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assis là sur un banc


  • même pas mort !

      un jour d’entre les tombes
      je ne sais pas, je n’y suis pas
      allé me promener, comme on se promène quand
      on ne sait où aller, ni que foutre
      que foutre, surtout

      mon chien rafle les restes
      enfin, c’est ce qu’il ferait si seulement j’en avais un, seulement en avait des
      mais pas de clebs, pas d’os – rien qu’un
      joli petit tas de cendres rien qu’un
      ultime téton de braise

      un lieu, source à vide
      un lieu, pomme moite
      je me reconnais dans le miroir bien plus que dans l’image
      qui désespérément s’y raccroche, béante étreinte
      sauf si un grain, de beauté frelatée
      enraye tut un homme, de beauté frelatée

      une fois qu’on y succombe on y
      succombera encore, principe du trauma. j’ai mis
      mon tee-short à l’envers, j’enfile un vide
      faut le dire à personne: j’enfile
      un vide

      la dernière fois que je me suis vu, je me suis
      définitivement reconnu comme n’étant
      pas moi. les sports d’hiver.
      sans ça on n’a qu’à faire comme si de rien, sachant qu’au fond vraiment
      vraiment de rien

      un homme me tombe des mains, une existence, un jo-
      li pot de fleurs.
      que j’aime rester là, comme ça éveillé jusqu’à
      la fin des temps, même sans les fleurs

    24 mars 2026

  • exhumation de la rame

      toute la terre mais toute la terre
      et pas seulement le cœur, capitale extra-
      territoriale. elle meurt
      n’en dis pas plus: elle meurt

      tu t’obstines à
      piétiner sur place, rien n’y fait: elle meurt
      alors tu meurs avec toi, -même
      comme un vieux saule peut-être, un vieux
      saule pleurant debout
      dans la cour triste

      y a plus de
      place assise, plus de siège confortable
      alors tu meurs debout, définitive-
      ment debout. de l’un vient l’empathie
      d’un autre le bouchon

      ton vieux crève la matrice, c’est le
      privilège du vieux vois-tu, ou bien
      de la matrice – elle pleure encore un peu
      sur les bords
      sur les bords mais pas trop, la matrice

      depuis que l’homme est homme, c’est à dire 
      hier au soir, un peu avant la pluie
      tout au nord de l’ennui – elle rame
      elle a beau ne rien tenir
      entre les mains, elle rame

      et quand de par la courbe, et quand de sur l’échine, il pleut un peu
      ou à la f’nêtre
      la f’nêtre qui d’une part soutient les murs
      de l’autre retient le paysage, et qui cède quand même
      quand même sous
      le regard métronome

    21 mars 2026

  • nonobstant rien

      n’attendre plus rien accroît la peur, écartant les diversions
      personnellement, je me fatigue à ne pas divulguer
      poser à la fenêtre, c’est déjà ça
      quelque chose, ça

      d’avant la fin le cœur s’éloigne. le reste stagne, en avarié
      une blague ne réduira pas la cendre en poudre, fut-elle de perlimpinpin
      on n’a plus de prétexte: ne servir à rien ou ne rien servir
      jaunit d’un côté les dents, de l’autre les blanchit

      ce qu’il faut d’oubli pour ne serait-ce que se maintenir
      à la surface du vide, du vide sans autre
      surface que nous-mêmes, portés par notre propre idée,
      clapotis de la fausse évidence

      plus qu’un sommeil levant
      au-dessous de nous bâille la mort, nausée ambiante
      quelqu’un se retourne et s’étonne: tiens, t’es encore là, toi
      ce qui se tient debout ne le fait que sur une seule jambe
      je n’aurais néanmoins rien appris…

      avoir à être là, pénible procédure
      à faire face, trou contre trou
      j’ai fini par manger l’aquarelle. le sable est dans la tête
      la tête est dans la tête
      en sortir reste dans la tête
      et j’ignore comment tout cela finit donc

      je m’en fous je tombe de l’autre côté, frontière instable
      miroir sans surface
      il paraît même qu’un jour sans dent, plutôt frileux
      rien ne m’empêche, rien ne m’empêche et cependant rien
      ne m’autorise

      quelque chose entre dormir debout et se coucher assis
      va et vient, de long en large, tangue entre soi et s’interroge:
      tout ce qui n’est pas soleil serai-il
      donc déjà mort ?

