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assis là sur un banc


  • j’aimerais m’endormir à tes côtés, une fois pour toutes imiter la nature morte

      je n’y songe pas
      c’est une ombre qui tombe, qui s’amasse
      pas une seule fois, et si dense, pas une seule fois
      ne mourus-je à propos
      mais sans cesse à l’écart

      inutile de continuer à sonner, dissonner: la soif
      est dans l’eau, j’ai pas d’pays
      pas de pays quand même
      j’arrive quelquefois, j’arrive
      à s’oublier

      qui s’allume, qui s’éteint
      tandis que je monte la garde
      veillant sur ce qui va, sur ce qui vient
      l’immobile tout tremblant entre deux
      j’ai pas d’raison

      il s’avance deux par deux, agrippé à son soc
      côté face c’est un homme, côté pile ce n’est encore que la trace
      de cet homme
      derrière on a creusé un trou
      depuis longtemps déjà, ou dès lors

      il meurt avant moi et c’est toujours comme ça
      il chavire et il appelle ça comme ça, même pas danser
      c’est moi qui s’effare
      qui tombe pas des nues mais d’à peine
      plus bas que soi

      ça ne me regarde pas
      on ne gagne rien à ceci, à cela, on ne gagne rien à rien
      c’est comme ça, il appelle ça comme ça
      et comme ça chante un peu, à peine
      quand on lui écrase la queue

      je ne me suis rendu compte
      de rien, je souffle dans ton oreille, tout doucement je souffle
      dans ton oreille, je m’y endors, je m’y baptise
      on se croirait au soleil
      d’un radieux nulle part

      m’en donne pas trop
      le temps de vivre était trop long, le reste m’accordait
      comme on accorde un répit, un vieux piano, un faux-semblant
      au flux des apparences, l’harmonie comme un dommage
      tout au plus collatéral 

    ...
    5 novembre 2016

  • et d’un coup là, pfuit, il dégage

      depuis le temps que je regarde à la fenêtre, j’ai failli voir un moineau
      peut-être y a t-il vraiment un ciel derrière cette fenêtre, peut-être seule la fenêtre existe t-elle – je ne sais que mon regard à la fenêtre: j’ai failli
      être un moineau

      il ne la lâchera pas celui qui doit son salut à une planche toute pourrie
      sous son pas le sol le plus ferme se met à vaciller, s’ébroue, se soulève et plonge – non, improbable surfer il ne la lâchera pas, celui qui doit son salut à cette planche pourrie
      serait-ce une croix qu’il n’en descendrait pas

      un châle sur la tête, quelques cinquante mots d’allemand pour tout bagage mémoriel, je tiens le rôle de dernier homme, guetteur à la dérive dans ce chaos de smarties galactiques
      un arbre, rien qu’un arbre, dont la présence me soulagerait d’être si peu…

      la flamme-fossile d’un pierre, tu la prends en pleine gueule et la gueule s’embrase…
      qu’est-ce qu’un destin, quand de ton propre regard (droit debout, le regard) tu glisses et puis t’enlises en la fosse commune, placebo d’éternité, petite vieille à mitaines derrière son minable étalage exhibant au ciel rauque de novembre les engelures de sa sublime misère, non mais de quoi j’ai l’air vraiment?
      de rien. de rien je vous en prie. de franchement rien du tout…

    3 novembre 2016

  • je quitte londres

      je n’ai pas dit marche, tiens, mange ta main
      il faudrait que quelqu’un t’emmène quelque part mais il n’y a personne, il n’y a nulle part
      je n’ai pas dit là, reste là bouge pas, attends-moi là
      attends-moi n’importe où

      c’est dur comme on s’égare. mal réveillé sans doute…
      ou un appel inconnu, venu de l’inconnu, un écho en sourdine
      comment a t-on pu être ainsi définitivement séparé, extirpé, exilé de soi-même
      mais à l’autre bout qui dit qu’il y eut jamais union ou ne serait-ce que
      simple coïncidence?

