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assis là sur un banc


  • le fantôme de Veronica Lake

      la pratique quotidienne d’une certaine forme de panique rend l’amertume quasiment délectable
      plus d’une vie sonnerait faux, voire carrément creux, quand moins ne sonnerait pas du tout, la pauvre…

      .

      émèche-moi, dépêchez-vous, avant que l’épi
      ne retombe…

      .

      à faire feu de tout bois j’ai fini par brûler la baraque
      à faire cendre de tout feu je me suis ennuyé…

      .

      j’ai voulu en parler à ma mère, mais je ne lui dirai rien finalement, vu que son squelette
      ne répond pas

      .

      le chien sur le côté. il dort.
      ou c’est ainsi du moins que ça se passerait si j’avais un chien
      à la place du cœur…

      .

      j’y ai usé mes tongs mais je ne me souviens plus du nom
      de celle sur laquelle je les ai découpées…

      .

      on ne châtre pas un ventre avec une simple pince à épiler – il faut au minimum la neige dans une main, et, si je ne m’abuse,
      au poing de l’autre un chalumeau…

      .

      j’avance, j’avance – j’avance mais jamais n’arrive nulle part. le pays tout autour se désagrège; le chemin plonge sous mon pas. mon corps, même mon corps, se décompose
      ne reste que l’avancée, l’avancée vide, l’avancée folle…

    30 mars 2016

  • sur un bâton pénélope

      assis là sur un banc, seul dans son camp – ou marcher sur shanghaï quand shanghaï n’y est plus, quand shanghaï s’est levée, quand shanghaï s’en va
      assis là sur un banc, seul dans son camp – marcher devant, ne pas bouger, se souvenir encore de ce qui n’arriva
      pas, seul sur un banc

      .

      sur un bâton pénélope, la triste fin, la triste fin quand même
      le temps est doux pour la saison, la saison morne, la grille du square
      grince quand même, et c’est le soir – c’est le soir pénélope, sur un bâton de même
      et dans les squares

      .

      j’entre dans le ventre de la mort, je m’y repose mille ans durant, tout le néant s’il le faut
      je suis en mal de mère, la mort grosse de moi ciel inconstant, ciel inconstant dans le ventre s’endort
      mille ans durant, autant dire le néant, j’ai nulle part où aller alors j’entre
      dans le ventre de la mort

      .

      la pluie sous son manteau, car il pleuvait sous son manteau – je me suis mis sur le côté pour ne pas encombrer son chemin
      je ne sais pas rouler les cigarettes d’une seule main, je ne l’ai pas appris j’ai juste senti
      la pluie sous son manteau, couler sur moi
      et puis je ne suis pas très doué avec mes doigts…

      .

      il fait adieu – il faut dire jour, c’est pas grand chose
      voire pas grand chose de plus
      or quelque chose dorénavant
      n’aura pas lieu, ou
      se passera de moi, tacite consentement
      à tout adieu…

    sur un bâton pénélope
    30 mars 2016

  • celle qui n’était pas si frileuse autrefois

      un jour c’est pas comme un jour: il pleut
      je retiens dans ma bouche un silence énorme et je voudrais en crever, qu’il crève qu’il me crève, ce bâillement de loup à vous déboîter la mâchoire
      je ne sais même pas de quoi il s’agit au fond, je sais seulement qu’on n’aurait jamais du inscrire ton nom sur la liste des abonnés absents, ces présents de l’au-delà qui n’ont plus une larme à verser
      sur notre  intime soif…

      .

      la pluie ça tombe à pic
      il manque un vide où se jeter, porte fermée
      nous n’avons que notre voix pour percer le néant, pour éjaculer dans le vide nos espoirs les plus éculés, pour se creuser le nombril au tournevis, se dire allez, partons maintenant, débranche le truc tranche le tube, je t’aimais bien vraiment mais c’est du cinéma tu sais
      du cinéma
      avec du sang pour de vrai

      .

