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assis là sur un banc


  • m’attendait là sans faire de pli, un être, une bête, un enfant demeuré

      j’apparais désormais. comme le dernier recours à la vie qui-dit-mieux, le dernier rempart à l’obsession de vieillir vieux. et j’apparais tout court, quand bien même le lieu semble manquer encore – n’est-ce pas là la qualité propre au lieu, que de sembler manquer? je dis ça comme ça, je dis ça en passant. et repassant je constate que rien de cela n’eut vraiment lieu. du coup je respire un peu mieux.

      j’ai mis le temps à me dire pourquoi, pourquoi, tandis que je ne me demandais rien. je n’ai pris le temps de rien, le temps s’est ainsi reposé. ou alors évaporé, devenu vaporeux mais non, le temps justement n’est pas devenu: il s’est au contraire essentialisé, dématérialisé. je l’ai donc poussé dehors. depuis je l’écoute tombé dans un vide que je suppose infini puisque ça ne produit aucun son. apparemment il ne crie pas.

      c’est démêler le faux du faux – le vrai n’étant pas sorti aujourd’hui il fait c’est vrai bien trop gris pour se rompre l’ennui. se refaire du café fut en ces circonstances la seule réponse sensée et adéquate à l’absence de souci. nourrissant ainsi une inquiétude sans objet ni fondement, une tension tendue de rien, vers rien. rien comme pure ligne de fuite, le report impromptu d’un départ imminent.

      revenir sur ses pas a quelque chose qui cloche, le sonnant-faux d’un écho transitoire, légèrement déchiré sur le côté. or peut-on faire autrement que rebrousser l’errance et retourner par devers soi à la case sépia d’une origine mythique autant qu’inaccessible, entamant ainsi l’inascension en vue de notre inaccession au trône creux?

      le reste du temps se passait à courir les champs – nus ou de maïs, selon la saison je crois. ou encore à érotiser la moelle du principe au sein de chambres froides, à demi-mort de peur, l’autre moitié ayant recours pour subsister à de plus ou moins avouables expédients…

    12 février 2018

  • tout ce saccage nu s’arrêtant à ma porte, qu’un violent coup de vent

      la réalité de cette absence de réalité nous convient bien. rendre les pâtés au sable des quartiers, marée ancienne. dire oui quand on dit non, ou si quand on dit oui, marée funeste. dire non quand on dit rien.

      rien ne rentre pas chez soi. rien maintient la maison en cet état d’apesanteur lui permettant non pas de se déplacer, mais de ne pas s’écrouler, ce qui constitue par les temps qui courent un atout non négligeable, dont il ne faudrait pas non plus trop abuser.

      la première peur passée voit poindre la terreur. un parapluie contre un raz de marée pourra s’avérer insuffisant, si fine en soit la pointe et large la baleine. un parachute inverse nous soulèverait tout à coup dans les airs, mais combien de temps survivrions-nous là-haut, et qu’y ferions-nous de nos jambes?

      par ces temps de disette, les hommes se sont recouverts de ma peau, aux qualités d’étanchéité incontestables, notons-le. puis les hommes se sont assommés les uns les autres avec mes os, s’estropiant même avec les plus pointus. les femmes quant à elles se sont frottées tout le corps, chaque partie du corps ainsi que le visage et les cheveux avec mon pénis, afin d’obtenir je ne sais quelles faveurs du ciel, ou de bénéficier de ses prétendues vertus génétiques.
      seuls mes yeux restèrent vierges, contemplant ce lent quoique très seyant naufrage et regrettant de ne pas avoir appris à nager quand ils en eurent la possibilité – à la piscine municipale, précisément.

      rien ne me préparait à ce jeu-là. j’étais bien loin de me douter que moi aussi. ce n’est pas que nous allions nous remettre à espérer, non, quand même pas, mais on peut penser raisonnablement que, le pire se noyant dans l’inachèvement perpétuel, nous pouvions sans scrupule cesser au moins de tout enregistrer…

    ...
    11 février 2018

  • notre bocage, est alternatif

      oui mais c’est intelligible. et l’intelligible lisibilise. l’homme aussi meurt debout – il faut penser la mort debout. moi qui vis allongé, allongé même si plié. je veux dire couché. moi qui dors donc couché, plié sur le rebut, le grabat. quelqu’un m’appelle. je sais que depuis le commencement des temps quelqu’un m’appelle. je scrute les rues pour ça, les étangs les marécages, et le moindre recoin. je n’ose plus respirer et je respire quand même.

      mon cœur n’est pas assez vaste pour accueillir les épingles de toutes les souffrances. alors je décidai d’entamer le roman gris. en lequel se fondent et se dissolvent les souffrances. tous les souffrances c’est peu. on voudrait en rajouter mais ça déborde déjà effectivement, ça déborde tellement. on ne m’arrachera néanmoins pas un cri. on ne me tirera pas un sanglot. je le néant. je la bétadine. je la tétine de ces mignons avortons.

