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assis là sur un banc


  • les yeux mourant d’envie

      je n’ai pas marché sur la pointe des pieds, ou si j’ai marché sur la pointe des pieds ce fut sur la pointe d’un pas – et le pas a fondu
      quand l’esprit s’exprime à l’imparfait il se proclame mémoire; quand il dit je je dit tu, ce qui est la façon la plus poignante de s’exclure et d’habiter l’exclusion comme le seul abri praticable contre l’aliénation

      .

      plus (+) un verre de terre, le scorpion d’un soleil sous un linceul de brume, jamais on ne dit je t’aime
      à qui que ce soit, pour la simple et mauvaise raison que s’impliquer en impliquera fatalement un troisième, et qu’entre trois, le tiers toujours l’emporte

      .

      trois fois la mort ai-je du subir, et par trois fois ressuscité puisque me voici – ce qui à priori m’inciterait à la confiance quant à la suite des événements…
      le temps à l’esprit de s’adapter à son actuelle condition, on passe déjà à autre chose: j’ai toujours accordé ma préférence aux inter-saisons, aux vagues entre-deux où il était d’emblée établi qu’on ne saurait s’y installer. la beauté d’un non-corps.

      .

      comme tout boxeur qui se respecte je suis une star de la corde à sauter. je saute sur place, je saute même sans la corde
      la cendre c’est du feu en poussière, n’est-ce pas? l’amant serre les dents. il faut avoir appris à compter jusqu’à trois minimum avant de pouvoir se jeter dans le vide…

    30 mars 2016

  • venise en creux dans l’appareil photo

      les lois ne servent qu’à désobéir – j’ai lu ça quelque part dans l’bottin, en soulevant ta jupe ou encore
      à faire les cent pas devant l’espace fermé, fermé à moi tout comme
      à mon accent grave

      .

      vivre dans un port par exemple c’est vivre dans un lieu dont on peut à tout moment s’enfuir, qu’on peut sur un simple coup de tête quitter, et tout quitter
      quelle sérénité de sentir l’au-delà si proche, de savoir qu’ailleurs, que là-bas commencent dès ici, à deux pas dans le sens
      d’une infinie répétition…

      .

      je n’habite plus de port, et je ne feuillette plus
      le bottin des soupirs – j’entre quand tu entres je sors
      par la porte de derrière, j’exprime une amertume
      par goût sans doute – oui, c’est ça: rien que par goût…

      .

      la nuit chaude d’un homme, t’es-tu déjà réfugiée et dissoute dans 
      la nuit chaude d’un homme – comme s’il y avait une façon de contempler
      et une autre d’épier, une de baisser les paupières et l’autre
      d’ouvrir à contre-cœur le judas d’un corps livré
      au plus triste abandon

      .

      et puis tu m’embrouilles – je ne sais plus qui tu es je ne sais plus
      comment tu m’appelles, quand je pointe à qui le doigt, à qui
      la joie exhalée de nos corps convulsés, solution précipitée
      à nos pulsions de mort…

    venise en creux dans l'appareil photo
    30 mars 2016

  • très pure violence

      vertige. je n’ai rien rassure-toi, rien qu’un léger
      vertige – léger si léger que déjà je recouvre
      la prestance d’une chute
      éblouissante

      .

      j’ai pas beau, et ça ne viendra pas.
      il faut avoir fait le deuil de tout pour entamer sans regret le deuil de soi
      mais l’éternité y suffirait-elle alors qu’à travers mes os souffle toujours
      le chant des oiseaux morts…

      .

      je reste donc debout, allongé à la verticale d’une joie forcément obscène 
      parfois tu me trouves comme ci, le plus souvent comme ça, j’avoue j’avais pourtant
      tout arrangé de telle sorte que
      tu ne me trouves pas…

      .

      ma très pure violence et cette féminité en moi toute métaphysique ont brouillé les pistes
      tout au fond quelque chose m’appelle, ne cesse de m’appeler, auquel
      je ne répondrai pas
      – c’est banal, se tuer…

      .

      une feuille est tombée juste devant moi, comme si j’avais été le témoin halluciné d’un crime silencieux: c’est l’automne
      qui juger de la mort?
      on s’embrasse certes on s’embrasse, or nos baisers
      s’estompent dans les gris…

    très pure violence
    30 mars 2016

  • quelle mort me tue

      un jour parmi d’autres – c’est ça: un beau
      jour parmi d’autres, j’ai fait ce que nul homme ne devrait faire, ce que tout homme fait pourtant
      un jour, celui-là même ou même un autre, je suis
      devenu homme

      .

      nous sommes un, un si divergeant…
      il n’y a aucune chance, alors qu’il n’y a
      aucune chance, il faut voir
      au-delà de la mort

      .

