Aller au contenu

assis là sur un banc


  • faire le vide

      je n ‘en sais rien
       j’ai pris un ferry ce matin
      un ferry ça a d’la gueule
      j’en dirais pas autant
      mais j’en sais rien

      je pars de chez vous
      vers la sœur de cyanure
      j’espère que ça va bien
      qu’ ça fait pas mal aux cuisses
      avec toute cette gymnastique

      il pleut sans cesse à la fenêtre
      j’ai pas d’volet
      l’obscurité rentre en dedans
      tu l’auras pas volée
      elle s’est invitée toute seule

      y a l’esprit-parachute
      et y a l’esprit qui plombe
      un lieu propret où enterrer
      notre vie éternelle
      y a une flammèche qui s’étiole

      meurs ou bien l’contraire
      je sais pas c’que j’fais
      ni de qui j’en viens
      j’ai pas pris rendez-vous
      vous ne m’attendiez pas

      une graine
      une graine de montagne
      quasi je feuille
      ça me brûle le gland d’avoir
      baisé comme ça

      neige en cage, bras en croix
      je ne me rappelle plus d’où ça vient
      où c’que ça va
      ça saigne un peu du trou
      c’est tout vide en dedans

    faire le vide
    18 octobre 2016

  • bouche-trou d’mémoire

      il ne nous arrive pas souvent de nous conduire en héros mais ce matin, plutôt que de détourner le regard j’ai fixé le feu, rouge, jusqu’à en pleurer
      je me suis délivré de ma petite monnaie sur un mendiant mendiant là et j’ai sucé mon pouce, en attendant qu’ça passe
      je te le dis te le répète, les héros font pas la paire, ni le beau temps d’ailleurs: il neige en novembre dès qu’on s’éloigne un peu
      de l’océan

      tu me croiras tu me croiras pas, mon squelette un cerf-volant
      il ne volait pas bien haut le bougre, mais ça suffisait pour que le temps, vieille baudruche, se dégonfle en hurlant
      j’ai l’acier dans les dents et toi, me suces-tu la langue me fermes-tu
      la bouche aux relents d’o
      céan?

      cravache allez cravache
      moi la chatte, et mes soucis s’enfuient, tout fuit – gengis et ses uhlans, le barbier de beauvais, tous foutu l’camp
      on se rejoint là tout au bout… du rien, de la jetée où rien, sur la grève à rien, en plein vol on se percute et on s’empale
      à vide…

      pas trop profondes les racines, ni trop écartées les ailes – le cœur léger l’esprit lucide, afin d’assurer le bon écoulement du temps
      couche avec moi, la taupe, l’écartement des cils on y glisseu on y gliss-eu et on se retrouve là, comme un con,
      exfiltré par le hublot, couche avec moi racine, le cœur léger l’esprit
      lucide…

      il a fallu déchanter, la mort ne serait la maladie ni la guérison de rien,n la fin ni le commencement
      de rien. et de ce rien-là on a fait un galet plat, une bille de terre. de ce rien-là on a fait ce qu’on a fait: une vie de deuil au jour le jour, un modeste
      trognon de grâce…

    16 octobre 2016

  • slow fucking

      l’appareil nuit à la douleur je suis toute âme et toute âme
      s’endort sur mes g’noux les petits enfants joue, τα petits παιδια
      παιζει c’est par habitude désormais et seulement
      qu’on en sort qu’on y entre, bredouille et le cœur sec, grenouille à sac humanité percluse
      d’hommes repus, d’hommes rompus, et de puantes loutres

      qui m’aime me fuie, subjonctif presque parfait à la septième personne
      du subjonctif sur le sentier des dames le pissoir des messieurs, le vertige en sautoir j’accède
      à la haute fonctionne j’actionne
      la poupée qui fait non doux jésus, pourquoi toujours tu fais « non non non, my name is  Maryja K. »

      cheval mort, amie morte, on s’approche de la dernière femme allongée et on lui fait… un bisou
      l’œil crevé de notre humanité idéalement ajusté à l’œil écarquillé de notre humanité, elle est en deuil
      en deuil de soi j’imagine, et d’un dernier bisou, cheval mort, petite amie sur le fauteuil (ren-)
      versée…

    slow fucking
    14 octobre 2016

  • salpêtrière

      il se promène en éventré public, émigré planétaire aux jardins aquatiques, babylone luxembourg, noyé fuyant sous soi en quart ou moitié de poisson – sur les buttes chaumont il se promène, majestueux, et déjà se sent mieux