      je suis en panne
      en panne de je ne sais trop quoi
      en panne de quelqu’un qui entrevoie soudainement mon visage à travers le brouillard et y reconnaisse quelque chose
      que je ni nul n’aurait jamais aperçu, faute d’avoir jamais condescendu à y jeter le soupçon d’un regard
      un dieu hagard, dépenaillé – le voile piétiné d’une mariée
      violée entre deux arbres…

    celle qui n'était pas si frileuse autrefois
    30 mars 2016

  • celle qui ressemble à un hasard inaccompli

      un jour j’irai à Oviedo, ou plus bas, sur la rive de la mer, et nul ne saura pourquoi, nul n’aura même l’idée de demander pourquoi
      un jour je serai mort, mort parmi ces morts toujours plus nombreux que les vivants, à ne plus rien en attendre mais à encore espérer de la vie ce que la vie ne saurait leur rendre
      ils le savent évidemment, et ils l’ont toujours su, me souriant discrètement quand je moi je dis qu’un jour, j’irai à Oviedo
      ou plus bas, sur la rive de la mer…

      .

      tiens, il pleut pas
      comment ça se fait donc alors que je sois tout mouillé
      j’ai du ronger mes ongles jusqu’au sang, sucer le sang jusqu’à la moelle, me dire bientôt, bientôt chéri ce s’ra fini, on n’en parlera plus
      on n’en parlera plus, même pas pour rire
      on n’en parlera plus, bon dieu…

      .

      on ne peut croire qu’en un, un seul, miracle
      embrasser des cheveux noirs en glissant dans le vide, ne m’appelle pas
      par mon nom s’il te plaiî, sinon je ne nous reconnaîtrai plus – c’est toujours le même vide, à quoi bon finasser?
      de quel droit te meurs-tu?
      s’il ne restait qu’une, une seule question ce serait celle-là: de quel droit
      te meurs-tu?
      – du droit du plus fragile j’imagine, du droit du plus faible, soupiré-je – du droit
      qui n’existe pas

      .

      tu me montres du doigt – ce doigt
      je m’appelle un homme, faussaire identitaire, un peu comme on hèle un taxi, on chevauche un bidet le cœur mal accroché
      à la forêt des arbres morts je fais des petits tas de cendres, j’essuie les ombres j’efface les traces, je chantonne y a pu d’saison
      en suçant mon moignon… 

    30 mars 2016

  • celle qui poussait un landau devant elle

      un jour c’est pas comme un jour: il pleut
      je retiens dans ma bouche un silence énorme et je voudrais en crever, qu’il crève qu’il me crève, ce bâillement de loup à vous déboîter la mâchoire
      je ne sais même pas de quoi il s’agit au fond, je sais seulement qu’on n’aurait jamais du inscrire ton nom sur la liste des abonnés absents, ces présents de l’au-delà qui n’ont plus une larme à verser
      sur notre  intime soif…

      .

      la pluie ça tombe à pic
      il manque un vide où se jeter, porte fermée
      nous n’avons que notre voix pour percer le néant, pour éjaculer dans le vide nos espoirs les plus éculés, pour se creuser le nombril au tournevis, se dire allez, partons maintenant, débranche le truc tranche le tube, je t’aimais bien vraiment mais c’est du cinéma tu sais
      du cinéma
      avec du sang pour de vrai

      .

      je suis en panne
      en panne de je ne sais trop quoi
      en panne de quelqu’un qui entrevoie soudainement mon visage à travers le brouillard et y reconnaisse quelque chose
      que je ni nul n’aurait jamais aperçu, faute d’avoir jamais condescendu à y jeter le soupçon d’un regard
      un dieu hagard, dépenaillé – le voile piétiné d’une mariée
      violée entre deux arbres…

    celle qui poussait un landau devant elle
    30 mars 2016

  • celle qui aimait les portes fermées

      il n’y a qu’un enfer: l’éternité – l’éternité elle-même n’y résiste pas
      j’aime une brume qu’un souffle de vent disperse, la robe si fragile d’un éboulement du temps
      d’abord tu me regardes, antimystique, et après seulement, après tu m’en conjures

      .

