Aller au contenu

assis là sur un banc


  • cette odeur de mazout

      apparemment il va pleuvoir, cette nuit ou ailleurs
      il est grand temps d’ailleurs – les fonctions sont à bout, la salive pâte dure
      encombre les gosiers

      personne n’est encore
      revenu vivant de Troie (seuls les morts y ont droit)
      ni d’un tour avec elle

      cette odeur de mazout…

      ma caisse a trois vitesse et pas de marche arrière, même en y pensant très fort

      les routes sont désertes, avec un peu de chance il tomberait des gouttes
      sur le dos de la main

      s’y effrite un destin, ou quelque chose du genre

      pathétique, à mendier un malheureux bout d’pain
      au pigeon de midi – je traîne de l’aile
      plutôt de la savate 

      par un geste semblable et par-dessus l’épaule, jeter un lent dernier regard
      au renard qui s’enfuit

      et le renard s’enfuie…

      n’ayant rien à faire je pose un pied, à terre
      rien à accomplir l’autre reste en suspens, latent

      quelquefois j’ai raison, passe en revue chaque seconde, chaque minute
      du temps perdu, allègrement perdu

      petit poucet, gentil petit poucet…

      qui donc me retient là, dans son filet maigreur? il va pleuvoir apparemment
      apparemment seulement

      personne n’est encore
      ressorti de ce ventre-dolor, si ce n’est
      en cendres, en cendres seulement

      un mouchoir sur la tête…

    cette odeur de mazout
    9 septembre 2016

  • ΚΑΤΣΑΡΙΔΟΚΤΟΝΟ*

      je n’ai pas besoin de ta réalité mais de l’idée réelle que celle-ci me suggère, de te piétiner le visage et de mourir au tréfonds de ton âme moi ton tout petit, ton triste tout petit
      cafard.
      Heureusement pour une vie plus saine sur terre il y a le 
      ΚΑΤΣΑΡΙΔΟΚΤΟΝΟ*

      sauter par dessus bord, et pom’ pom’ pom’
      tu crois avoir survécu à quoi que ce soit alors qu’en fait t’es juste même pas mort
      même pas mort
      et la dilatation de la pupille n’y peut rien: t’es juste
      pas mort mon gars, pas mort et par délicatesse

      c’est la mixture, le blend, la soupe aux vermicelles 
      l’un par l’autre, lui par elle et elle par qui, la pure négligence
      et je néglige, je néglige tellement – comment faire autrement
      que de rester, rester sans larme, icône fichée face à la mer
      narguant le dieu
      qui nous abrège

      bordel de merde y a pas lune ce soir, le bar est vide
      je dois retourner mourir quelque part, parce qu’il faut mourir quelque part et quelque part est à la bourre
      je crois j’ai avalé de travers
      la mer, tes derniers mots, ma vie entière
      le videur m’a éjecté j’ai du faire quelque chose de mal, peut-être me suis-je gratté les couilles ou celles, divinement aléatoires,
      du videur susdit… 

                * katsaridoktono: insecticide pour cafards, « cafaricide »

    7 septembre 2016

  • balkan transit

      ma vie ressemble à une stalactite
      c’est l’image la plus propre qui me vienne à l’esprit – j’ai peur d’avancer quelque part
      où avancer ne se différencie pas de reculer
      alors je ferme les yeux, ni par horreur ni par bonheur je ferme les yeux par un grain de poussière
      qu’est rentré dans mon œil, en brûle la vison

      ça serait vraiment dommage d’écraser la queue d’un rat
      crevé, qu’aurait donc même pas mal, qui couinerait pas –
      c’est pourtant notre fichu travail que de nous supporter
      tant nous-mêmes que les uns les autres, mais je ne voudrais pas être la victime
      collatérale d’un mauvais calcul, fut-il dicté par ce fumeux instinct
      de survivre oui, mais de survivre à quoi?

