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assis là sur un banc


  • par les éjaculés

      les piétinés d’avance – mille musiques, mille tombes sous mon pas
      un arbre en marche, rien qu’un arbre en marche, un TER que les rails n’ont pas connu, ni retenu
      un ciel mille fois trop haut. merci quand même pour le voyage…

      je me suis abrité sous un pin-parapluie. comment me vint l’idée de ne plus étrangler l’amant en moi, la belle au bois dormant? il était déjà mort, sans doute
      le mort ne sait plus faire de ses trois doigts qu’un vaste signe de bénédiction – cela ne prendra pas plus d’une gorgée de salive que la pomme d’adam
      fait descendre dans l’éden intestinal

      parce qu’un homme n’attache pas sa chanson
      qu’il la laisse lui lécher les doigts d’pieds, qu’il lui marche sur la queue
      entre vivants nous nous lorgnons d’une drôle de façon, nous reniflons l’anus avec moultes précautions
      on appelle ça le précieux maquillage – on aurait tout autant pu parler d’une perte de temps
      et se consoler en pensant que le temps ne sert qu’à ça, tant est pure la perte…

      un jour ai-je souri, mais je crois que c’était pour demander pardon
      pas pardon de ceci ou de cela en particulier non: pardon tout court, à quiconque adressé
      pardon pour les ronces, les limaces
      pardon pour les chardons
      et tant pis

    par les éjaculés
    29 juillet 2016

  • les angles morts

      vivre prenait si peu de place. je pensais à ce que chacun pense quand il ne pense à rien, au précaire alléluia d’un cosmos sans vérité. ou encore au goût froid de la tisane sur laquelle je continuais machinalement de souffler, même si souffler n’est pas jouer, et se tirer au sort ne nous tire de rien…

      désertifié. c’est ce que je ressentis en retirant ma main du no-man’s land intérieur. un peu de sel sur la langue m’aurait coupé la soif
      de mon vivant les choses penchent du côté opposé au mien – je veux dire de celui où je maintiens vaille que vaille une oblique en équilibre sur sa seule contradiction
      le reste du temps… le reste du temps c’est ça: le vide laissé par ce qui jamais ne fut là, ailleurs non plus, mais si intensément que la réalité tangible semble se confondre à l’absence-même de réalité
      c’est triste sans doute, mais pas suffisamment encore pour se retenir d’exister

      une vie sur deux je m’ennuyais. cela ne prenait d’ailleurs que le temps de me rendre du lit à la croix – ou de la croix au lit, selon la procédure en cours
      une fois je sautai par la fenêtre, pour voir. estimer la hauteur, tâter le terrain. ainsi m’assurai-je que je vivais bien de plain-pied, et que ce que je prenais jusqu’alors pour des ailes s’avéraient n’être, irrépressibles démangeaisons,
      que des boutons au cul

    27 juillet 2016

  • j’ai besoin d’une lampe, celle-ci ne marche pas

      j’ignore d’où je viens, provenant incertain, errant par tous les temps – je bouge pas
      or je bouge pas de là.
      suis-je né à creil, glaire à ciel ouvert? devant la gare j’ai fait la manche à un flic il en fut tout outré
      alors j’ai du marcher deux bonnes heures, longeant un vague terrain de foot, un genre de si tendre désespoir, vert-anthracite…
      s’émouvoir ressemble à dormir la fenêtre ouverte – on n’évite pas toujours ces choses-là
      des fois, on n’évite pas

      parce que j’ai plus à taire qu’à dire, finirai-je vraiment par prendre congé de moi?
      j’abuse avec la langue. ça f’rait pas jouir une brique ça n’écraserait pas un mégot sur
      le regard d’en face, furtif quai d’en face, on se dérange pas pour autant mais enfin il faut bien accorder un sursis à celle ou celui qui
      qui se demande à quoi ressemble un homme, quand il ne ressemble
      à rien

      lamentable, navrant, être sans passé
      c’est à dire ne plus s’identifier à celui que l’on fut, couler en dehors de ses propres veines et puis crier « ailleurs! », tandis qu’ici se tait
      prendre congé de soi, la queue traînant dans une poussière si fine que les traces la traversent
      sans y laisser d’odeur
      abuserais-je d’outre-moi? aurais-je cette phobie viscérale des insectes rampants? les femmes, même les femmes
      ont cessé d’aimer les hommes…

    j'ai besoin d'une lampe, celle-ci ne marche pas
    25 juillet 2016

  • d’un voyage en poussette

      je ne reviens plus
      de nulle part sans doute, mais je ne reviens plus
      quelques pierres au bout du ponton, le bâton sans son chien
      qu’on lance en plein hasard –
      je n’ai l’intention de quoi que ce soit
      après, on verra

