Aller au contenu

assis là sur un banc


  • venus’s anatomy

      si le bruit dissimule la peur, que dissimule donc la peur ?
      j’ai mangé un poteau. il faut toujours que je mange quelque chose
      d’aberrant, d’indigeste ou de non-comestible
      quant aux coquelicots, je préfère en fourrer les pétales dans mon slip
      en échange de quoi ? je l’ignore tout autant



      un jour viendra. on ne sait pas lequel mais on a la certitude
      qu’il viendra, celui dont on espère qu’il ne repartira pas
      ne cédera pas sa place
      ne s’allongera pas sur le sol en attendant qu’un camion, qu’un train…
      je n’ai nulle part où m’allonger. s’effondrer en soi-même ne réclame
      aucun effort apparemment



      il se passe quoi maintenant ? quels enfants au placard ?
      broute le vide l’insatiable, chante à tue-tête le sourd-muet. j’ai perdu ma
      boucle d’oreille – j’ai juste gardé l’oreille, et le trou dans l’oreille
      il n’y a rien dans le trou, ce qui en fait un trou, il y a un trou en moi
      ça ne me fait pas pleurer


      la chute élargit, approfondit le ciel. je n’ai rien mangé depuis trois ans
      ou sept, ou neuf, c’est selon. après tout on ne dort que le jour
      il me faudrait un animal. je ne sais quel animal
      finalement me choisira, j’attends qu’il gratte
      à la porte ou à la fenêtre peu importe – les portes et les fenêtres
      sont des points très sensibles, des surfaces fragiles

    30 septembre 2026

  • on se touche les dernières heures, les dernières chaleurs

      la planète ce matin ne m’a pas semblé plus grande
      qu’un pépin de raisin, qu’une tumeur au cerveau je mange tout un canard
      vivant, plumes et bec compris je mange
      tout un canard – debout, pathétiquement penché sur
      un vertige oh la nausée, sur un vertige abrupt



      j’ai pas été méchant avec toi ou pas vraiment, j’ai cru que l’automne me préserverait
      un tant soit peu mais non. les grands vides d’équinoxe
     ta tare mon dieu, vénal pénis
      sautille sur un pied comme ça t’auras peut-être l’air moins con
      que sur les deux



      je ne contrôle plus rien, les yeux rivés
      sur le compteur affichant éperdument
      la vitesse de la chute. j’arrache les deux pattes
      à mon nounours – ne pousse rien
      sur les orteils ni en mon âme, ne pousse rien



      comme un chemin bousille le vide, j’ai raté mon entrée
      ou j’ai gratté trop fort. moi je grandis la nuit et toi, qu’est-ce que tu fous la nuit
      tes gros yeux de mante, les espadrilles bien alignées
      au pas du lit, au cas où l’on n’sait quoi et qu’on
      n’saura jamais



      la force dans le vide n’est d’aucun effet, je me gratte le coude
      ça saigne un peu, pas forcément comme on voudrait mais bon
      la veille du drame, après m’être appliqué soigneusement
      quelques beignes dans les dents, je réalisai à quel point
      ce n’était pas pour moi tout ça, ni le bonheur et
      qu’un trou ne sera jamais assez grand

    27 septembre 2026

  • ivre de vide et mon chewing-gum

      je ne m’appelle pas dans
      mon oreille, non, ni dans ma bouche – je risque néanmoins ma vie
      à chaque gorgée, chaque bouffée, je n’en ai jamais vraiment parlé pourtant
      à ma mère, par exemple



      il a des yeux tout habités ça n’ira pas d’travers
      ça n’ira quand ça niche
      s’ouvrira et qu’un ciel noir de honte demandera pardon
      à tout être vivant, à tout chacal errant
      pour chaque promesse trahie, quand bien même jamais faite, marée définitivement
      plus basse ici qu’ailleurs



      plus tu t’approches plus c’est mort
      jusqu’à ce qu’une fenêtre, des tréfonds délivre la lumière, dieu baisse sa culotte
      – il n’a pas de sexe, celui qui n’est que sexe, hublot en
      dernier recours, recours en grâce



      tu t’appelles petit garçon, même si tu n’en as
      pas réellement les couilles – à imaginer l’inimaginable je sais
      que la prairie entière, ainsi que tous
      les animaux de la ferme
      sont bel et bien rentrés, rassemblés
      au cœur de la cerise

