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assis là sur un banc


  • parfois à terre, d’autre à la mer

      ma vie s’est passée écartelée de questions n’admettant nulle réponse, que l’absence de réponse n’abrogeait pas mais au contraire étirait jusqu’à l’ultime nerf d’une intériorité vacante
      peut-être pour le rendre plus atrocement sensible au léger vent du nord qui soufflait ce jour-là…

      que pourrais-je abandonner de plus que moi-même, et par cet abandon m’en rapprocher d’autant?
      qui se retrouve dénué d’histoire à se raconter, à s’habiter?
      qui se masturbe l’être en pensant que la jouissance n’en vaut plus la peine, ne fait même plus mal?

      et pourquoi me reviendrait-il à moi de supporter tout le néant de dieu, et d’en porter la croix? j’ouvre les yeux et constate que chacun à sa manière remplit cette fonction, en accomplit le rite
      pourrais-je ne pas être? pourrais-je ne pas disparaître? pourrais-je me vider de moi (comme on vide un poulet)? l’homme en point d’interrogation épinglé au front, j’allais dire du néant (susdit) mais faisons preuve pour une fois d’un peu de modestie: au front de l’homme lui-même…

      et pourtant je serai seul, seul et là devant toi, face à ce vide empli d’effroi
      sans rien pour me moucher
      ni amortir la chute…

      ce qui doit s’écrouler s’écroulant effectivement, je ne le soutiens plus ne le retiens pas de crouler
      j’ai vécu comme ça, pas autrement – la vie hors cet effondrement et ce dénuement me répugnait
      la grâce a fini par me sembler suspecte. dieu m’a trahi. je n’arrive pas à lui pardonner
      lui non plus n’arrive pas à me pardonner

      cerf-volant pris dans la bourrasque, je ne donne pas cher de ma carcasse ni de mon nom – je ne sais comment sauver ma peau, ma peau de cerf-volant
      la main qui tient le fil tient aussi les ciseaux – quant à ma vie, elle ne tient pas plus à ce fil
      que le vent au roseau…

    parfois à terre, d'autre à la mer
    22 octobre 2016

  • nu au miroir

      mal sevré
      i faut s’lever, i faut y aller
      faut pas pleurer comme ça
      faut pas s’laisser aller
      mal sevré mal rasé, qu’i dit

      monter descendre, descendre
      un peu plus bas
      les bras en croix, jambes (repliées) sous soi
      non marie jamb’ écartées
      un peu plus bas c’est ça

      ça résonne pas silence
      je vous défends de vous
      j’en appelle au secours
      rien n’se passe
      en attendant rien n’se passe

      je marche près de vous
      plus rien ne compte
      mon ombre écrase mon ombre
      j’ose pas trop bouger
      j’ai froid sur le côté

      ça ne me parle pas
      ça ne m’entend même pas
      j’ai plus l’âge d’avoir l’âge, gentil naufrage
      la main le long du dos
      remonte, puis replonge

      ça tourne en rond
      ça rime même pas
      elle me colle son sexe sur le front
      ferme les yeux
      j’fais pas d’enfant, j’te préviens j’fais pas d’enfant

      le courage de vivre
      d’être soi-même assis, sans dérangement
      et d’avoir mal, c’est grave
      non c’est pas grave, ça passe
      ou sinon ça passe mal

    20 octobre 2016

  • faire le vide

      je n ‘en sais rien
       j’ai pris un ferry ce matin
      un ferry ça a d’la gueule
      j’en dirais pas autant
      mais j’en sais rien

      je pars de chez vous
      vers la sœur de cyanure
      j’espère que ça va bien
      qu’ ça fait pas mal aux cuisses
      avec toute cette gymnastique

      il pleut sans cesse à la fenêtre
      j’ai pas d’volet
      l’obscurité rentre en dedans
      tu l’auras pas volée
      elle s’est invitée toute seule

      y a l’esprit-parachute
      et y a l’esprit qui plombe
      un lieu propret où enterrer
      notre vie éternelle
      y a une flammèche qui s’étiole

