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assis là sur un banc


  • sais-tu pourquoi il ne pleure pas?

      nos hommes sentaient la vase
      c’est pour ça finalement qu’on les a enterrés: on ne pouvait plus les sentir
      peut-être aussi qu’on n’aurait jamais du les déterrer – tout sentait bon avant
      avant nos hommes. nos femmes on les a mises en flacons, en quarantaine ou en pots
      et depuis lors on règne, nous les avortons
      les avortons libres

      parce que justement il n’y a plus d’eau en nous
      – qu’allons-nous donc faire de nos mouchoirs?
      il n’y a ni jour ni nuit dans l’univers – pourquoi le néant ne signifierait-il pas la simple absence de nuit,
      comme un robinet fermé la simple absence
      de fuite?

      dès le départ déjà je n’aimais personne, mais alors à fond
      les vieux me ressemblent de plus en plus. je vois ça au fait que je leur pardonne
      au fond d’une fille il n’y a rien d’autre que la joie – or que la joie est triste…
      j’ai donc changé de cape, d’appel de numéro, j’ai donc changé
      de coupe

      par exemple j’ouvrais une boîte
      rien ne me laissait présumer du contenu de cette boîte
      j’ai pourtant préféré être déçu plutôt que me priver d’espoir
      il y avait un cadeau dedans la boîte c’est affligeant vraiment ils ne savent pas faire de boîte
      sans s’y figurer un crétin de mouton, quelque biche émissaire, au mieux la grimace écœurée
      de pandore au goûter

      un homme en carton-pâte, en rase-motte en plastoc, c’est moi
      non, pas toi: moi
      poupée gonflée, dégonflée, un cerf-volant sans vent – dieu, que les choses sont rases…
      ça fait trente ans que je ne me rase plus, alouette
      ça fait trente ans
      que je suis mort

    5 mars 2018

  • à rebours desquelles

      soulève l’intime
      ramasse ce qui tomba là jadis, mine écœurée et qui refuse
      de faire surface, faut dire que la surface
      s’est elle-même noyée, engluée
      dans le courant figé, tiroir à fonds multiples, et dans la gorge nouée
      des sirènes, on a ceci dit
      du désosser l’poisson

      que sait la feuille
      de la racine? pas plus
      que celle-ci d’un nuage flottant, je suppose…
      et mon doigt forniquait, forniquait, toujours dans le sens
      du néant je suppose…
      tant de salive bavée, d’un secret divulgué,
      giclée par-dessus bord à la face
      des morts, je suppose…

      tout le désespoir que suggère l’idée-même de dieu, et qu’on a du mettre au lit…
      faut quand même pas se mettre à pleurer si notre montre déraille et manque l’heure,
      si nos aiguilles désaimantées sèment les faux pas d’un tango malhabile
      – et le reste du temps naviguant
      entre deux chaises vides…

      des fois je me dis mais d’où ce ciel gris, si gris qu’il s’en repaît, des fois je me dis
      quel est le sens de ces puits inversés, de ces éveils fortuits…
      je ne sais plus que couper – la gorge, les couilles ou le cordon
      laissant là tout un dieu orphelin
      tandis que toi de ton côté tu pleurais quelque chose ou quelqu’un, je continuais du mien, bon gré mal gré,
      à n’y être pour rien…

      il ressuscita trois fois par jour, puis se dit que le temps était venu
      de passer à autre chose.
      or un arbre en cache un autre: il s’agit la plupart du temps d’un seul et même arbre d’ailleurs.
      du coup il ne pleure plus, se contentant de compter, recompter sur ses doigts
      les occasions manquées, à rebours desquelles…