      ça va pas mal la terre le ciel tout ça, ça va pas mal
      le ciel surtout
      je me suis un peu égratigné le genou. sur un caillou. je faisais joujou et poum
      sinon ça va, ça va pas mal, ça va disons… pas trop mal
      le ciel surtout

      la voix s’énonce et voilà tout. elle nous énonce, petits cailloux roulés-broyés dans l’espace infini de sa gueule, mots perdus ou enchaînés sur la partition de son délire pythique
      nous ne préexistons pas, nous ne préexistons à rien et quand la voix se rompt, c’est qu’elle se raconte autre chose déjà ou autrement et se poursuit ailleurs, s’éconduisant selon le rite de l’oreille et du sentiment – mais n’y croyons pas trop…

      je quitte londres
      la chute je la retourne vers le haut, que les choses soient claires
      c’est à dire transparentes dans leur opacité-même, et pas plus que l’image qu’elles ne donnent d’elles-mêmes
      vivre ne se résoudra plus qu’à une formalité jubilatoire, une indifférence lumineuse et c’est sans l’ombre d’un doute, ni d’une substance
      que je quitte enfin londres, et leurs tristes faubourgs… 

    je quitte londres
    2 novembre 2016

  • tric trac

      ça fait tache sur le gris
      ça mutile l’espace
      j’aime bien revoir ta tête en effet nénuphar
      pisser ton beau visage là-haut, ton visage
      presque parfait, presque innocent

      on tourne dans un sens, dans l’autre
      et puis toujours dans le même sens
      : un cercle n’a pas de sens, il claudique sur soi
      je jette la ligne j’enfonce la mine, je mime la méduse
      – tu appelles au secours

      pas d’homme en moi
      juste un évier, le lacet d’une eau morte
      là-bas il y a quelqu’un, quelqu’un qui nous
      écouterait chanter si seulement nous
      chantions. on chante pas

      je me suis endormi
      comme on s’endort, tout nu, les pieds gelés
      aux antipodes du baiser, l’offrande maldonnée
      nous reste en travers le décor
      et on dit non. on dit non

      le doigt dans l’vide
      incongru dans tout ce vide.
      sans histoire, ni lien entre soi
      – à la première sortie poser la marque
      de son non-territoire…

      little darling la gare du nord
      usera bien des souliers
      ne pleurons pas comme ça, sans se quitter
      sans entrevoir un jour radieux ad minima
      et l’air d’y croire entre nos ch’veux mouillés…

    31 octobre 2016

  • cache-col

      je veux bien d’une joie qui retombe en poussière mais j’attends autre chose, et ce que j’attends là ne sort pas de l’attente, n’épargne pas son trou
      un jour découle de là, puis un autre, un autre encore, l’un se puisant de l’autre, toujours du même jour criant en soi la clarté sans fin de l’illum-inné, du moins j’espère

      je ne travaille de nuit que de jour – la nuit je reste assis, assis seul dans le noir, déployant l’espace indélébile que le jour ratatine
      l’amour près de chez vous vous montre ce chemin, et vous indique la direction dans laquelle se rate une vie mais c’est chantant qu’elle coule, ou dès lors se fredonne

      et si tu laisses gicler les glandes, et se déshabiller; si tu daignes arracher à ton immobilisme grèseux, morbide, scabreux ce sourire désolé, saches qu’un râteau ne courbera l’échine, ni le vent ne s’essouffle
      : il dort en soi c’est tout, comme tout ce qui repose au fond sec d’un être qui n’a plus soif, ou dont la soif ne sait plus s’étancher, et se résigne un peu…

      une place m’a dit ça, elle tourne en rond. en rond et au-dedans mes amis m’ont mouillé, heureusement que je n’ai pas d’ami. ils m’ont vilipendé,, séquestré les anneaux, sachant que sans anneau je ne puis rien accomplir
      de retour chez moi une place m’a dit ça. chez toi c’est donc là où chez toi n’est pas, jamais ailleurs. où personne ne m’attend j’ai réservé ma place, elle tourne en rond

      elle touche en moi une corde sensible: celle qui ne dit rien, ne crie pas, s’en remet à demain. c’est pas pour rien qu’on ne l’évoque qu’en se raclant la gorge
      de tout temps en tout lieu je fus ce gars joyeux, cet abject gâteux qu’aucune sœur ne mange, cette traînée de boue juste sous le genou, dégoulinant d’la cuisse, cet essor sublime – si tristement sublime – probablement destiné à l’illustre désastre, non mais dis donc

