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assis là sur un banc


  • à la force du moignon

      les vomissements ont cessé. un chant grêle
      grêle en moi. un matin sec.
      je m’endormirai près de vous, et tu
      f’ras semblant de ne rien voir…

      ce n’est pas un homme que j’ai devant moi, c’est un miroir – et dedans le miroir, la pluie ne cessant
      de tomber
      dans un sens ou dans l’autre

      un mort s’attrape par le bras. un mort vit au-delà, un peu comme moi.
      ai-je eu raison de me voir partir, faute d’un cercle, à la craie blanche tracé dans la poussière,
      où revenir?

      soulevant des tonnes de pluies, et d’un doigt les flaques intestines
      du quartier, plus quelques repentances – arrives-tu
      au bout de tes peines ou ton poème bêtement
      ne tient-il pas la route…

      depuis mille ans, nos routes divergentes. je n’ai pas
      de vie à moi, mais une mort, universelle et s’en prenant à moi – un trou. je suis
      ce trou en moi, qu’aucun pardon
      ne comblerait pardon,
      ne comblera

      une noix. j’ai versé
      de la liqueur dans une moitié et dans l’autre
      me suis-je couché en boule, promis juré je ne
      mourrai pas plus loin d’ailleurs je n’en ai plus
      le temps

    22 mars 2018

  • et maintenant je m’en fous

      est-ce moi que tu regardes ainsi, christ aux yeux bruns
      de pardon et d’une exigence terrible – ne vois-tu pas
      que je n’suis bon à rien, à quoi bon me sauver, ressers-moi juste
      une goulée de ton sang, travaille un clou
      dans le paysage ravagé
      d’une chair sans partage…

      non, il ne chantera pas. il prendra soin
      de sa dissolution. peut-être l’aimeras-tu
      un peu plus comme cela. j’ai vent debout
      et vent debout j’eus vent de vous
      je suis là enfin, rien que
      là, partout dans l’infini

      un puits s’est creusé dans mon corps, un puits sans fond, donnant
      sur une nuit noire de nuit, nuit de n’y voir. comment ressusciter,
      ressortir de ce trou avorter
      la béance – inverser le cours naturel
      de la chute. on ne le peut
      pas

      le christ
      ne me regarde plus. l’hiver
      revient de plus en plus tôt dans mes veines, et de plus en plus dur.
      un bonhomme de neige peut-être, avec son faux nez
      me fera t-il rire
      aux larmes…

      peu importent la mort, la naissance ou la vie: seul surnage le souffle blanc de givre – loup évadé
      de sa forêt de verre

    et maintenant je m'en fous
    20 mars 2018

  • au chevet de sa plaie

      faudrait mourir à davantage que ça, polir les os jusqu’à les rendre
      à leur blancheur astrale
      et si l’on ne le peut pas, si l’on n’y peut rien, confronté ci-céans au mur de l’abstraction
      alors mourir à soi, se contentant
      d’un baiser cru

      je grattais je grattais
      jusqu’à la grâce –
      un tas d’entrailles et la carcasse
      couchés sur mes genoux, je ne
      bâillerai plus chérie je ne
      banderai plus, non plus

      quelque chose qu’on attend
      de soi, le bord trempé
      d’une phrase creuse.
      j’ai peut-être un peu… abusé de la détresse, abusé
      jusqu’à l’ennui – qu’aurais-je pu faire d’autre dès lors
      que disappear…

      et on marchait, on marchait
      tout le long d’un long sépulcre. un précipice
      interrompit le souffle. une chemise
      refourrée dans le pantalon pour en cacher
      les quelques taches, mettre à l’abri
      la croupissante intimité

      un type ouvre les bras. il pratique une feuille.
      quand on lui demande il ne se souvient pas. d’un lien, quand on ne lui demande rien.
      une rupture
      le retient.

