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assis là sur un banc


  • je n’en rêve pas, inutile de couler lors de piscines bondées, voire de gares vaugirard

      on traîne une soif avec soi
      on l’emmène partout, partout
      c »est de l’enfantillage, je sais
      mourir de soif ça c’est grave
      avec tout ces robinets

      on part de zéro pour arriver
      à rien
      entre-temps l’infini nous sourit
      et mouille
      – c’est là qu’on chope la chtouille

      étrange nuit du chauffeur debout
      et qui arrive à pied, toujours à pied
      et seul, seul ente le mur
      et la nuit, la nuit parce qu’il fait nuit, dedans et tout autour
      de ce chauffeur debout

      j’ai pris froid à la tête, ou l’esprit congelé
      je ne sais plus souffrir
      j’appelle en vain, seul le vain
      me revient en écho
      en écho

      sur la neige j’ai posé mes deux mains, à plat
      et j’ai pissé dessus – mes mains, la neige
      on peut croire qu’il s’agit d’une solitude sans borne, on aurait tort
      on aurait tort au moins
      une solitude sans borne, d’y croire

      j’aime pas manier la pelle
      le trou aussi j’le fiche en l’air
      je n’aime plus rien
      à la pomme de l’arrosoir, j’arrose ça
      ces graines mortes dans un sol stérile

      une histoire de miracle
      on s’y attend même pas
      on regarde sa montre machinalement, et tout à coup la pluie se met à tomber
      on ne demande rien, on lève la tête, on boit
      on boit, c’est tout

    ...
    24 novembre 2016

  • c’est tellement simple de ne penser à rien, tellement simple qu’on ne pense plus à rien

      terre à bascule, douce terre à bascule, que faire de mon bébé
      la bouche pleine de neige et l’essor en bouteille, ai-je de quoi payer
      au fond des chambres mortes, où le miroir n’affleure, ai-je élu domicile?

      le tao de la croix nous parle t-il de fornication, et de vent sous les bras
      ai-je beau ramer, beau ramer, les rames brassent le vide, et d’obole une langue
      amère et qui reflue, tout être est-il de paille sous l’étincelle humide, la chute remontante

      je me suis lavé dans tes bras, o putride; je me suis écarté au passage du temps
      j’ai même failli tomber quand la chute en douceur se glissa sous mon pas, aveugle et nu
      mais là vois-tu j’ai plus d’monnaie pour le tram du retour
      tu pourrais pas me passer un peu d’monnaie s’te plaît, pour le tram du retour
      me laisse pas ici

      cadenassées, les portes ont dévoré leurs enfants, connasses de portes
      j’ai crevé les tympans de mes murs, rabattu les volets, comme ça on n’en entendra plus parler
      on s’épelle son nom, lettre après lettre comme on s’épluche, on épelle son nom
      mais non ça ne nous dit rien, aucun souvenir ne remonte, n’éveille en soi d’écho
      je rêve de quoi

      c’est bon de savoir qu’on a toute l’éternité devant, derrière et dedans soi, même si on s’attarde pas
      le loup avale le loup mais n’en fait pas toute une histoire, ou alors si
      je te confie ma montre, je te donne le bras, je vais jusqu’à oser quelques pas avec toi
      ça coûte rien

     non, vraiment, (vivre) ça coûte rien

    22 novembre 2016

  • j’aimais bien qu’on se touche, comme ça, d’angle mort en val de marne

      c’est un faux, reflet mat dans le bleu gris de l’œil, un appareil fictif
      toute une grammaire d’onomatopées, les puces de l’altruisme or je m’en vais, moi je m’en vais j’ai dit
      et maintenant que j’l’ai dit, que j’ai dit que j’m’en allais, maintenant qu’est-ce que j’fais?

