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assis là sur un banc


  • le livre dans lequel il était question d’un dindon picorant tous les dix pas

    dieu n’est plus qu’à une lieue. je remonte mes lunettes, l’autre main crispée sur la boîte de vitesse

      je ne mourrai pas debout. debout manque de confort
      entre radars et alcootests je me fraye un chemin

      spectre ou squelette, du moment que la main est chaude, moi je la serre très fort

      chérie s’attrape par les ch’veux, chérie se suce dedans. survivre
      n’est pas donné à tout le monde, hélas

      une bande d’amour, une bande de chauves. les feux se succèdent, rouges fluo
      manche ou du nord, la mer se sent si seule

      dehors ne fut la joie, en dedans l’indigence – j’ai le sang délabré
      me prends-tu sur le pouce ?

      la caverne du plancton, comme un anus en ruine

      m’arrache une dent. me coupe le courant
      je pleure pour une raison mais je sais plus laquelle

    23 janvier 2026

  • à genoux sur son vol, plané soit-il

      par-delà la ville
      sais-tu que la ville
      les floues limites
      le cordon qui s’enroule autour de
      autour du

      travailler dure. or ne durent
      ni l’éternité ni le poignant
      écho des mares
      tu me regardes en face. je sais, je ne ressemble à rien
      rien, ce moment fragile

      tracter l’amour. le bout du rat le fond du cul
      on s’en souviendra crois-moi on s’en souviendra
      on se rasera de près en attendant
      ou de plus loin, si affinité

      le ras-bémol. imagine évoluer hors décor
      la ville à vide
      le champ d’un mat
      imagine encore vivre, tandis
      que tu respire à peine

      il suffisait d’une montre
      à son poignet
      pour se noyer
      mais d’un coup tiens, la mort rétropédale
      sain sursis

    20 janvier 2026

  • on n’sait plus qui navigue, ou bien la guerre ou bien l’abîme

      répondre absent. s’asseoir sur un trou
      je te tire les cheveux tu me sors le rasoir
      le rasoir
      suivi d’un matin calme

      rien dans les poches dont
      seuls les yeux débordent
      on apprend son nom
      par chœur. faudrait chanter je sais
      mais je chante pas

      petite vulve, sulfureux raccourci
      finir à poil penché sur le viaduc
      à l’heure indue
      – c’te crevure d’âme

      t’amour et des limaces, ma pauvre
      l’inextinguibilité des feux, alors tu mendies, tu marches
      t’appuyant sur l’épaule ou le souffle de ton propre cadavre
      propre cadavre

      une nuit j’ai le sommet, le sommet pur
      penche-toi sur moi, susurre-moi un brouillard. un chien se répandra en larmes
      et puis la gale, on chope la gale – on vit
      comme à contre-suicide

      quand le présent meurt t’achètes un r’pas. un r’pas te tiendra chaud
      il n’y a pas de raison
      à ceci à cela, à quoi que ce soit tu ne
      trouves point de raison
      l’amour est fait comme ça. l’amour est fait de ça

    17 janvier 2026

  • à l’évidence, on s’y rend mal. on s’y rend certes, mais mal

      la nuit je ramasse tout. éboueur mental
      cela va bien au-delà des caresses, on se regarde entre les nœuds
      on s’crache dedans
      puis on retourne à soi, comme si de soi n’étions…

      il y a des hommes il s’aiment debout, debout les hommes s’augmentent
      accroupis se commentent
      – le diable emporte les hommes, et leurs compagnes !
      il pleut à verse
      on ne s’en relève pas, voilà tout
      simplement, on ne s’en relève pas

