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assis là sur un banc


  • ma nuit tombe d’amour

      notre poignée de main
      à la porte fermée

      j’ai déjà ensablé la majeure partie de mon poumon. reste un palmier, tout miteux
      certes mais il tend les yeux vers dieu et même plus: vers le vide qui englobe celui-ci
      et le sous-tend

      de l’effarement à l’émerveillement, de la perplexité à la sidération, de la stupeur à l’ébahissement – la conscience est un étonnement, un détonnement d’être
      que ça m’arrache un cri ou démine un silence, je n’ai d’autre raison
      que d’être sans fonction, homme sans ponctuation

      le pire est d’arriver. le pire est dans le bonheur d’arriver – nous qui vivons dans l’angoisse de
      ne jamais y arriver, d’être arrêté en cours, crever un pneu que sais-je, nous qui vivons dans
      le seul espace à la fois libre et nécessaire de l’angoisse, de l’indigence, de la vulnérabilité bien dissimulée sous couvert
      d’immaculée disgrâce

      le pardon offense la honte, corrompt cela-même qui en tant que honte mérite le pardon. car le pardon se trouve dans la honte
      non plus, je ne mérite de pardonner – qui serais-je pour reporter sur quiconque la responsabilité de ma douleur, et la culpabilité en découlant?
      j’endosse et la douleur, et la faute, et la honte de la faute. j’assume toute l’irresponsabilité du fait d’être, c’est à dire irrévocablement en-deçà
      de l’être, charmant soupir

      en la saison où tout s’achève, seules réelles:
      les mirabelles.
      contre-miracle il n’y a pas
      de mirabelle en cette saison – gravats et post-mortems, toute dépenaillée, morte saison des
      pas sans talon, des
      non-mirabelles…

    28 janvier 2018

  • j’étais en vacances mais je ne le savais pas

      l’érotisme accru d’une intelligence pure
      j’ai couché avec ça, je danse
      pour ça – j’ai bien peur en dernier lieu
      de crever d’soif

      savoir à quoi s’en tenir, mais s’en tenir
      à rien.
      rien est la condition sine qua non à ce qu’il y ait, apparaisse, se reconnaisse
      quelque chose
      ou quelque chose
      qui y ressemblerait…

      creuser la soif.
      ça ne sert à rien d’être l’omnipotent quand l’omniscient
      a écrasé ses lunettes en se levant la nuit
      pour aller pisser

      à l’ombre de la lumière
      comme si la lumière avait besoin, se couchant là
      de disparaître à soi, se confier à l’oubli – juste se libérer du poids
      de soi, et de clarté

      slalomant entre les aléas du contingent et les diktats de l’idéal, parlant le verlan de l’hébreu,
      revenir à soi revenir partout, s’appeler par son nom, tout nom
      – je m’appelle par tout nom

      mouvante immobilité, genèse intermittente, lever de lune grise..
      c’est l’hiver et dans l’hiver
      mon cœur battait –
      il ne savait pas lire

    j'étais en vacances mais je ne le savais pas
    27 janvier 2018

  • mur pensant à la terre du dimanche

      partir est une douleur que même revenir ne soulagera pas.
      alors rien, si ce n’est veiller
      veiller sur quoi: veiller. veiller à quoi: veiller. mais veiller qui: veiller
      dans l’ici de l’au-delà tout comme dans
      l’au-delà de l’ici

      ballon flottant entre deux eaux – la terre et son miroir, le ciel et son cauchemar
      le point de jonction sur le point de rupture
      absence vive au cœur de la matière ou détresse extrême de dieu
      – l’homme
      est un destin

      au commencement était le verbe – mais lequel?
      être?
      commencer?
      énoncer?
      triphasé métaphysique, petite bulle d’un
      naufrage vagabond…

      être
      rien qu’être
      être pour rien, être pour l’être
      être de l’être, voire être d’être
      être de rien

      de mèche avec le vent, tressaille
      la flamme.
      le reste du temps: je dors
      je n’empêche rien – témoin, complice passif, absenthéiste.
      la montre au bras du christ
      en croix
      nous mène jusqu’à pas d’heure…

