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assis là sur un banc


  • l’averse mesure combien de pas de travers?

      qui n’aspire à strictement rien et ne se laisse réduire à quoi que ce soit
      j’avance comme je respire, il n’y a pas vraiment besoin de rythme à cela
      accueillant cette averse comme la seule et belle chose qui soit arrivée
      au néant par devant, au néant par dedans

      l’inappropriation comme ultime tentative de survie morale
      le cercle me fait peur, un scorpion en hante le centre, une traînée de pisse en trace la circonférence, et les bouffons de circonstance
      c’est une accolade fraternelle – alors pourquoi y mets-tu la langue, me tanne t-elle
      parce qu’il ne nous reste plus que les mots en commun, semble t-il…

      j’ai renoncé à comprendre dès que j’ai cru commencer à comprendre – à voir ce que l’intention-même de comprendre contenait de pervers
      appréhender une chose/un être tel qu’il est en in/essence – c’est à dire d’un seul regard embrasser son absoluté et sa parfaite insignifiance, son néant et sa pure vérité telle que celui-ci la révèle – n’est pas encore l’amour
      parce que ce n’est encore
      que de l’amour

      j’ai respiré à bras ouverts
      ça secoue beaucoup, comme cette sensation d’apesanteur en retournant le petit flacon de neige
      je suis à l’imparfait la couille en suspens du subjonctif
      ça veut dire que l’infini qui m’explose la mémoire commence exactement là où la raison cède à ses propres limites…

      à la place de l’ego tu peux mettre un mégot, ton doigt dans l’œil ou la tête dans l’miroir
      n’importe quel symbole phallique comme un champignon des sous-bois, par exemple
      ou alors rien: laisser là le lieu palpitant, sublimement désemparé
      – rien d’autre à faire que d’être conscient après tout, et on s’arrange avec ça comme on peut
      ce qui revient précisément au même
      ou au pire

    l'averse mesure combien de pas de travers?
    24 août 2016

  • partir à jeun, rentrer bredouille

      des arbres de papier
      se promènent à contre-sens tout le long de la route, je passe ces heures là
      au volant de souvenirs que j’ai probablement inventé
      ou seulement failli vivre, quand vivre était encore une histoire
      à laquelle on pouvait croire

      et la route file droite, perpendiculaire je suppose
      à l’horizon tel qu’il achevait de se dépeindre la dernière fois
      que je le vis, en son essentielle nudité peut-être, mais avec à la lèvre déjà
      toute la grâce du mensonge, la sensuelle âcreté d’un sourire…

      je voulais quelque chose de simple, de dépouillé
      de suffisamment nu en tout cas pour avoir froid
      quand il fait froid
      une peau de pluie sous le pas d’une araignée mutique, je n’irai pas plus loin je laisserai les choses
      s’en aller, diminuer, s’effacer
      leur nom doucement fondant au creux de ma langue endormie…

      le vent mort dans les maisons – sans les volets il reste un peu de jour
      où peu de jour clapote
      un vertige m’arrache à l’épaisseur de l’ombre, j’aurais aimé que tu ne souilles pas mes jouets
      même s’ils se font vieux, usés
      et je n’y pense plus guère…

      je n’arrive pas quelque part, je ne fais qu’en partir, fouiller ma poche pour le billet valide
      de mon prochain naufrage, je jeûne
      je jeûne de l’esprit, c’est encore le moyen le plus sûr
      de se maintenir en apesanteur quand le sol tente désespérément de me retenir par les pieds
      et remonte peu à peu, m’embourber m’engloutir, une route me fuit,
      des arbres de papier…