      la mémoire de ceux qui meurent ne me retiendra pas – c’est ce que je clique les yeux fermés dans le panneau des configurations
      la seule éternité qu’on trouve en soi c’est celle d’avoir aimé, sans retenue sans condition et la seule mort

      .

      la pluie se nomme la pluie, alors je suis parti un peu plus tôt
      je ne pouvais mourir de rien, sinon de moi-même – comment ne serais-je pas parti?
      il faut s’inventer un lieu, un lieu où revenir, un lieu où ne jamais s’avouer qu’on ne, paradoxalement,
      le quitta jamais…

    30 mars 2016

  • remuent les lèvres intérieures

      acide, parce qu’acide.
      finalement qu’est-ce que ça soulage, s’asseoir juste là et regarder à travers la vitre ou même l’écran
      tomber la pluie acide…

      .

      on ne sera jamais, et ce jusqu’à épuisement du souffle,
      qu’un enfant qu’on renie, un gosse abandonné, un nouveau-né déjà trop vieux
      alors à quoi bon faire semblant de ceci, faire semblant de cela…

      .

      je sais bien qu’à la fin ne reste plus que dieu ou rien
      je sais bien qu’à la fin tombe ce « ou » incertain
      j’ignore quelle caresse sommeille tout au fond de mes doigts
      – j’ai cessé de compter les moutons…

      .

      je n’écris plus de lettres. jamais. il bruine.
      je me dis que tant que je meurs, je ne suis pas mort
      et tant que je suis mort je ne meurs pas, mon amour…
      – seul dure le temps

      .

      je ne peux plus
      me passer
      de la vérité de mon être
      même si la réalité entière et la loi universelle la contredisent, évidemment la nient, je ne peux plus
      détourner le regard
      de ce qui me… au-delà de toute raison

      .

      un jour il n’y a rien: c’est par la main qu’on se perd d’abord
      on revient toujours aux sources de l’angoisse, succombant de n’y rien retrouver, de n’y rien reconnaître
      – d’être un peu mort pour rien, tout compte fait…

    30 mars 2016

  • faux signalement

      les failles sur lesquelles je repose, sur lesquelles j’ai fondé le songe de moi-même, sont des sexes brûlants 

      .

      être fait un cercle, polaire bipolaire, qu’un simple tigre en peluche traverse comme ça, coup de patte égratignant le vide, coup de fouet dans le sang: je bande

      .

      cette façon de flotter juste au-dessous de la surface, de se tenir en apesanteur sur l’abîme comme au-dessus d’un ciel renversé, cette façon de planer, de survoler sa chute en cercles obsessifs, de remuer fragilement les cendres
      dans le cendrier… 

      .

      on ne mérite pas d’être: on en abuse.
      aujourd’hui je ne fais rien, je respire gratos et peut-être m’enivre, rien que pour m’enivrer
      la mort et ce qui en déborde se répandent devant, se répandent dedans – on pourrait presque parler de grâce si cela servait à quoi que ce soit
      par bonheur, cela ne sert à rien

      .

      slalomer entre les certitudes, tumeurs de l’esprit, se jeter par la première fenêtre venue, la première fenêtre à s’ouvrir côté cour tu prends tes jambes à ton coup, côté rue tu allumes une clope, aspirant profondément une fois encore, ultime fois,
      la douce amertume de vivre…

    faux signalement
    30 mars 2016

  • à dada à dada, pierre tombale

      au bout de tout ne sommes restés
      qu’un enfant et son homme
      à faillir, à parlementer
      sans les règles ou hors les cordes
      : le vide face à quoi…

      .

      coincé entre 
      la sainte panique d’un premier baiser, flaque rétrospective 
      et la libre chute, précipice sous verre, dernier souffle avant vous, madame,
      ma douce dame…

      .

      pierre d’un coup, allez vas-y bois un coup
      la premier arrivé au deuxième poteau!
      on agrafe en plein ciel le fichu de la vierge immolée
      sans espoir et brisé, envers et contre tout: l’espoir,
      l’espoir seulement…

      .

      tu t’accroupis et tu me pisses sur les pieds, levant vers moi un regard fanatique et je sais à ce moment-là tu dépasses l’amante, tu dépasses la femme et le sommeil, que de toi surgit la suppliante, celle dont la pitié relie
      les deux pôles aléatoires d’un univers
      en déshérence… 

      .

      moi, le père de mon père et l’enfant de mon enfant, qui me ressuscitera? qui d’entre les morts me relèvera, me fera passer le stick ou le goulot de l’éternelle alliance? qui deux doigts sur le front me dira dresse-toi, sois maintenant le toit, la fumée sur le toit, le cycliste sur le toit?