    24 septembre 2026

  • la pratique du judo de nulle part

      il fait mort
      je ne m’entends plus
      chanter, ni même me taire
      tu soulèves un bout de
      tissu ou quelque chose
      je me sens barbelé
      sous un haillon de brume



      sincérité chemise frottée
      sur les parties génitales
      à chaque instant survivre
      au gouffre méthodique, sortir
      la tête hors de soi
      un jour j’en aurai marre et malgré tout rien
      ne se passera

     

      the end of cheminer
      à peau de chagrin réduite, l’éternité
      le côté froid
      du pavé froid
      je m’enfonce, faute de mieux
      suspends mon vol, faute de preuve



      finir par, paupière rabaissée
      je chante, tu chantes, il ou elle
      chante – la mort comme
      dissolution de
      l’objet, du sujet, de la sucette
      chimiquement
      colorée, mais quand même

    21 septembre 2026

  • je vends du vent, je suis content

      j’aurais bien voulu
      mourir avec toi mais bon…
      tant pis
      arrachée, la corne sur le nez
      l’acné du cœur
      on n’est pas mort pour rien quand même hein dis-moi
      qu’on n’est pas mort
      pour rien

     

      de nuit en nuit
      et ça s’aggrave
      ça s’aggrave avec le temps
      avec les dent dans les gencives, ça n’a
      pas besoin de saigner vraiment
      simplement on s’allonge et ça meurt
      avec le temps ça meurt



      je n’arrivais pas
      à me sentir oiseau totalement
      cage me suffisait
      amplement
      même vide
      de préférence vide
      avec des barreaux tout autour et la porte
      désespérément
      ouverte



      qui se plie ? qui s’ennuie ?
      qui distord le sens à ce poisson-là ?
      je m’embrouille. un faire-part entre les lèvres
      à défaut de baiser
      de baiser bestiole nue



      d’entre les morts, furtivement
      se relevant parfois
      sinon se rendormant
      toujours un pas en trop, une porte à ses trousses
      je caresse la mer un brochet me harponne, je touche les couilles du ciel :
      il pleut, comme d’habitude…

    18 septembre 2026

  • à cause des mouches

      il s’est mis à boire, après avoir appris que la terre était ronde, même si
      pas si ronde que ça, finalement. il se serait mis à boire
      pour toute autre raison de toute façon, ou alors se serait tué
      à la première occasion comme on dit les jours précisément où
      l’on n’a rien à dire

     

      si on l’avait prévenu dès le départ qu’il ne s’agissait au fond que de
      mémoire et tourisme, il aurait fui sans doute
      quoi qu’il en soit il fuit – il fuit
      jusqu’à ne plus se retourner, sur lui-même ou un autre puisqu’il
      les avait bel et bien face à lui, au sens propre
      comme au sens figuré



      il danse une fois par jour. une fois par jour c’est toujours ça – toujours ça et déjà trop
      il danse en toute pagaille – faut dire que ça tangue pas mal, la parfaite immobilité
      je ne me sens pas vraiment inutile, simplement je le suis. moi aussi je le suis simplement, inutile
      inutile est dans mon sang. inutile gare mon abîme



      si je mets deux-trois prénoms dans le même panier, cela n’en fera pas
      des crabes pour autant – ou alors aux pinces si douces
      qu’elles vous arrachent un râle d’orgasme comment dire, et plus encore comment
      le taire, en soi le ravaler



      je me prête main forte, comme ça, comme un chemin
      emprunte le vent. ça n’arrive pas souvent je me suis même acheté
      une carte de métro on sait jamais
      sinon j’ai pas pleuré aujourd’hui. sans doute à cause des mouches

    15 septembre 2026

  • de nœud mon nœud s’habille en fille

      traverser la chambre en diagonale pour se retrouver là, dans un vide
      définitif, irrévocable, à sa façon très séduisant, étonnement sexy
      on coupe le son, on égorge le pianiste, on brise
      les jambes du danseur, du danseur probablement
      un jour je me trouvai là, là exactement
      où je ne l’étais pas et d’où je n’avais pourtant
      jamais bougé



      tout ce qu’un dieu te dit de moi, ne le crois surtout pas.
      j’ai bouffé mon cheval, j’ai sucé la moelle
      de mon cheval – même la selle y est passée, je n’ai laissé
      que l’acier froid d’un étrier, le sadisme de l’éperon. et maintenant ?
      et maintenant, la carcasse à tout vent, je prie, je prie
      je n’sais qui je n’sais quoi, et qui n’arrive pas…



      et moi en nœud coulant je ne suis
      fait que de corde, raide, intransigeante. j’adore ton style
      de timide salope, d’immaculée sociopathe, j’aspire à l’ombre
      la plus claire. on se serre les coudes on écarte les bras – quelles ailes déployer, hein, quand seule une peau
      borde les os ?