      je t’aimais, je sais pas pourquoi je t’aimais – comme si ça dépendait de nous ces choses-là
      j’ai remonté le Nestos jusqu’à la frontière, de là j’ai su que ma sanglante diarrhée serait  éternelle
      et sans matière –
      pour confondre l’universelle rien ne vaut une petite charade
      foireuse, et qui finit de même
      : le bonheur en quelque sorte, ou du moins ce qu’il en reste après l’avilissement
      de l’orgasme, ou dieu sait quelle agonie…

      la dernière fois que je me parle est-ce avant, après
      le décès? l’inhumation? la réincarnation? la dernière fois c’est celle-ci, c’est maintenant et chaque fois
      qu’un être parle en moi et si c’est toi, qui me fait dire moi, alors qu’au fond je ne désirais qu’une bonne manche au terrasses des cafés
      manger quelque chose de gras, fumer sous la pluie et finir par éjaculer
      sur ton visage endolori, ton triste visage de mater dolorosa 

      quand sera venu le temps de planter une croix dans la tête l’un de l’autre, quand le temps
      sera parti et qu’on n’aura rien dit, parce que rien n’est à dire si ce n’est ce rien,
      ce beau rien-là, où nous nous ressemblons, où nous n’avons plus honte d’avoir honte ni peur d’avoir peur
      – enfin… un peu quand même…

    balkan transit
    5 septembre 2016

  • la poire en deux

      et la douleur une fois perdue, dans quelle bouche les dents de rire vont-elles pousser?
      toute une vie en forme de poisson d’avril qu’on colle au dos d’une âme stupéfaite, il prend son pénis dans une main de l’autre la tapette à mouches…
      je marche sur l’eau morte d’une rivière à flot – j’espère que tu as pensé à la serviette au moins…

      vues de la mort, les choses ne se passent pas si mal après tout – qui donc a eu l’idée de venir pisser sur nos loukoums?
      j’aurais voulu te dire quelque chose de gentil mais je ne trouve rien – j’associe ton sexe à une morgue et mon fatal abandon
      à la plus claire des mers égée

      vulve de la mort, à chaque fois je m’arrêtais pour allumer un cierge dans les chapelles commémoratives jalonnant le chemin
      de ronde ou bien était-ce
      une ronde, le pli du bras l’odeur d’une aisselle je me suis mis à quatre pattes,
      je me suis mis à quatre pattes c’était pas pour lécher les cendres de ta joie c’était juste pour
      me faire mettre par le vent 
      – d’ouest, en général

      taxiderme, j’ai fini par avoir une tête
      de taxiderme, d’empaillé sur deux boules et je ne me souviens plus
      que de mon souvenir c’est triste, mais pas plus que sous
      les tropiques, où nagent les gens heureux

      je me suis aidé de mon bras manquant
      pour touiller le café, lire les lignes de la main, ou même faire du stop je n’ai pas d’essentiel vois-tu, seulement
      besoin de vivre sans, de vivre avec ce sans – un peu, pas beaucoup: juste de quoi ne pas  tout à
      fait (m’) oublier…

    3 septembre 2016

  • j’accompagne une douleur

      c’est la première fois, le premier élément d’une opération sur soi, de toute mon âme éberluée par la vision théophanique
      d’Elli Lambéti, ce n’était vraiment pas la peine
      de s’excuser, de bredouiller ce piètre adieu – comment finirait donc jamais ce qui
      jamais ne commença, amie ou presque pas, presque rien à la fois pas du tout

      ne nous embrassons pas, ne nous enfonçons pas les uns les autres
      le doigt dans l’cul, restons sereins –
      congénital, je ne m’apparente à rien, un léger air de pithécanthrope
      promène ce nuage, mal cuit, par delà les soupirs

      c’était bizarre d’avoir vingt ans et d’être toujours en vie, comme par un fait exprès
      plus tard ne fut qu’une raison de plus
      de se taire, ou de dire ce qui nous passait par la tête cela revient au même –
      où être ailleurs, ailleurs où être enfin ici, grandir d’une histoire longue ou courte, sans queue ni langue avec pour toute compagne
      une douleur, amie ou même pas

      pourrir sur pied d’un seul carême – qu’être d’autre que cette chair transie, cette indifférence à tout vent
      je m’appelle de travers, je m’appelle de travers je crois et je me réponds de loin je crois
      par billets interposés, ces poèmes à ricocher, à griffonner la surface sensible
      d’une eau si noire, si noire et noire…

      que serait le bonheur si l’on ne le tirait par la queue des fois, lui mordillait la queue le torturait un peu des fois, s’asseyait sur les marches du perron et le regardait
      partir et s’en aller des fois…
      j’ai plus d’un tour dans mon sac tu sais – alors marie-toi où tu veux  et avec qui tu veux mais laisse-moi tranquille je t’en prie
      laisse-moi tranquille des fois: j’accompagne,
      j’accompagne une douleur

