vous êtes si moches, des gens si moches
il y a une peluche à l'origine des choses qui n'auraient jamais du être cassées, jamais être déchirées
et puis la mer au bout, fusion hostile,
extrême solitude
on se range versant nord et puis l'on pisse dessus
je me sens abri-bus tout à coup, je me noie sous la bruine
il n'y a personne. tu as beau regarder de tout côté, il n'y a personne
et mon dieu, mais que personne est beau...
demain un œil n'ira pas mieux
il lorgnera d'un autre creux, d'un autre genre tu me diras laisse tomber, bébé, laisse tomber
et je laisserai tomber - même la mort ne voudra pas de moi
: nul os à ronger là
on se rapproche d'un bitte on ressent un ferry
et toujours pas de mer en vue nom d'un chien, et toujours pas de mer
plus d'âme en moi, les bouleaux-pleureurs ne savent plus quel jeu
jouer avec leur sexe. on attend la panique
la très sainte panique
d'un jour émerge un homme. d'un autre jour pas
ou quelque part encore un simple phare, mi-lune mi-chagrin, parfois éteint
on s'amuse comme ça, avec le vent venant de l'est, le vent venant
toujours de l'en-dedans
-
l’orgasme mélancolique
-
vautré dans une indifférence désespérée, point virgule
tant de lumière et me voici réduit à moi
la mort m'aspire, pompe funèbre, la paille dans l'œil et cætera
jusqu'à la nausée, aimant à vide...
un petit garçon s'est faufilé d'entre les nombres
quand on n'a rien à cacher, ne reste plus rien à montrer non plus
et l'on meurt triste, à côté de la plaque apparemment
d'un point de vue métaphysique, la liberté ne signifie rien
le sein la bouche, rien de tout cela n'eut lieu
mourir annihile la mort, c'est tout
c'est à peine si être me retient
une ville, une histoire de naufrage, le contraire d'une douche
un paon m'appelle, à qui l'on a coupé la queue
et bientôt je m'habille, pour je ne sais quel bal
il y avait une virgule, il y avait un jour sans il y avait
un deuil perpétuel
alors on est tombé dedans, comme des grands, comme des trous
comme de très grands trous
-
donner à boire aux animaux
passer le temps, s'asseoir dessus
ou par terre, s'il est encore une terre, un sol
un sol commun, auquel aucun miroir
ne renvoie l'écho - c'est donc ainsi
qu'il se comporte, le roi-mendiant,
l'assis sur rien
je me promène, en temps voulu. le temps venu je me promène, encore
il fait doux entre les gouttes, à température constante le révolu
je t'attends là, à la
sortie de métro, d'une bouche de métro, du trou en terre je t'attends
là
de mensonge en mensonge, comme si on n'arrivait
pas à se dire, à passer à l'aveu
un jour en soi personne ma bouche, on oublie l'heure
le vide en vrille on oublie l'heure
c'est mieux comme ça
quelque chose au fond
ne passe pas - le trou par trop étroit, le
grain de sable têtu que sais-je, les deux doigts d'un main
me grattent le front que sais-je, peut-être seulement pensais-je
à l'heure qui ne vint, l'heure dont on rentre
bredouille, un soir de rien,
une vie entière...
-
ferme les yeux mange ton cheval – moi, je redeviens
le pluriel cette année
s'accordera au singulier. petit père des
défaites imaginaires, souffle pour moi
dans ton triste duduk et plante un arbre
dans mon cimetière mélancolique ou sur ma tombe - crache sur le sol, je ne suis désormais plus que
tympan pour le bourdon, une agonie d'injures
judo de tous les côtés, et ce malgré l'été. je me love discrètement
entre le vent futile et
l'impérieuse canicule. y a tant d'argent
y a tant d'argent et toi t'es pas content
l'étau desserre le moi, je m'en vais
sans contour
sans sommeil c'est préférable, j'apporte
un croissant à grand-mère, un cubi de rosé, que le loup
reste en-dehors de ça - demain j'ai congé sabbatique demain
réparera le jour d'avant, pour le jour d'après on verra bien
je n'ai pas peur d'un homme c'est quand même bizarre un homme : il faut que ça touche
pendant que moi console flagrante, je reste là penché sur ma poupée à lui
laver la tignasse, la peigner la sécher lui
torcher chaque orifice la pénétrer ne serait-ce que
d'un silence radical
-
sous chapiteau
à mi-chemin, faire demi-tour
ne m'épile qu'un sourcil.
un chemin de travers ne me traverse plus, j'ai rendu l'âme
au plus offrant je crois - y avait pas
foule au portique non plus : seul errait là encore
un lendemain venteux...
où l'on commence à douter de sa propre éternité, plus un pied dans l'eau
un orteil disons - peut-être même
qu'un regard suffira
posé à la surface, oiseau à tout égard,
filet ratissant large
-
ce qui va de soi et ne cherche pas l’amour
passer sa vie à dire adieu
alors comment on fait avec les puces ?