    19 mars 2018

  • une barque à soi

      je ne me marcherai plus dessus. je serai triste cependant, mais comme absent de ma tristesse
      je serai mort

      à l’heure où l’on chavire et l’on se dit, c’est parce que la mer est sans fond qu’on y peut marcher dessus
      mais non sans se mouiller

      il faudra se relayer
      à souffler sur les cendres, à se tenir droit en équilibre
      sur trois clous
      et rester tout de même éveillé quand plus aucun chant, fut-ce de rupture ou d’exil,
      ne nous chante

      il n’y a pas d’heure, où se tenir à l’écart.
      à peine relevé-je la manche que le bras
      se met à blanchir, et la mort y tatouer
      son accent muet

      cela devient difficile. de plus en plus difficile. un homme soupire à mes côtés. il arrange son souffle
      d’un geste maladroit

      mais il n’en reste rien. pas même un regard en arrière. une pierre peut-être, tombant sans fond faisant vibrer
      ce rien restant

      à attendre là, qu’un miracle
      ne s’accomplisse pas. croupir au fond
      de sa propre poitrine, rat cancéreux, petit rêve amoureux découpé
      à même le néant

    une barque à soi
    17 mars 2018

  • ailleurs qu’en ma mémoire

      frotté jusqu’à l’écume, puis revenu de rien. de rien. de rien

      lever les yeux d’la vie. la bouche en babibel, en cul de poule en téton débordant: être
      affamé de vide

      un être était alors
      une porte sur dieu. les portes ont claqué, enfermant les courants
      remontant leurs chaussettes

      ces hommes d’un genre nouveau
      ont l’extase fragile, et la mémoire solide
      ils s’assoient à côté, ils ne savent pas de quoi

      les roses périmées. un peu de sang coule en dessous. il semblerait que l’épine soit restée
      coincée dedans

      ne lui dites pas
      que je suis revenu. à trois sous le tour, j’aurais eu tort
      de me priver – privé de tout, de tout un tour

      ai-je ruminé les ronces, me suis-je introduit les orties dans la verge, pété une couille sur une arête de poisson – ai-je fait tout ça sans
      penser à rien, sans
      éveiller le moindre
      soupçon…

      traiter le corps de mou, alors que mou plus mou encore. et en redemander
      un coup encore

      le sexe dans sa main sentait déjà le naufrage. il fallait faire un choix
      il n’en fit rien…

    16 mars 2018

  • tokaj s’en jette un coup

      comme il est bon l’oubli, poche retroussée tel un gland, le cœur vide de deuil
      d’amour
      non, de deuil

      perdurer. absurdement perdurer. faute de raison d’être
      mort, ou peu s’en faut

      que tu sois dans cette pensée, ou bien dans telle autre
      ne prendra pas de temps. j’ai bêché tout l’hiver

      le rien est-il encore la vie, ou l’état dans lequel
      dieu cesse d’être perçu comme une énigme
      envahissante

      j’ai parlé de ton sexe à tous les hommes que j’ai rencontrés. aucun
      n’a bavé mot

      d’un chant à l’autre, je me suis endormi
      du cygne à la sirène, et de plume en écaille ai-je vidé
      mon verre. à quoi bon le briser?

      une idée folle
      ne m’a pas traversé l’esprit, ni l’esprit
      ne s’est mis à bâiller, s’étioler, chier son âme en une seule et ultime
      idée claire

      le temps s’écuelle un mec
      secoue sa femme aussi, de temps en temps
      . il n’en tombera rien

    tokaj s'en jette un coup
    15 mars 2018

  • je fis le mort – quel mort je fis

      tu avances avec la main droite, et comme ça ne suffit pas tu avances avec la main gauche.
      quelque chose toujours
      s’écaille.
      tu perds le nord ou bien c’est le nord
      qui te perd – en tout cas toi tu ne le sais pas, toi
      tu ne le sais rien

      tout ce que tu as fait pour moi c’est de remâcher
      les vieilles herbes, et de me les refourguer directement
      de ta bouche à ma bouche, en poussant un peu avec la langue, en enfonçant dedans
      . mais devant dieu je posai nu

      on perd toujours
      un peu de sang dans mes histoires, ce sont histoires
      d’un peu de sang – on sentait toutefois remonter jusque là
      des choses… des choses à qui l’on aurait dit vous, des choses
      qui veilleront après nous, terrés sous les décombres

      il ne se passe
      jamais rien chez moi, chez moi est si petit: ça mesure
      à peine l’ombre
      de la porte d’entrée, s’il y avait une entrée mais n’y a qu’une sortie, hermétiquement
      close quoique passablement
      ébréchée 

      je marche à ton côté
      tout le long, tout le large, je marche à ton côté
      car ton côté va, de long en large, ton côté plonge
      et je plonge à côté, du côté ou tu plonges, de long
      en large et jusqu’au fond, si profondé-
      ment seul