    25 janvier 2018

  • les vertus minimales

      octroyer nos petites baffes
      aux joues compatissantes, dire je t’aime
      à l’hirondelle gelée, la pauvre petite
      vulve brisée

      il n’embrasse pas
      marie mais que lui a t-elle donc fait, ou pas il n’embrasse pas
      marie, il ne fait que baver
      sur sa propre extinction il n’a
      plus de lumière

      la seule issue à l’homme pour l’homme, c’est dieu – la sortie par le haut comme on dit
      sinon il allume une clope, se disant que tout est foutu
      c’est si bon, fumer…

      d’un autre marche-pied tu ressuscites les tombes
      t’es tranquille, chat perché, tu crois bien
      y avoir échappé, chat clouté

      l’innocence inassouvie tu
      n’as pas le pouvoir de relever les morts, mais celui de
      soigner les rescapés, voire lessiver leurs loques

      pas que je sois insensible aux charmes, ni inapte à la grâce, mais avant tout j’ai soif
      d’âme, c’est à dire de pitié,
      te pisser sur les pieds

    les vertus minimales
    24 janvier 2018

  • pense à la maison

      j’ai plus de route que toi, même à marcher sans phare, les freins lâchés les chiens
      définitivement hors abois

      rentre à travers moi, pense à la maison – elle ne reviendra pas te 
      lécher les genoux

      la souffrance ou la pitié à l’égard de soi-même, bénissant les espaces auxquels je 
      ne participe pas

      j’aime ta vie sans rien sentir de mal, sans que s’y pose au creux d’un geste las
      le regard d’un absent

      on se croit un homme dès lors qu’on tient debout, on se rassied
      pour nos communs besoins, nos
      paresses exclusives, passions térébenthine 

      je sais pas ce que tu attends de moi. probablement rien. probablement le froid
      errant dans les couloirs
      à l’affût de l’homme tombé

    23 janvier 2018

  • allez un p’tit coup d’truelle…

      j’attache ma chèvre à un piquet et elle se met à bêler, cette conne
      heureusement je puis contempler la mer de là où je suis
      et de là où je ne suis pas aussi, je contemple la mer

      tu n’auras qu’un doigt sur mille, et c’est justement ce doigt-là
      que l’on te coupera
      non tu n’y couperas
      pas et dans un instant, un seul et bref instant d’ailleurs, tout châtré tu seras
      tu ressembleras dès lors et comme une goutte de lait
      stérilisé
      à ta maman

      tu ne sais pas pourquoi tu gueules comme ça, tu gueules
      à l’inverse de tout, éructant de toute part toi si calme d’habitude, si docile, même que ta nourrice elle disait mais bon sang qu’est-ce qu’on va faire
      de c’te gosse-là, cette mine insonore

      je te dérange pas si tu veux, si tu veux je t’encule
      juste dans l’imaginaire, comme ça ça fait pas de vague, de volonté derrière, d’épigrammes connotées en marge
      du parchemin des dames

      tu me parlais un peu tu me parlais de soi, comme si nous étions morts
      comme si tout n’était plus que question
      de douleur ou de plaisir auxquels nous ne prenions pas part
      avoir raison, raison de rien, assassinait le dernier mot
      – nous étions-nous donc enfin
      rendus à l’âme?

      mon dernier souffle aura l’air vrai, éparpillant les cendres
      d’un premier baiser, j’avais si peur de moi or je sais à présent
      que des spectres seule est réelle la peur – j’avance devant
      où veux-tu donc que j’avance si jamais c’était derrière alors j’aurais dit ben,
      que j’recule…

    allez un p'tit coup d'truelle...
    22 janvier 2018

  • persévérer dans l’néant

      l’avilissement
      ne se fait pas seulement
      par derrière. j’ai perdu mes lunettes, je ne vois rien
      sans lunettes, qui ramassera et me rendra
      mes lunettes?

      franchement tu me fais honte, un tout petit
      peu honte.
      on survit avec ça, on range ses affaires dans un coin, en attendant que quelqu’un
      vienne 
      nous chercher

      on dit ça va, oh oui ça va on dit… sale temps hein, ouais foutu temps on dit ça va, ouais ça va
      sale temps de merde
      lux fiat mon cul

      elle prêche la bonne parole
      à qui veut l’entendre mais personne
      veut l’entendre – elle ferait mieux
      fermer sa gueule, faire un tour
      par la grande ourse, s’mâcher la vulve

      la lumière éternelle, je la trouve très jolie
      mais cela est réservé à la mort, millésime mords-moi l’nord
      le reste du temps j’en profite pour
      persévérer dans l’néant

      je voudrais dire l’amour
      extrême, absolu, inconditionnel
      mais je dois changer le disque, changer le disque
      mettre la face B, la face
      qui dérape

      on ne s’amène plus nulle part on ne sait même plus
      comment on s’appelle, comment se roule
      une pelle, une clope, un bonheur mal appris – on n’ose plus le vice, le ressuscité refusant obstinément
      de sortir du caveau