    18 mars 2026

  • la pluie mange mon doudou

      j’apporte mon ennui. et toi dis-moi, qu’apportes-tu ?
      j’apporte mon ennui, ce vaste espace où t’accueillir, si vaste
      le reste je l’écarte. d’un revers de la main j’écarte tout le reste

      ma porte s’ouvre. malgré mon peu de bienveillance, ma porte s’ouvre
      à qui n’entrera pas, à qui se laissera
      pousser les ongles, les cheveux, n’éjaculera qu’au creux
      de son sommeil. c’est important le sommeil

      je m’approche de ta bouche jamais rien ne m’aurait prédestiné, ni même préparé à ça
      je m’approche de ta bouche donc et ta bouche fait de drôles de mimiques,
      émet de drôles de sons je sais pas trop comment interpréter tout ça il m’arrive moi-même, parfois,
      de faire de drôles de mimiques, d’émettre de drôles de sons

      tes cheveux font gratte les cheveux, c’est l’iode qui les différencie
      de la liane
      j’ai le cul tout mouillé, je sais plus où m’asseoir du coup, j’ai le cul tout mouillé
      je dois tenir debout

      la pitié sent les pieds, je me retourne
      de l’autre côté. on s’abrite la nuit tombée, sous un préau par exemple
      mourir n’est pas donné à tout le monde, s’entend-on dire en rêve

    15 mars 2026

  • l’ange de pique

      parce que mieux vaut mourir que faire semblant de vivre, je bouffe mon ver
      par petites bouchées ou à la petite cuillère, je bouffe mon ver

      la vue est moche, certes la vue est moche, mais elle respire encore
      plongeante en soi

      dieu ne m’a pas embrassé sur les lèvres dieu n’a pas daigné
      fricoter avec mes chiales ou mes chiures il a gardé
      le sens du rouge je me souviens, de l’hors-propos

      mon panier cru, mon panier comme quand on le retire, avec une mare dedans
      une mare juste en surface du rien, lui-même collatéral

      le deuil pas si méchant, je roule
      je roule tranquille et selon toute apparence, je fonds dedans je fonds
      d’un dur métier

    12 mars 2026

  • de mort s’il ne s’endort

      prête-moi l’ombre, le taux d’ombre, l’amour sans le sport
      prête-moi l’abîme au creux de mon bras, mon bas, mon inconsé-
      quemment bas
      et jette le reste. allez vas-y jette
      le reste et on verra

      ta nuit n’est pas ma nuit, au cœur du semblable miroir
      tout noir est vraiment dur. vraiment dur quoiqu’
      il s’aplanisse avec le temps

      j’ai mal où tu voudras. en général
      j’ai mal où tu voudras mais pas à cet endroit-là, où précisément s’accumule
      le nulle part
      et d’où le nulle part rien ne renaît

      en chemin malfaisant, largué la bouche ouverte
      tu crois que j’y suis pour quelque chose or je ne compte pour rien
      pour rien
      pour trois fois rien. à sauts de puce. à faire le tour du quartier nord

      jamais je ne suis mort plus mort que mort de mes vies antérieures
      et là présentement j’ai soif d’un truc présentement qui n’obtempère
      on lui fout une balle dans le crâne, toujours rien – il n’obtempère
      les cheveux dans le flou

      seulement quand il ne dort
      le reste du temps seulement, quand il ne dort
      se tient debout sur son lit
      de mort s’il ne s’endort

