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assis là sur un banc


  • unité sans nom, infini sans effort

      ventre là-dedans
      c’est déjà mieux qu’un mur, en papier tout de riz
      je ne me reproche rien, ni de mal ni de loin
      je voudrais juste une maison pour dormir
      un accès définitif à l’endogène

      un jour je m’arrache une dent, un jour je m’arrache tout net
      et tout ça le même jour. je n’en peux plus de rien
      mourir ne fera pas de toi un ennemi juré. promis

      nasreddine maigre pension, permafrost en sursis. je te suce un cornet
      loin d’habiter je flotte. flotte l’immobilité, sans encombre. suivra le reste
      j’aurais juste voulu te border de larmes chaudes

      sauf que je ne pleure pas
      strictement défendu, et donc je ne pleure pas
      dimanches et fêtes: s’abstenir
      shabbat et vénus-day: se retenir. des vis et des écrous. des vis
      et des écrous sur toute la ligne

      raide mais de quel congé ? les mains pleines de cancer
      j’abuse d’une peau, cramoisis ton sexe renégat. j’arbore une chute
      pourquoi tomber, mais dans quel sens ? j’amoure une corde et elle
      me casse dans l’autre sens. final

    24 décembre 2025

  • Shéhérazade en accès libre

      je reviens d’un retour, d’un retour à deux doigts, d’un retour
      à la case dérape, non mais dérape de là
      traîne quelque part et d’ailleurs, traîne où tu peux mais traîne – et sinon traîne encore
      un petit peu

      j’avais un racine, pas forcément de dent gâtée, pas forcément carrée
      le champ miné de bienveillance – on y laisse un bras, un vague remords parfois
      et toujours ce corps qui me dit surtout
      évite le sport
      quant au yoga, n’y pense même pas

      on n’s’entend pas parler, on n’s’entend plus s’entendre on se
      quitte la partie, ou l’on se quitte tout court
      l’essentiel n’est pas là, ni li. écarte-toi
      d’un bord à l’autre écarte-toi

     je n’y pense pas. ou seulement si on me le demande – mais pour quelle raison me le demanderait-on ?
      je vois ma boîte aux lettres un peu comme un ferry, et j’en oublie de voir la mer
      pourtant c’est vaste la mer, et ça console de soi

      crever un dimanche, le ventre à l’air la gueule en cendre. trouver quelque chose d’ouvert, un dimanche
      pas toujours évident
      évident n’est pas toute l’évidence
      je me rapproche, de tellement quoi que je n’en sais pas plus, mais je me rapproche
      inexorablement, et de plus en plus loin

    21 décembre 2025

  • né sous y

      un deux trois je tremble pour toi. j’ai tellement peur pour toi
      que je creuse ta tombe, ton trou
      où t’enfouir dedans, dedans ton trou à moi, puisque c’est moi qui l’a creusé
      le plus dur reste à le recouvrir ah ça, le recouvrir on sait pas, on n’a jamais pu
      je n’ai jamais vu de trou autre que moi

      ta mère est une misère
      toute mère une misère
      toute misère mère
      et nous l’orphelin. le tout petit. orphelin. de la sinistre.
      si on s’achète c’est qu’on se vend. le prix sert d’alibi
      si on sourit c’est qu’on déraille. on déraille. ça se passe comme ça entre nous

      j’crawle dans la mare. j’crawle en pleine mare. elle m’arrive là
      c’est à dire qu’elle m’arrive nulle part, et moi pas plus que ça
      rien au milieu rien à l’entour, du milieu où rien ni milieu. ça crève les yeux pourtant
      qu’on les lève ou qu’on les baisse, ça crève les yeux tout pareil

      le seuil franchi. courant d’air et claquement d’morte
      en attendant j’habite là. là où j’attends, ou fais semblant seulement
      de faire semblant seulement. seulement pour faire semblant – semblant
      d’être vrai pour de vrai
      ou de faux je n’sais plus. ô mon amour

    19 décembre 2025

  • cligner des cieux

      si je réfléchis je travestis
      eh bien travestissons

      mon allumette, ton souffle
      s’éteindre et s’allumer
      passe un coup d’chiffon sur le miroir et voilà

      quand j’habite une cruche je dis j’habite une cruche
      – eau, poussière, araignée –
      mais là vraiment j’avoue, je ne loge qu’en
      ma propre absence

      la mer au bord du fond, la vague en train de fondre
      – t’éjacules un
      grain de sable et voilà

           personne ne m’a dit alors comment tu
           vas non vraiment t’as l’air de rien main
           tenant tu manges du rat bon, ça pourr
           ait être pire

      j’ai récupéré un manteau
      j’ai recousu le manteau
      puis remixé l’hiver

      qui nage pend. au bout d’un moment, qui nage pend
      qui s’lave les dents s’lave les os – de toute évidence les dents sont du squelette et en quoi
      cela nous concernerait-il ?