      mendiant viscéral, protozoaire, anhistorique mendiant, sous le déluge exactement, sérénité douairière, mendiant hors sacrement poisson pataugeant dans son jourdain… à sec

      trois pieds de haut deux de travers, oblique transversale, perpendiculaire latérale j’habite chez soi, chez soi derrière chez moi
      mer morte
      mer infiniment morte
      le crâne rasé des indulgences, les indigentes, petite amie d’un boche mer morte, mer
      infiniment morte

      la plus brève rencontre, mort côtoyant l’extase l’espace, muet par déduction, mendiant par tous les temps gare-toi, étreinte vide bouteille vide écorche-vide il se promène, éventré planétaire le torse nu, sangsue – c’est de soi que l’on saigne menstrue, la plus brève entrevue la plus

      je récupère la vie je récupère, ma vie je récupère, l’envers d’un revers, le sucre et le compas j’avorte de questions, posées là sur le ventre – je sais que tu ne m’aimes pas je sais, qu’on en aime toujours un autre, tant dévie l’idée de soi et l’être inima
      ginable s’imagine en train de vivre quelque chose, du moins l’absence qui l’y lie…

    12 octobre 2016

  • nous vivrons à distance

      le bonjour à ta mère, ma sœur, ta tante, ton tout dernier 
      petit enfant. tombe avec les mouches, entre deux enterrements renais
      d’un simple trait d’crayon, la gueule en loques un incertain sourire
      naufrageant à la bouche – c’est quand même beau, l’humiliation…

      ça finit toujours comme ça l’amou-daria chérie: la queue dans l’sable, un ultime postillon
      craché à la face du néant en guise d’adieu, l’injure sonnante au vu au su et à rebours
      d’enfants venus trop tôt, et couchés dans la fosse

      jacadi a dit… mouche-toi dans ma manche, petite marchande de pommes
      jacadi a dit… j’m’en rince le gland dostoïevsky, allez crache ton pépin
      jacadi a dit… si tu me fais le reproche d’être né comment pourrais-je, comment saurais-je… courir le ventre nu, passer par là
      alors là jacadi il a rien dit…

    10 octobre 2016

  • d’une parfaite asymétrie

      les racines avec les dents, comme les piquants d’oursin
      l’odeur en moins, des rognures d’océan
      bref éperdu – éperdu… éperdument 

      solvabilité, zéro
      pas le temps, pas le temps d’être à pied – j’irai demain, demain de bon matin, l’œil flasque du poulpe (droit dans)
      : il ne reste rien, en continu et de parfaite
      asymétrie 

      le point de no-return, sur le i pentecôte
      et tout hasard faisant chemin, toute figure feignant destin, l’époux perdu d’alliance
      j’irai jusqu’à vous, puis m’en retirerai… vaincu 

    8 octobre 2016

  • quand il pleut ne dis rien

      en tant qu’interprète de la transcendance, l’esprit ne se contente pas – je rumine, tu rumines, nous ruminons l’herbe des morts, rasant le jour et quand il bruine

      dès le lundi réendossant
      l’habit qui nous convient, vivre à titre gracieux parce qu’on voit pas comment, on sait pas autrement, on sait plus où survivre hors
      l’absolution permanente

      je ne sais pas mourir, mécréant jusqu’au-boutiste j’arrache les stores, on ne se rend pas compte à quel point l’accès à vide, l’issue à rien – c’est comme avancer nu,
      l’enculant par devant

    quand il pleut ne dis rien
    7 octobre 2016

  • la fonction célestine

      rien que de petites choses, ne profitant guère à notre éclat: terne la maigreur, l’eau chiche, l’auréole
      stagnante sous le bras

      je me suis mis à mal, mis à mort par devant, par devers toute conscience – vous aurais-je déçu?
      rattrape mon nom parmi la foule, plie-le en deux
      et de traviole…

      et ce que l’homme fit, riant à toute volée, de larme en larme tu le défais, crève-limace,
      eau brune après l’averse…

      entre fémur et oxygène, ne reste de toi qu’un peu de vent, léger grésillement d’arrière-pensée
      il faudrait rendre rouge, mais rouge s’y attache

      colin-maillard sans le mouchoir, palpant du jour la couille névralgique, l’absence rouille
      un deux trois pluton-croûte, on se redira adieu, plus tard ou autrefois, plus tard

      en sécurité dans la peur ancestrale, ciel ou bête, le même n’est jamais le même
      et s’il y ressemble parfois ce n’est que le fait d’un train
      lui passant en-dessus…