    21 janvier 2018

  • carnet de pluies

      j’avance d’un pion tu recules
      en zigzag, tu en regardes un autre, ses sales tours de magie, tu penses
      ou tu ne penses pas que la vie est cet homme ivre
      qui tombe debout, qui s’traîne à terre, la vie ouïs-je dire
      ça nique sa teub, ça te dit nue quand à court d’argument tu re-
      tiens fort ton souffle, tétanisée

      ça continue
      a s’appeler comme ça, à se dire prom’nons-nous, à l’entour
      mais au fond rien ne chante, rien ne
      frémit dans l’interdance – le mort est mort vive le mort, vive ou crève celui pour lequel
      il n’est
      plus de mort

      la nuit demeure la nuit, et imprègne un peu plus
      entre l’être et l’idée qu’on s’en fait l’écart où l’on s’engouffre, un destin
      nous menace, j’embrasse le vide le vide
      ne répond pas à mon baiser c’est à ça qu’on le
      reconnaît vide

      je me marche dessus, je ne l’évite pas sublime port, je m’écrase comme une merde,
      patate chaude
      une femme touchée ne protège plus de rien, un homme tombant
      ne tient plus à sa cane, ni à ses pieds il n’en a plus besoin
      effectivement

      tu me relèves, tu me dis  bon, allez, viens
      toutes les promesses que je n’ai pas tenues, ne même
      pas mériter dieu, ma vie se creuse
      de plus en plus morte, avec une virgule ci et là,
      pesant à peine, infléchissant
      l’inéquilibre

    carnet de pluies
    19 janvier 2018

  • mon sentiment profond

      tu ne l’embrasseras point. d’ailleurs
      elle se souvient de rien
      quand tu lui dis tu, c’est qu’elle n’est pas trop loin, ou alors abstenue, prise au piège
      d’une flaque nue
      la nudité c’est ce qui ne s’offre pas, d’un être
      ou d’un mal-être

      tu chantes avec moi mais garde-toi
      de chanter juste. je n’y comprends rien
      au rayon dans la roue, au bâton dans la boue, j’espère
      que tu vas pas me foutre à la porte encore, il fait si froid dehors – or de quoi
      pourrait se repentir
      une impasse telle que moi?

      j’ai fait l’effort
      de vivre, jusqu’à présent.
      main dans la main tu m »enlèves la peau, décalottes
      la main, ça se présente mal – moi quand je te touche je retire pas
      mes gants, mes dents alors quoi, se torchant l’un
      dans le dégoût de l’autre, de quel soi parlons-nous d’abord?

      j’encaisse mal. je ne te reconnais pas
      parmi mon moi, j’me secoue les grelots, nul son
      n’en sort, c’est donc par où le nord, et ça fait quoi
      toujours de se gratter le dos, gratter le dos, de la cuillère jusqu’à l’os
      jusqu’à le cœur de l’os

      j’abdique à ta rencontre, je me bouche les yeux
      avec un mélange de paille et de boue, avec le fumier
      des jours courants. si tu te baisses je n’accours pas, je me retiens
      te redressant j’ravale mon ombre, je me dis
      que j’aurais pu partir à temps, ou entre-temps

      partir de l’abdomen, le silence pesant.
      sans destination, sans rame, quelle différence entre la barque
      et le cercueil –
      le khôl peut-être, ou  le solstice
      d’hiver figé en sexe

    18 janvier 2018

  • mémoire en berne

      tu ne t’embarrasses pas de mots pour dire merci, tu colles ta langue sur mon globe
      et t’y vas jusqu’à ça saigne. je sais bien
      qu’on ne peut pas s’comprendre, même si le geste
      dépasse de ma manche, même si je tourne, une fois de plus et en définitive
      du clin de l’œil au coin d’la rue
      et disparais

      je ne suis
      pas le pire pour t’annoncer cela, mais le temps presse, qui manque
      d’une étrange manière, la cour à l’abandon, quoique d’un pas
      mal assuré se fond
      dans la nature enfin, ce qui
      se prend pour telle

      j’te donne du feu, c’est peu
      surtout lorsqu’il vente comme il vente là, du fond de soi
      on en demandait pas tant, on se serait même contenté
      de moins si moins avait suffi, du moins c’est c’qu’on se dit
      quand on se dit plus rien
      ou presque

      un jour topinambour
      j’ai envie trois quarts nord, d’m’en aller plus par là, dériver
      à la ligne en sautant, j’ai peur de te marcher dessus par soi-disant
      inadvertance, mais rien
      ne me retient ici, ou là, ce qui n’arrange rien…

    mémoire en berne
    16 janvier 2018

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