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assis là sur un banc


  • je suis sentimental

      c’est sans compter sur moi, or c’est moi sans compter.
      c’est pas la peur du vide c’est un peu le trou
      que chaque pas creuse sous soi, et ne s’en remet pas
      il faudrait une caresse, une caresse: jouir
      mais sans strass ni paillettes, rien
      qu’entre les dents, du bout des lèvres à peine…

      juste de quoi décoller, actionner sans malice
      la pédale de vivre – on avait si peur de se retrouver seul face
      à notre sale conscience, c’était pas des vacances mais quand même, imagine, imagine seulement
      qu’on ait eu un destin, un genre de retournement une putain d’histoire
      à se lécher le cul…

      un silex frappé
      contre la bruine, la nostalgie d’une fille dont on
      se souvient pas des traits, et pourquoi pas, pourquoi pas une vie
      à faire semblant, semblant d’être
      là, juste à côté
      de soi, la main piochant nerveusement dans l’sac
      à cacahuètes

      traverser la basse-région
      d’est en ouest voir la mer
      se retirer traverser la basse-
      région d’ouest en est et s’asseoir sur sa chaise, se dire
      qu’on aurait pu ne jamais
      voir la mer ni même
      en renifler l’odeur, ne pas pleurer et même presque 
      jouir, un tout petit peu…

      j’avais envie de toi mais plus encore à travers toi d’un au-delà
      à moi-même, un peu comme
      un cerf-volant sous un cimetière, butinant
      de tombe en tombe, s’endormant sur l’épaule
      toute osseuse d’une fidélité trahie, ou alors
      aller simplement me saouler 
      au kebab du coin…

      depuis trois quarts d’heure j’ai plus peur de mourir je découvre
      ma poitrine aux balles
      à blanc, je bouffe du tramadol, j’encule une poupée ça ne lui 
      fait ni froid ni chaud c’est frustrant, ou d’autant plus excitant je ne sais plus je voudrais bien
      me noyer, appeler supplier et personne
      ne venir me sauver, j’ai plus peur de mourir je flotte en a-
      pnée j’ai plus d’âme non plus d’âme je suis
      toute âme…

    je suis sentimental
    19 août 2016

  • un aperçu de carolles-plage

      des poèmes-boomerang, qui te reviennent à la gueule
      mais te ratent toujours, comme ça la perte
      n’est pas perdue, pas tout à fait
      perdue je ne sais pas ce qui me prend – peut-être au fond rien ne me
      prend-il rien

      je n’ai pas de complice, c’est tout seul que j’ai sans vergogne
      violé ton absence – ç’aurait pu être pire: au lieu de ne pas jouir j’aurais très bien pu
      éjaculer sur tes pieds, tu te serais alors
      essuyé le pied droit sur le mollet gauche, le pied gauche sur le 
      mollet droit, parce que sans inverse une chose
      n’existe pas elle ne fait
      qu’être, condamnée à soi-même…

      je voudrais que la mort soit
      comme à la rivière le passage sous un pont, et la révélation l’exact bombar-
      dement de ce pont à novi sad durant la guerre, et après la guerre et
      après après la guerre – il n’y aurait plus d’oubli: rien
      que la mort

      il faut que je revienne
      que je revienne n’importe où, quelque part sur les lieux
      d’un crime dont je fus la victime, celle dont on arrache le consentement à coups
      de trique, salle omnisport, et j’ai beaucoup pleuré même si c’était
      pour de faux, le plus souvent
      pour de faux

      non que tu n’aies de fond, ni de grand-fond, mais pas de vrai contact avec ce fond, et sans plonger racine dans cet
      irréel essentiel, ou bien l’inverse parce qu’une chose sans son inverse, visage hors du miroir n’est qu’une
      tête de mort, mort sans sa tête, tête
      loin de son nord – si loin
      du nord…

      le monde est triste et cependant j’échoue
      à incarner cette tristesse – c’est de jamais dont il s’agit:
      jamais engendre
      jamais explore les sexes
      jamais traverse la seine à la nage mais choisit
      bien son endroit