    à rebours desquelles
    3 mars 2018

  • l’extinction de la race

      où quelque chose se défait, s’ouvre un œil, une vague
      nostalgie comment dire
      du vide, un peu à droite, et là
      légèrement sur là, à votre, un peu
      à droite, il est mort ou il se débat, un ciel
      flambant neuf ou flamand rose, il est mort ou il
      se ravise

      chienne d’écopée, nos petits
      mystères clopin-clopant, aller
      simple retour
      je suis une araignée, quelque chose comme
      de simple, araignée funambule, je mange
      une araignée. putain

      il y a dommage. je m’en vais requérir
      un étranger
      que faire d’une balançoire, secouer l’air d’avant
      en arrière et d’arrière en
      avant, puis en arrière encore j’ai repêché
      un étranger je lui ai volé
      son accent grave mais o combien
      tonique

      il y a la mort au fond du champ elle l’a dit
      et l’eau déborde des fossés de pluies
      incessantes de songes drus, coriaces
      ventres gonflés des veuves noires, aux souliers noirs
      charniers en poupe

      nonchalamment je pose, un coquelicot sur, en
      travers du crâne rasé, ça va
      ça vient
      on n’est pas mort pour rien, ni, d’abord
      pour autre chose, ensuite
      auparavant

      la dernière fois j’ai dit je t’aime la dernière fois
      j’ai dit je t’aime la dernière
      fois
      le chemin du retour
      est en retard
      le chemin du retors le chemin et ainsi
      de suite

      l’avion ça calme

    1 mars 2018

  • figure de parent pauvre

      comment je m’appelle c’est un pont
      et rien d’autre que ça
      comment j’ignore, comment je sais
      que j’ignore, ivre des bontés virtuelles
      peut-être après tout
      un ponton

      je ne suis pas ma maladie, mais l’écart
      entre la maladie et moi, où rôde
      une cigarette
      un arrêt de car
      un arrêt de car fera l’affaire

      je n’ai pas d’animal durant
      pas de poils
      durant les froids d’hiver
      un caillou, au ras d’un
      ricochet il y a là, ou pas, ou là
      matière à
      réflexion

      peu de neige
      cette année peu de neige
      de la boue oui, ça, de la boue
      mais peu de neige
      un peu avant… quoique après…
      j’attends avec frénésie
      la chute

      tu t’apprêtes à faire un bond mais tu fais rien
      de côté, du côté où
      le côté blesse
      éperdument
      c’est un vide éperdu, une claque

      tu fais rien, je n’habite pas
      chez toi, dis-tu, tu dis
      je fais rien, j’habite
      une autre maison, un autre quartier, sans toit
      sans toit
      une maison sans toit

      à part soi quelle pitié
      accrochée à la misère, elle rit
      c’est pas urgent, c’est pas la soupe, le flop-
      flop des heures vacantes, elle rit de frêles éclats
      cloque de vivre

    figure de parent pauvre
    27 février 2018

  • credo quia

      depuis le premier jour le jour s’est souvenu
      qu’il était sans mémoire
      qu’il ne prenait pas part
      à ce qui s’y trouvait
      qu’il était le lieu profond, propice et réfléchi
      de l’exil
      cours sinueux de l’infertile

      alors le jour
      qui n’avait rien semé
      les yeux mi-clos se mit à croître
      à gagner du terrain sur ce qui
      n’était pas le jour, et qu’on ne nommait
      pas encore ou déjà plus
      la nuit

      autrement dit la nuit
      celle qu’on ramasse
      quand elle tombe, celle
      émanant de nous sol appauvri
      et qu’on n’aurait jamais pensé
      quitter si seulement l’on avait su
      son nom

      le temps, de le dissoudre
      pupilles dilatoires
      aller là-haut ne requiert
      pas tant de déployer des ailes que de
      replier tout son poids, masse futile
      s’abstenir d’ombre, tandis que la mort
      trempe à côté ou en
      dessous

      et si je n’avais pas
      le fond, de dire ceci, le fond
      de dire cela, mais seulement
      l’embrun
      – nos tombes cet hiver
      ne semblent guère étanches…

