillant le visage
mais pas de visage, ni grimace ni baiser. nulle encombrante parole
une légère brise peut-être, démentant le néant…l’amour penche de côté
on lui prend les mains, on lui caresse les pieds – il penche encore
il penche davantage
pencherait-on avec lui, en perdant l’équilibre
ou déclarant forfaitvingt fleurs par jour, elle m’apporte
vingt fleurs par jour je mange
à peine ai-je le dos tourné qu’elle me ment
elle me ment. n’empêche :
vingt fleurs par jour elle m’apporte…
-
on dirait que seule la cendre ne fait pas semblant
à la fin tu me rencontres et tu me tends la main
effroi à l’idée de saisir cette main, ne sachant si je dois m’attendre à la froideur moite d’une main de chair ou au spectre d’une pure abstraction
l’affectif fait dans son slip. un accident. ça arrive
ce rapport oppressant entre le vide d’une part, et l’indéboulonnable de l’autre…rien ne s’arrête. le décor change.
la pluie d’abord tombe sur la pluie, c’est triste
on s’y fera
qu’il reste des choses auxquelles on ne se fasse pas prouve que nous n’avons pas totalement disparu, cela nous résumant à un
toujours-ça-de-pas-perdumon chien a une mémoire, mais alors une mémoire de ouf
pas qu’il ait quoi que ce soit à se rappeler, simplement le temps sur lui
semble glisser, ou du moins n’avoir pas prise
ça m’arrive je l’avoue, je me lève la nuit et je pisse sur la tête de mon chien
rien que pour déceler en son regard l’expression sincère de sa dédaigneuse pitiémon corps dit à mon corps eh, respire, détends-toi, crache le sang
va au diable, lui répond le corps – son corps
c’est sans fin. il obéit. se rebelle puis finit toujours par obéir. littéralement se chie dessus
il se rêvait un ange, littéralementet je me suis mis à téter, à téter comme un fou, sans pouvoir m’arrêter
moi qui n’ai jamais été au sein, et même sous-biberonné, parait-il
dans le cylindre que forme la serviette il y a un cul, des parties génitales, une honte ou plus précisément, une douleur muette
une douleur muette c’est à dire une paire de rames quand manque la barque, un genre de Troie qui n’aurait
jamais vu la voile du moindre navire grec
pointer à l’horizon…
-
enfant cassé
des oiseaux sont passés au-dessus de ma maison. enfin… de la maison que j’occupe actuellement, que j’occupe provisoirement, bien que suffisamment pourvue en fenêtres
j’ai pas vraiment fait attention quel genre d’oiseauxc’est la voisine de mon chien qui m’a appris à compter jusqu’à dix en géorgien. pauv’ chien. tendre voisine. je creuse la terre mais toujours pas d’os
je creuse le ciel et toujours pas d’ange…plus tu le cherches moins tu le trouves, et même sans le chercher tes chances de tomber dessus restent minimes. minime n’est pas rien. entre la vaine obstination et ne plus s’en remettre qu’au miracle, je renonce, j’abandonne
ma foi, je la définirais exactement comme ce qui survit à cet abandonj’ai vécu dans un monde où la gambie remportait la coupe du monde. c’était aux billes. quoi de plus contre-nature qu’un enfant qui dépérit. vivre fait mal
c’est pas le seul
-
mourir en vol et ne pas retomber
un banc n’a pas de frère
la mer recule, la mort n’est pas
quelque chose qui t’envahit, mais quelque chose qui
se retire de toi
comme on se retire de soi
sans même se débattreun chien
m’a accompagné jusqu’au bout
et puis je l’ai mangé
ça n’a servi à rien
je n’ai servi à rien
je suis parti le ventre
plein d’osje rentre
dans un dehors mort. je rentre
en un strict excès d’absence
je me tiens je me tire
par la barbichette
je ne ris pas, je ne
souris pas non plusl’enveloppe vide, la mort à bas
tranquille, d’un service compris
l’appel à l’aide, enregistré
un mur se dresse là
et derrière: l’océan
le pire est d’être soiarriver quelque part
faire le méchant
n’être que trou
trou dans le trou
chute dans la chute
on s’endort malgré tout
sur les clous on s’endort
-
vache brebis, mort cheval
un homme en moi
allant venant
de la corde au bu
rreau de tabac
un homme en soi comme
dans un livre d’enfantson visage s’est dessiné
sur son visage et là
on croirait voir un homme une
rude misére
on croirait une vierge une
rude misère, pareilde la hauteur
encore de la hauteur
et de ce point là-haut
si haut
crever oui mais de haut
maigre conso
lationdieu d’un seul homme
et le vieux dort encore
son nu bleu
ne tremble plus
il dort encore – un rêve en lui
ou lui en rêve on ne sait pas
rebrousse chemin