    5 octobre 2016

  • RDA les pissenlits

      sans soif
      il y a un chemin qui se faufile entre les dunes mais n’aboutit jamais à la mer, aux marées – qu’aux chardons, aux tessons,
      aux divinités partageant avec nous un même sang et qui malgré cela restent sourdes à notre amour,
      se contentant de susciter ces pulsions qui nous raccrochent à nos entrailles, quand le temps ni l’histoire ne savent plus
      que faire de nous

      j’ai peur de tout – l’univers dispense un vaste danger, celui d’être définitivement dépossédé de soi, du sentiment de soi
      je me hais face au miroir, non d’être tel ou tel mais simplement de figurer, me figurer en ce miroir
      alors je sors et brandis le poing, j’écrase mon poing contre le miroir mais ça ne me fait rien, ça ne m’atteint pas
      ça n’effleure pas le miroir, n’ébrèche pas l’image
      – seul mon poing se brise…

      un chien a mordu un chien, comme ça sans raison, juste pour être chien
      je cours après je ne sais quoi. on me suggère qu’il pourrait s’agir de ma queue mais même s’il s’agissait de ma propre queue ça ne signifierait évidemment rien: je n’ai pas de queue en propre
      s’enliser dans la course, fictive immobilité – je me marche devant je clôture ma marche: j’attends que l’on m’oublie, et que l’oubli s’oublie
      afin de me souvenir de chaque et de toute chose du fin fond
      de l’au-delà…

      criblé de bulles: l’orgueil de se prendre comme objet et sujet de soi-même
      quoi que l’on prétende le vent n’a pas de sens. quelqu’un aimait passionnément, suffisamment du moins pour garantir un axe au monde, mais il m’a fait défaut
      il s’est noyé dans l’anonymat
      il a épousé sa montre
      il a pissé sur les pissenlits parce que les pissenlits ça aime ça mais depuis rien
      rien
      on n’arrive plus à mettre d’image sur ce rien-là

      courir nu. rien de plus détestable à ma sensibilité que la réunion de ces deux vocables – courir, nu – laquelle évoque toutefois majestueusement le poème. courir nu
      or j’ai froid, je suis transi, à bout de souffle. je dois fabriquer mon intériorité en érigeant un mur de merde, un cri de guerre. je dois m’enfuir, m’enfuir si loin que je ne saurai me reconnaître, sur quelle croix m’empaler
      je voudrais que tu me dises adieu, adieu, tout juste adieu – mais une rue déserte ne mène qu’au désert d’une rue et pas plus loin

    RDA les pissenlits
    3 octobre 2016

  • le dieu n’est pas un tank

      la seule source d’exister, le seul rempart à l’aliénation fut le refus – la rétention, l’abstention
      et les pommes tombèrent
      plutôt que de les ramasser sous l’arbre j’ai préféré d’instinct grimper à l’arbre vide
      ainsi ne devenais-je moi-même qu’afin d’échapper à l’emprise mauvaise, elles étaient toutes véreuses…

      dieu grandit où je me tais, faisant concurrence à la mort, c’est à dire à sa propre mort
      le même drame se reproduit de tout temps, à travers chaque être, et la grâce reste totalement conditionnée à ce drame
      d’une façon ou de l’autre tout se justifie, puisque tout se trahit, et se trahit l’un l’autre, d’une façon ou de l’autre…

      l’intuition de l’infini rend l’homme si petit à ses propres yeux – ce qui le grandit l’abaisse tout aussi démesurément
      qu’il est difficile de vivre en ayant à assumer l’inutilité et la culpabilité d’un dieu qui n’y est ni ne l’est pour rien
      et d’en traîner la croix à travers ville et campagne

      j’ai toujours trouvé dégradante l’idée d’aspirer au bonheur, comme si la plénitude de l’ego était à même de contenter l’esprit… toute aspiration m’est devenue suspecte, et toute satisfaction
      il n’y eut devant moi que la mort, dieu ne représentant plus que le péché d’une libération fantasmée
      et lorsqu’il eut fallu aimer lécher la plaie et le couteau, l’épine et le sanglot, ne battait plus de cœur en moi
      débandait le poème…

      s’enracinant dans le déracinement, comme on plonge ses griffes dans le vide ou comme on s’accouple à la chute…
      la mer morte, quel pas titubant sur son flot la ressuscitera t-il? 
      rien ne m’est advenu, rien ne m’est jamais advenu qui ne soit advenu
      à chacun d’entre nous

    1 octobre 2016

Page précédente Page suivante