    j'accompagne une douleur
    1 septembre 2016

  • mordre suçon

      il y en a qui languissent toute une vie après leur naissance
      des qui soupirent à l’idée symbiotique d’un ventre maternel
      d’autres encore en suspens, en équilibristes inquiets sur un cordon ombilical tendu entre le rien et l’horizon de leur débâcle.
      le visage blanc, si blanc – qui viendra le lécher si ce n’est moi, ce léger dégoût de parêtre 

      il n’attend rien de rien, il  ne s’oppose à rien – on dirait une eau croupie tiédissant dans la baignoire
      alors je suis sorti. j’ai mis ma chemise bleu-électrique et je suis sorti
      style une mouche aspirée par l’air libre après s’être deux trois fois mangé la vitre fermée du côté droit.
      une lucidité te tord la tronche, contre le temps l’ennui ne suffit pas

      tu n’as aucune idée des extrémités mentales auxquelles je fus acculé là-bas, avant, longtemps
      me voilà là maintenant, debout oui un pied à l’eau quand même une couille de traviole, un autre pied dans l’eau.
      on ne peut pas que survivre, on ne peut pas que rescaper: on peut aussi danser
      sur une seul jambe, et sans remuer
      olé

      t’es toute petite, si petite qu’on se demande comment tout s’envole autour de toi mais pas toi
      toi tu t’envoles pas, j’ai zigouillé la mort, la mort qui plane en moi, j’ai zigouillé le gosse, le putride stagnant, j’ai dès lors embrassé
      tout ce qu’il y avait à embrasser, j’ai même mis la langue dedans, au fond du sac
      on me l’a arrachée la langue et on l’a recrachée bien loin – bien loin, petit bouchon…

    30 août 2016

  • exister me laisse perplexe

      l’homme évidemment, une fabrique à destin
      beaucoup d’entre nous cependant descendent encore là où il n’y a pas d’histoire
      où vaque un temps sans dent, et l’action périclite.
      les arbres prennent l’air, l’air aussi prend les arbres – chacun finit par y trouver son compte

      apprends-moi à être sincère
      c’est le genre de chose qui justement ne s’apprend pas j’imagine, mais tu saurais comment
      j’imagine que tu saurais comment
      comment s’abandonner, comment se piquer aux chardons ou pleurer aux oignons.
      admettons pour une fois que l’ignorance ne soit la condition de l’innocence, mais que celle-ci au contraire couronne l’expérience
      ou du moins une certaine patience…

      je vis d’une désinvolture crispée.
      on peut vivre même avec son passé quand on se noie la dernière chose à faire c’est de se débattre mais quand on se noie pas?
      quand on se noie pas, qu’on se débat de toute son impuissance et pourtant rien, pas une goutte d’eau, pas une cuillère où plonger perdre pied se rendre compte enfin
      qu’on a vraiment existé, que ÇA existe – que quelque chose purement est

      des voix de gosses qui jouent dans l’eau derrière la haie, émergeant sublimement, quoique tout à fait simplement,
      du néant.
      et ça leur semble si naturel qu’il doit bien y avoir une nature, c’est à dire un lien nécessaire et évident entre le manifeste
      et l’inédit, ma belle jambe…

    exister me laisse perplexe
    28 août 2016

  • le sanglier par les cornes

      les hommes s’enlisaient dans leurs cordes mouillées, leurs serviettes musclées – j’ai tout de suite pressenti l’avantage que je pouvais tirer de tout cela: je me suis mis au chômage
      sans rémunération, tant il parut clair que celle-ci constituait une forme aboutie de corruption, et y avait pas de raison
      la mort m’apprend qu’il n’y a pas de raison
      il ne faut surtout pas renoncer à la mort

      et d’abord t’es pas beau, te crachat-elle à la face après s’être assurée que tu n’étais plus en mesure de lui nuire de quelque façon
      or je suis devenu beau, très beau même par la suite – trop beau en tout cas pour être faux, et elle n’en a jamais rien su
      la dignité ne consiste pas à renoncer seulement à la soumission, mais aussi à la domination, à cette jouissance que procure tant la vengeance que le pardon

      trois fois sur quatre je tombe dans l’mille mais ma préférée, c’est quand je tombe dans l’vide
      tel que je suis à l’ouest, que je frotte mon nez sur le nez sans écaille de qui n’a pas de flair, de qui n’en a pas l’air
      et m’assieds sur la chaise en plastique de l’étranger derrière le port – la dernière idée généreuse que je me sois faite à vrai dire
      d’un humain…