      ben j’sais pas moi, où tsé qu’on va, durant qu’c’est froid, et qu’ça gratte encore un peu quand même
      quoique…
      les bras ballants qu’on les laisse flotter en ballons, ronds et de pure
      coïncidence, nous ferions trois fois le tour de nous-mêmes que nous y coulerions en dansant ou à cloche-pied, as-
      censionnellement du moins
      je crois

      et là et moi, je m’en vais en hoquetant, marée lasse à l’accent grave
      te reverrai-je nue, liège à flot ou le corps flux, rompu
      non, cela n’a jamais été évoqué et il ne sert à rien, mais alors vraiment à rien
      d’y penser, d’en méditer la rouille, ni même d’en émettre l’idée triste, hématome 

      vide le sceau essore la voile écope: il va falloir passer outre… bien des choses et telle houle
      ce que nous avions apporté il nous faut maintenant le rapporter – un cri cricri, la morsure d’un scorpion, le susurrant-à-l’oreille
      colmate la brèche, améliore ton accent, lève et fous-moi le camp: on s’en va quelque part j’ai dit – où ça – quelque
      part

      les grandes vacances ça se résume à ça

    ...
    21 novembre 2016

  • tu sais comment c’est, la vie la mort, les flandres, la mort…

      assis là sur un banc, grenouille froissée
      entre ciel et terre idéogramme, là flottant sur un banc, grenouille rouillée
      les os phosphorescents et le reste poussière, entre un ciel mou et la
      terre provisoire, ment morte
      ou soit dit en passant

      ventre adorable, en loque ou adorable
      ventre-calèche – juste comme il faut c’est ça, en chrysalide
      sous le soleil vacant

      il dit le rho comme on s’errote, c’est de petit bonheur
      en petit bonheur qu’on progresse, sans jamais aboutir évidemment
      évidemment. à rien. ou même à perte

      la pluie seule en déchet, mourir debout fonction mourir debout
      alors nous jetterons-nous à l’eau non, pas à l’eau plouf plouf, ni dans le vide non,
      nous jetterons-nous les uns SUR, les autres les uns CONTRE, les autres et les uns DANS, les autres jusqu’à
      jusqu’à c’est moi c’est toi, bonjour c’est toi oui c’est bien moi fonction mourir debout fonction, la pluie seule en déchet

      il dit non c’est pas possible ça, non là c’est pas possible – et pourtant…
      pourtant le jour va comme il veut, clopin-clopant, va où il veut
      pourtant j’essuie ton visage-mendiant de tous les crachats amoureux
      avec la manche et quand ça suffit pas, avec les doigts, avec les doigts effectivement

    19 novembre 2016

  • où ça mène, dis-moi seulement où ça mène – moi je ne leur dirai rien

      zazen fond dans le beurre. tandis que moi te fais-je l’amour à reculons. et si je ne fréquente d’humain que des femmes humiliées, c’est que je n’accède à l’innocence qu’en tant qu’objet de leur rancune et de leur pitié. zazen fuit tout l’monde

      lorsque la main te lâcha, il t’a fallu tomber. c’est fatal. j’ai trouvé un homme qui n’avait plus rien d’autre à faire qu’à sourire. tout le reste s’était effondré autour de ce sourire, en bris de verre en lames de fond. alors je déracinai un arbre mort et le lui enfonçai en entier dans le cul. pour lui apprendre

      il y a une fraternité, sous les obus. par exemple tout le temps que je fus SDF, personne ne m’a demandé pourquoi. je me souviens juste d’une femme qui pour toute aumône me rétorqua que les hommes qui lui parlaient d’argent ne l’intéressaient pas. et des rats

      on est tellement mieux sous un toit à happer crus des papillons.  » les couleurs de l’automne sont vraiment splendides, en cette saison ». un homme me tranche le bout en hurlant j’aime pas les pédés mais je suis pas pédé, monsieur. c’est pas grave, haussa t-il des épaules – et il avait raison

      zazen me bouffe dans la main, c’est pas donné à tout le monde. christ me crache dans la main, c’est de ça que je me nourris. on ne crève pas tout à fait de faim quand on a faim de mort à tel point
      qu’on s’en souvient plus, qu’on sait même plus par où on est passé
      pour en arriver là

      toute cette méchanceté qui sort de moi, par tous les odieux trous, je la promène en poussette je la change, la couve affectueusement. on ne sait jamais qui s’envole avant d’avoir tiré son coup, de fusil sur l’étang, Prespès sur le dos, ma tendresse ex æquo – je voudrais bien savoir comment tu t’y prends, toi,
      pour ne pas me, te, se haïr…