      c’est pas beau, mais c’est pas pire
      un jour on s’ébroue, le canon sur la tempe le doigt sur la braguette, un jour on convole
      en de funèbres noces
      – ce jour-là justement je peux pas, je suis pas là, ce jour-là justement j’ai rendez-vous
      avec ta gouine

      .

      plus que vieillir, plus que la mort elle-même peut-être, je crains
      la vérité, la simple vérité – celle qui nous délivre, celle qui nous tend la clé et nous exhorte allez vas-y, c’est tout pour toi, broute tout ton saoul maintenant
      il y avait cette petite fille qu’on a sorti du puits, sa tête tenait plus trop sur ses épaules tant sa gorge baillait…
      j’ai plus envie de jouir, confié-je à mon ami en refermant la bible…

      .

      non, il y a des choses qui ne se rachètent pas, même par l’oubli
      que le néant me recouvre, recouvre tout n’empêchera pas qu’ait été
      poussé par dieu sur la croix de notre folie la plus pure
      le cri hurlant je, violant l’absolu du silence et réduisant le néant
      au néant le plus pur – c’est à dire le mien, le tien, le néant de toute chose…

      .

      j’ai mangé de ton pain, ce pain-là, j’ai bu de ta vinasse à même ton sein violacé j’ai porté à mon front
      l’eau lustrale qui ne bénit rien, n’allège de rien j’ai sucé le carton, le bonbon le cliton j’ai dit non, non, non je ne retournerai pas
      chez moi

    30 mars 2016

  • un seul tambour battait

      vas-y, tu peux dire n’importe quoi de toute façon ça ne porte plus
      à conséquence, c’est comme une paume ridée ouverte, dessine-moi un mouton ou bien encore meunier tu dors, sur le côté droit agonisant contre ton blanc
      bouton, t’es n’importe quoi en fait – n’importe qui te ferant trop d’honneur – tu promènes tes miches de la chambre à la cuisine, de la cuisine
      à la chambre, te demandant pourquoi deux quand une seule
      fenêtre suffirait
      donnant sur ta valise
      éventrée, ruisselante
      de momies en détresse…

      .

      être une âme suppose un acte d’une extrême violence, une négation meurtrière, un poème hurlevent,
      le caca blanc d’un pélican…
      que l’on puisse percevoir la voix d’un homme mort, que la voix d’un homme puisse d’une quelconque manière survivre à cet homme
      nous exclut définitivement de l’éden
      dont le parfum nous obsède dès lors, dès avant même d’avoir ouvert les yeux, dès que dieu en somme nous quitta
      pour hanter nos caveaux, branler nos aïeuls, brûler nos arrière-pensées et
      piquer de gousses d’ail les oreilles des martyres…

      .

      je n’ai qu’une fusion – elle a du m’échapper
      depuis mon dernier souffle et ce jusqu’au dernier je dois avoir quinze ou seize ans – c’est dire si c’est lourd à porter toute une vie
      sur les épaules frêles d’un garçon qu’a perdu son ballon
      et qui se retrouve tout à coup comme ça avec entre les mains une vague et encombrante 
      paire de couilles
      et le vide des stades…

    30 mars 2016

  • sur un bouton perséphone

      tu sors d’où?
      tu sors de nulle part, tête de nœud
      tu sors de la douche puisque t’es tout mouillé
      tu t’essuies tu t’essuies rien n’y fait, tu restes tout mouillé
      tu sors du cul d’ta mère, tout chialeux tout pisseux, tu sors en pissenlit au pied du mur
      des fusillés
      …
      ben alors, tu sors d’où?

      .

      j’ai vu devant moi passer à hauteur d’yeux, et peut-être de l’autre côté de la vitre
      le squelette d’un poisson
      mon signe de croix n’a pas semblé l’émouvoir plus qu’à l’autochtone le sourire suppliant du touriste
      moi j’m’en fous, j’ai mon vélo, pensé-je à part moi
      il sort pas de sous l’abri-bois, il rouille tranquillement – c’est un vélo quand même

      .