    26 février 2018

  • des pleines bourrasques, des gueules d’eau fraîche…

      sans foi ni loi imagine
      à quel point cela est triste. sans illusion
      au sujet de notre aptitude
      à tromper l’illusion, à troubler l’eau
      d’une poignée de sable
      d’un geste de sable
      un geste épars. ça n’en vaut pas
      la peine

      je me raye de partout
      je voudrais te dire adieu si adieu n’avait pas
      ce goût de caillou
      cette semelle impaire.
      depuis dimanche je ne sais
      plus qui je suis, poubelle dortoir, le ventre
      dépotoir. plus tard j’ignore ce que je
      suis devenu, d’un simple trait

      cette immensité nue il va bien falloir
      la violer, d’une façon
      ou d’une autre. d’un pas tendu
      d’un glissement de lèvres
      ou d’une trace assise enfoncée jusqu’aux nues.
      en redescendre aussi, même
      si c’est pas permis

      je ne soutiens rien: j’aspire
      à la grande ourse et ça y est, quelque chose en moi
      se remet à saigner, qui coule par le nez. je me
      remets à saigner, d’un saignement
      de nez, d’aller se promener.
      d’en revenir
      mouillé…

    24 février 2018

  • les amarres tu largueras

      tu dis la vie comme tu l’entends et tant pis, de l’entendre si mal. mon petit mari est rentré de l’exil et il y reste forcé, enfermé dans sa chambre, c’est comme s’il avait intériorisé l’exil maintenant, l’en avait fait le chez-soi dont tout homme rêve depuis qu’il s’est mis à rêver, et qu’il rêve d’ailleurs, le petit plaisantin. ainsi dès lors quelqu’un meurt à ma place. quelqu’un, pas moi, qui doit tenir promesse…

      il ne fait pas toujours beau et l’on n’a pas gagné grand chose, à ça. les années sur le dos et la carcasse allègre, nos crissements n’en valent pas le détour, le lent détour, le beau méandre, la boucle du temps qu’en nous-mêmes et notre chair on ressent comme un nouveau tour de vis, la tête platinée cela va sans dire, mais la pointe oxydée, par moments obsédante.

      la reddition des morts, la conversion des océans, tous les onguents patiemment appliqués et les mains apposées sur la tête du lépreux n’en redresseront pas un cheveu, n’en relèveront pas un cil mais ça c’est une autre histoire, une histoire où celui qui couche avec celle-là, une histoire où l’on accouche d’un rat mort alors qu’on aurait tant et tant voulu se frayer peut-être pas un chemin, mais un passage au moins à travers les dites ronces et jusqu’à l’air qu’on respire…

      récapitulatif des justifications à la vie courante. mener le raisonnement au bout duquel s’impose l’évidence du poème comme seule option viable, et lui pisser dessus (le poème). un autre jour peut-être enjamber son corps mou, son corps à l’agonie, voire son corps raide mort si c’est par là évidemment qu’elle (la mort) passe, m’enjambant à son tour légalement, accessoirement et définitivement. on aurait quand même pu prendre le temps de si dire adieu. adieu.

    23 février 2018

  • pour plus de pluie écarte bien les doigts, les lignes de la paume

      je ne sais plus par quel trou je m’obscure. je sais qu’on ne joue pas impunément à certaines roulettes, que certaines secousses ne peuvent rester sans conséquence mais si la gravité, frappe bien à ma porte et la défonce m’honore, si le chemin de nuit s’ébroue s’enclave et expire dans le cul du petit jour, un autre viendra ça n’a sans doute rien à voir, un autre viendra et il ne me ressemblera, pas.

      boire boire boire, n’en ai-je pas mare de boire, de raboter là mes p’tits crayons en esquissant les pas chancelants d’une danse macabre. je n’ai pas deux raisons, de vivre que de mourir je n’en ai qu’une, d’un seul tenant, et un homme ne tire pas gloire de l’inopportunité d’être né, dégondé de traviole, l’accent dépourvu de toute originalité mais l’aimant bien quand même.

      tu me montrais quelque chose c’est une humeur de trop, une humeur vagabonde entre autres et je n’y voyais rien, la crête d’un non-sens l’absence nucléaire – c’est quelque chose qu’on porte au cœur, tentai-je sans trop y croire, de molle conviction. il y a des choses auxquelles on ne répond pas, inaugurant d’augustes silences, on reste là ensemble, côte à côte et cuisse à cuisse, le banc ballant et les bras percutant un soupçon de vide là, croisant au large et feignant l’horizon.