      meurs ou bien l’contraire
      je sais pas c’que j’fais
      ni de qui j’en viens
      j’ai pas pris rendez-vous
      vous ne m’attendiez pas

      une graine
      une graine de montagne
      quasi je feuille
      ça me brûle le gland d’avoir
      baisé comme ça

      neige en cage, bras en croix
      je ne me rappelle plus d’où ça vient
      où c’que ça va
      ça saigne un peu du trou
      c’est tout vide en dedans

    faire le vide
    18 octobre 2016

  • bouche-trou d’mémoire

      il ne nous arrive pas souvent de nous conduire en héros mais ce matin, plutôt que de détourner le regard j’ai fixé le feu, rouge, jusqu’à en pleurer
      je me suis délivré de ma petite monnaie sur un mendiant mendiant là et j’ai sucé mon pouce, en attendant qu’ça passe
      je te le dis te le répète, les héros font pas la paire, ni le beau temps d’ailleurs: il neige en novembre dès qu’on s’éloigne un peu
      de l’océan

      tu me croiras tu me croiras pas, mon squelette un cerf-volant
      il ne volait pas bien haut le bougre, mais ça suffisait pour que le temps, vieille baudruche, se dégonfle en hurlant
      j’ai l’acier dans les dents et toi, me suces-tu la langue me fermes-tu
      la bouche aux relents d’o
      céan?

      cravache allez cravache
      moi la chatte, et mes soucis s’enfuient, tout fuit – gengis et ses uhlans, le barbier de beauvais, tous foutu l’camp
      on se rejoint là tout au bout… du rien, de la jetée où rien, sur la grève à rien, en plein vol on se percute et on s’empale
      à vide…

      pas trop profondes les racines, ni trop écartées les ailes – le cœur léger l’esprit lucide, afin d’assurer le bon écoulement du temps
      couche avec moi, la taupe, l’écartement des cils on y glisseu on y gliss-eu et on se retrouve là, comme un con,
      exfiltré par le hublot, couche avec moi racine, le cœur léger l’esprit
      lucide…

      il a fallu déchanter, la mort ne serait la maladie ni la guérison de rien,n la fin ni le commencement
      de rien. et de ce rien-là on a fait un galet plat, une bille de terre. de ce rien-là on a fait ce qu’on a fait: une vie de deuil au jour le jour, un modeste
      trognon de grâce…

    16 octobre 2016

  • slow fucking

      l’appareil nuit à la douleur je suis toute âme et toute âme
      s’endort sur mes g’noux les petits enfants joue, τα petits παιδια
      παιζει c’est par habitude désormais et seulement
      qu’on en sort qu’on y entre, bredouille et le cœur sec, grenouille à sac humanité percluse
      d’hommes repus, d’hommes rompus, et de puantes loutres

      qui m’aime me fuie, subjonctif presque parfait à la septième personne
      du subjonctif sur le sentier des dames le pissoir des messieurs, le vertige en sautoir j’accède
      à la haute fonctionne j’actionne
      la poupée qui fait non doux jésus, pourquoi toujours tu fais « non non non, my name is  Maryja K. »

      cheval mort, amie morte, on s’approche de la dernière femme allongée et on lui fait… un bisou
      l’œil crevé de notre humanité idéalement ajusté à l’œil écarquillé de notre humanité, elle est en deuil
      en deuil de soi j’imagine, et d’un dernier bisou, cheval mort, petite amie sur le fauteuil (ren-)
      versée…

    slow fucking
    14 octobre 2016

  • salpêtrière

      il se promène en éventré public, émigré planétaire aux jardins aquatiques, babylone luxembourg, noyé fuyant sous soi en quart ou moitié de poisson – sur les buttes chaumont il se promène, majestueux, et déjà se sent mieux

      mendiant viscéral, protozoaire, anhistorique mendiant, sous le déluge exactement, sérénité douairière, mendiant hors sacrement poisson pataugeant dans son jourdain… à sec

      trois pieds de haut deux de travers, oblique transversale, perpendiculaire latérale j’habite chez soi, chez soi derrière chez moi
      mer morte
      mer infiniment morte
      le crâne rasé des indulgences, les indigentes, petite amie d’un boche mer morte, mer
      infiniment morte