on s'envole pas. de toutes nos forces, on s'envole pas
on s'embrasse comme ça, par le plus court chemin
ne me dilue pas trop, et apprends-moi
en quoi le néant n'a rien de féminin
une fois la roue, une fois la tombe
je n'y suis pour rien simplement je lève le bras
en l'air, ou autrement
la mort oublie-moi
une étoile et un doigt mort - survivre mais à quoi ?
en-deça de la mer crève, sinon regarde-toi
crever
que faire d'autre que partir, tandis qu'en contrebas s'écoulait
au compte-galet
la plage d'en-dedans ?
serais-tu de celles qui
apportent de l'eau à un noyé, ou leur rince les yeux ?
dis-moi ce que tu veux, sauf la vérité :
elle ne tiendrait pas dans mon carré...
-
quitté l’pays, l’origine, la raison
chien manque d'espace, part en vadrouille - il faut
tout pardonner et tant pis pour
ce qu'on ne peut se
pardonner soi-même
dès que survivre ne sera plus le but, ni mourir l'espérance
on fera mine de ci, on fera mine de rien, et de vivre
si dieu le veut, par exemple
les mots
se détachent de mon esprit, peaux mortes
et mon esprit de même, carcasse à la lisière
mais j'm'en fous - tant que le très haut continue
de payer mon loyer...
vieux mort, jeune veuve
sauf si tu la suces disons mille ans durant, et que durant ces mille ans
tu te regrettes un peu...
c'est comme si tout à coup on avouait tout, suicide ostentatoire c'est comme si tout à coup
nous manquait le bras
le doigt
d'indiquer où l'on va
à priori je ne suis guère reconnaissante, simplement je me contente
de jouir
sous la plante de ton pas
est-ce clair ainsi ?
elle se tient la main et moi, je tombe, d'être un autre homme
après tout c'est l'inclinaison qui compte, l'oblique d'un trait fluide
- et maintenant : partir
-
aussi simple qu’un lacet défait
plante un drapeau sur une planète morte: la mort ne bouge pas
au pire, elle change de trottoir,
d'animal totem
des tréfonds du miroir un homme
se dirige vers moi.
où que j'aille je me perds de vue, je me perds
à perte de vue
il a bu
c'est l'heure rose après tout. il fait semblant de tourner
sur une ligne irrévocablement droite
quelqu'un a pied. plus loin, quelqu'un perd pied
c'est tout ce que l'on sait de lui c'est tout
ce qu'il y a a savoir, de lui ou d'un autre
la nuit s'empêtre dans les couleurs: je n'ai rien à te dire
le trou reste à gravir
de dieu à dieu le trou béant. quelque chose
m'écorche la joue - la ronce d'un ongle, une quelconque cicatrice
une absence majeure...
elle me respire, elle me respire enfin
écarte bien les dents. laisse passer l'ombre
-
j’avais le feu dans l’appareil néant j’avais le feu
le grand-œuvre achevé, on posera un caillou dessus
puis il pleuvra
j'aime une boîte. sans cesse cette boîte. le vide à l'intérieur
le souffle de ce vide
l'envers du décor faisant partie du décor, il fait pfft
d'un geste de la main
théocentrique à ces heures perdues, l'indifférence des mouches à son égard
le méduse, lui ouvre
définitivement l'esprit
tremper un orteil dans le désastre, qui plus est universel
ne le fait plus bander
le poil planté dans la couille, poupée vaudou
et le reste en plein mer
d'alcool un chien, une corde
le vide aux deux bouts de la corde
allez petite fille, entre donc dans la corde
j'ai gardé ma robe en rouge
avec un pli sur le côté, un cloche-pied pour toute
éternité
-
beauté triste de la résignation
pas d'arbre sur cette route
ni de route en cet espace, d'ailleurs
un oiseau de malheur me confond avec le ciel, en ce miroir
descendant, le miroir ascendant, marcher sur le pied d'une ombre cependant
"j'en n'ai pas fait exprès", se défend-elle
lumière suprême, lumière de fond, sœur lumière
des p'tits pipis par ci par là, que l'on relâche dans la nature
je garde quelques dents pour toi, la langue éteinte
la pluie sous son palto dressant le portrait d'une ville
il fait beau tout le temps désormais, même quand il pleut maussade
autrement dit il pleut tout le temps, jusqu'au cœur de la canicule
on s'habitue
à rien. à être sans que cela ne porte
à conséquence. on s'achète un troupeau, on se rend inutile
seul jusqu'à l'au-delà, un peu plus haut encore
touche à sa fin, laquelle moite, et caresse un poteau
il va faire jour c'est sûr il va faire jour - que pourrait-il faire d'autre ?
je ne pensais pas qu'aller nulle part aboutirait à cette éternité-là, d'un regard surplombant
la douleur ancestrale