    21 août 2016

  • je suis sentimental

      c’est sans compter sur moi, or c’est moi sans compter.
      c’est pas la peur du vide c’est un peu le trou
      que chaque pas creuse sous soi, et ne s’en remet pas
      il faudrait une caresse, une caresse: jouir
      mais sans strass ni paillettes, rien
      qu’entre les dents, du bout des lèvres à peine…

      juste de quoi décoller, actionner sans malice
      la pédale de vivre – on avait si peur de se retrouver seul face
      à notre sale conscience, c’était pas des vacances mais quand même, imagine, imagine seulement
      qu’on ait eu un destin, un genre de retournement une putain d’histoire
      à se lécher le cul…

      un silex frappé
      contre la bruine, la nostalgie d’une fille dont on
      se souvient pas des traits, et pourquoi pas, pourquoi pas une vie
      à faire semblant, semblant d’être
      là, juste à côté
      de soi, la main piochant nerveusement dans l’sac
      à cacahuètes

      traverser la basse-région
      d’est en ouest voir la mer
      se retirer traverser la basse-
      région d’ouest en est et s’asseoir sur sa chaise, se dire
      qu’on aurait pu ne jamais
      voir la mer ni même
      en renifler l’odeur, ne pas pleurer et même presque 
      jouir, un tout petit peu…

      j’avais envie de toi mais plus encore à travers toi d’un au-delà
      à moi-même, un peu comme
      un cerf-volant sous un cimetière, butinant
      de tombe en tombe, s’endormant sur l’épaule
      toute osseuse d’une fidélité trahie, ou alors
      aller simplement me saouler 
      au kebab du coin…

      depuis trois quarts d’heure j’ai plus peur de mourir je découvre
      ma poitrine aux balles
      à blanc, je bouffe du tramadol, j’encule une poupée ça ne lui 
      fait ni froid ni chaud c’est frustrant, ou d’autant plus excitant je ne sais plus je voudrais bien
      me noyer, appeler supplier et personne
      ne venir me sauver, j’ai plus peur de mourir je flotte en a-
      pnée j’ai plus d’âme non plus d’âme je suis
      toute âme…

    je suis sentimental
    19 août 2016

  • un aperçu de carolles-plage

      des poèmes-boomerang, qui te reviennent à la gueule
      mais te ratent toujours, comme ça la perte
      n’est pas perdue, pas tout à fait
      perdue je ne sais pas ce qui me prend – peut-être au fond rien ne me
      prend-il rien

      je n’ai pas de complice, c’est tout seul que j’ai sans vergogne
      violé ton absence – ç’aurait pu être pire: au lieu de ne pas jouir j’aurais très bien pu
      éjaculer sur tes pieds, tu te serais alors
      essuyé le pied droit sur le mollet gauche, le pied gauche sur le 
      mollet droit, parce que sans inverse une chose
      n’existe pas elle ne fait
      qu’être, condamnée à soi-même…

      je voudrais que la mort soit
      comme à la rivière le passage sous un pont, et la révélation l’exact bombar-
      dement de ce pont à novi sad durant la guerre, et après la guerre et
      après après la guerre – il n’y aurait plus d’oubli: rien
      que la mort

      il faut que je revienne
      que je revienne n’importe où, quelque part sur les lieux
      d’un crime dont je fus la victime, celle dont on arrache le consentement à coups
      de trique, salle omnisport, et j’ai beaucoup pleuré même si c’était
      pour de faux, le plus souvent
      pour de faux

      non que tu n’aies de fond, ni de grand-fond, mais pas de vrai contact avec ce fond, et sans plonger racine dans cet
      irréel essentiel, ou bien l’inverse parce qu’une chose sans son inverse, visage hors du miroir n’est qu’une
      tête de mort, mort sans sa tête, tête
      loin de son nord – si loin
      du nord…

      le monde est triste et cependant j’échoue
      à incarner cette tristesse – c’est de jamais dont il s’agit:
      jamais engendre
      jamais explore les sexes
      jamais traverse la seine à la nage mais choisit
      bien son endroit

    17 août 2016

  • pigeon sur rue

      plus pur était le rêve, l’immaculée
      vérité d’un irréel, d’ailleurs j’étais là je
      l’ai vue – dire que j’aurais pu
      l’aimer, ou presque pu tenir
      debout, si debout du moins n’était
      déjà couché, voire effondré…

      mort sans abri. quelqu’un n’a peur de rien
      on a plongé dans l’outre-là mais ça n’a rien changé
      ça n’a rien changé
      : les mêmes lacets, quelle que soit la route
      la même route, quelle que soit l’allure
      – sous une simple pluie la
      décapotable…