      .

      au bout de rien ne sommes restés
      qu’un enfant et son homme
      et s’il est dur pour un enfant de supporter sur ses frêles épaules tout le poids d’un néant, ça l’est d’autant plus pour un homme de couvrir cet enfant, de le couver le préserver, le sentir à tout instant de l’intérieur se, me
      déchirer…

      .

      madame aide-moi, bénis-moi, suce-moi le sein gauche madame, ma douce dame…

    30 mars 2016

  • ηλιος-θανατος

      dieu n’est pas un homme mort c’est l’homme
      qui est un dieu mort – erreur!
      dieu est un homme mort, c’est l’homme
      qui va sans s’en apercevoir…

      .

      comment s’embrasser sans qu’on nous voie (quel intérêt en effet de le faire sans se cacher?)
      ça fait dix ans que je moisis ici, à l’ombre des murailles – j’en ai marre maintenant
      je ne veux pas aller autre part, je ne demande pas qu’ici change de place, je désire juste
      égorger un mouton

      .

      il m’arrivait d’écrire quelque beau poème autrefois
      mais ça n’a jamais atteint la cheville de la fiancée qu’on encule dans la neige heureusement
      heureusement qu’à cet instant-là elle regardait ailleurs…

      .

      je rigolais bien entendu quand je parlais de l’orgasme que m’inspirait l’idée d’une balle me traversant la tête
      alors que reste toujours fondé l’espoir d’un cancer, subventionné par la sécu
      – faudrait juste pouvoir continuer à se raconter
      de fausses histoires d’amour…

      .

      essaie de me dire quelque chose, tout doucement ou à voix basse, dis-le moi donc tout bas
      je jure je le répéterai à personne – d’ailleurs tu vois bien: il n’y a personne
      dis-le moi je t’en prie, avant que je ne l’invente…

    ηλιος-θανατος
    30 mars 2016

  • la carrément fatalité

      le rêve d’un homme c’est sa tombe
      plus il s’élève plus il s’enfonce, plus il écarquille les yeux moins il y voit
      un homme rêve, il creuse sa tombe

      .

      il n’y a pas d’homme au bout de moi – au bout de moi il n’y a qu’une violente raison de se taire,
      de regarder la mer, de se branler devant en pensant qu’on a beau faire,
      ça ne fécondera rien

      .

      le pire c’est de même pas arriver à la mer, mais de s’enfoncer en route, où la route s’enfonce, s’enfonce
      et de pointer absent au jour du jugement dernier.
      le jugement dernier: maintenant se réveiller, se foutre des claques se lever,
      aller voir à la mer et se dire merde, me suis encore leurré…

      .

      c’est quoi propre, c’est quoi sale? tu lis le testament et tu sais plus c’est quoi propre, c’est quoi sale
      ni quand on peut se laver les pieds sans fauter au robinet du square
      après avoir marché, erré
      toute la journée…

      .

      cette flèche fend l’air, fend l’air, fend l’air – aucune cible ne lui convient
      elle survole l’heure présente et à venir, méprise le bonheur et ses petits arrangements, ne s’abaisse pas à mordre les fruits blets qui parsèment la place
      fendre l’air, il lui faut fendre l’air, au comble de l’ivresse et du saint désespoir creuser l’abîme
      de sa propre insuffisance, l’aveu de sa propre
      inconséquence… 

    30 mars 2016

  • donegal

      j’ai mangé toutes les fraises
      de quelque côté que l’on envisage les choses, on ment
      mon enfant est mort – ou plutôt est-ce moi qui me suis mis
      à perdre l’âme…

      .

      nous nous exécutâmes, dieux sans prime au bord du champ blessé…
      à la prime ou à la casse, de quelle exécution parle t-on?
      quant à ce champ blessé, ne nous attardons pas à de tels détails…

      .

      et puis tout ça c’est un peu comme passer ses vacances au Donegal
      on ne sait pas de quoi octobre sera fait – on n’en attend rien de bon de toute façon
      à vrai dire on n’en attend rien du tout

      .

      la mort dans l’âme je t’annonce ceci
      la mort dans l’âme peut-être vaut-il mieux que je la ferme, que je l’enferme, la mort dans l’âme
      la mort dans l’homme, je te dis qu’on n’y arrivera pas
      et que c’est pas plus mal ainsi…

      .

      tu crois que vivre ça vaut le coup, tu dis que vivre c’est mieux que rien
      et tu ne sais quelle malédiction tu profères en disant ça, quel mal s’abat sur nous
      le ver travaille dans la pomme – la pomme, elle, ne fout rien

      .

      je suis dégoûté de l’art et des manières, des prétentions de l’intelligence comme du rut intégral
      je veux une vie planer, m’embourber et crever
      dans les collines ou pire encore: sous le ciel liquide
      du Donegal

    Donegal
    30 mars 2016

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