      aucune leçon à tirer, si ce n’est l’émotion toute esthétique inspirée d’un tel désastre
      du sommet de mon soi l’abîme me sourit – je lui fais une tête de loup en deux traits de crayon
      comme substitut à un saignement de nez qu’on pète à la barre à mine 
      ou à l’odeur de celle marchant pieds nus dans de vénéneuses flaques
      d’adolescence, régrance…

      je n’y crois pas. je n’y crois plus
      aucune digue ne résiste à cette crue, aucune idée tenace ne retiendra l’esprit
      alors même qu’il ne sait plus où fuir, plus quoi fuir, otage de sa propre fuite
      il y en a qui ont tout simplement renoncé à appeler au secours – on peut à la rigueur leur tendre un pain aux raisins
      ou aux amandes, si on en a les moyens

      ma terre est tellement ronde qu’elle s’en trouve toute cabossée, mes journées quant à elles se passent comme elles peuvent
      elle n’y peuvent pas grand chose somme toute, n’ayant à opposer tant à la grâce qu’au déchoir que leur loyale absence,
      leur pauvre chemin de traverse leur pauvre et incertaine
      minute de coupable insuffisance…

    23 juillet 2016

  • le complètement égal

      le temps d’être avec soi, toute pierre levée
      contre la vitre embuée.
      afin de ne pas s’enliser dans l’ici-bas-présent, évoquer l’au-delà n’aura pas suffi
      un gisement probablement, hors propos et tout ce qu’on extrait d’une pierre crayeuse, d’un tout doucement crayon…
      je n’ai pas d’aveu. et j’en suis désolé

      une gourde modique, pour boire au goutte à goutte
      gorgée d’une eau pâteuse, le bout d’un rêve porteur
      entre-temps je me dis quoi? il est trop tard pour ci,
      il est trop tard pour ça
      tout simplement trop tard, alors qu’à l’instant même démarre une éternité
      sans fin, ni véritable raison

      la clé d’un champ ne s’ouvre pas
      mais je m’en fous: le trafic fluvial depuis des lustres me comble
      de manque, c’est à dire de temps en trop, d’un plissement des yeux à l’approche de l’inexorable, c’est à dire du champ
      dont la clé ne ferme pas

      il y a la peur entre autres – non du mensonge, mais de l’absence de vérité, dont le mensonge est sensé nous (mais si mal) protéger
      avec un petit chapeau sur la tête
      à cause du cagnard
      et pour taire les oreilles aussi, assoiffées de silence et de ce maigre creux, très fine ride
      s’immisçant entre deux vagues, quand l’audace encore me prend
      de palpiter

      si l’homme choisit de mourir, c’est que rien ne le tente davantage que le pire
      le plus lâche y travaille sérieusement, l’autre lance sa ligne
      quelque part vers le large, espérant n’en rapporter
      que la preuve d’un obscur, seule condition non contraignante
      . d’ici-là je reflue 

    le complètement égal
    21 juillet 2016

  • heads above us

      on s’avance mistinguette, en ce jour mirobolant quitte à
      enfreindre la loi, à feindre l’accouchement, c’est pas tous les jours dimanche, dis-tu c’est pas tous les jours
      qu’on se décoince le chant du fond d’la gorge, ou qu’on
      s’décape le nord, une fois par mois

      l’été noir, une mer à outrance
      bateau de sable pour toute escale, voire un landau de pierre
      j’habite nulle part, et nulle part m’habite
      on finira par y arriver on finira par croquer nus quelques uns
      de ces plus beaux oiseaux (l’organe rêvant sexuel, sexuel)
      ou alors on crèvera, la dalle au corps et la peau
      sur le dos – le dos

      sépulcrale mise en orbite, il faut qu’ça saute
      personne n’en a la moindre idée, je n’en suis que l’idée
      assis là sur mon siège, peu à peu monte en neige, exulte, lévite en slip
      mais de toute façon de quoi tu t’en fous pas, m’achève t-elle avec
      ou sans passion, insinuant je n’sais quoi

      mégot planté
      la tête la première dans le sable mouillé ce qui
      est naturel ou ce qui ne l’est pas, on s’arrange de travers on se
      manipule les glandes il faut encore
      mourir à soi-même, mourir à soi-même afin de prétendre
      vivre encore un peu, un tout
      petit peu…