    ...
    17 novembre 2016

  • j’ai dormi quelques heures (deux-trois, pas plus) sur la plante des pieds

      la musique partie, n’en restent que les notes, blanches ou noires quelle importance, croches ou doubles béquilles d’un voyage en sourdine – on se dit en sursis mais c’est là brave erreur: l’illusion du malheur nous rase de plus près

      tu n’imagines donc pas ce que signifie d’avoir à dire, à dire sans cesse afin de taire ce qui seul est à dire – étouffer de mots bouchant l’immonde trou d’une mémoire ex vagina, lacrymale on peut dire aussi comme ça, autrement dit mais alors ça fait mal, vraiment mal

      j’en rêve tout l’temps. et puis j’aère, j’aère. accro au vide, à toujours plus de vide. un vide toujours plus profond, plus éthéré aussi. refouler l’obsession et se fondre en l’absence acrophobe, mâchouillant compulsivement la graine de la plante qui fleurira ma tombe, la sainte pourriture

      je sais au fond que le désespoir ne suffit pas: il est la clé mais pas encore le champ. j’ai tellement aimé te mordre les nichons, comme le bout d’un linceul à servir de doudou. « je suis un être de lumière », s’exclama t-il juste avant ou au moment d’appuyer sur l’interrupteur: black out 

      tu trouves pas que la mort nous va bien, de blanc vêtue à la chinoise ah, la chinoise, l’aînée des wang derrière la gare que secouais-je d’un mégot, l’osseuse épaule, le sanglot mort d’un rot? je pose la question comme ça, je pose la question sinon quoi, le cul bassinant dans l’eau froide d’un néant por favor, ou anticipation

      j’aime quand elle ne m’écoute pas. j’aime ça presque autant que quand je n’existe pas. cette liberté-là ne sert à rien. elle sert à ça, à ne servir à rien, et j’en jouis comme d’une chose dont on jouit pour rien, ou comme on jouit de rien. cette liberté-là je te dis, quand elle ne m’écoute pas

    16 novembre 2016

  • une journée comme une autre ça ressemble à quoi dans, le sens de l’absolu

      ces miettes de désinvolture, d’un pain trois fois béni, je ne pense pas qu’elles aient été semées afin de baliser le chemin d’un éventuel retour: à quoi retournerait-on quand on ne vient de nulle part? ont-elles alors été jetées là simplement pour que le vent ayant sur quoi souffler ne se dégonfle pas? ça se dégonfle si vite, le vent…

      animal en dehors des clous, on ne s’attache pas à son intime destin, on ne s’attache pas à cet homme-là suspendu à ses propres couilles, et qu’un cri muet remet en ordre

      je te montre le chemin mais le chemin s’endort, serpent mis hors combat. chaque pas casse la croûte d’un homme un peu plus vide, un peu plus vide en ce qui le concerne. la mousse au nord lui pousse, finit par le recouvrir

      je ne veux pas passer ma vie. au pied-bot du hasard une tombe n’a pas été creusée, l’herbe stagne de l’hiver. n’oublie pas que c’est l’hiver, radieux ainsi celle ou celui, que tu le sois ou non

      celles-là étant nées, pas nées par un sale temps, meurent-elles en un quart d’heure – apprennent-elles qu’elles s’en retournent, que les retourne une vie à laquelle elles ne ressemblent pas, savantes dissidentes, ou lors sans exister

      j’adore dévaler cette pente en poussette

    14 novembre 2016

  • un étrange bestiaire. ce qu’il reste de nous c’est nous, au centre d’une inaction