      au bout du champ pas même le bout – pire: le début pour ainsi dire
      d’un autre champ – est-ce le cancer, je
      prends la barque manquent les rames, je ne
      rame pas, ne flotte pas non plus:
      le courant a découché je 
      reste la queue sèche…

      l’herbe sèche, l’herbe rare, l’herbe
      rare et sèche
      . fonctionne un paysage.
      un comme un autre, lorsque tout contre
      soi mais jamais jusque là –
      n’exagérons rien, demeurons
      calmement en-dessous de la
      réalité, fantasme collectif

      rien de plus éloigné de la mort que ce qui justement la côtoie: l’obsédant sentiment
      de la mort – la peur comme un désir perverti, inverti, le nutela servi sur
      les frites – je ne veux pas de quelqu’un qui
      me comprenne mais de quelqu’un partageant
      la perplexité de ne pas se
      comprendre…

      y a pas de solution, pas de libération – que la pitié vas, caressant
      la joue du lépreux que chacun cache en soi et je voudrais bien
      que tu aies suffisamment rien à faire pour enfin lever
      ton œil sur moi et l’au-delà de moi, que
      je suis ou sur lequel je donne, fenêtre
      désespérément ouverte

    pigeon sur rue
    15 août 2016

  • récalcitrance

      on ne ressemble à rien. à quasiment rien. on se demande pourtant, on se demande comment. comment ceci comment cela – comment soi jusque là

      un jour y avait une vieille, une très vieille. un jour y avait une vieille et puis plus rien. et quand je dis plus rien

      on s’aimait bien pourtant. on se faisait des câlins. câlins nordiques, fulgurantes alchimies. on s’aimait bien pourtant, ça n’a servi à rien

      demain. demain je serai grand. il suffira de ne pas être mais pas seulement: il suffira de se savoir ne pas être, je t’en supplie. il s’en supplie

      j’avance avec prudence. tant de prudence que je n’avance pas mais recule le chemin, recule de sous mes pas. on appelle ça des pas

      ça ne ressemble à rien. à presque soi. à la grimace telle qu’elle se terre, s’accumule sous les plis, saute sur mes g’noux. saute sur mes g’noux et dis-moi là, c’est pas comme ça

      voilà moi j’entends rien, voilà moi j’entends rien comme ça. tout est à refaire maintenant. tout est à refaire on ne refera plus rien. ainsi naît le silence. ainsi naît la naissance

    13 août 2016

  • maître-lune

      j’ai pas ce qu’il faut. un deux trois quat’ j’ai pas ce qu’il faut. qu’est-ce qu’il me faut je n’en sais rien, qu’il fasse plus froid quoi je n’en sais rien

      qui se cache quelque part et dont on reçoit plus nouvelle, que les dents qui se barrent, qui se barrent et reçois plus nouvelle

      j’ai tant aimé, tant aimé mourir en cet instant – tout s’incline devant soi, et soi devant le vide, livide, le vide à vide

      il ne faut pas mentir. quelqu’un prétend qu’il ne faut pas mentir et bouffe son mille-feuille. d’où je venais pourtant, pourtant je n’en venais

      un deux trois quat’, deux trois quat’ quat’, un trois deux un. un seul, un seul – noyau-zéro

      je voudrais savoir qu’un sentiment la merde au cul, je voudrais qu’on me dise. l’esprit est grand, grandiose la misère. la misère

      ça coûte rien. même à la fin ça coûte rien. ça coule de soi. confondante, archi-confondante naïveté, naïveté cruelle. on croirait l’os à la tétée 

      mais pas de récré. et quand je dis pas de récré je dis vraiment pas de récré. comme une vie sans télé, un jour de pluie sans pluie – rien qu’un garçon sans nom. sans nom

    maître-lune
    11 août 2016

  • crève le coq

      habite-moi. habite-moi de toute une vie, toute une vie tant qu’on y pense, et le coq a clamsé que dire – le coq il a clamsé