      ça y est, il fait nuit. on ne tombera guère plus bas. plus noir que noir c’est déjà tout le noir, le moindre bout de noir. personne ne me parle comme ça – mais pourquoi est-ce que personne ne me parle comme ça. j’ai les dents serrées jusqu’à l’os, les unes contre les autres. les unes contre les autres c’est mieux, on se réchauffe avec ça, on se réchauffe comme on peut. broyés par contumace.

      la dernière fois j’ai dit comme ça, eh toi, veux-tu mordre dedans? d’ailleurs il se peut que ce fusse un point d’exclamation plutôt, cela ne nous a pas été notifié. rien n’est réellement précisé. ou alors nous ferions mieux de nous méfier. j’avais par exemple la bouche en pot d’yaourt, en tube de dentifrice j’avais la bouche en tout sens fendue. j’avais la bouche un creux dedans, langue vissée. je voulais traire quelque chose, extraire un jus – peut-être simplement téter. non, téter ça c’est trop. on n’en supporterait pas même l’idée.

      les amis n’ont pas d’foyer. ils n’ont pas de thune non plus ils n’ont pas, de cigare dans leur thune. ils s’attribuent des noms, se décernent des titres. ils rebaptisent les temps qui durent, et le peu qu’il leur reste. ils n’engagent pas de procédure – aucune, jamais. les amis tels qu’ils se trouvent devant s’y résignent pourtant: le mur, contre la mer, piétine leurs marées…

    9 février 2018

  • minuscule vent debout

      cette chose-là s’est toute ratatinée. elle n’a pas dit un mot. je pense qu’elle est tombée d’une échelle à un âge où l’on ne peut vivre autrement. je pense que le silence ne l’essouffle pas. je pense que nous ne sommes pas entièrement mort encore, ni tout à fait vivant vraiment.

      c’est un homme. c’est une chambre. c’est un homme et c’est une chambre. parfois la chambre est froide. parfois c’est une caisse d’acier roulante ou stagnante sur un parking d’école. parfois il se passe quelque chose dans la tête de l’homme qui est en quelque sorte la tête de la chambre – laquelle, contrairement à l’homme, peut se passer de tête. or je suis cet homme sans tête, cette chambre douce. douce et froide.

      ça me gratte la chatte. tous les mardis ça me gratte la chatte. les vendredis aussi, et tous les mercredis. bref les jours de marché, des puces à saint-ouen. ça me gratte la chatte et tu me diras, mais pauv’ gars, ne vois-tu pas que tu n’as donc pas de chatte et je saurai que oui, si, oui j’ai une chatte moi aussi, un trou par où je ris, un trou par où je pleure.

      il n’est rien d’autre qu’un animal blessé, mais ça c’est son histoire. et on a tous une histoire. tous, ça fait déjà beaucoup, et beaucoup meurent précocement. ou trop jeunes. et presque malgré eux. on y croise un renard ensommeillé, une biche maladroite, une blatte. je suis seul à moi seul et cependant j’observe un même ciel… s’effondrer.

      je me suis lancé dans ce brouillon céleste. elle voulait qu’on l’appelle célestine, prétendant que telle était son authentique destinée mais je lui ai interdit. on aurait pu s’attendre à un drame quoique même un drame finisse par lasser. ainsi nous lassâmes-nous, tout imbus d’hypothèses aussi foireuses qu’hasardeuses. et ne vas pas croire un seul instant à un déni de réalité: n’ayant pas de réalité comment érigerais-je un déni, même un tout petit?