    13 mars 2018

  • triste baiser de carpe

      la nuit sans cesse a maintenu
      la porte grande ouverte

      je n’suis plus là, je n’suis plus là et je ne sais qui porte désormais la responsabilité
      de cette présence ici-là, dont je suis l’absent grave
      et méthodique

      quarante jours quarante nuits que je n’dors pas, et je n’dors pas.
      on s’entraide mais on ne s’entraide pas – en fait on ne
      s’entraide pas, on meurt chacun de son côté – quelle aide recevoir ou donner
      face à la mort? face à la mort on meurt
      ou on meurt pas – en fait on meurt
      face à la mort

      la même soif sauf que c’était plus grand, plus vaste, et qu’on ne s’y , le cas échéant,
      reconnaît pas

      je me demande pourquoi, tout ce temps-là je me demande pourquoi, tandis que le point
      d’interrogation progressivement s’effrite, s’écroule sur ses jambes de plâtre, se disloque
      et qu’il ne reste qu’un pourquoi muet, triste baiser de carpe, un pourquoi qui
      ne se demande rien

      il est là, il n’est pas là. il s’adresse aux hommes qui descendent plus bas que leur rencontre, aléatoire quoique réciproque
      à moi il me dit tiens, mange dans ma main – cela n’apaise pas ma faim alors il me dit, tiens, mange ma main
      mais je n’ai pas envie

      mon visa expire, de mon vieux visa tombe
      l’échéance…

    triste baiser de carpe
    10 mars 2018

  • sous quel froid, sous quelle paupière

      rassure-toi, je suis un apocryphe, rassure-moi
      nous volons
      de nos propres ailes, à ras
      de poulailler nous volons, quoique bien bas, rognées –
      il s’en serait fallu de peu pourtant, et même
      à moins que ça

      un jour
      ne présente pas d’intérêt, ou à peine
      plus que ça, je ne pense pas
      te connaître par ton petit nom je n’ai jamais
      remué ta merde ni ramé, avec acharnement
      dans ce contre-courant

      une nuit
      tu t’endors dans moi, une autre
      nuit tu fais semblant
      tu réécris
      toute l’histoire, remets à jour
      le testament

      je n(y gagne pas beaucoup, et j’en perds
      guère davantage.
      il y a le regard
      venu d’en-haut, il y a le regard
      oblique, biaisé, regard de côté – où m’as-tu donc trouvé, tandis que
      moi ne m’y trouvais pas

      un seul homme me
      regardait patrouiller
      croiser de long en large
      l’espace vide –
      une fois éteint, mort ou éteint, nous fîmes
      une croix dessus, juste
      une croix

    8 mars 2018

  • des presque poèmes

      s’étendre
      sur les marges, ou se
      raccommoder debout –
      il y eut là juste de quoi
      se perdre, s’oublier
      : un petit tas
      de vie sans intérêt

      la barre
      de l’anxiolytique franchie, s’étalait
      large la plaine – on n’y
      habitait pas vraiment, on n’y
      faisait que
      passer le temps

      les hommes
      ne sont plus là; les filles non plus
      ne sont plus là –
      il neige
      et s’il neige, c’est la faute du
      bonhomme de neige

      elle va y aller, elle va
      maintenir la vie sur terre
      et après un bref
      moment d’hésitation, une interruption
      intempestive, elle va
      nous dire pourquoi
      elle ment, non, elle meurt, non
      – rien

      j’ignore
      à quoi sert de vivre – je sais que les corbeaux ne craignent pas
      le mauvais temps
      : je les ai vus.
      je me retrouve blanc
      sale mais blanc, dépourvu de 
      psychologie

      si ta vie ne
      ressemble à rien, tu n’as qu’à
      aller te plaindre à la fille en bas de chez toi
      il faut
      mourir pour dieu, dieu n’étant là
      que parce qu’il
      faut mourir

    des presque poèmes
    6 mars 2018

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