      qui meurt dedans meurt dehors
      c’est comme ça que ça se passe que veux-tu : qui meurt dedans
      meurt dehors

      j’ai foiré ma naissance
      je croyais que c’était ma mère la fautive mais non, j’ai vraiment foiré seul ma naissance
      ça ne prédisait rien de bon, et rien de bon n’arrive pas seul :
      il bave sur ma cuisse

      depuis ce jour-là, ce dernier jour des temps,
      lui par terre et elle debout…

    16 décembre 2025

  • alléluia vertige tranquille

      ton chacal ma rate, le garde-chiourme universel
      en silence – et si seulement on faisait silence si seulement on
      se brossait en silence la dent, creuse en ces temps
      de disette d’infamie, dure en substance

      quand tu grandis tu grandis, vu du ciel tu rétrécis
      vu du ciel l’amour est sombre, le sexe ténardier
      vu du ciel que j’ai l’air bête. ça me va comme ça
      tu me diras ça m’va comme ci aussi

      il y a un gouffre et de ce gouffre s’est retirée la mer
      s’est retirée toute chose, jusqu’à nous confondre le gouffre et moi
      je me pensais issu d’un croisement entre un oursin et une chaussette de foot mais non, je ne suis issu de rien
      de rien de rien de rien
      ainsi fut-il

      lève un bras. allez, un bras seulement
      le reste du corps pend en dessous
      pendouille, comme si c’était tous les jours dimanche
      chou-rave et illuminations de noël. non je ne suis pas mort. on peut pas être mort. être mort n’existe pas
      pourtant y a pas long à creuser pour tomber dans le trou

    13 décembre 2025

  • gogol champagne, gogol ardennes

      à la fin des temps je me tais
      face au paysage verglacé je  me tais
      je me tais dans mon slip, je me tais dans ma mort
      paysage en trompe-l’œil. j’arbitre une balance
      pèse pas lourd à la balance

      je m’jette de là
      je m’jette de partout mais là de là et pis c’est tout
      autrement dit je rêve, là tandis que je rêvasse
      le fleuve trempe devant moi – le fleuve trempe devant quiconque, et leurs pieds mous
      leurs pieds sont mous

      la mort donc la mort. moi est un autre déchirement encore
      même mort, un autre déchirement soit dit
      on ne m’enlèvera pas ça
      je soulève une mouette, j’inhume un jour de vent – non : je ne fous rigoureusement rien
      et tant que je ne fous rien, m’aime le trèfle
      qu’à plat de couture me batte le temps, m’aime le trèfle

      j’aurais pu déborder. d’un lit par exemple, de quelque part en tout cas
      quelqu’un pénètre dans la demeure. quelqu’un la porte à clé
      on finit tous en croûte, à un moment donné. malheureusement en croûte, d’un autre côté
      moment donné c’est déjà ça

      j’avais un mort et il m’a gueulé d’sus. je ne veux pas du mort j’aspire
      au plus profond silence tu sais
      et si personnellement j’ai rien compris, ne rien avoir compris
      m’offre des fleurs tu sais
      des fleurs à s’en décrocher la narine

      on s’envole dès qu’on s’envole, à partir de maintenant allez hop, on s’envole
      et sinon on survit. tant qu’on vit on survit. qu’on survit on meurt pas
      on a les boules d’ennui, les boules d’envie – on sait pas quoi choisir
      on n’sait plus quand dormir. alors on s’envole.

    10 décembre 2025

  • dans ton duvet cent ans, dans ton duvet puant

      dans le trou du chien ou pour qu’on parle un peu, j’ai dit mon nom. un nom. le premier qui me vint à l’esprit. shabbat à deux jours près.

      non contente d’aller là où tu vas, mais soulagée de partir d’où tu pars. allez va nourris tes puces, ne me regarde venir de ce côté-ci, ni d’aucun.

      toujours là pour qui te trouve, sauf que nul ne te trouve, fleur de ronce après tout. et dans ta tête à rabâcher inlassablement le suivant mantra : selon qui chante, danse qui peut.

      perte de connaissance pour un gain d’ignorance, tu baisses ton pantalon. tu baisses ton pantalon et alors quoi, tu voudrais que je fasse quoi. nous n’héritons de rien, pas même l’un de l’autre.

      si jamais on demande tu diras que je suis parti aux mûres. aux mûres c’est pas trop tôt, et pas si loin d’ici. à l’autre bout de soi par exemple, sans vouloir minimiser.

      douce misère sociale hop on s’en va, dans la misère astrale. blanc bémol et tu bégaies sur l’ultra-vide, l’ultra-vide à la manière d’un Carolles-plage.