      échanger un mort contre un mort ça n’se fait pas. ou plus. alors on les enfonce dedans
      enfonce dedans
      un poète tombe tous les trois pas – c’est moins qu’un ange ou la caissière
      d’ailleurs ça n’existe pas les anges. en tout cas c’est ce que prétend la caissière

      que faire dedans ?
      et sinon, que faire dessus ?
      je colmate. je colmate avec mes dents, avec mon peu de savoir faire, je colmate
      la mer n’est pas si loin, pas si loin néanmoins si frileuse
      et pourtant la mer, l’hiver…
      toujours à l’œil, parfois au doigt

      du fond du champ, d’la culotte et toujours ce vide là, énorme
      et quasi rassurant
      alors j’me mange les g’noux – les cuisses les couilles j’me bouffe les couilles
      et malgré ça je reste affamé
      de rien, j’ai sans cesse faim

    14 janvier 2026

  • on se réveille avec un mauvais pressentiment, une légère pression sur le côté, sœur mamelle

      à chacun sou zoulou, à chacun son doudou. l’équilibre en surchauffe
      je ne me grandis pas, ni d’une mort au combat, ni d’une pousse de bambou
      j’espérais arriver jusqu’à vous, et que vous ne fussiez pas dieu
      plumitif en chute libre

      la terre fait sa vidange – pourquoi ce léger soulèvement de cœur ?
      j’arrête de chanter. chanter sonne faux. sonner faux chante juste
      alors lèche-moi le coude, desserre le testicule. on ne se revoit pas
      on passe le temps à ci, on passe le temps à ça, bref on ne se revoit pas

      je selle mon ch’val, le selle d’mon cul. j’apporte mon soutien
      à toute forme de disgrâce, à mon sournois à mes
      glandes, dans la mesure où je serais doté
      de glandes. mon dieu est un dieu sans moi, un dieu sans dieu, un dieu qui tente de
      se frayer un passage à travers nos chairs téléscopées

      derrière mon homme se cache mon ombre, je n’ose respirer
      un serre-tête, un dépresse-briques, on en est réduit là, à ça
      et le large non plus n’existe pas
      on appelle ça comme on veut – quoique décidément, on ne veuille pas des masses

      on ne se souvient jamais de ce dont on se souvient vraiment
      et qui nous hante jusqu’à faire de nous
      d’effarés, de désœuvrés fantômes…

    11 janvier 2026

  • cheveu qui saigne, cheveu semblant, rouge / ou d’une autre couleur

      il y a des gens tristes, et il y a moi, déambulant entre les rangées de petits pois
      marmonnant en langue antique, ou ne marmonnant pas
      je vois un orchestre, tout un orchestre, rester là silencieux
      parfaitement immobile

      toutes mes femmes sont mortes, ou quasiment
      même si je ne vois pas vraiment ce que « quasiment mortes » pourrait signifier. j’accorde mon violon
      à mon violon – quoi d’autre. je m’accorde
      à mon propre désaccord – quoi d’autre

      la route est partie sans moi, à l’heure des éboueurs
      l’heure d’un déraisonnable demi-sommeil, demi-sépulture
      t’embrasser sur la bouche m’a laissé sans voix. sans dents
      c’est pas tous les jours si méchant

      Troie sans cheval, trois sans galop, on s’attellera demain
      on s’attellera au vide qui pleure
      à quoi sert d’être aveugle par une nuit si noire ? à quoi sert la nuit noire quand t’es de toute façon aveugle ?
      à avancer, entre les pattes du loup, droit sur le chien

      mes femmes sont toutes quasiment mortes, comme si quasiment faisait la différence
      j’emprunte une gomme. ça ne suffira jamais pour tout ce qu’il y a à effacer
      donc en priorité je m’efface. je me tourne de l’autre côté, du côté sans miroir je m’efface
      je m’efface