      la dernière fois c’était l’horloge, j’ai failli crever
      d’une aiguille mal passée. le vent sans y paraître souffle
      dans le sens du vent. si je te marche excuse-moi
      sur les ovaires excuse-moi si je te marche
      sur la mer morte je l’ai vraiment
      pas fait exprès

    12 septembre 2026

  • d’amour et de grâce

      quand rien ne cesse, où trouver le repos – le bâton dans la roue le
      caillou dans la grâce ? mon trottoir va
      danser tout seul – la mort en effet ne
      tiendra pas longtemps debout sur
      ses jambes sans os, ses fragiles cheville

     

      j’avais piscine ce matin, j’ai dévoré la planche
      quelque chose me retient de ne pas rester là, je voudrais, après t’avoir
      ouvert le ventre, faire le caillou au centre de ton être
      finir mon verre sauter dans
      le premier trou venu, parler d’absence
      à voix très basse…



      quarante fois la vie, ce n’est toujours pas ça – d’un virage mal engagé le fou
      se prenant pour un roi, le roi
      pour un simple soldat le cheval
      pour un âne – on fait ce qu’on peut n’est-ce pas on fait
      plus ou moins n’importe quoi, bras croisés jambes pendantes, les couilles en ordre de
      pagaille rangée



      figure-toi non mais figure-toi : une seule pierre
      et tant de dents cassées. j’ai avalé
      tout le figuier d’un coup, pépins et racine comprises – je marchai là sur un seul rail
      la tête entre deux flots, la mémoire affamée, lâchée
      sur les siècles béants

    9 septembre 2026

  • sur le très sale m’endormant…

      tu m’embobines. tu n’sers à rien tu m’embobines
      moi le fil d’une histoire morte, l’éclipse à quatre pattes
      je meurs. entre moi et toi je meurs, ces fétiches pronoms ces
      falaises qui s’effondrent

     

      pomme de mer, ne me démange pas
      quelquefois mourir bonus, mordant très fort la
      cuisse du doudou, réel ou supposé qu’importe
      je saute sur mon bouchon qu’importe – la peur a son odeur
      et myriam la sienne. posait là l’enfant-piège



      caresse moi la brisure, l’arête la fêlure
      d’une douleur incompensée. ça faisait si longtemps que
      je n’avais d’un ongle sale rayé
      le pétale défunt – j’ai du mentir aussi, mentir pour ne
      tomber plus bas que ne
      le permettent le fond, la surface
      et le temps qu’on y passe



      ce soir l’amour ne sera
      pas mon point fort, mon sexe faible – je ne rate
      qu’une marche à la fois. l’éternité crispée
      à quelques encablures au-dessus de
      nos idées chauves, nuages balotés de refrain vide 
      en planche morte

    6 septembre 2026

  • douleur claire

      comme un matin de gueule de bois, un non premier amour, comme une vie passée
      sur la touche
      une ligne imaginaire sépare le ciel de la mer, et je ne suis
      toujours pas mort


      dieu sur la butte, et le chevreuil en embuscade
      à force d’avoir tort une vérité finira bien par transparaître
      une vérité de transparence, comme lorsqu’on ne peut
      plus s’empêcher de…

      
      le haut se situe toujours au-dessus , que l’on se tienne au milieu ou se couche sur le côté
      méfie-toi du vent du nord
      aimer mourir aussi, nous a rendu plus grave, plus volatile aussi
      bref plus chèvre


      bientôt la mort n’est pas de trop
      bientôt seuls les silences ont la parole
      bientôt le vide ressemble à s’y méprendre
      au vide. mais que cela bien entendu
      reste entre nous


      quelqu’un perd ses dents. un animal en premier lieu
      le temps grandit en nous, la roue passe devant
      j’ai mangé un loup ce matin. cela ne m’a pas rendu plus sage
      c’était juste un loup

    3 septembre 2026

Page précédente Page suivante