    minuscule vent debout
    8 février 2018

  • tu parques tes visiteuses dans le trou de ma mort

      parce que tu m’as menti
      parce que tu m’as dit allez vas-y, dors debout, pauv’ tombe
      tu m’as dit pauv’ tombe
      tu m’as traité de pauv’ tombe
      alors que tous ces pots, ces fleurs en pagaille que j’y ai déposées, les couronnes tressées, les marbres rageusement astiqués alors là…
      non vraiment là…

      je les écrase un à un.
      je nage vers dieu. à contre courant soit et le courant a beau me repousser, me déporter moi je nage
      vers dieu
      le dieu plein phare, sapin de mon noël, sage femme ex spiritus, les mains lourdes de sang
      dieu quand il pleut, dieu quand’ ça glisse, moi je me jette au cou, la corde au cou
      de dieu – je peux pas autrement dans ces conditions-là

      il n’y a plus
      d’océan devant moi – seulement la brume
      et la corne de brume.
      tu voudrais
      poser la tête sur mon épaule, tu penches la dite tête
      mais mon épaule se met à fondre, mon épaule se retire à marée basse
      reste la brume, encline
      et la corne de brume

      tu voudrais poser nue
      or je ne suis ce regard sans âme, un bât me blesse, il faut boire à présent – l’homme
      est du passé, il se pisse dessus, l’homme
      a endossé son habit de croque mort, embouché sa
      corne d’indigence, et toi tu voudrais poser nue
      or je ne suis pas, que veux-tu, la soif sans racine
      ni le miroir sans frein

      fin de l’histoire

    6 février 2018

  • tu me donnes un peu d’eau je te rends tout un fleuve, d’un trait

      pas bien-venu mais mal-parti. du coup ça rame, ça coince, ça rampe et même que
      ça patine des fois
      le ciel n’avait pas faim en ces temps-là, et j’ai gardé la main tendue
      la main tendue c’est déjà ça

      des milliards de clandestins
      et d’exilés mentaux
      les femmes leurs menstrues, les lunes à leurs ovaires, je suis issu d’un patchwork
      croisé à une césarienne
      alors on m’a dit tiens, toi tu t’appelleras lolek

      ni le ciel ni la mer. les dunes peut-être
      voire même les collines, plus au sec à l’intérieur
      tu me suces je te suce, puis on se re-suce encore
      la vie est merveilleuse, je crois
      qu’on fera de bons morts, sagement aplatis sous nos pierres tombales, nos beaux marbres
      funéraires

      j’ai eu envie de t’embrasser, avec la langue mais sans te baiser
      une autre fois j’ai eu envie de te foutre, te foutre oui mais alors sans la langue, parce que les deux ensemble comment dire…
      les deux ensemble on sait plus où le nord, où le sud, on sait plus qui navigue les deux ensemble on sait plus où le ciel
      où la mer

      ils vivaient l’amour comme une prothèse, un antidépresseur, ou encore la variable
      d’un bancale ajustement, et non
      comme une fin en soi, emprise directe sur l’essence, le seul pont
      navigable ça c’est marrant, quoi
      qu’on en pense

    tu me donnes un peu d'eau je te rends tout un fleuve, d'un trait
    5 février 2018

  • j’errai par les œillères, les sillons les tourbières

      nos vérités-dimanche, nos allures en molle cadence
      j’ai tant marché. mes jambes de ciment
      dieu c’est quand seul n’est plus possible, et seul n’est plus sensé
      que l’amouR
      ou, tel que je l’imagine, le viaduc de millau

      nos sarbacanes, nos canapêches
      n’auront pas piqué mouche.
      je soulevais, enfant, je soulevais
      tout le poids d’être né, j’me retenais de chier, je gardais toute ma merde, j’étais un sac de merde
      la vérité n’ment pas

      dire non à non
      entre les dents avec les griffes du fond d’la teub, allant contre
      tout ce qui va contre, comme si le non n’avait d’autre dimension que celle de défricher le oui, total, final, au sourire ultrabright
      mais j’ai dit nan, balancé ma queue par-dessus mon épaule et j’ai fait han
      la route est longue, courte, longue, plaquée dessous l’aisselle…

      rien ne se passe ici, pas même le temps
      alors on se rue sur nos ombres, s’acharne sur nos morts, on leur dégueule dessus
      on s’invente un couteau
      une sangsue
      on caresse un bulldozer quand un bulldozer nous passe d’ssus
      alors dis pas l’contraire

      bruines diluviennes, seigneur napalm – je voudrais rapetisser jusqu’à
      non pas ne pas exister, mais jusqu’au baiser
      noir sur la jambe très noire, juste entre les deux jumelles oculaires, tétons ruisselants
      et borgnes, je voudrais diminuer
      jusqu’à
      non pas ne plus exister