    8 janvier 2026

  • ils ne servont à rien

      la nuit se lève bientôt, c’est par le bout qu’on fixe
      la chèvre de M. Seguin sur notre barbecue, on a  bien ri avec cette histoire
      après, t’enlèves ton masque, mais pas sûr qu’on te reconnaisse…

      changer ses pneus ne tiendra pas la route
      en fait, rien ne retiendra rien si ne ce n’est le souvenir, vraisemblablement fictif, d’un homme en jupon frais
      remplacer jupon frais par mort, homme par algue
      algue par femme pourquoi pas
      la mort par étranger

      sous le hangar des ancêtres – tu manques de bois sec
      je m’arrête à chaque trou, j’interroge une source, la source fait plouf
      l’amour, plouf plouf
      on se parle entre nous, on se dit des trucs. certes on se fatigue vite

      est-ce la vanité qui libère, la reconnaissance de celle-ci, ou la vanité à partir du moment où elle se reconnaît comme telle ?
      j’en sais rien. j’ai fait un trou dans la terre en y enfonçant le doigt
      le doigt comme un ver, l’anus comme un trou
      le temps est au désarroi

      il fait si froid chez toi. il n’y a plus d’eau potable
      on ne peut rien contre la pluie je veux dire, on ne peut l’empêcher de tomber
      alors on la regarde, tomber
      ça ne nous rappelle rien
      et c’est ce qui nous fait du bien

    5 janvier 2026

  • un froid dominical

      mourir gratuit. mourir me gratte
      on se console en disant bon, on se console en disant certes

      mon nourrisson n’va pas trop bien. mon nourrisson a des ennuis
      débarrassons-nous du nourrisson, d’une manière et le monde

      une guirlande électrique et la chienne en dessous, jambes croisées
      on ne sait pas pourquoi

      n’importe quelle vie n’importe
      qu’elle soit pourrie qu’elle soit jolie, sexy ou pure folie, n’importe quelle mort on s’en
      contentera

      les cordes rabougrissent
      on se touche la main – on se toucherait le sexe s’il grinçait encore. en attendant on se
      touche la touche, le pas-touche

      j’épouse un zénith pâle, le zénith pâle me dit :
      kisse ton ombre

      mare dans la mare, crapaud honni tout en
      testicules et le plouf
      suspendu

      noémie sors de ce lit – elle n’i-
      ra pas très loin : je ne
      serai jamais assez morte pour toi

      dieu si tu es tout oubli, oublie -moi et moi d’abord
      jarretelle en bandoulière

      vivre d’ennui, mourir précaire – on s’amenuise, on s’agrandit pourtant
      l’âme en creux quelque part

    2 janvier 2026

  • va te faire voir, miroir

      ton sol d’une seule vague, infiniment
      et dont rien n’a jamais émergé

      l’échafaud sur le billot, la vie à petites dose – la vie
      de rose épine

      l’un chemine l’autre chemise
      l’un ne sait plus où il a
      rangé son doigt

      l’avenir décroît, pétard mouillé
      fumée sans feu

      une fois qu’on chante on n’dit plus rien. un fois qu’on chante
      on n’chante plus

      dieu n’a pas d’anus – c’est ce qui en fait dieu
      à l’état pur

      j’ai beau m’acharner sur l’interrupteur, rien ne s’éteint
      l’illuminé par défaut

      sans jamais suivre tes oies
      – elles pincent –
      je retourne à la chambre

    30 décembre 2025

  • misanthropocène. l’heure muette

      dieu sans un sou, mais comme un sou seulement
      huître sans perle

      rien qu’un bleu sur le crâne et au-dessus :
      l’immensité vierge…

      tu dors ou tu t’éteins. tu t’éteins je présume – honnis soient
      tous les yogas du monde

      je m’approche de toi que me dis-tu ?
      tu pues me dis-tu, viens en moi, précisément
      et douloureusement

      pas de passion – seule comptent les coups fourrés
      croire que quoi que ce soit nous soit du et là j’m’énerve

      ton clébard, ton tout petit clebs de malheur, donne-lui à
      manger
      un aboiement sec, radical

      je nous aime et en grand nombre
      les pauvres font la queue, la queue fera le reste
      suivant de peu

      seul me termine, et me termine seul
      sourire du coin de l’œil, décline à contre-jour

      d’une vie étrangement lumineuse
      ton ennui parle à sa chienne

    27 décembre 2025

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