      ça ne sert à rien de dire qui vas-tu là, où iras-tu le soir venu. ça ne sert à rien planter là son cul, quand tout le reste respire à peine, et à grand peine

      mourir d’ennui, j’ai dit mourir d’ennui. nous préservera t-il d’un destin, la poudre de merlin, mourir d’ennui n’épuisera t-il la mort – j’hésite encore

      habite-moi. habite-moi ou bien dérive, délaisse-moi. loin de toi, au plus loin. plus fort s’endort, où perd racine le cheveu – cheveu à tondre, à teindre ou à m’éteindre. habite-moi loin de chez soi

      je perds haleine. je perds haleine et si je perds haleine. je n’irai pas plus loin, pas plus loin je le dis pas en l’air, en l’air à la légère, madame l’amoureuse, et que le bât me blesse

      un jour ou l’autre déserte-moi, déserte-moi le nu extrême, inextricable, pas plus que va ça va. j’appose les mains le coq ne se relève pas – il ne ressuscite pas le coq est mort. le coq est mort, crève le coq

    9 août 2016

  • presque debout

      tu as recraché dans ma main quelques pépins, un peu de bave. nous ne voudrions pas réduire la vie à un sens quelconque, ni légitimer d’aucune façon, l’invalidant ainsi,
      ce miracle à deux balles, cette extase foireuse – la pomme je ne l’ai pas cueillie, elle est
      tombée toute seule

      je ne fais partie de rien , universalité rampante. un pou sur la tête à Toto, une chaussette qu’on enfile à l’envers…
      tiens, la pensée vagabonde – c’est pur plaisir que de s’aérer les couilles au vent frais du tout
      petit matin

      un être sans soutien. il titube à droite, titube à gauche: il n’a pas suffisamment d’équilibre pour chuter
      alors il ne chute pas – c’est comme ça qu’il se maintient… en vie, ou du moins agrippé au surnom de la vie comme à la barre d’un métro
      bondé de vide

      j’accours. je ne sais pas pourquoi j’accours, vers ce soleil tout ordinaire, très pâle, quasi livide – on ne tombe pas amoureux d’une fille à chaque instant , après tout…
      il n’y a jamais personne lorsqu’on arrive quelque part, et c’est là tout le charme. l’un de moi s’endort quand l’autre persiste
      à te chercher des yeux

      sois comme l’été: impraticable, ne menant à rien, affaissé sur ta propre verticalité – un axe c’est un axe, ça ne se négocie pas
      heureusement les regards s’éparpillent, s’épupillent aux environs, à l’affût d’ils ne savent trop quoi, jaillissant à l’occasion sans peur ni reproche
      de se salir…

    presque debout
    7 août 2016

  • ballons

      obtiens du souffle le néant. ou alors jette ta cigarette par terre, c’est plus simple. d’un geste malencontreusement esthétique, c’est plus simple
      même si ça ne marche pas

      j’en ai vu des milliers comme ça, débarqués de plein gré. j’en ai même vu qui poussaient devant eux des caddies sans vergogne. je présume que l’extinction d’une lampe
      ne nous décillera pas

      qu’est-ce qui me prive de toi, là, petite conne aux persiennes écaillées? j’aurais du jouir plus tôt je sais bien, j’aurais du conserver au fond de moi cette vision
      d’un corps se consumant 

      on n’y touche pas. on ne l’effleure pas d’un doigt, on ne l’affecte pas. je me lave les mains, systématiquement, je me lave les mains sans arrêt – au cas où quelque chose, ou quelqu’un
      inopinément surviendrait

      peut-être qu’on ne se regarde pas, ou pas assez en tout cas. peut-être qu’on préfère passer à côté, faisant semblant d’un cerf-volant, d’un été-pissenlit. peut-être qu’on a peur tout simplement
      de ne pouvoir en ressortir

      un degré au-dessous de moi, rampent les voix qu’on n’ entend pas. réfractaire à toute fonction, quelqu’un en moi refuse d’avancer. un degré juste au-dessus de moi, autrement dit d’un désarroi, planent c’est évident
      les altitudes

      les anticorps, elle n’a pas les anticorps. je pousse un pion du doigt, il y a des silences auxquels elle ne répond pas., je retire mon doigt, abroge les angles, rien ne fut jamais si clair
      qu’en cet instant-là, n’importe lequel

    5 août 2016

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