    cache-col
    29 octobre 2016

  • où calmement je saigne…

      il n’y a qu’à bifurquer. s’en prendre à plus faible que soi et pourquoi pas servir de compagnon à l’intrépide, au malchanceux, à la veuve aux yeux noirs sous un châle en lambeaux
      il n’y a qu’à bifurquer te dis-je, songeant à qui l’on fut, l’esprit d’enfance jouxtant l’abîme d’un temps sans fin et hors saison, mais dont la chute abrupte tressaille au moindre pas, où peu s’en faut…

      chez moi tout est comme ça, de la plus rigoureuse désinvolture et ce pendant, une heure ou deux le temps qu’ça casse, que d’ici à ici se ressasse la route, la débâcle le ressac, quoique sans laisser trace…
      quelqu’un sera ravi d’entendre que tu t’ennuies, et qu’au fond de l’ennui on ne trouvera rien, rien si ce n’est une clé, une clé n’ouvrant rien – très précisément, très clairement et tout simplement rien

      la verge a fait du bon boulot, promenons-nous maintenant. nous récolterons blets les fruits de notre patience, à mettre en petits pots les pépins sur nos tombes, du sable ou du terreau c’est un peu la même chose
      j’osais pas te le dire, mais le vent du nord a claqué trois fois des doigts ce matin, avant de poser nue sa paume à l’endroit-même
      où calmement je saigne…

    28 octobre 2016

  • on a tendance à s’envoler

      crois-tu qu’il y ait un message, une pente ouverte, un amour où fuir la répugnance que l’on éprouve à l’égard de soi-même en jupe, en jean ou le cul nu
      et quand j’ôte mes gants, à quoi ressemblent donc ces doigts grattant la terre du fond d’la mort, ou simplement gesticulant à vide, je-te-tiens tu-me-tiens par-la-barbichette du néant brave néant, mon pauvre frère de grâce, les phares givrants miserere…

      parler d’autre chose. juste pour enfouir le silence sous un silence plus profond encore, crachouiller dans un haut-parleur dont la voix ne porte plus, plus rien du bout d’la langue, pâteuse en quelque sorte
      avec le sable on peut faire de beaux pâtés mais avec le ciel… avec le ciel il n’y a rien à faire, tout le jour durant et si on n’a pas de chance, tout au long de la nuit aussi. ainsi c’est comme on peut, pieds joints sur le guidon…

      les chemins qui ne se croisent pas exécutent de savantes circonvolutions. s’il pleut sur toute tête ce n’est pas à la pluie qu’il faut s’en prendre – souvent elle ne tombe que de soi, s’agenouille et m’enserre les mollets 
      une grande pitié remonte en moi, sourdant de mon indifférence et s’allonge sur elle, s’en saisissant. par où se déverser quand rien ne nous précise? nulle part: pour le moment déborder suffira…

      j’ignore si ça en vaut la peine mais tu mourras tout contre moi, la fermeture éclair ouverte et le col rabattu, l’utérus poignant dans le rôle du gamin triste
      j’aimais chez toi ces grandes envolées, lyriques mais après tout. j’aimais en même temps passer ma langue sur ta nuque, priant la vierge que rien n’y fasse, l’amour que rien n’en fuie…

    on a tendance à s'envoler
    26 octobre 2016

  • 42 bœufs

      pas évident de tenir en équilibre sur un fil qui n’existe pas, à moins de donner (son) corps à la chute. rien toutefois ne distingue vraiment  la chute qu’aucun sol ne viendrait impacter d’un pur vol plané, plus ou moins pur plus ou moins plané, genre un chaos en marche etc…


      un point cependant: la caresse ou le couteau (avec ou sans le gant) qui nous affranchirait de nous-mêmes
      est à double tranchant (avec ou sans le gant)

      je regarde la pluie à la fenêtre
      même quand il ne pleut pas, je regarde la pluie
      à la fenêtre
      à la fenêtre seulement
      et quand je n’y suis plus, aussi

      c’est le saut dans l’obscur
      la pluie à rebrousse-poil
      c’est la jubilation funèbre
      qui s’en va s’en va bien, sinon
      qui s’en va s’en retourne