      ça soulage tellement, vivre entre soi
      et le dernier souvenir heureux
      qu’on eut de soi…
      on s’approche timidement, faisant semblant de ne pas se reconnaître alors qu’on sait très bien au fond qu’on ne reconnaît vraiment rien
      ni du domicile fixe
      ni des ailes goudronnées –
      on n’a jamais fait que pendre à la bave d’une horloge parlante, que se branler tout au fond, maudite immunité,
      de la piscine municipale…

      je déteste le soleil, c’est la pire ombre à dieu
      et comme tu l’as compris (depuis le temps…), je n’aime que dieu
      qui seul a le courage de me haïr pour ce que je suis
      et de ne pas me pardonner, ni me trouver de justification
      mais juste par pure haine, comme on hait son néant comme on
      aime sa haine

    26 août 2016

  • l’averse mesure combien de pas de travers?

      qui n’aspire à strictement rien et ne se laisse réduire à quoi que ce soit
      j’avance comme je respire, il n’y a pas vraiment besoin de rythme à cela
      accueillant cette averse comme la seule et belle chose qui soit arrivée
      au néant par devant, au néant par dedans

      l’inappropriation comme ultime tentative de survie morale
      le cercle me fait peur, un scorpion en hante le centre, une traînée de pisse en trace la circonférence, et les bouffons de circonstance
      c’est une accolade fraternelle – alors pourquoi y mets-tu la langue, me tanne t-elle
      parce qu’il ne nous reste plus que les mots en commun, semble t-il…

      j’ai renoncé à comprendre dès que j’ai cru commencer à comprendre – à voir ce que l’intention-même de comprendre contenait de pervers
      appréhender une chose/un être tel qu’il est en in/essence – c’est à dire d’un seul regard embrasser son absoluté et sa parfaite insignifiance, son néant et sa pure vérité telle que celui-ci la révèle – n’est pas encore l’amour
      parce que ce n’est encore
      que de l’amour

      j’ai respiré à bras ouverts
      ça secoue beaucoup, comme cette sensation d’apesanteur en retournant le petit flacon de neige
      je suis à l’imparfait la couille en suspens du subjonctif
      ça veut dire que l’infini qui m’explose la mémoire commence exactement là où la raison cède à ses propres limites…

      à la place de l’ego tu peux mettre un mégot, ton doigt dans l’œil ou la tête dans l’miroir
      n’importe quel symbole phallique comme un champignon des sous-bois, par exemple
      ou alors rien: laisser là le lieu palpitant, sublimement désemparé
      – rien d’autre à faire que d’être conscient après tout, et on s’arrange avec ça comme on peut
      ce qui revient précisément au même
      ou au pire

    l'averse mesure combien de pas de travers?
    24 août 2016

  • partir à jeun, rentrer bredouille

      des arbres de papier
      se promènent à contre-sens tout le long de la route, je passe ces heures là
      au volant de souvenirs que j’ai probablement inventé
      ou seulement failli vivre, quand vivre était encore une histoire
      à laquelle on pouvait croire

      et la route file droite, perpendiculaire je suppose
      à l’horizon tel qu’il achevait de se dépeindre la dernière fois
      que je le vis, en son essentielle nudité peut-être, mais avec à la lèvre déjà
      toute la grâce du mensonge, la sensuelle âcreté d’un sourire…

      je voulais quelque chose de simple, de dépouillé
      de suffisamment nu en tout cas pour avoir froid
      quand il fait froid
      une peau de pluie sous le pas d’une araignée mutique, je n’irai pas plus loin je laisserai les choses
      s’en aller, diminuer, s’effacer
      leur nom doucement fondant au creux de ma langue endormie…

      le vent mort dans les maisons – sans les volets il reste un peu de jour
      où peu de jour clapote
      un vertige m’arrache à l’épaisseur de l’ombre, j’aurais aimé que tu ne souilles pas mes jouets
      même s’ils se font vieux, usés
      et je n’y pense plus guère…

      je n’arrive pas quelque part, je ne fais qu’en partir, fouiller ma poche pour le billet valide
      de mon prochain naufrage, je jeûne
      je jeûne de l’esprit, c’est encore le moyen le plus sûr
      de se maintenir en apesanteur quand le sol tente désespérément de me retenir par les pieds
      et remonte peu à peu, m’embourber m’engloutir, une route me fuit,
      des arbres de papier…

    21 août 2016

Page précédente Page suivante