      la plus brève rencontre, mort côtoyant l’extase l’espace, muet par déduction, mendiant par tous les temps gare-toi, étreinte vide bouteille vide écorche-vide il se promène, éventré planétaire le torse nu, sangsue – c’est de soi que l’on saigne menstrue, la plus brève entrevue la plus

      je récupère la vie je récupère, ma vie je récupère, l’envers d’un revers, le sucre et le compas j’avorte de questions, posées là sur le ventre – je sais que tu ne m’aimes pas je sais, qu’on en aime toujours un autre, tant dévie l’idée de soi et l’être inima
      ginable s’imagine en train de vivre quelque chose, du moins l’absence qui l’y lie…

    12 octobre 2016

  • nous vivrons à distance

      le bonjour à ta mère, ma sœur, ta tante, ton tout dernier 
      petit enfant. tombe avec les mouches, entre deux enterrements renais
      d’un simple trait d’crayon, la gueule en loques un incertain sourire
      naufrageant à la bouche – c’est quand même beau, l’humiliation…

      ça finit toujours comme ça l’amou-daria chérie: la queue dans l’sable, un ultime postillon
      craché à la face du néant en guise d’adieu, l’injure sonnante au vu au su et à rebours
      d’enfants venus trop tôt, et couchés dans la fosse

      jacadi a dit… mouche-toi dans ma manche, petite marchande de pommes
      jacadi a dit… j’m’en rince le gland dostoïevsky, allez crache ton pépin
      jacadi a dit… si tu me fais le reproche d’être né comment pourrais-je, comment saurais-je… courir le ventre nu, passer par là
      alors là jacadi il a rien dit…

    10 octobre 2016

  • d’une parfaite asymétrie

      les racines avec les dents, comme les piquants d’oursin
      l’odeur en moins, des rognures d’océan
      bref éperdu – éperdu… éperdument 

      solvabilité, zéro
      pas le temps, pas le temps d’être à pied – j’irai demain, demain de bon matin, l’œil flasque du poulpe (droit dans)
      : il ne reste rien, en continu et de parfaite
      asymétrie 

      le point de no-return, sur le i pentecôte
      et tout hasard faisant chemin, toute figure feignant destin, l’époux perdu d’alliance
      j’irai jusqu’à vous, puis m’en retirerai… vaincu 

    8 octobre 2016

  • quand il pleut ne dis rien

      en tant qu’interprète de la transcendance, l’esprit ne se contente pas – je rumine, tu rumines, nous ruminons l’herbe des morts, rasant le jour et quand il bruine

      dès le lundi réendossant
      l’habit qui nous convient, vivre à titre gracieux parce qu’on voit pas comment, on sait pas autrement, on sait plus où survivre hors
      l’absolution permanente

      je ne sais pas mourir, mécréant jusqu’au-boutiste j’arrache les stores, on ne se rend pas compte à quel point l’accès à vide, l’issue à rien – c’est comme avancer nu,
      l’enculant par devant

    quand il pleut ne dis rien
    7 octobre 2016

  • la fonction célestine

      rien que de petites choses, ne profitant guère à notre éclat: terne la maigreur, l’eau chiche, l’auréole
      stagnante sous le bras

      je me suis mis à mal, mis à mort par devant, par devers toute conscience – vous aurais-je déçu?
      rattrape mon nom parmi la foule, plie-le en deux
      et de traviole…

      et ce que l’homme fit, riant à toute volée, de larme en larme tu le défais, crève-limace,
      eau brune après l’averse…

      entre fémur et oxygène, ne reste de toi qu’un peu de vent, léger grésillement d’arrière-pensée
      il faudrait rendre rouge, mais rouge s’y attache

      colin-maillard sans le mouchoir, palpant du jour la couille névralgique, l’absence rouille
      un deux trois pluton-croûte, on se redira adieu, plus tard ou autrefois, plus tard

      en sécurité dans la peur ancestrale, ciel ou bête, le même n’est jamais le même
      et s’il y ressemble parfois ce n’est que le fait d’un train
      lui passant en-dessus…

    5 octobre 2016

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