    7 décembre 2025

  • chewing ta gomme, me briser sur ta cuisse

      je dire adieu, sans conséquence
      j’ai tellement hâte de rien
      ou comment se débarrasser – les uns des autres, les autres de soi, calmer ses nerfs
      chanter faux, afin de rester au plus près du réel
      du réel à soi
      du réel borgne

      j’ai cherché ton nom dans le butin noir
      n’y ai même pas trouvé le mien
      le sable dur et froid de décembre, la vague méchante. je souffre un peu pour rien
      parce que pour rien, un peu
      trois fois pour rien
      et puis te faire plaisir

      je porte des bas rouges désormais. j’y fais des trous de cigarette. je ne pleure plus debout
      délaissées, les postures. inarticulées, les larmes
      et sous de lourdes paupières les pupilles ont fondu
      comme par désenchantement

      il y a un pull et sous ce pull il y a une peau
      sous cette peau la piste noire, à dévaler pommettes en feu
      je m’entraîne à mourir mourir est encore
      ce que j’imite le mieux
      avec un sexe au milieu

    4 décembre 2025

  • volée de bois noir

      je marche le long
      le long de quoi le long de soi, marche manquée
      le vide écarte les cuisses, je n’ai toujours rien à dire
      avec un goût bizarre dans la bouche, un goût de baiser moisi
      une haleine de cendre froide

      transporter des petits bouts, de ci de ça, de ci de là et vice versa
      ramasser les débris, de ci de soi, s’en faire une soupe
      je n’ai jamais été qu’une âme, sans comprendre, sans saisir
      une âme n’a pas les pinces pour ça

      je t’embrasse sur la joue, laquelle s’interpose entre mes lèvres
      et tes molaires
      t’aurais l’air de quoi sans joue ? et moi sans lèvres ? nous serait-il encore permis de nous aimer ?
      sans faire exprès tu me marches sur l’ombre. l’ombre n’y est pour rien. ce n’est pas elle qui est visée
      mais l’enthousiasme. disons une forme d’enthousiasme

      recevoir une lettre de condamné.
      il pose sa tête sur mon genou. sa tête rien que sa tête
      de phoque, de mal-aimé
      ce moment où on lâche, où on abandonne, se laisse tomber
      chute ne faisant aucun son, ne déplaçant pas
      un gramme d’air

      chien beige, mais seulement si tu le désires
      caresser l’arête, saigner pauvrement du coude – j’ai toujours peur de me déchirer le sein
      ne pense à rien, ne pense à rien – à force de ne pas y penser peut-être finiras-tu
      par ne plus penser du tout

    2 décembre 2025

  • la mort m’a tué

      chien avale chien. le reste est du ressort du destin
      du vide à combler, mais à combler c’est flou
      je me balade. et donc je me balade. que faire d’autre que me balader. je me balade en pleine immobilité
      parce que l’immobile éclaire. l’immobile s’attend
      en plus il perd du poids

      cachemire et la misère, cela ne regarde que moi
      créer un vide, une bulle de sans-gêne ou je n’sais quoi. s’éjaculer dans la bulle. peinard le vide
      il n’y aura plus qu’à penser, à vide, retirer le doigt du nez de son profil
      redessiner des yeux sur le masque atterré

      tout est mal qui finit mal, soit, mais de là à vouloir à tout dé-commencer…
      mon poil se rebiffe, bon, on ne parle que d’un poil après tout. mais quand c’est  le pelage en entier qui s’y met…
      à force de suspension sautent les points. l’aléatoire au bout des doigts, au coin du dé je m’imagine
      je m’imagine sans, définitivement

      deux trois quatre, et le sol qui décolle
      je ne lui ai rien fait moi, à ce sol. pas craché pas pissé, et pas d’alcool on a dit
      on a dit, jacadi, on n’sait plus qui dit quoi, et qui n’en pense pas moins
      et puis on se réveille, au creux du coin ou par inadvertance, on se réveille
      en pâture dans les marges, on se réveille enfin

    29 novembre 2025

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