    3 février 2018

  • soit l’absent grave. soit le sol continu

      je ne 
      quitte plus le lit, le lit c’est
      ma fenêtre, ma rue, mon aventure
      mon petit bouquet d’orties mes fleurs de pissenlit… je ne
      voudrais pas qu’on m’appelle autrement
      mais c’est comme ça

      je regarde au-dedans et c’est toujours dehors, on peut pas s’empêcher
      de voir, même quand ça fait mal et ce qu’on voit nous fait
      toujours un peu mal – au genou d’abord évidemment, mais pas seulement
      le reste on le garde secret

      et c’est ainsi qu’on vit, qu’on a, et qu’on aura vécu
      quelques mots de travers, des trognons de silence
      les points de suspicion, autres vieilles culottes
      dense forêt des malentendus
      tu n’y crois pas? non, tu n’y crois pas – tu as pour habitude
      de ne pas croire, avant même de savoir quoi
      d’ailleurs qu’importe quoi, puisque nul n’en aura
      eu pitié

      de pudeur verrouillé – je ne résiste pas, j’endure
      quelqu’un m’apprend par où on passe, par où on casse
      le triste mot
      de la triste fin, fin de toute
      projection, d’où le regard se braque, aveugle et sourd
      à la
      clandestinité d’être.
      ouf

      petit lapin perdu ses dents
      j’ai mal veillé, compensément à mal dormi
      et dans ces intervalles-là, du mal-faisant, dans et par l’âme hibernant
      monts et par vaux, gris flottement
      – caresse-lui la queue dans le sens du gras

      c’est pas comme ça qu’on vit certainement, et encore moins qu’on meurt, mais là n’est pas le sujet
      j’ai quatre jours flottants, et les nuits patiemment, j’écris les nuis sans t
      je me remets à fumer, comme si cela pouvait me maintenir à la surface du néant
      opération à ciel ouvert

    soit l'absent grave. soit le sol continu
    2 février 2018

  • il dure longtemps dehors, même s’il n’en reste rien

      je ne sais pas mourir. je suis
      né de mauvaise mère
      un trou
      rêche à la place du
      ventre doux, et ça ne
      se répare pas, ça on en a
      déjà parlé

      mon
      cheval en p’tits morceaux, mon ours
      à la patte arrachée
      je berce une peur, une peur en moi, do-do l’enfant-do, une angoisse
      fondamentale

      je ne suis pas
      le fils d’une mère, ni l’homme
      d’une quelconque humanité – j’ai perdu
      mon chausson c’est grave, j’ai perdu
      mes mitaines, perdues où – je
      ne suis pas: j’erre
      sur place

      nique ta mort
      à tous les stades du manque, ou de la déficience
      alors je dors avec mon rat
      je dors, avec ou contre la porte fermée
      je dors tout nu
      sous cent tonnes de boue
      – la nuit aspirerait-elle
      à plus de nuit encore?

      c’est la même mer, elle pue pareil, à peine moins froide. il faut bien
      habiter quelque part, ici ou là
      – je n’y arrive pas, jamais
      à être là, où justement
      je ne suis pas

    31 janvier 2018

  • auriculaire mon amour

      l’homme est la maison de l’homme, au toit crevé

      les yeux fermés les yeux – peut-être y verrons-nous enfin
      cette clarté ni oui ni non, noyau et vaste, en laquelle se dissolvent tant l’identité que l’altérité, une clarté
      que rien n’ébranle quand peu m’ébranle
      – que faire d’autre en hiver
      de cet hiver pouilleux?

      le drame de toute âme est qu’en son âme le vent se lève et emporte le drap, nudité d’asticot
      revêts mon corps, ô tête de chiotte, souffle avec moi
      contre la houle, et d’une vanité recouds le trou
      béant
      – on n’y verra que dalle…

      un ciel crasseux, d’un blanc douteux qu’on dirait même un œil pourri, chialeux véreux
      on tâchera de faire mieux la prochaine fois, il n’y
      aura pas de prochaine fois, allez rentre,
      rentre à la maison, rentre là où
      rien ne t’attend

      quelqu’un est-il en train de me dire qu’il n’y a pas de vaccin contre cela
      soit, mais envisageons un instant le cas où
      cela n’existe pas…

      j’ai achevé ma mission – elle n’était pas très importante cette mission
      consistant à marquer d’un croix
      les quelques arbrisseaux malingres, les sinistres sous-entendus
      qui jalonnaient la route, oui la route, quelle route d’ailleurs?
      : une route, d’ailleurs
      n’importe quelle
      route

    auriculaire mon amour
    30 janvier 2018

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