    17 août 2016

  • pigeon sur rue

      plus pur était le rêve, l’immaculée
      vérité d’un irréel, d’ailleurs j’étais là je
      l’ai vue – dire que j’aurais pu
      l’aimer, ou presque pu tenir
      debout, si debout du moins n’était
      déjà couché, voire effondré…

      mort sans abri. quelqu’un n’a peur de rien
      on a plongé dans l’outre-là mais ça n’a rien changé
      ça n’a rien changé
      : les mêmes lacets, quelle que soit la route
      la même route, quelle que soit l’allure
      – sous une simple pluie la
      décapotable…

      au bout du champ pas même le bout – pire: le début pour ainsi dire
      d’un autre champ – est-ce le cancer, je
      prends la barque manquent les rames, je ne
      rame pas, ne flotte pas non plus:
      le courant a découché je 
      reste la queue sèche…

      l’herbe sèche, l’herbe rare, l’herbe
      rare et sèche
      . fonctionne un paysage.
      un comme un autre, lorsque tout contre
      soi mais jamais jusque là –
      n’exagérons rien, demeurons
      calmement en-dessous de la
      réalité, fantasme collectif

      rien de plus éloigné de la mort que ce qui justement la côtoie: l’obsédant sentiment
      de la mort – la peur comme un désir perverti, inverti, le nutela servi sur
      les frites – je ne veux pas de quelqu’un qui
      me comprenne mais de quelqu’un partageant
      la perplexité de ne pas se
      comprendre…

      y a pas de solution, pas de libération – que la pitié vas, caressant
      la joue du lépreux que chacun cache en soi et je voudrais bien
      que tu aies suffisamment rien à faire pour enfin lever
      ton œil sur moi et l’au-delà de moi, que
      je suis ou sur lequel je donne, fenêtre
      désespérément ouverte

    pigeon sur rue
    15 août 2016

  • récalcitrance

      on ne ressemble à rien. à quasiment rien. on se demande pourtant, on se demande comment. comment ceci comment cela – comment soi jusque là

      un jour y avait une vieille, une très vieille. un jour y avait une vieille et puis plus rien. et quand je dis plus rien

      on s’aimait bien pourtant. on se faisait des câlins. câlins nordiques, fulgurantes alchimies. on s’aimait bien pourtant, ça n’a servi à rien

      demain. demain je serai grand. il suffira de ne pas être mais pas seulement: il suffira de se savoir ne pas être, je t’en supplie. il s’en supplie

      j’avance avec prudence. tant de prudence que je n’avance pas mais recule le chemin, recule de sous mes pas. on appelle ça des pas

      ça ne ressemble à rien. à presque soi. à la grimace telle qu’elle se terre, s’accumule sous les plis, saute sur mes g’noux. saute sur mes g’noux et dis-moi là, c’est pas comme ça

      voilà moi j’entends rien, voilà moi j’entends rien comme ça. tout est à refaire maintenant. tout est à refaire on ne refera plus rien. ainsi naît le silence. ainsi naît la naissance

    13 août 2016

  • maître-lune

      j’ai pas ce qu’il faut. un deux trois quat’ j’ai pas ce qu’il faut. qu’est-ce qu’il me faut je n’en sais rien, qu’il fasse plus froid quoi je n’en sais rien

      qui se cache quelque part et dont on reçoit plus nouvelle, que les dents qui se barrent, qui se barrent et reçois plus nouvelle

      j’ai tant aimé, tant aimé mourir en cet instant – tout s’incline devant soi, et soi devant le vide, livide, le vide à vide

      il ne faut pas mentir. quelqu’un prétend qu’il ne faut pas mentir et bouffe son mille-feuille. d’où je venais pourtant, pourtant je n’en venais

      un deux trois quat’, deux trois quat’ quat’, un trois deux un. un seul, un seul – noyau-zéro

      je voudrais savoir qu’un sentiment la merde au cul, je voudrais qu’on me dise. l’esprit est grand, grandiose la misère. la misère

