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assis là sur un banc


  • pas d’guirlande pas d’lampion : rien que la peau sur le sucre

      victime collatérale d’un destin tout en
      eau de boudin. on fera d’un homme un puits
      à l’identité circonflexe

      ta race fait deux bonbons. on n’aura pas d’enfant c’est tout
      atlas miniature soutenant la raison

      et moi qui n’avais rien vu, qui n’avais rien senti
      si ce n’est sous le gris l’in-
      traverti pissenlit

      ta mort un ennui qui s’immisce
      shalom ta race
      et leurs repères enfouis

      ma pitié
      se retrouve sans objet. dévisage-la :
      elle saigne pour deux

      quitte à s’arracher les dents on s’embrassera, on s’embrassera la langue, la tongue
      jusqu’à la plante des cieux

      ne plus avoir
      la foi de croire. sautiller sur
      marelle qui coule.
      inspirer. inspirer profondément

      les gens
      les gens comme s’ils n’étaient pas morts, comme si on
      pouvait enfin les voir
      les regarder en face

      deux chemins mènent à rien :
      celui qui effectivement mène à rien
      et n’importe quel autre

    22 février 2026

  • l’aumône d’une mort sûre

      porte à côté, miel délabré – j’entre par ci j’entre par là, pour encore me trouver hors
      plus de jour devant moi, plus de jour à me
      gratter le dos. minimal hivernal.
      hiberner rentre à pied, toujours à pied
      gloire au petit canard boiteux

      qui rêve d’un autre, qui rêve de soi
      d’un autre soi, soquettes au vent. rien ne répond
      à rien rien ne répond.
      ma gueule d’un autre bois, le trou du cri mais sans le cri. on m’attache
      par un bout. par un bout c’est tout

      me mentir à soi, ivre de non-moi
      le non-ivre, chute forcée. le trou-mère.
      il part de quoi, le sans issue ?
      mon cheval s’arrête à toute gamelle, rétrécit
      puis s’appuie sur son ombre, laquelle ne cède
      que sous l’aveugle

      je me parle tout seul, je me parle à personne. quiconque est mort
      attend le jour ne se
      rendorme plus. mon ver, malade. mon arbre, tari.
      un chant court entre les dents, s’assied devant l’Elbe
      le regarde filer, distraitement

      tout cela ressemble à un bras. le duvet sur le bras.
      peu de neige cette année, partout minimalisme. le temps minimaliste.
      je me cherche à tâtons, je me cherche un nombril, caillou à bout de souffle.
      rien que pour me perdre encore, me perdre plus loin encore…

    19 février 2026

  • genre un homme.une tête de moule. un ver de mare

      entre moi coule l’Huisne ou l’Iton, l’Huisne ou l’Iton mais dis-moi, émergé d’un dimanche bancal
      qui viendra (qui viendra ?)
      et ne te trouvera ?

      une pluie sans volonté. une pluie
      hors essentialité
      bref un jour comme un autre, dans ta seule mémoire
      ton obstinément seule
      mémoire

      je ne transporte rien, ni dedans ni dehors
      je ne transporte rien dedans coule
      en dehors ou en soi. en soi peine perdue – il a fallu tendre le bras
      comme ça, pour rien

      petit crachat de rien du tout
      à la face du vide. du vaste vide sans face
      du vaste vide sans vide si ce n’est
      ce tout petit crachat, de rien du tout

      le fait d’être à soi sa propre lumière, sa propre obscurité
      n’y changera rien
      il y a un mirage et à l’intérieur de ce mirage, une simple pensée
      définitivement
      privée d’miroir