    19 juillet 2016

  • le mékong à ses pieds

      par tous les temps qui courent
      à moitié nu, cependant mu
      par je ne sais quelle force, d’inertie ou d’ailleurs
      à moitié nu – l’autre ne revêt qu’un filet d’ombre, une branche morte
      en guise de sexe dans le trou ébréché du grand-vent

      une blouse mal boutonnée
      y en a qui meurent à peu de frais, esquissant un vague signe de croix avant d’entamer l’ascension
      une blouse mal boutonnée disais-je, l’origine empiétée de ces mâles versassions – entre-temps je m’estompe
      je sens que je m’estompe
      qu’un autre bouton cède, tandis que je m’estompe

      j’ai mis ma robe blanche, l’avaleuse de taches, débordé sur les marges
      d’un imputrescible oubli
      quelqu’un toutefois court plus vite que moi, j’ai beau
      m’user au rétropédalage dans le but de me rejoindre un jour, un jour de me coïncider quelqu’un, toujours,
      court plus vite que moi cette fois c’est sûr, c’est tout comme
      s’empaler sur une barge

    le mékong à ses pieds
    17 juillet 2016

  • quelques pylônes

      un homme s’est attroupé. j’aurais pu l’embrasser sur la bouche si seulement j’avais ces pouvoirs-là
      la pitié a ravagé  toute joie, les femmes mettent bas à des idées parfois pures
      on met alors la passoire en-dessous, histoire d’en sauvegarder quelque graine
      mais le futur n’avance toujours pas

       au pied de la croix y a pas que les ordures ménagères, la pisse des soûlards ou le marc de café qui fassent bon compost

      suis-je plus qu’un selfie devant la croix, un mal pas si nécessaire que ça, une vie qu’on échange contre une vie qu’on échange, toute aussi insipide?

      la croix fait une cible en plein milieu de moi. j’aurais bien voulu être ailleurs, même à l’heure des choses qui tombent, des coquelicots affaissés

      c’est un amour fou, fou parce que sans espoir, sans espoir parce que c’est plus joli comme ça, et qu’il n’a pas le temps

      je caresse une dune, étonné de ne pas me faire mordre, déçu peut-être de ne pas la voir enfler, ni m’esquiver

      une inertie sans cause déchaîne les abrupts. il n’y a pas de salut – que ferais-je du salut?

      c’est comme si l’amour le plus grand me possédait sans pour autant entamer ma détresse
      c’est comme si le profond désespoir se léchait la patte  sur un coin de mon genou
      j’ignore à quoi tu ressembles, j’espère que tu me reconnaîtras. moi-même je ne sais quelle figure je ferai
      j’aurai beau t’appeler, je sais que je ne répondrai pas

    15 juillet 2016

  • j’ai le ventre zéro, la semelle plate

      je n’ai plus rien, je suis sans mort

      quelque chose d’infiniment plus grand me soulève la patte

      je dis à marie tourne-toi par ici

      et marie se retourne par là

      sur un œuf endormi
      et très loin d’une mère si elle avait jamais osé sourire au fœtus rassis
      qui traînait là par terre, à quelques pas de vivre

      on l’a encadrée et accrochée au mur la douleur si vive
      et si le mur tient, c’est grâce à rien

      l’ennui m’a masturbé

      tant de beauté, tant de beauté, tant de beauté pour rien

      je n’y comprends rien

      muni d’un passeport dans le sens du vent, tout ce que je sais faire c’est juste clipser la pomme

      et la petite brune en bas, qu’attend-elle pour me parler?

      vacille la lumière, vacille
      c’est si facile à dire

      presque simple – le mot neige au vietnam

      je ne sais plus quel âge j’ai, ni ce qui me manque, encore
      pour que m’en comble le manque…

    j'ai le ventre zéro, la semelle plate
    13 juillet 2016

  • je te touche avec la bouche

      je me trompe
      je me trompe de monde, d’appréhension du monde, je suis l’heure
      où il en tombe
      et il en tombe

      par la lucarne m’aspire la noirceur vive d’un autre corps. un corps à l’étroit se libère dans un corps plus vaste
      et plus tranquille
      il rétablit son aire

      or je m’effondre
      d’ici à midi et plus tard dans la nuit je m’effondre, je m’effondre en moi je m’efface
      au souvenir de moi

      les choses qu’on soulève au-dessus de soi, un bateau ou un mort. il faudra bien prendre le temps de fuir, s’en aller par ici

      avant que cela nous écrase au milieu d’un vain appel au secours. je déploie tant de souffle, tant de souffle pour que rien finalement ne décolle

      pas une paille, pas un brin d’herbe de ci, d’herbe de ça. pas la peine d’en souffler, mot ni d’en souffrir je reste là, là sans pouvoir retenir tout ce qui du reste

      me fuit, et ne me donne tort

      je te touche avec la bouche. c’est bon. je sais que tu existes, j’existe par la bouche

      tombe un mot. j’éjacule au fond d’une tombe. y tourne en rond, en rond, y tourne en rond

      je te touche avec la bouche, je te rumine encore. quelque chose éclot là, je change l’eau des fleurs fanées 

      depuis des ans et des dix ans je change l’eau des fleurs fanées, quelque chose éclot là. une tombe

    11 juillet 2016

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