      ça coûte rien. même à la fin ça coûte rien. ça coule de soi. confondante, archi-confondante naïveté, naïveté cruelle. on croirait l’os à la tétée 

      mais pas de récré. et quand je dis pas de récré je dis vraiment pas de récré. comme une vie sans télé, un jour de pluie sans pluie – rien qu’un garçon sans nom. sans nom

    maître-lune
    11 août 2016

  • crève le coq

      habite-moi. habite-moi de toute une vie, toute une vie tant qu’on y pense, et le coq a clamsé que dire – le coq il a clamsé

      ça ne sert à rien de dire qui vas-tu là, où iras-tu le soir venu. ça ne sert à rien planter là son cul, quand tout le reste respire à peine, et à grand peine

      mourir d’ennui, j’ai dit mourir d’ennui. nous préservera t-il d’un destin, la poudre de merlin, mourir d’ennui n’épuisera t-il la mort – j’hésite encore

      habite-moi. habite-moi ou bien dérive, délaisse-moi. loin de toi, au plus loin. plus fort s’endort, où perd racine le cheveu – cheveu à tondre, à teindre ou à m’éteindre. habite-moi loin de chez soi

      je perds haleine. je perds haleine et si je perds haleine. je n’irai pas plus loin, pas plus loin je le dis pas en l’air, en l’air à la légère, madame l’amoureuse, et que le bât me blesse

      un jour ou l’autre déserte-moi, déserte-moi le nu extrême, inextricable, pas plus que va ça va. j’appose les mains le coq ne se relève pas – il ne ressuscite pas le coq est mort. le coq est mort, crève le coq

    9 août 2016

  • presque debout

      tu as recraché dans ma main quelques pépins, un peu de bave. nous ne voudrions pas réduire la vie à un sens quelconque, ni légitimer d’aucune façon, l’invalidant ainsi,
      ce miracle à deux balles, cette extase foireuse – la pomme je ne l’ai pas cueillie, elle est
      tombée toute seule

      je ne fais partie de rien , universalité rampante. un pou sur la tête à Toto, une chaussette qu’on enfile à l’envers…
      tiens, la pensée vagabonde – c’est pur plaisir que de s’aérer les couilles au vent frais du tout
      petit matin

      un être sans soutien. il titube à droite, titube à gauche: il n’a pas suffisamment d’équilibre pour chuter
      alors il ne chute pas – c’est comme ça qu’il se maintient… en vie, ou du moins agrippé au surnom de la vie comme à la barre d’un métro
      bondé de vide

      j’accours. je ne sais pas pourquoi j’accours, vers ce soleil tout ordinaire, très pâle, quasi livide – on ne tombe pas amoureux d’une fille à chaque instant , après tout…
      il n’y a jamais personne lorsqu’on arrive quelque part, et c’est là tout le charme. l’un de moi s’endort quand l’autre persiste
      à te chercher des yeux

      sois comme l’été: impraticable, ne menant à rien, affaissé sur ta propre verticalité – un axe c’est un axe, ça ne se négocie pas
      heureusement les regards s’éparpillent, s’épupillent aux environs, à l’affût d’ils ne savent trop quoi, jaillissant à l’occasion sans peur ni reproche
      de se salir…

    presque debout
    7 août 2016

  • ballons

      obtiens du souffle le néant. ou alors jette ta cigarette par terre, c’est plus simple. d’un geste malencontreusement esthétique, c’est plus simple
      même si ça ne marche pas

      j’en ai vu des milliers comme ça, débarqués de plein gré. j’en ai même vu qui poussaient devant eux des caddies sans vergogne. je présume que l’extinction d’une lampe
      ne nous décillera pas

      qu’est-ce qui me prive de toi, là, petite conne aux persiennes écaillées? j’aurais du jouir plus tôt je sais bien, j’aurais du conserver au fond de moi cette vision
      d’un corps se consumant 