    16 février 2026

  • la mort du mammifère

      éteins la lampe
      quelle que soit l’heure, quel jour qu’il nuite, éteins
      la lampe
      et si elle perdure, n’y sois pour
      strictement rien

      une nuit n’est pas possible. sauf qu’elle respire
      d’habitude je ne dis rien. ne rien dire s’est habitué à moi
      d’habitude je me dis tu. tu ne me
      désormais répond plus

      quel tort ça fait d’être debout d’être cassé, quel tort ça fait ?
      un rapport de faiblesse, de plus en plus grande faiblesse – quel amour triste, quel changement
      d’horaire triste fuseau
      horaire

      une fois que je fus moi, et rien d’autre que moi, soutenu seul
      par l’incroyable rien, l’évidence à laquelle
      on ne peux se résoudre
      alors en boucle
      on se la tourne

      dieu d’un seul trottoir. alors qu’il y en a deux
      avec la rue traversante au milieu, sous la pluie verglaçante
      séparer soi de soi et malgré tout continuer
      à mort d’aimer, avec ces petites mains affolées, s’agitant
      de chaque côté…

      un mammifère m’a cru mais il n’a
      pas couru assez vite, du coup il m’a perdu, du coup il m’a raté
      un mammifère est mort je laisse
      le mammifère mort

    13 février 2026

  • c’est comme une utopie en moi, c’est comme un corps fébrile

      on ne parle pas plus à un sourd que l’on déflore une puce, ou que l’on se suce la main – pense donc à autre chose
      à un autre quelqu’un, dans le genre meurs si j’y fus
      me manquent la pluie, la douleur d’être là sans issue

      soit tu parles soit tu ne parles pas
      que tu te taises ou non par contre, cela ne change rien
      rien au profond silence
      qui t’envahit
      dès que…
      rien

      j’enjambe un trépassé – me regrette t-il déjà ?
      quand l’amour atteint ses limites, quand je me noie même sans une goutte d’eau
      dis, répare-moi
      et sinon répare-moi

      suicide-moi, ça ira plus vite. ça paraîtra plus conséquent
      dis, suicide-moi. ce doit être si simple pour toi
      comme de relever un sourcil, de froncer un souvenir
      mais nique le souvenir

      vivre n’est pas vivre si mourir ne fait que semblant
      mais après tout je n’en sais rien
      on s’est donné du temps, le temps n’a pas suffi
      on s’est donné l’éternité, ça ne suffisait toujours pas
      alors on s’est pissé dessus, en toute inconséquence

    10 février 2026

  • pleurer d’un seul bébé, d’un seul bébé c’est mort

      pour ne pas cesser de parler sans trop parler non plus, répétons
      répétons, dit le tertre

      je suis la maison vide, la maison quand il souffle la maison quand il
      ne souffle pas
      et c’est charnière
      et c’est charnière aussi, tout le temps
      comme à chaque fois

      je n’aime que dieu, et pourtant rien ne va
      rien n’embrasse
      rien ne s’embrasse, sinon la lèvre supérieure
      et les dents de devant – celles
      que l’on range sur un cintre

      j’avais envie. j’avais envie vraiment
      pourtant la mort fut celle à dire non
      mon jumeau squatte ma tombe, c’est pratique d’un côté
      un jour il ne pleuvra pas. un jour il ne pleura
      plus jamais

      plus qu’une douille, plus qu’une vaine al-
      terophilie, avec les mouches qui s’y collent
      je n’aime rien, lequel me le rend bien – finirons-nous
      moi et le rien
      par nous entendre malgré nous ?

    7 février 2026

  • tandis que la mer bande

      aux trois quarts dieu – le reste se partage en os, tripes, urbains ou périurbains
      vagabondages
      à ce rythma-là l’éternité fait du surplace, piétine-goudron ou tourne en rond
      ce qu’on appelle danser dans le jargon, canin comme clandestin
      clandestin ça sonne bien. ça sonne chien
      christ et chien

      de là s’attendre au pire
      et puis on perd son âge. on n’a plus besoin d’âge on se contente, croix de bois croix de chair,
      d’être simultanément ici, ailleurs et nulle part – esprit par ouï-dire, esprit par abstention
      christ d’os, de tripes
      d’errances inconséquentes