      quand je pense à tout ce que ma vie a coûté en argent comptant depuis ma conception… une fortune, un véritable massacre!
      quand je pense aux milliards de spermatozoïdes éjaculés depuis la puberté, pour un unique rejeton et trois-quatre avortons seulement – tant de possibles sacrifiés sur l’autel de ma seule jouissance!
      quand je pense je ne suis pas, heureuse ou triste inconséquence: je sonde mon néant, je bois une gorgée, je caresse le mur derrière lequel j’entends jouir ou gémir
      la femme d’à côté

      .

      un seul instant, un seul instant suffit
      à tout foutre en l’air
      ça ne prendra pas plus d’une minute, dit-elle froufroutante 
      l’euthanasie me saute aux yeux, la bonne mort au design léché de yogourt zéro pour cent quoi, zéro pour cent rien
      je t’aime, mon amour
      … rien
      j’ai dit je t’aime, mon amour
      … toujours rien

      .

      j’aime bien ce temps pourri: il me contraint
      à l’exil intérieur
      – mais tu sors d’où toi, avec ton air de pâté en croûte, de spoutnik en détresse, d’enfant
      à qui l’on vient de foutre une torgnole pour lui apprendre et qui se retient
      de pleurer devant toi…
      j’aime bien ce temps pourri – ça me rappelle, ça me rappelle… ce temps pourri

    sur un bouton perséphone
    30 mars 2016

  • mais aimaient-ils leur maman?

      t’es chiante ou tu fais juste semblant?
      certes il faut mourir – mais quand mourir n’est rien, quand mourir ne signifie plus que l’horreur de n’avoir pas vécu, tout au plus près de soi largué dans l’impossibilité d’être…
      mes seins tombent
      alors tombe avec eux
     – ou elles, selon la langue optée

      .

      j’erre pour survivre, parce que seul survivre ne sert vraiment à rien, donc ne ment pas
      ou pas trop – juste un peu comme ça, pour la route
      et dieu sait si la route est longue…

      .

      j’aime ma vie, ce mendiant rutilant, se taire tant que posséder ne suffira pas à combler les failles j’aime la femme,
      qu’une femme transforme en intelligence pure, en pensée vive, en désir qui pour brûler ne dépende plus de l’illusion de sa satisfaction
      j’entretiens l’absence comme on arrose la croix de toute larme retenue

      .

      un jour maître Tchouang apercevant maître Lo (-lek) s’esclaffa: ah ah, la merde qui flotte! ah ah, la merde qui flotte!
      maître Lo se retournant et balayant le fou d’un regard de plomb observa simplement: tiens, l’océan qui plonge…
      – mais aimaient-ils leur maman?

    30 mars 2016

  • errer dans les maisons vides

      s’engage ce doux corps à corps avec la longue saison, la saison morne
      j’hiberne du côté clos de la fenêtre, où la dissimulation fait de vivre un art introspectif,
      côté racines, dans l’accroissement d’un silence plus feutré, le dénuement d’un rideau mal tiré
      de sourdes clartés entreprennent les gris, figés pour les mois à venir et sur les carreaux sales
      purement et simplement sales…

      .

      nous vivons en de tristes greniers, mais les pieds bien au sec
      nos caves regorgent d’ivresses à dix kopecks, de filles vermoulues près de durs canapés
      souvent quand nous sortons la pluie nous tombe aux quatre coins d’la gueule, or nous ne nous plaignons pas
      dieu merci, nous ne nous plaignons pas

      .

      on n’a plus d’âge, ce monde nous semble bien désuet, on se penche pour gerber mais rien ne sort, le mystère s’est réfugié au plus profond de notre sommeil de bête
      on est des bêtes effectivement, perchées sur de longues échasses, stylites d’un genre contemporain, vaguement contemporain

      .

      bien sûr il y a la grâce, l’œil poché la jambe traînante, la grâce à bout portant
      et là où elle ne fonctionne plus une éternelle damnation s’y substitue – le sexe échangeant le feu pour la nuit y perd si peu…
      mais ne pas être vu de dieu, mais qu’un ciel fut-il de cendre ne se penche sur toi, ne t’enfouisse une langue amère, une langue même de fiel au creux  de ton oreille froide…

    errer dans les maisons vides
    30 mars 2016

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