      il pleut depuis des semaines déjà mais évidemment tu prétends l’ignorer, comme s’il était des yeux exactement que la pluie ne mouille pas, dont les traits ou la grisaille n’entravent la vision. il y a des gens comme ça qui vivent en plein azur, quel que soit l’état des lieux, dégradé océanique dégradé, des anges parmi d’autres et glissant hors satan, sale temps de ma mémoire foireuse, laborieuse et tout ce qu’on voudra mais certes pas heureuse, l’argile d’un seul œil…

    ...
    21 février 2018

  • lors du partage l’un eut la bruine, l’autre le cou mouillé

      je ne dis rien. je salue avec toi le chemin, et le chemin s’en va. peut-être quelque chose ou quelqu’un s’essaie t-il au glissement de terrain. peut-être la nuit tombe t-elle du mauvais côté d’la route, puisqu’il faut une route, une route où s’enlise et périclite un chemin, en quelque sorte.

      je remarquai qu’à ma fenêtre les oiseaux ne volaient que d’ouest en est, ou d’est en ouest selon les heures, les courants ou les espèces que sais-je. je remarquai un espace vide, un champ mort de la vision à peu près au centre de ce que l’on nomme par convenance ou communément le naufrage quotidien selon le temps, les marées ou les espèces, que sais-je…

      j’en ai fait le serment mais je puis le reprendre, m’en dédire ou faire le mort, à l’occasion – pas forcément manquée d’ailleurs ne croyons pas toute occasion manquée, ou en tout cas pas totalement par exemple ce jour-là où il ne plût pas, totalement s’entend et pourtant j’y pris grand soin, presque plaisir même, si plaisir n’était entaché à ce point de dégoût, et taquiné de cette pointe de culpabilité destinée à le rendre comment dire… plus piquant?

      je sais c’est en ce sens-là, qu’on va mais le reste du temps, langoureusement dénué de sens, et tourne en boucle à l’unisson. rêve d’abord. rêve d’abord et suite à l’émission nous rêverons ensemble – tu me diras que fous-tu là entre mes jambes et ton machin planté dans l’oreille d’une sourde, tu me diras foutre, va te faire foutre, fiche le camp mets le bouts mais il sera trop tard, d’une déferlante, trop tard d’un irradiation tous azimuts, trop tard encore, d’un accouchement létal.

    19 février 2018

  • natures mortes, plutôt mortes

      poussiéreuse, poussiéreuse et hors nom. horticultrice d’un ossuaire. j’ai la marée douce, très douce, doucement la recouvrant d’un suaire, d’un linceul trop étroit de sorte qu’on en voit dépasser la blancheur j’aurais dit sépulcrale, si jamais j’avais osé faire allusion à ses pieds, aux lentes courbes de ses flancs, son visage de porcelaine rayée…

      c’est magique mais tu parles d’une nuit, or cette nuit ne verra pas le jour. cette nuit s’est enfouie sous le sable de ton crâne, engoncée dans le leurre de ta conscience-limace. elle n’aura, pas plus qu’elle n’eut jamais, lieu. selon le faux-témoin de son absence propre.

      il ne s’agit pas de moi mais d’un moi, n’importe quel moi, qu’importe quel moi, et pourquoi de tout moi. lequel, posté à la lisière d’un bois ou au rebord d’un orifice, anal, bancal mais anal, de toute évidence anal.

      je ne sais pas si c’est ainsi que je me tais, tu te tais ou seulement le signe d’une déshérence. fulminer mille pardons dans ce coin d’une adresse inédite; régler son pouls sur celui de l’horloge creuse; culminer dans le froid rigoureux d’un hiver à cœur sec, sec à en crever comme qui dirait, n’importe quoi d’une engelure.

    ce n’est peut-être pas la mort ni l’endroit qu’on y cherche. mon cheminement malgré tout s’y dandine en alternance avec la bruine et j’y chemine ainsi, obnubilé par la rencontre tant improbable que certaine entre le réel et l’impossible en la personne d’un mort d’entre les morts, d’entre les vivants notamment. 

    natures mortes, plutôt mortes
    18 février 2018

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