      pétole plein les voiles, Nagarjuna traînant ses tongs à Pattaya – cet intime décalage
      entre la chose et son image, fantôme en quelque sorte
      réel inadéquat, pensée furtive
      lève l’interdiction ne reste plus d’amour : c’est dans la rupture
      que jaillit, se déplace, se déroule et se suicide
      l’esprit. l’esprit du Banc-donné

      mon
      petit chien se fait vieux, petit chien se fait vieux
      il marche avec une canne. il titube
      tu grattes la croûte, t’espères le sang – en vain
      une chose est sûre : siège obscur, mort lente…

    4 février 2026

  • si le vent faisait rage, il s’envolerait c’est tout

      de nuit
      comme d’ennui
      le bec
      cassé
      cassé dans l’sable

      quelque chose n’est presque rien
      c’est à dire pas vraiment rien, mais pas vraiment non plus
      voilà pourquoi on l’aime, et que lorsqu’on appuie dessus
      ça fait pschitt

      que les lignes de ta main soient claires, nettes et sans poussière.
      j’imagine mourir
      comme un pur acte d’amour
      avec un cheval au milieu
      un cheval on ne sait pourquoi
      qui braie

      la nature ne connaît la pitié
      elle invente, elle se fraye
      je n’aime pas la nature. j’en reste à la pitié
      à la répétition
      du vide sur béquille

      partir m’abeille
      un radeau, cadeau du père-noël
      l’amour en forme de bouche, de trousseau d’clés
      tout n’est pas mort loin de là
      loin de là mais près d’ici

      caresser les genoux
      de jésus sur la croix
      simple évidence, extrême inconséquence
      si le vent faisait rage, il s’envolerait c’est tout

    1 février 2026

  • de chemin creux en chemin creux la vie réelle, la vie / sous la dentelle

      montre-moi donc le champ
      où les morts, les tenant par la main, promènent leurs vivants.
      mon cheval est fatigué – tellement fatigué qu’on n’y voit plus qu’un âne
      étrogné de naissance, alerte en rase campagne

      les morts ne me parlent plus. ou pas
      ou pas plus que ça.
      j’avance à reculons cela
      n’intéresse personne je sais, ni le fait
      qu’être mort ou prier dieu finissent par se confondre
      dans un sens comme dans l’autre, à la triste fenêtre

      si tu veux j’ai soif de dent, j’me suce la langue
      si tu veux j’ai mal en point, de me sentir
      si peu digne du haut, ou d’un quelconque de ses
      provisoires substituts, amen amen

      pour les reines, je me déguise en fève. je meurs chaque fois
      à contre-temps
      mais raconte-moi un jour heureux, un jour
      qui ne fasse de mal à personne
      pas de boussole, pas de bilan carbone : rien que l’amour
      à tire-larigot

    29 janvier 2026

  • près des pôles peut-être, où les enfants naissent vieux

      l’éternité déjà présente
      te tapote l’épaule te la tient
      lorsque tu sors pisser, va même jusqu’à
      te la secouer, à l’heure du berger

      j’avais pas fait attention à ça à tous ces oiseaux morts
      jonchant le parvis
      de l’église ou le fond
      bleu de ma valise
      – doux jésus bras croisés…

      sur les g’noux de jésus à dada à dada, on n’se nourrira plus
      que de baies noires, d’anisette et de
      faire semblant une fois pour toutes
      de ne plus faire semblant

      petit chien tu te retournes, et tu trouves plus ton maître
      petit chien t’urines partout, la nuit ne guérit pas
      et pourtant et pourtant, elle nous sauve du jour
      de la roue qui nous broie

      aucune mort
      n’interrompra l’éternité. une bille a glissé d’dans
      d’dans sans faute, on ne lui fera pas de mal
      on lui arrangera même les ch’veux

    26 janvier 2026

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