      les paupières au billot, tombent les masques
      une fois la baleine écaillée, il faudra l’étriper
      mais cela ne lui fera ni chaud ni froid rassure-toi
      : entre elle-même et l’eau le rêve
      a remplacé l’ennui

      j’ai peur
      je me raccroche à tout ce qui passe à ma portée: un poisson
      pour ne pas me noyer; un couteau
      pour ne pas me blesser; un vieux pneu
      – je n’ai pas l’innocence de vivre

      je n’aime pas les hommes. je n’aime pas les femmes
      je pisse à bout portant sur tous les enfants
      en moi tous les enfants pullulent, hululent 
      me disloquent l’anus
      parlent un étrange langage…

      je tends la main, un chien me mord
      j’ouvre un œil, une poule le picore
      je sais qu’à la fin la lumière brûlera jusqu’à la dernière larme de mon corps
      m’absorbera tout entier et cette délivrance, cette infinie jouissance
      signifiera mon ultime douleur 

    14 novembre 2016

  • une forêt sans arbre ça tient pas d’bout, ça tient pas d’bout quand même

      guérir d’un pont
      tout ce nu-là, ce nu là slalomé. j’espère que tu ne m’en veux pas, que tu ne m’en veuilles pas je dises, guérir d’une mort. ça y est c’est mort

      toute la beauté. toute la beauté des mondes n’est pas pour moi: j’ai la bouche empoisonnée, j’ai la glande avariée j’ai le tout petit enfant en moi épuisé, hébété,
      qu »a perdu toutes ses billes

      à l’arrache, comme ça, avec comme il se doit toute la désinvolture conséquente à l’érosion non seulement du sens, mais du non-sens en plus, elle met sa robe grise

      pas même un lent
      sommeil précaire, pas même une douleur ambulatoire, une seule raison de s’apitoyer sur soi non tout va bien, tout va bien ça fait du bien, juste du bien
      de s’cracher d’ssus

      ne mêle pas de rose
      à ma tignasse je les ai tous rasés, les poils les pétales, rougeurs adolescentes je voulais bien marcher, marcher avec les loups ou avec celle, mais le pied niqué, la cheville extrudée tout ça, banni de vérité et celle aussi, fut-elle sortie déjà

      pas beau, pas beau le sommet de la pente, elle croit que j’me suis fait la malle et pourtant
      pourtant je suis jamais parti: le monde soudain s’est épuisé, ou le vent est tombé, retombé – quelque chose comme loup-y-es-tu or le loup
      n’y était pas

      la dernière fois sans moi
      depuis, depuis plus rien. modifié le sens giratoire. on ne se reconnaît plus on s’est installé à jamais
      dans la mais l’in-
      différence…

    ...
    12 novembre 2016

  • mais la fin ça fait belle lurette qu’elle est passée, et ça rentre pas au fond

      de très vives douleurs veillent le vide inassouvi. rien ne se dit. d’ici à là clignotent
      nos basses solitudes

      de tout temps en tout lieu, j’aime un homme
      qui se fane…

      je sais bien que c’est moi tout ça, tout ce soleil levant, ce peu de jour restant
      cette amitié sans race, et sans attachement

      trêve de bête
      trêve de tout ce qui survit emmuré dans son œil, je nais à la lisière. à la lisière c’est ça

      il n’y a guère d’apport
      et je supporte à peine le vide qui me supporte à peine. la perte ça dit quoi, ça dit quoi du large

      il ne se laisse pas faire. il se débat roland furieux mais l’immobilité, plus prompte que lui, le délie de tout serment
      et lui crève les genoux

      j’avais apporté
      le pain rassis, la picrate des heures creuses – de ces choses qui s’efforcent de faire bonne figure quand bonne figure
      naturellement pue d’la gueule

      debout sur un piquet à guetter la marée
      le sexe en bandoulière déficience mentale, mentale j’ai dit – un trou dans la mémoire, énorme. énorme.

    11 novembre 2016

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