      on n’y touche pas. on ne l’effleure pas d’un doigt, on ne l’affecte pas. je me lave les mains, systématiquement, je me lave les mains sans arrêt – au cas où quelque chose, ou quelqu’un
      inopinément surviendrait

      peut-être qu’on ne se regarde pas, ou pas assez en tout cas. peut-être qu’on préfère passer à côté, faisant semblant d’un cerf-volant, d’un été-pissenlit. peut-être qu’on a peur tout simplement
      de ne pouvoir en ressortir

      un degré au-dessous de moi, rampent les voix qu’on n’ entend pas. réfractaire à toute fonction, quelqu’un en moi refuse d’avancer. un degré juste au-dessus de moi, autrement dit d’un désarroi, planent c’est évident
      les altitudes

      les anticorps, elle n’a pas les anticorps. je pousse un pion du doigt, il y a des silences auxquels elle ne répond pas., je retire mon doigt, abroge les angles, rien ne fut jamais si clair
      qu’en cet instant-là, n’importe lequel

    5 août 2016

  • chiffons

      éternel présent, mamelon de la vipère – un jour quand j’aurai de l’argent, je m’achèterai une guitare
      une guitare sans corde

      j’adore le dieu qui assis là me regarde passer sans rien me demander – où bien ne me regarde pas, se demandant pourquoi, et où
      aller. je fais mon petit tour

      un monde que nul ne prétendrait posséder et où nul ne serait décrété étranger me semblerait respirable. mais mentent les miroirs, et les alouettes c’est notoire
      prédisent n’importe quoi

      tellement j’ai d’yeux, d’yeux et tellement j’ai d’yeux, métis à fleur de mots – ma chinoise a du bide
      je la trouve très douce

      j’ai du mal de rien, je ne pleure pour personne – la maison tombe en ruine depuis que je me suis quittée
      même l’herbe ne repousse pas, la maison tombe en ruine – la pluie marche à tâtons,
      clip, clap, clop…

      il fut un temps où l’ombre ne faisait pas de différence entre elle et moi, il fut un temps
      peu depuis lors entreprennent de franchir la distance qui les sépare d’eux-mêmes, et ne les raccordera
      pas

      petite vie très haut perchée, fêlure sur la partie sensible – moi je ne fais rien, rien comme pisser dans la mer froide, recoudre un bouton là d’où le bouton
      est tombé, ou a été arraché

    chiffons
    3 août 2016

  • j’accouche d’une mouche

      il manque un œil, un œil blanc
      pour faire mille fois le tour de la mer avant de revenir à l’instant précis
      où je naquis – où naissent les serments, ainsi que les ruptures
      de ces serments

      je me suis empressé de vivre à tes dépends, de devancer les événements d’un laps de temps suffisant pour ne pas m’y laisser prendre, ni m’en laisser conter
      ainsi poussai-je en toi, de dépeçai-je, jaillis-je de tes sanguinolentes cendres – il est donc légitime que je meure aujourd’hui, que je ravisse à la poussière le peu d’âme puisée au cours d’une existence
      longue, dépenaillée,, ponctuée malgré tout de moments émouvants, reconnaissons-lui cela…

      et je me tourne, vers l’origine
      où que je me tourne, c’est vers l’origine que je me tourne
      derrière toute chose je cherche l’origine – c’est un instinct, un déplorable jeu de quilles, j’arase les pôles je me défriche du lundi au samedi, outrepassant dimanche comme à saute-mouton
      : j’arrache, frisson après frisson
      le liseré fragile…

      nous nous aimions comme
      à contre-cœur, et dans ma boite en fer les clous rouillés se battaient seuls
      contre moi – comment m’éclaircir la voix, l’esprit, tendre la mort en gris, en gris pâle, m’humecter d’un presque-blanc
      alors que – les cils m’en tombent – le jour d’après irrévocablement
      annule celui-ci

    1 août 2016

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