    9 mars 2026

  • si l’un des deux ma bouche ouverte

      n’est réellement que auquel on succombe
      ainsi m’abstiens-je de succomber
      – que ce qui fleurit fleurisse
      et panse les pansements

      plus qu’une cloche insonore, un truc qui tourne avant même toute indication
      d’une quelconque direction. une
      subtilité en moins, penserions-nous si jamais nous venait
      l’idée saugrenue d’y penser malgré toutes les
      précautions d’usage

      je ne vis rien, au quart de tour.
      d’atténuer autant qua faire se peut entre le mort et le vivant
      le trauma de mourir, ou même de
      voir le jour mais ça j’en sais trop rien :
      j’étais bien trop petit pour me rendre compte

      n’avoir rien à dire ne constitue pas qu’un devoir moral,
      c’est aussi une tare à assumer, une finalité en soi un peu
      comme on fume une clope avant même que
      de l’avoir allumée. j’y suis pour rien. on n’aime qu’une fois
      et à jamais
      ou pas

      ta gueule bouffe la poussière, entre autres
      entre autres rien. poussière de rien.
      entre le rien croît la
      mauvaise herbe ou rose trémière, je n’en sais rien
      – croîs, croîs, stridule le rien

    6 mars 2026

  • un trou ne fera que passer

      il fait grand. il fait haut. les choses tremblent en surface
      je n’ai pas le mot de le taire. je me serre contre moi
      j’achète un jouet. avec un jouet peut-être ça le fera

      puits à l’envers. la tête en nage. je niche
      un rêve et du grillage, faits l’un pour l’autre
      j’ai peur de l’eau. j’essaie d’en dire le moins possible

      mets-toi nulle part. nulle part se met en branle
      congèle la nuit. vivre se regarde mourir
      se regarde mourir, la pupille dilatée

      planque-toi d’abord, et planque la route
      ne remets pas le pied dans la flaque. n’en retire pas la flaque, non plus
      un jour ne fera que passer

      un tour ne fera que tourner. dont la nuit traversante
      elle s’installe. sans un son, sans un pas, elle s’installe
      il faudrait avoir une raison de ne pas la regarder

      de haute volée. de haute volée ronde
      un homme que l’on prend pour une poignée de main
      c’est dégoûtant. du coup on retend le silence

      ce qui fit et ce que fut ma vie me sont dorénavant
      quasi indifférents. un trou tombe dans le trou
      à moins qu’il ne bute sur, à moins qu’il ne flotte sous
      le trou

    3 mars 2026

  • nombril

      une branche tombe. remonte la clameur
      des morts pour rien

      grave volupté du deuil, tristesse par-devers
      et dedans soi

      là où seuls s’attardent
      d’aucuns ne suivront plus, enlaçant leur écueil

      ce que tu ne peux rendre beau te détruit
      te détruire te rend beau

      je n’mange pas. je n’bois pas. ma terre vibre
      de toutes ses rides, de toutes ses lubies

      j’ai mort partout, chemin faisant
      bouffer du ch’val, bouffer de l’herbe – fumer, tant que c’est chaud

      la pluie contourne les formes. les gens se baissent
      ne meurent pas tous en même temps

    28 février 2026

  • pompon funèbre

      de quoi je m’aperçois, je m’aperçois de rien. je rentre chez moi
      chez moi comme un trou vide, je m’aperçois de quoi, une route en déshérence
      puis passe l’amour. l’amour crade. le crade
      l’espoir d’un non-retour

      on se rend bras ballants, manches larges, flottantes
      on se mange un bouton. tellement facile un bouton – on le tire on le bouffe
      on se frotte
      plus ou moins durement, plus ou moins tendrement, on s’y frotte
      quelque chose alors se passe. ou pas

      mort contre un arbre. heureux rien qu’à l’idée qu’on aurait pu l’être. gentil
      gentil marche avec moi. gentil grève pour tous. je mens
      on dirait que j’ai perdu un bouton
      un bouton me rassure

      chaque fois j’appréhende. cette fois fois de trop
      j’embrasse ma nuit sur la bouche mais pas trop fort, pas trop fort
      on ne chante plus après une certaine heure, après une certaine heure la berceuse et la mort on leur
      retire le slip

      t’arrêtes, mais t’arrêtes quand ?
      laissé dieu vivre. j’ai toujours détesté le goût, la consistance
      de la barbe à papa
      si j’étais mort je me tiendrais droit, debout. on n’se lève plus
      ni pour soi ni pour personne, on n’se lève plus – la mort
      ne nous appartient plus

    25 février 2026

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