      ça manque un peu de souffle
      et peu de souffle dessous me souffle
      dessus le trou
      tu t’élances au-dessus et c’est le trou
      qui tombe en toi

      pas prudent, de mourir
      quand tout retourne à l’état pur
      ou primordial
      un homme qui imiterait l’homme
      alors qu’il n’est qu’un homme, une femme

      à moins que rien
      rien vraiment, vraiment que rien
      ne vienne décider du sort, ou m’embrasser
      à moins que rien vraiment, et seulement
      n’embrasse le mort

    24 octobre 2016

  • parfois à terre, d’autre à la mer

      ma vie s’est passée écartelée de questions n’admettant nulle réponse, que l’absence de réponse n’abrogeait pas mais au contraire étirait jusqu’à l’ultime nerf d’une intériorité vacante
      peut-être pour le rendre plus atrocement sensible au léger vent du nord qui soufflait ce jour-là…

      que pourrais-je abandonner de plus que moi-même, et par cet abandon m’en rapprocher d’autant?
      qui se retrouve dénué d’histoire à se raconter, à s’habiter?
      qui se masturbe l’être en pensant que la jouissance n’en vaut plus la peine, ne fait même plus mal?

      et pourquoi me reviendrait-il à moi de supporter tout le néant de dieu, et d’en porter la croix? j’ouvre les yeux et constate que chacun à sa manière remplit cette fonction, en accomplit le rite
      pourrais-je ne pas être? pourrais-je ne pas disparaître? pourrais-je me vider de moi (comme on vide un poulet)? l’homme en point d’interrogation épinglé au front, j’allais dire du néant (susdit) mais faisons preuve pour une fois d’un peu de modestie: au front de l’homme lui-même…

      et pourtant je serai seul, seul et là devant toi, face à ce vide empli d’effroi
      sans rien pour me moucher
      ni amortir la chute…

      ce qui doit s’écrouler s’écroulant effectivement, je ne le soutiens plus ne le retiens pas de crouler
      j’ai vécu comme ça, pas autrement – la vie hors cet effondrement et ce dénuement me répugnait
      la grâce a fini par me sembler suspecte. dieu m’a trahi. je n’arrive pas à lui pardonner
      lui non plus n’arrive pas à me pardonner

      cerf-volant pris dans la bourrasque, je ne donne pas cher de ma carcasse ni de mon nom – je ne sais comment sauver ma peau, ma peau de cerf-volant
      la main qui tient le fil tient aussi les ciseaux – quant à ma vie, elle ne tient pas plus à ce fil
      que le vent au roseau…

    parfois à terre, d'autre à la mer
    22 octobre 2016

  • nu au miroir

      mal sevré
      i faut s’lever, i faut y aller
      faut pas pleurer comme ça
      faut pas s’laisser aller
      mal sevré mal rasé, qu’i dit

      monter descendre, descendre
      un peu plus bas
      les bras en croix, jambes (repliées) sous soi
      non marie jamb’ écartées
      un peu plus bas c’est ça

      ça résonne pas silence
      je vous défends de vous
      j’en appelle au secours
      rien n’se passe
      en attendant rien n’se passe

      je marche près de vous
      plus rien ne compte
      mon ombre écrase mon ombre
      j’ose pas trop bouger
      j’ai froid sur le côté

      ça ne me parle pas
      ça ne m’entend même pas
      j’ai plus l’âge d’avoir l’âge, gentil naufrage
      la main le long du dos
      remonte, puis replonge

      ça tourne en rond
      ça rime même pas
      elle me colle son sexe sur le front
      ferme les yeux
      j’fais pas d’enfant, j’te préviens j’fais pas d’enfant

      le courage de vivre
      d’être soi-même assis, sans dérangement
      et d’avoir mal, c’est grave
      non c’est pas grave, ça passe
      ou sinon ça passe mal

    20 octobre 2016

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